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    Ecole et Démocratie, laquelle des deux sauvera l’autre ?

     

    I/ Introduction : Depuis les années 1960, la plupart des sociétés démocratiques ont considérablement massifié leur système scolaire. Ce long processus de démocratisation scolaire reposait sur trois promesses, tout en nuançant l'idée de « démocratisation » de l'école:

     

    1-     L’école démocratique de masse devrait être plus juste et moins inégalitaire que la vieille école républicaine.

     

    2-     Cette école devrait aussi développer les compétences, favoriser la croissance et être utile à tous les élèves.

     

    3-     La massification déploierait donc les valeurs démocratiques, l’esprit critique et le sens de la solidarité. Elle devrait favoriser la confiance et l’adhésion aux valeurs de la démocratie.

     

     

     

    Avec la massification non seulement des élèves longtemps scolarisés atteindraient un meilleur niveau de culture générale, mais, quelles que soient leur réussite  et l’utilité de leur diplôme, ces élèves longtemps éduqués dans une école guidée par les valeurs de la démocratie et de la raison seraient des citoyens plus ouverts, plus actifs, mieux informés, plus autonomes et plus profondément attachés aux vertus cardinales des institutions démocratiques.

     

    L'égalité des chances est un principe au cœur de l'idéal démocratique, elle a pour fondement « l'égalité des conditions sociales » entre les citoyens, de manière à permettre la mobilité sociale en ayant : 

     

                1. L'accès au savoir                2. L'accès à l'emploi               3. L'accès au pouvoir

     

    II/ Historique : En 1985, le chômage des jeunes est à 22%. Le Ministre de l’Éducation nationale, Jean-Pierre Chevènement, est le premier à fixer l’objectif de 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat, d’ici à l’an 2000. Objectif de ce gouvernement (et de ceux qui lui succéderont) : réduire le chômage, ainsi que l’illettrisme. Il avait aussi une motivation sociale. À travers cet objectif très ambitieux, il cherchait à offrir aux enfants des classes populaires une promotion par les études. Une grande partie des élèves jusqu’alors orientés vers des CAP et BEP, suivront dorénavant un cursus de baccalauréat en trois ans. Symbole de la démocratisation de l’accès aux études secondaires, mais dévalorisation des métiers manuels. 

     

    Lors de la loi Jospin en 1989, avec le pédagogue Philippe Meirieu l'idée d'une formation de l'élève à son futur statut de citoyen est portée par l’école « éducation à la citoyenneté ».  

     

    III/ Mission : Une mission fondamentale de l’école est d’éduquer, d’instruire, former. En dehors de cela elle est aussi tenue de transmettre  des valeurs et des représentations communes, voire des sentiments partagés en respectant autrui.

     

    En mars 2005 F. Fillon instaure le socle commun de connaissances, de compétences et de culture, il représente ce que tout élève doit savoir et maîtriser à 16 ans. Il rassemble l'ensemble des connaissances, compétences, valeurs et attitudes nécessaires pour réussir sa scolarité, sa vie d'individu et de futur citoyen, il sera actualisé par différents Ministres. 

     

    IV/ Démocratisation ou massification : enseignements tirés 

     

    1/ Alors que la diffusion considérable de l'accès à l'enseignement est incontestée, faut-il pour autant parler de démocratisation ? Le terme « massification » ne convient-il pas mieux si l'allongement des études n'a pas diminué les inégalités de cursus scolaires selon l'origine sociale ? 

     

    2/ Le déclassement des diplômes désigne le fait de posséder un niveau de formation supérieur à celui requis pour l’emploi occupé. Pour certains étudiants poussés  à chercher des diplômes de plus en plus élevés pour se classer au mieux, ce qui ne peut qu’accentuer la mécanique de déclassement.

     

    3/ L’élargissement considérable de l'accès à l'enseignement supérieur est analysée en termes d'inflation scolaire, source de désillusion pour les nouveaux diplômés, c’est par exemple le cas des jeunes dotés d’un bac professionnel qui deviennent pour près des 2/3 ouvriers qualifiés 

     

    4/ Trop d’élèves de nos jours sont orientés par défaut et se retrouvent dans des voies qui ne les satisfont pas. L’orientation doit être vécue comme quelque chose de positif, quelque chose d’individuel et de choisi, pas une sanction.  

     

    5/ Manque d’adéquation formation-emploi et Chômage : C’est évidemment le marché du travail et les employeurs qui définissent l’employabilité par la nature des savoirs et des compétences qu’ils valorisent.

     

    6/ Redoublement : En 2016 27% d'élèves "en retard" en terminale, alors que 9,1% des élèves en primaire étaient "en retard" en 2016, contre 17,2% en 2005, ce qui montre qu’à vouloir supprimer le redoublement on le reconduit plus tard. 

     

    V/ Solutions pour intensifier le respect de la démocratie :  

     

    1/ L’emprise éducative visée par la massification scolaire se heurte aux très profondes mutations de la sociologie juvénile emportée par l’allongement même de la jeunesse et par le monde des écrans et du numérique.

     

    L’essentiel est que tout cet espace de socialisation (les réseaux) échappe à l’école comme il échappe aux familles et qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Les promesses de l’école un surcroît de démocratie de tolérance, de confiance dans les institutions et dans les autres, sont donc confrontées à une situation étrange, les adolescents et les jeunes sont de plus en plus nombreux à être scolarisés de plus en plus longtemps au moment même où la capacité de socialisation de l’école, sa vocation ‘morale’, semble inexorablement décliner.

     

    2/ L’école sauvera-t-elle la presse ? Plus informé, plus individualiste, plus engagé dans les réseaux et les écrans, le nouveau citoyen prend de plus en plus de distance avec la vie politique.

     

    L’école publique est le lieu privilégié pour développer le goût de la presse des jeunes et leur inculquer de bonnes pratiques. Comment sauver la presse, garante du bon fonctionnement de notre démocratie et de la cohésion sociale?

     

    La forte croissance du groupe de personnes privées d’informations de qualité est un problème important pour notre démocratie. Ces personnes sont davantage susceptibles d’être manipulées ou de retransmettre des informations fallacieuses que d’autres catégories de la population. L’école publique, qui accueille tous les enfants pendant de longues années, constitue le lieu privilégié pour développer le goût de la presse et leur inculquer de bonnes pratiques. Le temps presse.

     

     

     

    3/ Le ‘socle commun’ cible privilégiée par la Cour des comptes : En décembre  2017 suite à la demande de l’Assemblée Nationale, la Cour des comptes publie un rapport sur « L’éducation Nationale : comment organiser son évaluation pour améliorer sa performance ? ».

     

     

     

    Pour cela il est proposé d’arrêter une cible centrale : évaluer les acquis des élèves durant la scolarité obligatoire  Un consensus pourrait se dégager pour estimer comme condition première et nécessaire à l’évaluation du système éducatif, la mesure du degré de maitrise du socle commun de connaissances, de compétences, de  culture, d’instruction morale et civique, qui clôt la scolarité obligatoire, il prend en compte les élèves âgés de 16 ans.

     

    Il s’agit d’un enjeu majeur comblant une carence actuelle car la seule appréciation donnée à l’opinion publique sur la performance du système scolaire français provient d’une enquête internationale d’ensemble (PISA). Il faut aussi diffuser et faire partager cette culture de l’évaluation avec les parties prenantes que sont les parents d’élèves.

     

    4/ Former et aider les professeurs à répondre aux contestations de leur enseignement.

     

    VI/ Conclusion : Le bilan est pour le moins nuancé : Nous ne devons pas en ignorer les résultats : De 29,4% en 1985, à 62,8% en 2000, ce n’est qu’à la session 2019 du baccalauréat, que 80,0 % d’une génération est titulaire du diplôme du bac. Le taux de réussite au bac toutes générations est de 88,6% en 2019, alors qu’il était de 67,2% en 1985.  A la question « L’école peut-elle sauver la démocratie ? » Si l’on examine l’adhésion aux valeurs démocratiques cela dépend du niveau de diplôme obtenu, il semblerait que  les vertus civiques et la confiance démocratique promues par l’école sont intériorisées par les plus diplômés alors que les autres semblent de plus en plus en retrait et défiants.

     

    L’application du  socle commun est un élément central à renforcer au niveau des élèves pour répondre à la question « L’école peut elle sauver la démocratie ? ». L’enseignement a aussi un rôle primordial envers la formation des élèves, aux consultations et à l’expression au travers des réseaux numériques, et former les élèves aux études de presse et débats.

     

    François Dubet en quelques mots donne une réponse à notre question de départ, « L’école a-t-elle réussi à relever le défi de la démocratisation ? »  Oui, l’école est beaucoup plus égalitaire et démocratique qu’avant. Si nous considérons l’évolution chiffrée et son taux de scolarisation battant tous les records, la démocratisation quantitative a incontestablement eu lieu. En revanche la démocratisation qualitative n’a pas été réalisée dans la mesure où  le système scolaire actuel laisse un nombre non négligeable d’enfants en échec scolaire, les inégalités sociales perdurent, l’égalité des chances n’est pas réelle. Le système français n’a  pas réussi à concilier la massification de l’éducation avec l’égalité des chances.

     

    Coté démocratie à l’école, 49 % des enseignants disent s'être déjà autocensurés notamment sur la laïcité, il est urgent d’agir (rapport Obin), certains reçoivent des menaces de mort.

     

     Pour lire un compte-rendu du débat

     

                                                                                                  Daniel Soulat  13/03/2021

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    ANNEXE

     

    L’Education Nationale c’est en 2018 70 milliards de crédits, elle emploie un million d’agents pour éduquer 12,352 millions d’élèves (6,65 dans le 1er degré, 5,7 dans le second).

     

     

     

    1/ Les inscriptions dans l'enseignement supérieur ont ainsi été multipliées par près de 9 en une soixantaine d'années : le nombre d'étudiants est passé de 310 000 en 1960 à 2 678 700 à la rentrée 2020.

     

     

     

    2/ L’Université en chiffres http://www.cpu.fr/information/luniversite-en-chiffres/  2018

     

    – 74 universités
    – 200 000 personnes au service de la formation et de la recherche, dont 60 300 personnes assurant des fonctions administratives, techniques ou d’encadrement

     

    – 1 623 500 étudiants, soit 63 % des étudiants dans l’enseignement supérieur qui choisissent l’Université

     

     

     

    3/ Jusqu'au début des années 1950, moins de 5 % des élèves d'une classe d'âge accède au baccalauréat. En 2017, cette proportion est de 79,6 %. L'élévation de la proportion de bacheliers dans une génération résulte d'un processus de massification du système scolaire français, notamment à partir des années 1960. Cette croissance de la scolarisation tient à des facteurs externes à l'institution scolaire (croissance économique, dynamique démographique) mais également à des politiques éducatives expansionnistes.

     

     

     

    4/ A l’Assemblée Nationale les élus en France en 2017, compte plus de 70% de députés diplômés de l’enseignement supérieur (alors qu’on en compte seulement 27% dans l’ensemble de la population).

     

     

     

    5/ Chez les jeunes : 78% de ceux ayant moins que le bac sont peu ou pas intéressés par la politique, contre 35% de ceux dotés d’un diplôme supérieur à bac + 2. Le taux d’abstention pour la tranche 18-24 ans, quel que soit le type de scrutin, ces dernières années, est supérieur de dix points en moyenne à celui de l’ensemble de la population.

     

     

     

    6/ Le déclassement : aujourd’hui 21% des jeunes qui quittent le système éducatif sont diplômés de l’enseignement  supérieur long, 24% du supérieur court, jusqu’à la licence, tandis qu’environ 10% sont sans diplôme ou dotés simplement du brevet des collèges. Les déclassés diplômés d’une licence 49,7% quand ils s’insèrent comme employés ou ouvriers. Le taux de déclassés est de 28% pour l’ensemble des diplômés du supérieur.

     

     

     

    7/ Les sortants du système éducatif sans diplôme ont un taux d’emploi, trois ans  après la fin des études de 40% parmi les plus faibles de l’UE, alors que le taux d’emploi des diplômés des grandes écoles est supérieur à 90%.  On remarque la position intermédiaire des bacheliers généraux et des étudiants sortant à bac + 3 ou 4 des filières universitaires générales respectivement 54% et 72%.

     

    8/ Le coût du redoublement est estimé à environ 2 milliards d'euros par an, selon une étude de l'Institut des Politiques Publiques (IPP) publiée en 2015. L'IPP estime le coût du redoublement en primaire et au collège à environ 1,03 milliard d'euros, dont environ 0,4 milliard pour le redoublement en primaire et 0,6 milliard pour le redoublement au collège. Le coût du redoublement au lycée est, quant à lui, estimé à environ un milliard d'euros. Pour l'instant, le projet de réforme de Jean-Michel Blanquer a été prévu à moyens constants, sans augmentation de budget. 

     

    9/ Dans l’esprit des individus, tout se passe comme si tout était joué une fois pour toute à l’école ; la définition de sa propre valeur et son avenir, or quand on sait que 20% environ des élèves qui entrent au collège ont de grandes difficultés pour lire écrire, compter, on peut imaginer ce que sera leur avenir scolaire et social.

     

    10/ Taux illettrés : Illettrisme 7 % de la population adulte âgée de 18 à 65 ans ayant été scolarisée en France est en situation d’illettrisme, soit 2 500 000 personnes en métropole. Le couloir de l'illettrisme traverse notre école. À l'entrée au collège, 12 à 15 % des enfants se trouvent en difficulté sérieuse de lecture. Cela signifie qu'un élève du collège sur dix se trouvera certainement en échec scolaire majeur. À plus long terme, c'est, pour un citoyen sur dix, la promesse d'une exclusion culturelle et sociale. Taux analphabètes : 1% de la population.

     

    11/ Site du parcours citoyen de l’élève  

     


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                          PEUT-ON SE METTRE A LA PLACE DES AUTRES ?

                                              Charlotte Morizur  Le 27 Février 2021

     

    Quel que soit le degré d’égoïsme que l’on suppose chez tout être humain, il y a dans sa nature un principe d’intérêt pour ce qui arrive aux autres. L’empathie, ou capacité à ressentir les émotions et sentiments de nos semblables, est si naturelle que les animaux eux-mêmes en donnent des signes sensibles.

     

    I –Petit lexique de l’empathie :

     

    L’empathie cognitive est l’intelligence qui nous permet, en observant le comportement des autres, de déduire leurs intentions et pensées. On parle d’empathie émotionnelle lorsque l’on partage une émotion qui peut par contagion, nous entraîner dans un fou-rire collectif, un mouvement de panique générale ou que nous nous réjouissons du succès d’un proche quand bien même nous n’y trouvons aucun bénéfice personnel. L’empathie compassionnelle déclenche en nous l’élan qui nous pousse à aller au secours de celui qui souffre ou est en danger. Cependant, l’empathie a sa face retorse et peut, pour des esprits pervers, servirl à malfaisance.

     

    II - Si l’empathie est un décentrement de soi au profit des autres, dans quelles mesures cette capacité nous permet-elle de nous mettre à leur place ?

     

    Il est étonnant de constater que, lorsque l’on considère ses amis ou ses proches, on devine parfois mieux qu’eux-mêmes ce qui va leur advenir alors qu’ils s’apprêtent à prendre une décision capitale.Et donc, s’ils sollicitent notre aide, nous nous efforçons de les conseiller au mieux. Comme le chante avec beaucoup de conviction le sage Enrico, certains le font avec d’autant plus de zèle que les conseilleurs ne sont pas toujours les payeurs… 

     

    L’empathie s’exprime plus spontanément vis-à-vis des personnes qui nous ressemblent ou sont proches de nous : l’émotion a la mémoire courte, la vue rétrécie et peut nous lâcher aussi promptement qu’elle nous a étreint. Alors, est-elle adaptée à un monde où il y a plus de 7,5 milliards d’individus ?

     

    MAIS PRENONS GARDE ! Si l’empathie fait appel à notre générosité et nous porte à aider, soigner, consoler ceux qui souffrent, comment garder la bonne distance entre empathie et compassion pour ne pas se laisser dévorer par l’émotion ?Et puis, on l’a vu plus haut, la capacité à comprendre l’autre sert également séducteurs,gourous, complotistes…certains psychologues excellent dans le domaine de la manipulation ! Alors, comment repérer leurs stratégies et s’en protéger ?

     

    Remarque : Si nous sommes capables, lorsqu’il s’agit des autres, d’embrasser le mouvement général de la vie pour les aider, une telle vision panoramique n’est guère possible depuis notre propre place aussi sommes-nous bien souvent dans l’incapacité de prévoir avec la même lucidité les conséquences de nos décisions. C’est alors à notre tour de nous tourner vers un proche, et de lui poser la question : « Que ferais-tu si tu étais à ma place ? »

     

    III – Conclusion: L’empathie possède des vertus apaisantes et bienfaisantes, et lorsque nous ne rencontrons pas chez les autres la compréhension que nous attendions nous éprouvons un sentiment de désolation et de solitude. Nous l’avons dit, l’empathie est innée, cependant il nous faut sans cesse la cultiver afin que l’indifférence ou l’égoïsme n’altèrent pas cette délicate porosité de l’âme qui nous rend si sensibles à celle des autres.

     

    Pour lire le compte-rendu du débat.

                                                                                                                                    

     


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  • L'individualisme, une force ou une faiblesse pour la société Française?

                                                                                                                                Daniel Soulat.

    I/ Introduction : Les français sont-ils individualistes ? Au mois de juillet 2013, les résultats d’un sondage mentionnent « Pour 80% des personnes interrogées, notre société est minée par des comportements individualistes ».En janvier 2018, un autre sondage pose la question « Dans les années à venir, vers quoi va-t-on ? », parmi les réponses il y a : « Plus d’indifférence à l’égard d’autrui 85%, plus de volonté de s’enrichir et de réussir pour soi 83%, un repli individualiste 76% ».

    L’individualisme a mauvaise image, il est associé à la dictature du marché, à la lutte de chacun contre chacun. Il est considéré comme l’expression d’une raison qui peut même aller jusqu’à engendrer des individus irresponsables, mus uniquement par la rationalité et oubliant toute éthique. Il est aussi perçu comme la cause du repli sur soi, de l’égoïsme, de l’indifférence à autrui, de l’incivilité.

     Une question se pose alors, est-ce seulement un ressenti, ou les français sont-ils bien individualistes ?

      

    II/ Premiers éléments de réponse : Il me semble tout d’abord, quand on parle d’individualisme, qu’il faut immédiatement clarifier le terme pour éviter les malentendus.  

     Il ne faut pas assimiler l’individualisme à la seule définition courante qui le confond avec le repli sur soi et l’égoïsme. L’individualisme est présenté comme la source de nombreux maux de notre société mais n’en est-il pas seulement le fruit et non la cause ? L’individualisme est aussi basé sur des valeurs positives comme, la liberté ou l’égalité des droits et des chances pour tous les individus. En ce sens, il n’est pas forcément synonyme de rupture du lien social.

      Le Larousse donne 3 définitions à l’individualisme : 

      ·        « Doctrine qui fait de l'individu le fondement de la société et des valeurs morales. » 

     ·        « Attitude favorisant l'initiative individuelle, l'indépendance et l'autonomie de la personne au regard de la société» 

     ·        « Tendance à s'affirmer indépendamment des autres, à ne pas faire corps avec un groupe. » 

      Finalement, l’individualisme ne consiste pas nécessairement à ne penser qu’à soi. Lorsque l’individualisme est trop poussé, il se transforme en « égoïsme », et c’est bien l’égoïsme, défini comme « Attachement excessif porté à soi-même et à ses intérêts, au mépris des intérêts des autres » qui s’avère néfaste. A l’inverse, l’individualisme est nécessaire pour l’accomplissement de soi. Finalement être individualiste, c’est garder son esprit critique en toute situation. L’individualisme serait donc nécessaire à l’amélioration de la société. A noter que l’individualisme désigne le refus de tout enfermement identitaire.

     Le livre ‘Ethique du samouraï moderne’ écrit par Patrice Franceschi, fournit un guide pour la conduite de la vie, il donne les éléments qui permettent d’affronter une modernité en continuel flottement, n’offrant  guère de repères sur lesquels s’appuyer. Il souligne « L’homme se construit lui-même pour mieux construire autour de lui ». Il indique « Vivre librement c’est agir et penser par soi même », et insiste sur « La nécessité d’un effort transcendant, qui est un effort individuel en vue d’un bien collectif, où l’on retrouve la générosité ». Enfin, « l’éthique du samouraï moderne, est une éthique du progrès sur soi-même, ce qui peut être un but en soi, complétant tous les autres, afin de quitter la vie meilleur qu’on y est entré, telle est de toute manière l’une des ordonnances de l’éthique du samouraï ».

     

    III/ Explications : Pour bien comprendre cet individualisme qui vise à ce que chacun puisse être une personne émancipée, singulière, libérée, autonome et le caractériser par rapport à ce qu’est le holisme, l’hédonisme et l’humanisme, voici quelques définitions ou significations :

      1- L’émancipation de toute autorité, de penser, de juger, d’agir par soi mêmeest au cœur du processus d’individualisation. L’individu émancipé est celui qui n’obéit plus selon l’idéal, qu’aux Lumières de la raison qui est en lui.

     Selon E. Kant dans son livre « Qu’est-ce que les Lumières ? » : « Les Lumières se définissent comme la sortie de l'homme hors de l'état de tutelle dont il est lui-même responsable. L'état de tutelle est l'incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Elle est due à notre propre faute lorsqu'elle résulte non pas d'une insuffisance de l'entendement, mais d'un manque de résolution et de courage pour s'en servir sans être dirigé par un autre. «Aie le courage de te servir de ton propre entendement », telle est la devise des Lumières ».

     2- La singularité, c'est ce qui nous caractérise et nous différencie des autres. Nous sommes tous différent(e)s, et c'est cette différence qui fait notre richesse.  « Le paradoxe des individus ultra-contemporains, c’est qu’ils se ressemblent tous par le souci de vouloir apparaître comme différents les uns des autres ». Pourtant nous sommes tous interdépendants, contraire du chacun pour soi !

     3- La Liberté : Selon le philosophe Vincent Citot  « L'esprit de la modernité c'est la liberté », « La liberté à laquelle aspire la modernité doit se comprendre comme une recherche d’autonomie ».

     « Elle est l’acte par lequel l’individu refuse de voir son existence, ses valeurs et ses normes déterminées par une instance extérieure, quelle qu’elle soit ». « Ne rien tenir pour vrai et pour valable que ce que j’ai moi-même vérifié et pensé, tel serait le principe de la modernité », que Descartes a explicité en son temps.

     4- Holisme : Il privilégie le tout de la communauté, là où l’individualisme privilégie l’individu et ses valeurs. 

     Autrement dit, l’individualisme est une catégorie sociologique, et non morale.

     

     IV/ Les doctrines qui contribuent à donner une mauvaise image de l’individualisme :

     L’Hédonisme : est une doctrine qui fait de la recherche du plaisir et de son intensité le fondement de la morale et le but de vie. Le plaisir est considéré comme le bien le plus important de l'existence humaine.

     L’Humanisme : est une théorie, doctrine qui place la personne humaine et son épanouissement au-dessus de toutes les autres valeurs.

     

    V/ De nos jours, l’individualisme est il condamné à l’héroïsme ? Dès sa naissance, le petit enfant est confronté à la concurrence, car ses parents le souhaitent intelligent, sans déficiences physiques et autonome le plus tôt possible ; dès son entrée à l’école, il est voué à la lutte pour les bonnes notes, car ses parents ont appris que l’échec scolaire annonçait le ratage de toute une existence ; à sa sortie de l’école, il lui faut affronter le risque du chômage ou du déclassement. L’individu est donc une créature contrainte d’affronter sportivement et sans faillir le cap de toutes les « compétitions » qui mènent à la réussite.

      Ne pas confondre l’accomplissement de soi, relevant davantage de la révélation des ressources personnelles, avec le dépassement de soi relevant davantage de la logique de la compétition.

     

    VI/ Conséquences, risques, questions, remarque : L’individu du xxie siècle est tout autant un héros qu’une victime de l’individualisme. Il en est une victime quand il doit donner exemplairement l’image de l’autonomie, valeur suprême de la démocratie libérale.

     Les risques sont le relativisme et le narcissisme, avec pour conséquences une certaine angoisse existentielle, on fait ce que l’on veut mais on ne sait plus quoi faire. Si c’est la liberté de choix qui compte avant tout, on risque alors de ne plus rien respecter, de se comporter comme un simple consommateur au supermarché des valeurs.

     Comment assurer la cohésion et la paix civile d’une société formée d’individus qui poursuivent séparément les uns des autres leurs intérêts particuliers ? Si chacun ne se préoccupe plus que de lui-même, de ce qui l’avantage, sans considération pour les conséquences sociales de ses actes, ne risque-t-on pas de sombrer dans le chaos ? 

     L’individualisme fondé sur une revendication d’autonomie, peut tout aussi bien devenir le fossoyeur de la démocratie. Celle-ci exige en effet des citoyens actifs, qui prennent le temps de s’informer, de se réunir, de débattre, de participer à la vie politique, non seulement pour défendre leurs intérêts particuliers, mais aussi pour rechercher, avec les autres, le bien commun.

     Remarque : selon France Bénévolat, en 2019 il y avait 20 millions de bénévoles en France, selon France Générosité, l’ensemble des dons représente 7,5 milliards d’euros, comprenant 4,5 milliards issus des particuliers et 3 milliards de mécénat, au total il y a 5,5 millions de foyers donateurs. Donc oui, nous sommes un peuple individualiste, mais il faut comprendre que l’individualisme n’est pas incompatible avec la générosité. 

     

    VII/ En conclusion : Le paradigme de société de notre époque serait de parvenir à conjuguer, les valeurs essentielles de l’individualisme (émancipation, autonomie, singularité, liberté) sur lesquelles il ne saurait être question de revenir, et un sentiment d’appartenance qui tend bien souvent à nous faire défaut.

     L’individualisme ne peut devenir réalité que s’il est à la fois collectif et respectueux de l’altérité, du civisme, ce maillage permettant d’associer liberté et solidarité, autonomie et efficacité, le plaisir d’être soi et d’obtenir la force d’être ensemble.

     L’individualisme est au centre du partage entre individualité et universalité, les opposer est donc une erreur. Le défi de l'intelligence sociale est de proposer une articulation entre l'individu et le collectif. Le principe individualiste rencontre cependant diverses objections. Ainsi, tout individu dépend pour sa survie d'une société, et par extension d'un groupe envers lequel il a naturellement des devoirs.

     

                                                                                                              Daniel Soulat 14/11/2020

     Lire le Compte-rendu du débat.

     

     


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    Compte-rendu personnel du débat du 17 Oct. 2020.

     

                                De la nécessité du pardon. 

     

    Le débat a tourné autour du pardon d’une part de personne à personne et d’autre part de nation à nation.

     

                                       Le pardon individuel.

     

    La personne ayant commis une offense grave envers une autre personne doit impérativement reconnaître sa faute et faire preuve de repentir pour être pardonnée. Dans le cas des attentats islamistes, les revendications de leurs auteurs ne font montre d’aucun remords ou regret il ne peut donc y avoir de pardon de la part de la ou des victimes.

     

    Au lendemain de l’attentat du Bataclan au cours duquel la compagne d’Antoine Leiris trouve la mort, celui-ci écrit une lettre ouverte : « Vous n’aurez pas ma haine ». Dans le même ordre d’idée, on pense à Sophie Pétronin, otage récemment libérée, et dont le travail a été tout au long de ses quatre années de réclusion de prendre de la distance afin, a-t-elle déclaré, de ne pas se laisser « cogner » par la haine et se faire du mal. Une femme dont le fils avait été tué par un jeune homme qui conduisait une voiture volée et sans permis, a pu, à la suite d’un long cheminement intérieur, pardonner au meurtrier de son fils et le rencontrer dans sa prison. Si la douleur était toujours aussi vive, elle a vécu plus sereinement car elle s’était libérée de la haine et de la colère qui la détruisait.  

     

    Le pardon pour l’offenseur nécessite qu’il reconnaisse ce qui s’est passé.

     

    Le pardon est un don, et par le fait même, il profite à l’offenseur comme à l’offensé.

     

    Mais serions-nous capables de pardonner si quelqu’un touchait à l’existence de nos enfants ou petits enfants ? Autre question sans réponse :  Qu’aurions nous fait, pendant la guerre de quarante, aurions-nous résisté on non ? Une intervenante a parlé des propos antisémites tenus par son père après la guerre, et des soupçons qui la traversaient quant à l’attitude qu’il avait pu avoir pendant l’occupation. Elle portait de ce fait et depuis son enfance un fardeau de honte, de doutes.   

     

    Les attentats actuels sont insupportables. Pour certains, ils sont la preuve qu’il n’y a pas de liberté de penser en France (point très contesté !). Mais ils sont dus au fait que certains sont dans une situation où ils se sentent obligés soit de se soumettre et de subir, soit de cogner. Le problème est de leur trouver un moyen honorable de se sortir de la soumission.

     

    La Justice n’accorde le pardon de la société qu’une fois la peine accomplie. Elle rend ses verdicts sans précipitation, pour ne pas être dominée par l’émotion. Quand la Justice n’est pas passée, comme c’était le cas pour les policiers Français qui ont organisé la rafle du « Vel d’hiv » en 1942, la faute non pardonnée peut accabler toute la vie, ce qui fut le cas pour beaucoup de ceux qui ont été concernés.

     

    Le pardon est-il une notion chrétienne ? En tous cas ce n’était pas une notion Grecque ou Romaine.

     

     

     

    Le Pardon de Nation à Nation.

     

    D’emblée, il a été dit que le pardon ne pouvait être qu’individuel. Et pourtant, pour beaucoup, force est de constater qu’il est également très important de Nation à Nation.

     

    Ce n’est pas seulement le résultat de discours de chefs d’Etat, qui peuvent souvent cacher des intérêts économiques.

     

    Question importante : sommes-nous responsables des méfaits de nos ancêtres ? Il est possible de répondre non, pour ne pas dénigrer notre « roman national » cependant ces ancêtres nous ont transmis un héritage très riche, mais aussi des zones d’ombre qui ne doivent pas être occultées.

     

    Deux cas principaux ont été cités :

     

    La réconciliation Franco-Allemande.

     

    Les Allemands ont fait un gros travail de contrition après les exactions commises pas le nazisme, qui avait l’approbation d’une forte majorité d’entre eux ; il est vrai qu’il était difficile de s’opposer au phénomène collectif de cette époque.

     

    C’est ce travail qu’avait bien compris Barbara (la chanteuse, qui était Juive) au cours d’un séjour à Göttingen.

     

                Il n’en est pas de même en Autriche, où, par exemple, on peut être obligé de prendre son petit déjeuner sous la photo d’un grand père SS, et où un des présidents (Kurt Waldheim) était un dirigeant nazi quand il avait vingt-cinq ans (au sortir de l’adolescence, on est plus facilement excusable).

     

    La colonisation, et la « repentance ».

     

    Cette repentance doit être faite avec une parfaite connaissance de l’Histoire, de toute l’Histoire, et d’autre part en évitant de juger de façon simpliste les comportements de nos aïeux qui vivaient à une autre époque et n’avaient pas nos connaissances.

     

    Cela dit, la colonisation s’est installée dans le mépris des « indigènes » et de leur culture. A cette époque, les colonisateurs étaient formatés par les « scientifiques », qui pensaient qu’il y avait des races supérieures. Quel dommage que la France n’ait pas su installer une bonne relation, fondée sur la réciprocité avec les arabes !

     

    Il est vrai que les atrocités dans ces guerres coloniales n’étaient pas d’un seul côté. Cependant, rien qu’au décompte des victimes, qui étaient 10 à 20 fois plus nombreuses chez les « indigènes » que chez les colonisateurs, que ce soit pour la période de la guerre d’Algérie ou pour ce qui l’a précédée (massacre de Sétif le 8 Mai 1945) on voit bien qu’il y avait un déséquilibre dans l’horreur. Il est donc important de faire repentance pour que, comme dans les relations interpersonnelles, il puisse y avoir un avenir dégagé de ce passé de violences.

     

    Mais il n’est pas question de nier les efforts et la bonne conduite de beaucoup de colons, et de fonctionnaires Français, notamment des instituteurs, qui ont eu des relations fraternelles avec les indigènes.

     

    Pourtant, la repentance ne consiste-t-elle pas à tendre la joue droite quand on vous a frappé la joue gauche ? Et d’autre part, ne risque-t-elle pas, si on s’y « scotche », de favoriser la haine ?

     

                                                       CONCLUSION

     

    Le pardon est un acte d’humanité et durant ces deux heures de débat il a été question de faute, remords, pardon, repentir, compassion… bref de tout ce qui pétrit l’âme humaine. Il est plus généreux et courageux de pardonner à l’homme qui a été blackboulé par tout les malheurs du monde que de faire la cour à celui qui par naissance ou fortune a été préservé de la malédiction de la faute.

     

    LES ÂMES : elles sont fragiles souvent et doivent être traitées avec générosité, bienveillance, douceur. On ne vernit pas un bois malade, on le traite en profondeur.

     

     

     

    C.R personnel rédigé par Benoit Delcourt et Charlotte Morizur. 

     

     

     


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                         La Mer, un Océan de promesses,

                                         saurons-nous la protéger ?

     

    1/ Les caractéristiques : La Mer constitue 71% de la surface de la planète soit 370 millions de Km². La Mer représente aussi 97,4% de l’eau sur terre quand l’eau douce souterraine n'en représente que 0,2%.

     

    Plus de la moitié de l’humanité vit à moins de 60 km du littoral, proportion qui devrait atteindre 75% aux alentours de 2030.

     

    En 2015 la France s’est agrandie de 579000 km², l’équivalent de la superficie de l’hexagone. Mais ce n’est pas pour la gloire que l’Etat a constitué depuis 15 ans les dossiers nécessaires à l’obtention de cette extension. C’est pour garantir ses droits souverains afin d’exploiter les ressources à la fois du sous-sol et des eaux sus-jacentes. Le droit de la Mer répond à la Convention des Nations Unies de 1982, selon laquelle, chaque pays côtier dispose d’un espace maritime large de 200 milles marins (370 km), appelé ‘zone économique exclusive’ (ZEE). Celle de la France a plus de 11 millions de km² (la seconde au monde pour ce qui est de la superficie),  dans laquelle l’Outre - Mer constitue 97 % de cette zone française. Au-delà de cette zone, les eaux et les fonds marins sont régis par des instances internationales et considérés comme un bien de l’humanité.

     

    2/ L’océan grand régulateur du climat nous protège : 70 % de l’oxygène que nous respirons provient du phytoplancton. L’océan absorbe 93 % de l’excès de chaleur dû aux émissions de gaz à effet de serre que l’homme injecte dans l’atmosphère.

     

    Véritable pompe à carbone, l’océan absorbe 25 % du CO, ces eaux vont ensuite plonger en profondeur, emportant avec elles cet excès de carbone qui les rend plus acides, ce qui détériore plusieurs espèces, dont le krill sorte de petite crevette constituant la nourriture pour des cétacés, phoques, manchots, calamars et poissons.

     

    3/ La Mer nous fournit de l’énergie : Parmi les ressources énergétiques de la Mer, la première et pour longtemps, c'est le pétrole puis le gaz. Près de 20% de la production cumulée de gaz et de pétrole sur Terre provient de la Mer. La Mer c’est aussi 30% des réserves mondiales de pétrole et de gaz,

     

    Les Energies Marines Renouvelables EMR : vent, courants, vagues, thermiques, ont un potentiel énorme.

     

    4/ La Mer nous nourrit : elle est aussi source de vie : L’aquaculture permet déjà de produire 55% de la production mondiale de poissons. Demain les algues constitueront une part significative de l’alimentation.

     

    5/ La Mer nous soigne : Les biotechnologies marines apportent des solutions nouvelles dans les domaines de la santé, comme dans la lutte contre le cancer, et de la cosmétique.

     

    Les Crambe crambe (espèces d’éponges) diffusent naturellement des molécules toxiques pour se défendre. Il suffit de les chahuter pour qu’elles produisent individuellement 500 milligrammes de composé pur par an. Ce dernier contient plusieurs familles de molécules, dont deux ont des propriétés intéressantes. L’une serait anticancéreuse l’autre antifongique.

     

    Une scientifique française a découvert  le sang d’annélide (petit vers marin appelé Arenicola marina), animal dont l'hémoglobine est la plus proche de l'hémoglobine humaine, ce qui pourrait régler la pénurie sanguine au niveau mondial. L’hémoglobine de ce ver est capable de transporter 150 fois plus d’oxygène que l’hémoglobine humaine, cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour la préservation des organes en attente de transplantation.

     

    6/ Problèmes avérés, et menaces : La surpêche, provoque des disparitions locales d’espèces. Aujourd’hui, on estime que 30 à 40 % des espèces sont surexploitées. Au niveau mondial, les populations actuelles de grandes espèces de poissons représentent moins de la moitié de ce qu’on avait il y a cinquante ans. 

     

    80 millions de tonnes récupérées mais 150 millions vraiment pêchés car remis en partie à l’eau. Pour l’aquaculture, il faut 4 à 6 kg de farine de poisson pour obtenir 1 kg de poisson d’élevage.

     

    La pollution : Des millions de tonnes de plastique sont déversées  en Mer et forment le Gyre ‘7e continent’, aussi grand que la France. Cette pollution met en péril les écosystèmes.

     

    Les récifs coralliens couvrent seulement 0,5% du plancher océanique, ils abritent environ 30% des espèces de poissons, si le réchauffement se poursuit au rythme actuel, tous les éco systèmes très riches en biodiversité auront disparu en 2070.

     

    7/ Les enjeux :

     

    économiques : La Mer est un vaste champ d’exploration pour des minerais, en métaux rares indispensables au développement de l’industrie électronique ;

     

    climatiques : L'océan est le principal réservoir et tampon thermique planétaire. 30 % de l’énergie qui y est stockée est ensuite restituée à l’atmosphère par évaporation, sous forme de chaleur latente pour former les nuages. Il joue donc un rôle majeur pour le climat et la pluviométrie dont dépendent l'agriculture et de nombreuses activités humaines ;

     

    de biodiversité. La biodiversité est le fondement des richesses auto-entretenues des océans;

     

    de gouvernance : La France s'est dotée d'une Agence des aires marines protégées, mais c'est l'ensemble du dispositif de gouvernance maritime qu’il convient désormais de repenser. La France souhaite aussi contribuer à une meilleure gouvernance de la « haute Mer », espace marin situé hors des zones de juridiction nationale ;

     

    énergétiques : Les éoliennes offshores, sur les côtes européennes cumulaient fin 2017, environ 15 gigawatts (GW) raccordés au réseau électrique. A titre de comparaison, une centrale nucléaire française a une puissance installée de 900 à 1500 MW. La France s’est fixée comme objectifs 500 MW d’éolien à l’horizon 2018  et 3000 MW en 2023. Un objectif deux fois moins ambitieux que celui du Grenelle de la Mer, que l’on s’était fixé en Juillet 2009. Alors que le Royaume Uni a déjà installé 5 Gigawatts dans le secteur des EMR, soit l’équivalent de 3 EPR (Réacteur Pressurisé Européen). Mi 2019, Saint-Nazaire est la première concrétisation du développement éolien offshore en France, 80 éoliennes pour une puissance installée totale de 480 MW d’ici fin 2022 , « Avec plus de 3 000 éoliennes en mer opérationnelles dans le nord de l’Europe, l’éolien en Mer est une réalité industrielle. On aura besoin de cette énergie renouvelable marine pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris », estime Aurélien Babarit ;

     

    commerciaux : c’est par la Mer que s’effectue 90% du commerce mondial en volume. Presque tout ce que nous consommons parcourt des milliers de km en mer avant de nous parvenir, et le trafic ne cesse d’augmenter : 1 milliard de tonnes de marchandises en 1960, 2,5 milliards en 1970, 3,7 milliards en 1980 ; 4 milliards en 1990, 5,8 milliards en 2000, 8,3 milliards en 2010, et 9,1 milliards en 2018 ;

     

    de santé ; Les scientifiques travaillent aujourd'hui sur 66 molécules d'origine marine dans la lutte contre le cancer. En polluant la Mer, on scie la branche sur laquelle nous allons avoir de plus en plus besoin de nous asseoir. 

     

    8/ Les responsabilités : La Mer est un espace de manœuvre stratégique dans toutes ses dimensions, l’amiral  Pierre François Forissier rappelle que ce sont des enjeux civils et militaires, c'est la responsabilité des marines que de s'impliquer dans la gouvernance des océans pour y préserver les différentes libertés et y maîtriser les abus. 

     

    Les actions de l’Etat en Mer : Tenir en état les Mers françaises, protéger, défendre l’espace maritime français : lutter contre le pillage des ressources, la piraterie, les trafics, l’immigration clandestine, les pollutions. Toutes ces menaces ayant considérablement crû ces dernières années. 

     

    L’importance accrue des flottes de combat est une conséquence directe de ces tendances.

     

    9/ Opportunités pour la France : Il nous faut pour cela, partager la même vision stratégique à tous les niveaux y compris au plus haut niveau de l’Etat, car la Mer n’est pas un enjeu droite / gauche. Ce n’est pas de nouveaux budgets dont nous avons besoin, mais d’une vision à 30 ans, voire 50 ans qui donnera confiance pour agir dans le temps présent. Avec cette vision partagée, les énergies se libéreront. 

     

    La France doit absolument renforcer la fonctionnalité de ses ports. Nous avons deux conteneurs sur trois qui arrivent par des ports communautaires. Le premier port français aujourd'hui est le port d'Anvers, en Belgique ! C'est un scandale écologique et un non-sens économique. Aujourd'hui, cela coûte plus cher de faire Rotterdam - Marseille que de faire Singapour - Rotterdam. Nos ports, et c'était noté dans le rapport de Louis Gallois, sont de formidables infrastructures, mais ils ne fonctionnent pas suffisamment bien.

     

    10/ Le Grenelle de la Mer : Juillet 2009 a conduit la France à se doter d'une politique maritime véritablement intégrée, allant de la pêche au transport maritime en passant par la politique industrielle (développement des énergies marines, construction navale), l'exploration des grands fonds marins ou encore la protection du littoral et de l'environnement marin. Il a mis en place le premier plan consacré aux énergies marines renouvelables, il a créé des zones marines protégées, etc. Mais depuis, l'élan est retombé.                              

     

    11/ Conclusions : Ne nous y trompons pas, cette « planète Mer » n’est pas une planète de rechange et encore moins une seconde chance. Il ne s’agit pas de reproduire « sur mer » les erreurs commises « sur terre » au cours du siècle précédent.

     

    L’humanité tirera-t-elle les leçons du passé afin de respecter cet océan qui lui rend tant de services ?  

     

    Cyrille Coutansais résume la situation : « Tout l’enjeu des années à venir, réside dans notre capacité à tenir l’étroite ligne de crête, entre une Mer fragile qu’il faut protéger et une Mer qui représente l’espoir de la Terre par ses ressources et leur exploitation. »

     

    La France a une belle carte à jouer si elle prend la vague de l’avenir, mais la Mer n’a pas d’électeurs.

     

    Citations : "Celui qui commande la Mer commande le commerce; celui qui commande le commerce commande la richesse du monde, et par conséquent le monde lui-même" (Walter Raleigh 1554-1618).   La Chine a bien compris cela, les 8 premiers ports mondiaux en tonnage sont chinois, Marseille est 53e.

     

                                                                       Daniel Soulat 22/02/2020

     

     

     


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