• Une opinion doit-elle toujours se fonder sur une connaissance ?

    Jean-Jacques Vollmer – 23/11/2019

     

    Dans une discussion, il arrive souvent qu'on exprime son opinion sur un sujet quelconque, sans vouloir - ou pouvoir - dire pourquoi on a cette opinion, ou ce qui la justifie un tant soit peu. Peut-on alors penser, avec Gaston Bachelard, que "l'opinion pense mal, elle ne pense pas, elle traduit des besoins en connaissances" ?

    Avant de discuter de tout cela, il est nécessaire, comme toujours, de savoir de quoi on parle. Qu'est-ce qu'une opinion ? Comme nous sommes ici dans un groupe de discussion et pas en train de faire une dissertation sur ce sujet (il y en a plein sur Internet), je me bornerai à dire ce que je pense sur cette question, au risque de me tromper ou d'oublier des pistes de réflexion, que l'assemblée se chargera, j'espère, de mettre en lumière.

    L'opinion individuelle

    Quand un individu donne son opinion, il dit ce qu'il pense à propos d'une question, d'un fait, d'un événement, d'une manière de penser. Cette opinion peut être objective, en se fondant sur des faits incontestables ou une démonstration, c'est à dire sur des connaissances rationnelles. Elle peut aussi, sans être formellement objective, s'appuyer sur des justifications de toute nature qui ne sont pas rationnelles mais qui traduisent un effort, un cheminement de la pensée pour expliquer un tant soit peu ce que l'on pense et pourquoi on le pense.

    Mais dans le langage courant, il me semble que ce mot « opinion » traduit d'abord la subjectivité du locuteur. On a une opinion sur quelque chose quand on l'affirme sans le démontrer ni le justifier. On considère que c'est une donnée de base, une évidence, une croyance qui n'a  pas à être expliquée. On peut dire aussi que c'est l'intuition qui justifie ce qu'on pense : on « sent » que c'est vrai, on pense qu'il y a peut-être une justification, mais sans pouvoir l'énoncer ni l'expliquer.

    Tout ceci étant quelque peu théorique, il convient de donner quelques exemples pour illustrer ce qui vient d'être dit. Je souhaiterais cependant que ces exemples ne deviennent pas l'objet principal de notre débat, car on peut en trouver dans tous les domaines d'activité de l'homme :

                        Quand on rencontre quelqu'un pour la première fois, on dit parfois: « Celui-là, je ne le sens pas, il ne me fait pas bonne impression ». Rien ne justifie ce jugement. Quelqu'un de raisonnable et de réfléchi optera pour un jugement neutre : « Je ne sais pas, on verra à l'usage », il affiche son besoin de connaissance pour fonder son opinion objectivement.

                        Quand un créationniste affirme que le monde a été créé en l'an 4004 avant JC, il va plus loin que la simple opinion, il affirme une chose que personne n'est en mesure de prouver, une croyance absolue que nul ne peut réfuter. C'est un choix a priori qui ne souffre pas de discussion ni de remise en cause.

                        Philippe Coiffet, chercheur en robotique et Intelligence artificielle, démontre dans ses ouvrages qu'un robot ne pourra jamais atteindre le degré de conscience de l'homme. Si on suit son raisonnement, on constate qu'il procède à une démonstration rationnelle aboutissant à une connaissance, et non une opinion subjective. Par contre, quand il ajoute « ...et je dis que c'est une grande chance », il donne son point de vue personnel qui n'est en rien justifié.

                        Quand je discute avec mon fils sur des sujets polémiques pour lesquels nous n'avons pas la même opinion, il se trouve parfois à court d'arguments pour défendre son point de vue. Mais comme il ne veut jamais baisser les armes, sa conclusion pour mettre fin au débat est la suivante : « De toutes façons, c'est ton opinion contre la mienne, et la mienne est tout aussi valable». Toutes les opinions se valent-elles ? C'est le danger du relativisme qui nous guette, dire que tout se vaut revient à nier l'existence de valeurs

    La formation de l'opinion

    Que notre opinion soit une simple conviction ou qu'elle soit argumentée, elle a toujours des causes expliquant sa formation. 

    Lorsqu'une opinion est subjective, elle peut résulter de l'accumulation non formulée ou inconsciente d'influences diverses : éducation par les parents (notamment pour les questions religieuses), conversations avec des proches ou des amis, influence des rumeurs, des médias, valeurs qui sont les nôtres. Elle peut aussi refléter un manque d'esprit critique ou de curiosité. Il faut ici souligner l'influence des leaders d'opinion, ceux qui parlent bien et qui savent convaincre.

    Importance de la dimension temporelle : si on vous demande à brûle-pourpoint ce que vous pensez de quelque chose que vous ne connaissez pas, vous n'avez pas le temps de réfléchir longtemps pour répondre, même si vous avez de la curiosité et un esprit critique. La meileure solution dans ce cas est de rester neutre « jusqu'à plus ample informé ». Mais on ne peut en permanence rester neutre en attendant des informations, cela risque de vous faire passer pour quelqu'un d'inconsistant, qui ne croit à rien, qui ne se mouille pas. Vous vous sentez souvent tenu d'avoir une opinion, de prendre parti.

    Il est aussi très difficile, après s'être exprimé à chaud, de revenir en arrière et changer d'opinion, au risque d'apparaître comme versatile, comme une « girouette ». Souvent, on cherchera alors les seuls arguments défendant la prise de position initiale.

    Il faut développer l'esprit critique des enfants, leur apprendre à penser par eux-mêmes.

    L'opinion collective

    Un groupe de gens est autre chose qu'une juxtaposition d'individus. Il apparaît à  ce niveau d'autres manières de penser que celles qu'on peut trouver chez les individus, puisqu'un individu n'existe jamais seul, il vit en société.

    L'opinion publique, c'est l'opinion majoritaire d'un groupe sur un sujet quelconque. Certains l'appellent la « pensée unique » : plutôt que se forger sa propre opinion, plutôt que de penser par soi-même, ce qui peut être long et peut-être difficile, la majorité des individus préfèrent se rallier à l'opinion générale : c'est plus rassurant, cela renforce l'impression d'appartenir à un groupe en partageant ce qu'on prend pour des valeurs communes. A cet égard, on peut même dire que l'opinion a tort et qu'elle peut être dangereuse même quand elle est vraie, quand on ne sait pas dire pourquoi elle est vraie.

    A titre d'exemple, je citerais la récente déclaration du ministre de la culture à propos des accusations d'atteintes sexuelles d'un grand cinéaste à l'encontre de jeunes comédiennes, et de la manifestation d'un groupe d'individus voulant pour cette raison interdire immédiatement la projection de son dernier film : « Laissons faire la justice et non le tribunal de l'opinion »

    L'opinion publique se partage en divers groupes, chacun d'entre eux ayant une opinion tranchée et radicale sur tous les sujets qui le caractérisent, de manière souvent binaire. Par exemple :

                        En politique, ce que fait la droite est toujours mauvais pour la gauche, et vice versa. Chaque groupe cherche d'abord à confirmer ses dogmes de base, ce qu'il a envie de croire sans jamais se remettre en question, n'essayant jamais de poser correctement les problèmes pour les résoudre si possible rationnellement. L'important est de gagner, et pour cela la position, l'opinion de chaque membre doit refléter celle du parti auquel il appartient.

                        En économie, tout est fondé sur la « rationalité des agents économiques ». Pourtant, il est bien connu que ce qui différencie un homme d'un robot, c'est que l'homme est le seul à pouvoir agir de manière irrationnelle. L'économie se fonde donc sur des postulats faux et ne peut se prévaloir d'être une science permettant d'accéder à des connaissances vraies : l'économie énonce des opinions contradictoires en les faisant passer pour des vérités démontrées.

    Dans la société existent des groupes d'opinion, des groupes de pression : lobbies, medias, presse d'opinion. Aucun de ces groupes ne procède par des approches rationnelles. Au contraire, quand il s'agit de convaincre, tous les moyens sont bons, y compris le mensonge.

    On forge l'opinion publique en s'appuyant sur les moyens de communication au service de finalités majoritairement marchandes. L'opinion publique devient un rouage actif pour réaliser les objectifs des oligopoles qui la pilotent à leur profit.

    On pourra analyser le rôle de l'opinion publique sur certains sujets qui exacerbent les passions : les OGM, les centrales nucléaires, le Brexit, la valeur de la démocratie représentative, le changement climatique, le complotisme, la nocivité des vaccins, etc...Sans oublier le racisme.

    Conclusion

    La connaissance cherche la vérité, l'opinion croit qu'elle la possède déjà.

    L'opinion veut convaincre, la connaissance démontre.

    L'opinion est un obstacle à la connaissance et ne peut se fonder sur elle.


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  • Quelle éthique pour le XXIème siècle ?

    Applications à quelques situations concrètes 

     

    Séance du 9 novembre 2019

     

    Projet de compte rendu thématique

    Contexte des débats : cette séance, rassemblant une vingtaine de participants, ne s’est pas organisée selon les lignes directrices suggérées par le texte d’introduction (conscience de Soi, conscience de l’Autre, conscience de sa situation au Monde). Les intervenants ne se sont pas contentés d’évoquer des situations concrètes, ils sont aussi revenus sur les fondements et la fonction de l’éthique. Le compte rendu qui suit sera donc structuré autour des principales questions qui ont été évoquées et des propositions qui ont été suggérées. Bénéficiant des notes prises en séance par Benoît et Bruno, le rédacteur de ces lignes est le seul responsable des omissions ou erreurs éventuelles.

     

    La nécessité d’un équilibre naturel

    Constat est fait qu’il existe une forte demande éthique dans le monde contemporain, que la réponse est très diversifiée (est notamment citée l’Ethique du samouraï moderne selon maître Isogushi), mais pas toujours consensuelle. Elle se fonde sur des Valeurs, mais y a-t-il des valeurs communes dans un monde en changement ? Dans un monde en crise où l’Etre humain s’est éloigné de la Nature : en maîtrisant les forces de la nature son ubris s’est développé, on est sorti du naturel. Des exemples de cette démesure sont donnés (prolifération du plastique, gigantisme des navires de croisière, etc.). Le développement de la technique moderne nous a éloignés de la réalité du monde vivant. On a bouleversé les équilibres naturels. Il faut les retrouver. Il n’y a rien d’impossible si l’on en prend conscience car, selon Gandhi, « La terre fournit suffisamment pour satisfaire les besoins de tous les hommes, mais pas la cupidité de chaque homme. ».

    Même si le terme de modération n’est pas prononcé, il est sous-entendu dans les propos de plusieurs intervenants notamment par l’évocation des méfaits de l’obsolescence programmée, de l’action de l’abbé Pierre, des barres HLM, tant critiquées de nos jours, mais qui ont permis à de nombreux concitoyens au moins d’avoir chaud et de sortir de la précarité, etc. Dans de nombreux domaines il est possible de gérer plus efficacement des ressources rares (exemple de la gestion de l’eau pour l’irrigation du maïs).

     

    Les comportements

    Nous sommes responsables mais pas nécessairement coupables. L’important est de trouver les moyens de vivre ensemble : il y aura toujours des inégalités, des riches ? des pauvres, des catégories d’individus moins favorisées que d’autres. Il est indispensable que ces différences ne deviennent pas intolérables. C’est pourtant le cas actuellement : les composants du système (système financier, agro-business par exemple) écrasent les individus. Des solutions sont proposées pour remédier à certaines dérives (sont évoqués entre autres les 32 heures, l’éco-féminisme,…).

    Nous sommes à la croisée des chemins : on doit construire l’avenir mais on manque de références. Il faut se garder des utopies, comme le communisme qui fut un enfer pavé de bonnes intentions.

    Ces comportements doivent être évidemment fondés sur une éthique. Mais quelle éthique ? Pour un intervenant l’éthique est une morale débarrassée des croyances. Il se réfère, sans le dire explicitement, aux trois interrogations de Kant « Que puis-je connaître ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? ». La difficulté est que les principes kantiens définissent ce qu’est une personne morale, mais ne disent rien sur ce que cette personne doit faire, ni sur les valeurs qu’elle doit prendre en considération. On ne peut pas se désintéresser des conséquences de nos actes.

    L’éthique doit s’exercer à tous les niveaux, ceux du citoyen, des entreprises et de l’Etat (exemples cités : gilets jaunes, avidité des dirigeants d’entreprises cotées, situation de Hong-Kong).

     

    Le statut de la connaissance

    Avec la science, la connaissance évolue dans le temps, il est donc normal de poser de nouvelles questions, de proposer de nouvelles réponses, mais ce n’est pas de la Science qu’il faut attendre le salut -- elle ne peut qu’éclairer le chemin -- c’est de l’Homme : le progrès humain n’est pas à attendre seulement des progrès scientifiques, l’éducation et la culture y ont place. D’ailleurs le développement des sciences et des techniques nous questionne aussi : partant d’une récente émission de télévision (« Un monde sans viande ? », 7/11/2019) un intervenant s’interroge sur les conséquences techniques, agronomiques, nutritionnelles, économiques et financières, des projets de fabrication de « viande alternative ». Le conso-acteur a un rôle à jouer. On s’interroge aussi sur le rôle ambigu de l’Intelligence artificielle et du statut des futurs robots. 

    Comme pour toutes les sciences cette connaissance doit nécessairement être englobante, dans une approche systémique (Cf. la systémie en psychothérapie).

    Les sciences et techniques ont un côté prométhéen : puisqu’Epiméthée, l’imprévoyant avait laissé l’espèce humaine faible et nue, ayant épuisé toutes les qualités qu’il avait pour mission de répartir entre les êtres vivants, Prométhée a dérobé le feu sacré pour en doter les humains. Mal lui en prit (comme pour son homologue Lucifer, le « porteur de lumière »). Ce côté prométhéen peut être aussi bien le salut que la perte de l’humanité.

     

    En quoi la biologie peut-elle nous orienter ?

    Il est évident que le Vivant a des propriétés remarquables. Les techniques modernes comme l’électronique, la robotique, l’informatique sont peu de choses par rapport à ses propriétés.

    Pour un intervenant la caractéristique d’un organisme vivant c’est d’abord sa faculté de reproduction. Cette assertion est un peu trop sommaire : les virus eux-aussi peuvent se reproduire, sont-ils des êtres vivants ? On cite même le prion, simple protéine qui, lorsqu’elle change simplement de structure spatiale, devient pathogène en se multipliant dans le cerveau de certains mammifères (Cf. maladie de la vache folle). Les cristaux minéraux peuvent aussi se reproduire.

    Il est faux de prétendre que nous sommes « habités » par des cellules. Et il n’y a pas de frontière nette entre inerte et vivant. On avance justement que la vie est une propriété émergente de l’inerte organisé.

    Peut-on tirer de ses spécificités des règles de comportement ? Cette question essentielle est à peine abordée. Tout juste cite-t-on incidemment la prise de position d’un biologiste réputé (Marc-André Selosse) contre les excès de l’hygiénisme contemporain (la douche quotidienne détruisant le microbiome protecteur de la peau).

     

    Et la liberté dans tout ça ?

    La question de la liberté du vivant suscite des interprétations diverses. Bien sûr un être vivant a plus de liberté qu’une pierre. Mais est-il vraiment libre ? Beaucoup, se référant à l’être humain, estiment que la liberté n’est pas totale puisqu’elle est encadrée par des règles codifiées qui nous permettent de vivre ensemble (déclaration des Droits de l’Homme, civisme…). En fait cette affirmation ne met pas en cause la thèse défendue. S’il y a règles c’est bien qu’en leur absence les humains seraient livrés à leurs seules pulsions. Le Principe Responsabilité d’Hans Jonas est justement lié à cette propriété fondamentale du Vivant, sa liberté.

    Un intervenant rappelle d’ailleurs que déjà Georges Bernanos, inquiet de l’évolution de l’homme moderne à la fin de la dernière guerre mondiale, posait la question « La liberté pour quoi faire ? ».Mais peu importe l’individualisme libertaire : il n’est pas opposé à l’altruisme quand il permet une meilleure prise de conscience

     

    Conséquences pour la société

    - Conséquences techniques.

    Puisque la science moderne nous donne la possibilité d’éradiquer des parasites dangereux, au nom de quoi s’en priverait-on ? On fonde beaucoup d’espoir sur le forçage génétique pour éradiquer les moustiques vecteurs de paludisme (plus de 400 000 décès par an). Pourtant les choses ne sont pas aussi simples : risque de chaos écologique, risque contournement génétique des moustiques cibles, une preuve de la grande résilience du vivant.

     

    - Conséquences économiques.

    Certains contestent la critique du capitalisme qui nous a apporté bien-être et libération.

    Est surtout contestée la critique de la croissance. Il faudrait distinguer la croissance en quantités de matières premières ou de kilos de produits finis d’une part et la croissance en termes de temps de travail, de services rendus d’autre part. La première a atteint ses limites. La seconde est vertueuse. Cette distinction mériterait discussion.

    Il faut limiter la consommation. Cette prise de conscience est assez nouvelle. Comment faire ?

    Pourtant le système économique actuel n’a pas que des défenseurs. On accepte l’idée que la gestion privée des biens publics n’est pas la meilleure option, que les GAFAM (les « Grandes Compagnies » de notre temps) ont un rôle pervers, qu’il est nécessaire d’imposer des limitations externes à l’excès de liberté destructrice. Mais qui doit le faire ? Les Etats ? Dans une économie mondialisée ils ont perdu tout pouvoir d’initiative. L’UE ? Elle est trop inféodée à « l’ultra-libéralisme ». Les accords internationaux ? On critique le CETA et pointe l’échec de l’Accord de Paris de la COP21. Les organisations internationales ? Exemple est donné de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) qui a des positions très éthiques sur le travail, notamment celui des enfants, mais qui n’a pas de « casques bleus » (ou blancs) pour les faire respecter. Alors qui ?

     

    P. M. 11/11/2019

     


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  • L’idéal démocratique, le mythe de l’égalité des chances, la méritocratie, contribuent-ils à obtenir une société juste ?

    I/ Une définition de l’idéal démocratique : Ensemble des principes et des valeurs, visant à assurer la participation libre et égalitaire des individus, à la construction d’une société au service de leurs aspirations, aussi bien à travers le système politique, qu’à travers les interactions existant entre les membres de la société. Il s'appuie sur les valeurs vécues comme complémentaires, de la liberté et de l'égalité.  

    II/ En quoi consiste la justice lorsqu’on la pense au niveau social ? Si elle est relativement claire d’un point de vue civil ou juridique, la justice n’est pas du tout une notion facile à définir d’un point de vue social, puisque, déterminer ce qui est socialement juste ou injuste implique que l’on définisse précisément, la limite entre la liberté de chacun et l’égalité entre tous.

    III/ La justice sociale est une construction morale et politique. En ce sens, elle est le résultat d'une série de choix collectifs, sur ce que doivent être les clefs de répartition entre les membres d'une société. La justice sociale s'appuie donc sur des principes comme l'égalité des droits ou l'équité des situations, principes découlant des valeurs de la société, pour déterminer les formes de solidarités collectives.

    La justice sociale représente donc, à un moment donné, l'ensemble des choix qui vont régir la définition des droits et devoirs sociaux, et en résultat, les règles sociales de répartition ou de redistribution.

    Remarque de Michael J.Sandel : « La justice ne nous renvoie pas seulement à la question de savoir comment répartir des biens. Elle exige aussi que nous sachions les évaluer ».

    IV/ L’Egalité correspond à des situations identiques, entre individus, face aux droits qu’ils peuvent revendiquer, face aux conditions d’existence et face aux ressources rares auxquelles ils peuvent prétendre.

    V/ Les Inégalités : JJ Rousseau Discours sur l’origine de inégalité parmi les Hommes 1755 « en société, l’Homme apprend à se comparer à ses semblables, ainsi naissent l’envie et le désir d’être le premier et le plus considéré, ce qui conduit à différents privilèges, dont quelques uns jouissent au préjudice des autres». L’Observatoire des inégalités propose la définition suivante : on peut parler d’inégalités « quand une personne ou un groupe détient des ressources, exerce des pratiques ou a accès à des biens et services socialement hiérarchisés », sous-entendu « et qu’une partie des autres ne détient pas ». 

    VI/ Notions d’Inégalités justes : John Rawls, philosophe américain, dans sa Théorie de la justice parue en 1971, donne l’exemple d’un entrepreneur faisant prospérer son entreprise en créant des emplois et distribuant des revenus, il profite alors d'une inégalité « juste ». Les inégalités de richesse et d'autorité, sont justes si et seulement si elles produisent, en compensation, des avantages pour chacun et, en particulier, pour les membres les plus désavantagés de la société. Certaines inégalités sont admises au nom de la liberté et de l'efficacité.

    VII/ Plusieurs solutions existent pour ménager l’existence de justice sociale et le respect des libertés individuelles.

    Le Mérite résulte de diverses qualités (effort fourni, volonté, prise de risque, courage, responsabilité, capacité d'innovation, talent ...). Selon Yves Michaud : « La conception démocratique du mérite entend établir un lien direct entre la valeur des individus et leur responsabilité ; entre leurs efforts et performances d’une part, et les positions sociales qui leur sont attribuées, d’autre part ».  

    La Méritocratie  est un principe ou un idéal d'organisation sociale qui tend à promouvoir les individus dans différents corps sociaux ; école ; université ; grandes écoles ; institutions civiles ou militaires ; monde du travail ; administrations ; État, etc. en fonction de leur mérite (aptitude, travail, efforts, compétences, intelligence, vertu) et non d'une origine sociale (système de classe), de la richesse (reproduction sociale) ou des relations individuelles (système de « copinage »).

    L'égalité des chances est un principe au cœur de l'idéal démocratique elle est une des conditions du contrat démocratique. Analysée par Alexis de Tocqueville au XIXe  siècle, elle a pour fondement « l'égalité des conditions sociales » entre les citoyens : nul privilège lié à la naissance, à l'origine ethnique, à la fortune, ne doit empêcher quiconque d'accéder aux positions sociales, économiques ou politiques auxquelles ses compétences lui permettent de prétendre. Les conditions de la « compétition sociale » doivent être les mêmes pour tous, et ne pas avantager certains ou désavantager d'autres, de manière à permettre la mobilité sociale en ayant : 

                1. L'accès au savoir               2. L'accès à l'emploi              3. L'accès au pouvoir

    L’Egalité méritocratique des chances Frédéric Gonthier : La norme d’égalité repose sur un principe d’identité entre rétributions sociales : chacun, quelle que soit sa contribution, reçoit exactement la même gratification. La norme du mérite repose à l’inverse sur un principe de proportionnalité entre contributions et rétributions sociales : chacun reçoit en fonction de ce qu’il a apporté au système d’interactions dans lequel il est inscrit.

    L’Utilitarisme : Dans l’œuvre de Jeremy Bentham qui date de 1776, cela consiste en la réalisation du « plus grand bonheur pour le plus grand nombre ». 

    La Discrimination positive : Le principe est d'admettre que l'ordre naturel des choses n'organise pas la compétition sur des bases égalitaires. Certaines populations ont objectivement moins de chances de succès compte tenu de handicaps économiques, sociaux ou culturels. Il faut donc leur réserver un « traitement spécial », sorte de réparation du préjudice subi. Ainsi, les quotas ethniques dans certaines professions, la loi sur la parité hommes / femmes aux élections, la création de zones d'éducation prioritaires, ou le dispositif de quotas à l'entrée des grandes écoles ou des classes préparatoires ont pour ambition de niveler les chances.

    Remarque de Yves Michaud : « Pourquoi faudrait-il que les enfants des banlieues défavorisées aient pour ambition suprême d’aller à Sciences-Po, plutôt que de devenir poètes, artisans, ou simplement de mener la vie qu’ils veulent en suivant les modèles qu’ils veulent et pas nécessairement ceux de la bourgeoisie du pouvoir en place ? Quels modèles de vie réussie propose-t-on sous couvert d’égalité des chances ? » 

     

    VIII/ Amartya Sen, prix Nobel d’économie 1998, propose de prendre en compte l’existence des situations concrètes et diverses d’inégalités, pour favoriser le développement des capacités ou « capabilités » de chacun à partir de ses choix personnels, loin de tout égalitarisme abstrait. Il démontre avec une grande justesse que les inégalités ne s’évaluent pas simplement en termes de revenus, mais en fonction de nombreux critères (risque, éducation, soin, etc.).

     

    IX/ Ce que pourrait être une société juste : Pour Vincent Dupriez, la notion générale de méritocratie renvoie au principe, qu’une société juste est une société qui octroie à chacun la place qu’il mérite, en fonction de ses efforts et de ses talents, plutôt qu’une place abusivement héritée.

    Selon Xavier Darcos : « Pour qu'une société soit juste, il faut voir le citoyen non comme un individu concret, traversé d'états d'âme compassionnels et de convictions abruptes, mais comme un sujet de droit qui jouit des droits politiques (libertés de conscience, d'expression, d'innocence présumée, etc.) et qui doit, en échange, respecter les lois ou participer aux dépenses et obligations collectives ».

    « Une société juste ne peut supprimer toutes les inégalités sociales et économiques, quelle que soit sa volonté d'aider ses membres les moins avantagés ou d'assurer l'égalité des chances, surtout quand tout se traite à l'échelle planétaire. » « La question de la répartition et/ou de la compensation reste la clef d'une société juste. »

    Pour John Rawls, une société doit être juste avant d’être égalitaire, et respecter trois principes :

    1/ Garantie des libertés de base égales pour tous ; 

     2/ Egalité des chances ;

     3/ Maintien des seules inégalités qui profitent aux plus défavorisés.

    X/ Débats et contestations : Une société n’est pas juste parce qu’elle encourage les Hommes à bien vivre, parce qu’elle cultive en eux les aspirations les plus élevées, ou parce qu’elle fortifie leurs idées morales, mais uniquement parce qu’elle traite ses citoyens sans partialité et de manière équitable. 

    XI/ Interrogations : Tous ceux qui occupent la position la moins favorisée sont-ils justiciables du même traitement ? Parmi eux, certains sont sans aucun doute victimes de leur origine sociale, ou d’un manque de chance et de capacités naturelles. Mais d’autres portent peut-être la responsabilité de leur sort en raison de leurs choix, de leur imprudence ou de leur inertie.

    L’idéologie méritocratique qui sous-tend notre référence au mérite, articule deux exigences : celle de l’individualisme et celle de l’égalité. Comment donc concilier les valeurs de l’individualisme (le mérite, la volonté, la responsabilité) et l’effort de solidarité (la dette sociale) ? L’enjeu de cette interrogation n’est pas simplement de penser une meilleure répartition des revenus mais de valoriser les capacités de chacun à faire quelque chose de sa vie.

     

    XII/ Conclusion : Les sociétés démocratiques reposent sur les principes de liberté et d'égalité. Ces principes sont, dans l'idéal, proclamés comme complémentaires. Mais la réalité des rapports sociaux peut les rendre contradictoires. Pour les concilier et les réconcilier, l'action de l'État apparaît indispensable, afin d'assurer l'égalité des chances. Celle-ci est la condition incontournable pour que les inégalités perçues comme justes soient acceptées par le corps social.

    Si la fierté de réussir n’est plus la motivation première, quel code spirituel peut venir soutenir l’encouragement à donner le meilleur de soi même. Les inégalités sociales issues des différences de mérite, ne peuvent être considérées comme justes, que si les individus sont également libres de mettre en jeu leur mérite. La liberté d’évolution et de progression est ouverte à tous, ce qui aboutit à une société non figée et à créer inévitablement des écarts entre les individus.

    Une déclaration d’un député à l’assemblée nationale en novembre 2018 : « Il n’y a pas d’ordre public possible, ni même souhaitable, sans justice sociale ». Goethe 1793 disait « Je préfère commettre une injustice que de tolérer un désordre. » En ces temps de réformes, choix cornélien ?

                                                                                                                                      Daniel Soulat 05/10/2019

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  • Café débat de Saint Quentin en Yvelines

    Débat du samedi 28 septembre 2019

    « Quelles citoyennetés dans le monde d’aujourd’hui et de demain ? »

    Débat introduit par Bruno Sauvage

     

    Lors du Grand débat national, au mois de mars 2019, nous avons adressé au Gouvernement une longue liste des attentes exprimées par les membres du Café-débat qui avaient participé à la rédaction de la contribution. Mais si l’on examine les attentes exprimées, on aurait pu les classer en trois catégories :

     1°) - Les sujets, qui par leur dimension mondiale, appellent un renforcement des coopérations internationales ou des institutions internationales. Face à ces enjeux nous devons avoir conscience d’être des citoyens du monde.

    2°) – Les sujets qui relèvent clairement de la compétence de l’Etat. Nous sommes et nous restons citoyens de notre pays.

    3°) – Les domaines qui relèvent de la compétence des collectivités locales ou territoriales. Elles ont une grande autonomie par rapport à l’Etat, et par conséquent, il faut s’adresser à elles pour les sujets qui sont de leur compétence. Nous sommes citoyens d’une ville et d’une région.

     Je pense, que pour une bonne part, la défiance actuelle à l’égard du politique est la conséquence d’un double phénomène :

            L’inadaptation des pouvoirs nationaux face au contexte de la mondialisation.

            L’inadaptation des pouvoirs locaux, pour répondre aux enjeux d’avenir qui appellent des réponses locales.

    C’est pourquoi, il s’agit de bien identifier les problèmes à résoudre, et les niveaux de responsabilités en cause pour exercer pleinement notre rôle de citoyen.

    1°) – CITOYEN DU MONDE

    L’action gouvernementale s’inscrit dans un contexte international. Mais les activités économiques et financières ne sont pas confinées à l’intérieur des limites des Etats, alors que l’autorité des gouvernements ne s’exerce que sur leur territoire. Ce constat s’applique aussi à la gestion des ressources naturelles qui appelle des arbitrages à l’échelle mondiale.

     Chaque Etat se préoccupe de la compétitivité de son économie, et on ne peut pas le lui reprocher, mais toutes ces politiques nationales non coordonnées ne font qu’aggraver la crise générale :

    -         Elles encouragent l’optimisation fiscale, les paradis fiscaux et la spéculation financière, avec la course au moins disant fiscal entre les Etats. Les Etats perdent ainsi les ressources fiscales qui leur permettraient d’exercer leur rôle de redistribution et de lutter contre les inégalités.

    -         Elles durcissent les relations entre entreprises et travailleurs, avec un travail de plus en plus précaire pour une grande part de la population, et un enrichissement colossal des personnes situées au sommet du monde des affaires.

    -         Elles ne permettent pas de mettre en place des règles de gestion durable des ressources naturelles, règles de gestion qui doivent être élaborées à l’échelle mondiale, pour être efficaces et équitables.

     Les Etats doivent se donner collectivement les moyens de répondre à ces trois catégories de défis à l’échelle de la planète. Avec les associations citoyennes de dimension internationale, nous devons plaider auprès des responsables politiques des divers pays pour qu’ils s’engagent encore plus dans cette voie, et nous devons plaider pour que les institutions internationales (Union Européenne, ONU, OCDE, …) aient un rôle accru dans la marche du monde.

     La mondialisation est un fait, il ne s’agit pas d’être pour ou contre, mais de mettre en place les institutions internationales de coopération capables de la gérer. Le repli sur les frontières étatiques ne résoudrait rien et ne ferait qu’exacerber les problèmes.

     2°) – CITOYEN DE NOTRE PAYS

     En France, nous accordons un grand rôle à l’Etat. Mais nous devons avoir conscience que l’activité de l’Etat se place entre un environnement mondial dont nous venons de parler et les collectivités locales qui ont leur propre autonomie, notamment depuis les lois de décentralisation de 1982.

     L’Etat garde cependant un rôle central. Nous n’allons pas passer en revue tous ses domaines de compétence, mais souligner un des aspects, dont nous avons beaucoup parlé dans notre contribution pour le Grand débat national, qui est celui de la justice redistributive. En effet, « l’économie de marché n’a aucune raison a priori de générer une structure des revenus et des richesses conformes à ce que voudrait la société. C’est pour cela qu’une fiscalité redistributrice a été mise en place dans tous les pays. … Et l’inégalité des revenus avant impôts ne va pas en s’améliorant dans un monde globalisé ». Comme l’observe Jean Tirole dans son livre ‘’L’économie du bien commun’’.

     La justice redistributrice, c’est bien sûr l’ensemble des services publics qui bénéficient à tous. Mais ce sont aussi les mécanismes permettant d’assurer un revenu minimum à chacun et de réduire les écarts de revenus. Pour nous citoyens, il est important de bien connaître et mesurer les dispositifs de redistribution des revenus existants dans nos institutions, pour apprécier la portée de l’effort demandé aux uns et ce que reçoivent les personnes aidées. Cela peut paraître complexe, mais ce serait un bon travail d’information du public d’établir chaque année pour le Parlement un « Tableau de bord des solidarités », présentant l’impact financier des mesures contribuant à la redistribution des revenus, avec d’un côté les impôts et prélèvements ayant un caractère redistributif et de l’autre l’ensemble des aides aux revenus des personnes.

     

    3°) – CITOYEN DE NOTRE VILLE

     Les communes sont maîtresses de leur urbanisme. Ce sont les maires qui signent les permis de construire et façonnent avec plus ou moins de réussite notre environnement urbain. Les réponses aux problèmes du logement, l’organisation de la vie urbaine et des déplacements, la mixité sociale et fonctionnelle des quartiers, la maîtrise de l’étalement urbain, les enjeux de la transition énergétique, tout cela dépend de l’initiative locale. Le pouvoir central donne des orientations, mais il n’a guère de poids pour les faire appliquer.

     Régions et départements ont eux aussi leur politique d’aménagement du territoire, mais sans autorité sur les communes. Bien souvent, les communes, pour préserver leur « confort local » ne se sentent pas assez concernées par les priorités reconnues au niveau national ou régional. Les documents de planification dont les intercommunalités ont la charge, et qui devraient définir notre cadre de vie futur, ne retiennent guère l’attention des élus et des habitants.

     Dans le domaine social et l’accompagnement des personnes en difficulté ou en recherche d’emploi, les services qui interviennent sont multiples (plus d’une centaine sur un même territoire comme St Quentin en Yvelines) et peuvent relever de la compétence des communes, des intercommunalités, des départements, des régions ou de divers ministères et autres organismes publics.

     Pour nous concitoyens, les pouvoirs locaux sont une nébuleuse confuse. Nous avons bien du mal à distinguer ce qui relève de la responsabilité de la Région, du Département, de l’Intercommunalité ou de la Commune. Nous avons bien du mal à comprendre comment les divers niveaux de pouvoir s’articulent entre eux. Dans ces conditions, comment préparer l’avenir ? Comment organiser la participation des habitants aux débats publics ? Il est nécessaire de clarifier les responsabilités au niveau local. Les lois adoptées au cours du quinquennat précédent (Loi sur les Métropoles, ou loi NOTRE) apportent quelques améliorations mais ne résolvent pas le problème de fond. De mon point de vue (partagé par beaucoup d’autres observateurs), pour clarifier les responsabilités au niveau local, et permettre une plus grande participation des citoyens, il conviendrait de :

             -   Fusionner le Conseil Régional et les Conseils départementaux. (Le Département restant         une circonscription administrative et électorale, mais sans budget ni pouvoir politique propres).

    -         D’élire les conseillers des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre (EPCI) directement sur des listes intercommunales. Il ne devrait y avoir qu’un budget communautaire, les communes ne devenant que des « arrondissements » gérant des services de proximité avec une enveloppe budgétaire attribuée par l’EPCI. 

      4°) – CITOYENNETE ET SOLIDARITE

     Les dispositifs de solidarité institutionnels sont importants dans notre pays, mais la solidarité ce n’est pas seulement des dispositifs institutionnels de redistribution. De même, la maîtrise des consommations d’énergie et la restauration de l’environnement naturel ne pourront pas s’obtenir qu’avec des mesures réglementaires ou fiscales. Le sens de la solidarité se manifeste par les comportements citoyens de chacun, et nous pouvons prendre deux exemples :

    -        Les personnes handicapées, les personnes rencontrant des difficultés dans la vie ou dans leur travail, au-delà de l’aide financière éventuelle, ont besoin d’un accompagnement personnalisé, qui dépend de relations d’amitiés apportées au sein des familles et au sein des associations sociales.

    -         Pour enrayer la menace que représente le changement climatique, nous savons que nous devons adopter un mode de vie beaucoup plus sobre en consommation d’énergie et autres matières premières. Les efforts de sobriété que feront les uns et les autres auront un effet d’entraînement « vertueux » pour tous nos concitoyens. Et le jour où les personnes qui sont en position de responsabilité dans le monde économique et médiatique montreront l’exemple, on peut penser que la transition écologique sera sur la bonne voie !

     En résumé, notre citoyenneté doit s’exprimer selon des moyens spécifiques sur trois niveaux institutionnels :

    -         Mondial, pour les questions qui concernent tous les Etats et tous les habitants de la terre.

    -         National, pour les questions relevant des gouvernements nationaux.

    -         Local, pour les politiques d’aménagement urbain et du territoire et pour les solidarités de proximité.

    Et au-delà de ces trois domaines d’exercice de notre citoyenneté « institutionnelle », une dimension plus personnelle s’impose : la solidarité pratique à l’égard de nos proches et la solidarité s’exprimant par un mode de vie compatible avec la nécessaire transition écologique.

     

     

     


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  • Peut-on, doit-on actualiser les textes fondamentaux ?

               

                                    Benoît Delcourt  le 25 Mai 2019.

             L’humanité, en plein Mystère sur son origine, poursuit sa longue marche vers la Vérité. Cette Vérité est parfois à la portée des humains, dans le cas de la Science quand elle a été vérifiée de multiples fois ; encore faut-il admettre qu’elle peut n’être pas complète, ou être mieux comprise par des lois encore inconnues. Mais pour ce qui est des « sciences sociales » et des religions, il faut bien comprendre que ce ne sont que des chemins possibles vers une Vérité qui nous dépasse; mais  cela n’est pas accepté par cerains, qui croient la détenir ! Plus humblement, il est  possible d’essayer  des voies pour s’en approcher, et certains humains, qu’on peut appeler des prophètes, ont leur avis sur ce qui est fondamental et fournissent des voies à explorer dans des textes  fondateurs.

     La Bible est le plus ancien texte fondateur connu en Occident. Il a sans doute été écrit vers 600 ans avant J.C, du temps du roi Josias, au retour de l’exil des Juifs à Babylone. Cependant, les historiens et anthropologues ne valident pas tous les faits relatés datant d’avant cette date. Par exemple, il n’y a aucune trace du peuple Juif en Egypte. Or c’est justement la période clef décrite dans la Torah, avec Abraham, Moïse, la captivité en Egypte, puis  David, Salomon, etc…. Faut-il en conclure qu’on ne peut rien tirer d’intéressant de ce livre ? Certainement pas ! Il décrit les relations qu’on peut avoir avec cet être mystérieux auquel la Bible ne donne pas de nom  autre que « celui qui est », ou  « un feu qui ne se consume pas» ou plus simplement « l’éternel ». Evidemment, ce livre a été écrit par des humains, et la violence n’en est pas absente : on pense par exemple à la traversée de la mer Rouge à pieds secs  par les Juifs, alors que le Egyptiens, qui les poursuivent, dans l’eau revenue: une lecture littérale indique que  Dieu serait le protecteur des croyants, mais pas des autres. Evidemment, ce n’est pas la lecture des « exégètes », ces intellectuels qui décortiquent les textes en hébreu et trouvent des sens cachés à tous les versets, pour le plus grand bien des religions contemporaines. Les non-exégètes ne savent pas quel sens donner à ces textes, et, comme ils doutent avec raison de leur Historicité, ils passent bien souvent à autre chose.

              Le monde Greco-Romain  fourmille de divinités diverses, mais il ne m’est pas possible de trouver un « texte fondateur », peut-être est-ce sa force ?. Dieu est un être multiple, et, plus qu’un être au-dessus de l’Humanité, il est chargé, ou plutôt ils sont chargés, de décrire la vie humaine, avec ses bonheurs, ses malheurs, ses qualités et ses défauts. Comment être insensible à tant de perspicacité dans les mythes, tant d’amour de la littérature et de la sculpture ? Mais la Vérité sur nos origines n’est pas vraiment recherchée.

            Vint alors le Christianisme. Il partage avec le judaïsme la Tora, appelée « Ancien Testament » chez lui. Mais l’accent est porté sur trois points fondamentaux qui sont liés:

    ---La dignité de tout humain : « il n’existe plus d’esclave et d’Homme libre, il n’y a plus que des fils de Dieu » dit l’apôtre Paul.

    ---Rendre hommage au Créateur ne consiste pas à lui faire des offrandes qui n’engagent pas comme celles des « marchands du temple », mais à considérer tout humain comme « une empreinte du Dieu », et cela dans toutes les cas.

    --L’être humain est naturellement pécheur, et doit toujours se forcer pour appliquer ces deux principes, même et surtout s’il prétend y obéir.

    Cependant, dans les Evangiles, on trouve beaucoup de passages qui ne conviennent plus, à mon avis, à notre époque. Certains sont tellement naïfs qu’il est facile de les gommer: dans le récit de la « multiplication des pains » on dit que les participants nourris étaient cinq milles, « sans compter les femmes et les enfants » ; on parle aussi des « extrémités de la Terre »…. Laissons cela de côté. Beaucoup plus important est le danger d’obscurcir le message Christique en prenant à la lettre les miracles continuels qu‘aurait faits Jésus (il ne les a d’ailleurs pas relatés lui-même), surtout ceux qu’on trouve dans l’évangile de Jean. Or la mentalité d’il y a 2000 ans  donnait une place importante, sinon prépondérante, aux manifestations occultes. Ces passages  peuvent donc être attribués à la mentalité de ces temps lointains.

    Cela dit, une fois ce travail de défrichage fait, que reste-t-il ? Rien ? Non, il reste le principal, qui tient aux trois  principes fondamentaux cités plus haut.

           Du Coran, je ne dirai rien, car je ne crois pas convenable d’écrire des avis  modernistes sur une religion qui n’est pas la mienne.

    Mais il y a bien d’autres textes fondamentaux que la Bible, les Evangiles et le Coran. Il y a les textes Orientaux, dont je laisse plus connaisseur que moi citer au cours du débat.

             Et puis il y a des textes politiques et de société que nous pouvons citer :

     -- La déclaration des droits de l’Humain et du Citoyen, de 1991, qui répondait aux abus de l’Ancien Régime, qui se pensait pourtant « très Chrétien ». Le texte lui-même n’a pas vieilli, cependant les faits révolutionnaires qui ont suivi sa publication sont pour le moins critiquables.

     --Le Capital, de Karl Marx, qui prône, entre autres la « dictature du prolétariat ». Evidemment, toute dictature, même si elle prétend n’être que temporaire, est mauvaise, car elle ne respecte pas l’individu et organise le népotisme et la corruption à haut niveau. De même le fameux « sens de l’Histoire » n’est qu’un leurre : les humains ne sont pas des molécules. Pourtant, la condition du prolétariat était scandaleuse au dix-neuvième siècle, comparée à celle des « gagnants » de l’ère industrielle, et Marx a forcé les Humains à plus d’équité.

     --Plus près de nous, le livre de Simone de Beauvoir : « Le deuxième sexe » est  généralement pris, au moins en France, comme le manifeste de Libération de la Femme. La femme vivait alors sous la tutelle complète de l’homme, et c’est cette situation que ce livre combat. Pourtant, là aussi on trouve des passages typiques de cette période et qui ne conviennent pas : par exemple, le long chapitre sur la maternité commence par une vingtaine de pages sur l’avortement ! Simone avait, dit-on, horreur des enfants, et Sartre disait qu’avoir des enfants était une « bêtise extrême ». Il n’empêche, Simone de B. a bel et bien écrit un texte fondateur, qui a sans nul doute largement influencé notre société dans les cinquante dernières années, et les défauts qu’on peut trouver dans ce livre n’y changent rien (parole d’un homme).

              En conclusion, ce n’est pas parce qu’un texte fondateur comporte des passages qui ne sont valables qu’à la période où il a été écrit, qu’il faut le rejeter en bloc : il peut tout de même aider à trouver un chemin face au Mystère de la Vie ou encore face à l’organisation de la société.

     

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