• Où va l'Afrique?

    Où va l’Afrique

                                           Mahmadou Sall, Nesrine Azizi.             Le 3 Février 2018.

    Pourrions-nous parler de l'Afrique comme d'un ensemble unifié ?
    Le devenir de l'Afrique est-il  dépendant de la stratégie de la communauté internationale ?
    Très difficile de répondre succinctement  à ces 2 questionnements d’un continent composé de + de 50 pays Les cinquante dernières années ont vu des transformations importantes des structures économiques africaines, mais les enjeux internes de la pression démographique et des inégalités sociales encore fortement présentes laisse augurer des défis à venir. La question est complexe, puisqu’elle suppose appréhender des états dont la nature, l’histoire, la trajectoire et la puissance potentielle sont extrêmement diverses du nord au sud et de l’est à l’ouest. Nous tenterons de développer notre analyse dans le domaine économique au-delà des aspects sécuritaires évidemment lancinants.

    L’afro-pessimisme

    Il dépeint un sentiment relativement partagé y compris par des élites africaines, voyant dans l’Afrique subsaharienne un endroit spécifique de la globalisation (moins de 2 % du PIB mondial), un espace malade : une croissance démographique, manifeste, des capitales avec des bidonvilles qui se déploient à l’infini, une agriculture stagnante, des guerres, des gouvernances délicates etc. …

    L’approche « afro-pessimiste » s’est constituée en trois strates successives d’analyses critiques.

    Celle de chercheurs africanistes, dans les années 1970 et 1980, qui remettent en cause l’explication du retard africain par les conséquences de la colonisation, par l’existence d’un « néo-colonialisme » et en pointant la responsabilité des classes dirigeantes locales.

    Les décideurs politiques et surtout de médias diffusent, plus ou moins volontairement l’image assez dominante d’une sorte de fatalité s’abattant sur le continent.

     

    L’afro-optimisme

    Les discours « afro-optimistes » ont pris une vigueur nouvelle. Des milieux économiques et entrepreneuriaux, encouragés par les principales institutions financières, les grands cabinets conseils et autres agences de notation commencent à l’implanter. Cette approche plus positive des perspectives de développement de l’Afrique s’appuie en effet sur des statistiques flatteuses.

    Quelques données :

    -          Une croissance soutenue (plus de 5 %) depuis le début du XXIe siècle.

    -          Un flux d’investissements étrangers à la hausse, et qui ne touche plus comme antérieurement, les seules industries extractives, mais qui se déploie à de nombreux autres secteurs (BTP, commerce, agriculture, information et communication, services financiers, tourisme…)

    -          D’importantes réserves de minerais et d’énergies fossiles.

    -          Des moteurs internes à la croissance qui s’allument les uns après les autres (émergence d’une classe moyenne).

    -          Une urbanisation et une densité des infrastructures qui s’améliorent.

    -          Une meilleure formation des jeunes et le développement des enseignements, secondaires et supérieurs.

    -          Le succès de quelques transitions politiques (Ghana, Sénégal, Gambie, Mali, Burkina …) témoigne des avancées de la démocratie sur le continent ».

     

     

    Culture et cultures

    Les cultures sont diverses et variées sur un continent aussi immense et c’est un enjeu important : est-ce celle d’un certain passé transmis de génération en génération ou celle de l’Autre, subi ou fantasmé ?

     

    Démocratie, gouvernance et idée panafricaine

    Le printemps arabe en Tunisie, en Egypte, répondait à une quête de dignité.

    Le panafricanisme, multiforme par nature, incluait des thèmes tels que le changement des conditions matérielles et le changement de la conscience.

    Le véritable enjeu démocratique en Afrique aujourd’hui est le droit à l’eau, à l’électricité, au travail etc. 

    Depuis la réintroduction de la démocratie pluraliste à la fin des années 80 et au début des années 90, les partis politiques ont joué un rôle central dans le processus de gouvernance. Si les partis sont les agents essentiels de la démocratisation, leur effica­cité dans la démocratie pluraliste dépend des difficultés à la fois externes et internes auxquelles ils sont confrontés.

    L’Internet, par le biais des médias sociaux comme Facebook, Twitter, les téléphones por­tables, Youtube, etc, permet de démocratiser la politique en Afrique. Le phénomène des citoyens journalistes prend également de l’ampleur dans l’ensemble du continent.

     

    Une perspective africaine

    Les ressources du continent sont considérables : 10% des ressources minérales du monde (l’or, le diamant, le fer, l’aluminium, le cobalt et j’en passe). C’est un tiers du capital hydroélectrique du monde. C’est également 10% des réserves mondiales de pétrole et de gaz naturel. L’Angola a fourni en 2004 près de 10% des importations de pétrole des Etats-Unis. Mais il y a aussi la population africaine dont le rythme de croissance est impressionnant.

    L’essor des classes moyennes fait partie des facteurs d’optimisme. La Banque africaine de développement estime dans un rapport de 2011 que la classe moyenne a triplé en 30 ans.

    L’Afrique est devenue le 2ème marché mondial des télécoms, après l’Asie et devant l’Europe et les États-Unis ».

    Orientée vers l’exportation, l’extraction pétrolière notamment, mais plus généralement les matières premières, constituent la principale richesse produite.

    Pour les entreprises occidentales, c’est sans doute le moment de s’intéresser aux potentiels du continent. Comme la géopolitique l’y invite : sans idées reçues, ni vaines illusions.

     

    Conclusion  

    La très forte pression démographique que connaît et connaîtra l’Afrique pourrait constituer un danger sans dynamisme économique et sans tissu productif local, régional viable.

    Il nourrit par cascade d’immenses défis, parmi lesquels la gestion des flux de populations et en particulier celle de la dynamique urbaine. On l’oublie parfois, vu d’Europe, mais l’essentiel des flux migratoires et de réfugiés africains se limite au seul continent.

    Pour autant, « l’image de l’Afrique est désormais celle d’un continent qui avance à grande vitesse », assure le quotidien Le Monde (23/12/2015).

    Les hommes d’État comme les citoyens ont désormais à rechercher dans le commun qui les fonde la ressource afin d’imaginer des solutions aux problèmes en suspens.

    Ces solutions seront forcément coopératives, et donc pragmatiques

    Un impératif : penser le monde à partir d’une exigence de dignité humaine inscrite dans la nature essentiellement culturelle de notre espèce. 

    Pour voir le compte-rendu de séance, cliquer ici

                                                                         

    « Comment voir le monde en 2100 ?C.R. du débat du 27 Jan 2017, le monde en 2100. »

  • Commentaires

    1
    Jean-Jacques
    Vendredi 2 Février à 18:50

    Cette introduction est bien charpentée et fait bien le tour des questions qui se posent en Afrique, dont la solution pilote ce qu'elle deviendra à l'horizon ...2100.

    Il y manque cependant la dimension régionale : peut-on vraiment parler de l'Afrique comme d'un tout, alors qu'il y a des pays aussi différents que ceux du Maghreb au Nord, de l'Afrique du Sud à l'opposé, et de tous les pays "noirs" entre les deux, chacun ayant des particularités quasiment incompatibles avec celles de ses voisins (ressources, religion, régimes politiques, aspects tribaux plus ou moins accentués,...)

    Le président centrafricain Boganda, mort en 1959, rêvait de bâtir les Etats Unis d'Afrique rassemblant les anciennes colonies françaises. C'était une belle idée, mais utopique. Cependant, il serait bien que les chefs d'état africains, de plus en plus élus démocratiquement, reprennent cette idée, non comme un objectif réel, mais comme une voie à suivre pour mieux coopérer.

    Enfin, une autre question se pose : les cultures africaines sont-elles compatibles avec l'idéal occidental que représente la démocratie, et avec la mondialisation économique ? Si c'est oui, on risque de perdre tout un pan des cultures ancestrales qui forment la diversité africaine notamment dans les modes de vie en commun : on ira vers une uniformisation des pays africains, tentés de ressembler aux anciens colonisateurs. Si c'est non, le chaos qui a réglé l'histoire de la plupart des pays depuis la fin de la colonisation risque de perdurer. Entre ces deux maux, y a t-il une solution viable ?

    2
    Pierre M.
    Mardi 6 Février à 18:43

    Excellente présentation qui fait regretter de n'avoir pu assister à cette séance. Elle confirme les espoirs qu'on peut éprouver pour ce continent si attachant, malgré les nombreuses incertitudes et les risques qui subsistent. Bien sûr les situations politiques, démographiques, économiques et sociales sont très contrastées d'un pays à l'autre ce qui fait qu'un diagnostic global est difficile à porter.

    "L'Afrique noire est mal partie" écrivait – pessimiste –  l'agronome René Dumont dans les années 60, surtout sous l'angle de la dépendance alimentaire, dans un contexte de démographie galopante. Cinquante ans plus tard, Hervé Bichat posait la question suivante "Et si l'agriculture sauvait l'Afrique ?" (QUAE éditions, 2012). Sa réponse était plutôt positive, mais à la condition  que ce secteur économique soit enfin reconnu comme une priorité. Ce qui n'était pas le cas au lendemain de la décolonisation : l'Afrique était toujours considérée comme un "continent minier" (selon un propos de Jean Némo, ancien DG  de l'IRD) et exploitée comme tel.

    Cette situation était confortée par le fameux "Consensus de Washington" qui poussait les pays en développement à se spécialiser dans les cultures d'exportation au détriment des cultures vivrières (combien de producteurs de cacao n'ont jamais connu le goût du chocolat !), à subir les conséquences douloureuses de la fluctuation des prix des matières premières en démantelant les dispositifs de régulation agricole (alors que les pays riches adoptaient des mesures protectionnistes), à subir des tutelles douloureuses, socialement insupportables, pour tenter de sortir de crises économiques et financières à répétition (politiques d'"ajustement structurel" du FMI et de la Banque Mondiale, inspirées de l'idéologie monétariste de "l'école de Chicago")… Le marché faisait la loi !

    Que d'aberrations, que de drames en ont résulté : les villes nourrissaient les campagnes de produits importés, les villes – devenues mégapoles – accueillaient une population rurale désœuvrée à la recherche de moyens de subsistance, les pays pauvres devenaient exportateurs nets de capitaux (le service de la dette devenant supérieur au montant des capitaux prêtés)…

     

    Ces erreurs du passé sont, il faut l'espérer, derrière nous. Ainsi, dans son rapport annuel de 2008 la Banque Mondiale faisait machine arrière en soulignant l'importance primordiale du développement agricole. Bien sûr il n'y a pas que l'agriculture, mais je  suis trop ignorant pour en débattre. Il y a tout de même des signaux qui incitent à l'optimisme (début de transition démographique, retour de la croissance – à l'exception de quelques pays (notamment la Guinée équatoriale, le Sud Soudan, le Burundi…) –, etc. Deux dernières remarques en passant : 1) La Chine s'intéresse à l'Afrique, ce n'est pas sans raison, 2) l'Afrique deviendra à terme, le plus important pôle de la francophonie (85 % des francophones à l'horizon 2050, selon l'Organisation Internationale de la Francophonie) si… on veut bien conforter cette situation.

     

     

     

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