•                « DES INTOLERABLES TOLERANCES » 

     

    La tolérance désigne la capacité à permettre ce que l’on désapprouve. C’est une vertu qui demande un effort de réflexion et de générosité car nous devons apprendre à connaître les autres pour admettre leurs différences. Cependant, cette même vertu nous force à la vigilance et devrait nous aider à RECONNAÎTRE LE MAL, afin de nous conduire à ne  pas tolérer ce que la morale universelle juge comme intolérable.

    L’Homme éduqué est disposé à agir selon les codes d’honneur qui correspondent à la loi morale.  Chaque fois qu’il agit selon cette loi, il fait acte de liberté et de dignité. Or les infractions commises à l’encontre de cette loi morale - qu’elles soient individuelles ou collectives, consternantes de bassesse ou terrifiantes par leur ampleur et leur barbarie - semblent souvent ne rencontrer aucune autorité capable de leur faire obstacle. C’est que les « forces du Mal » utilisent la faiblesse des Hommes, leur orgueil, leur ignorance. On voit alors la raison céder la place à l’impensable et on assiste, impuissant, au règne de la violence et de toutes les souffrances qu’elle engendre.

    « Nul n’est assez fou pour préférer la guerre à la paix » écrivait Thucydide[1], 465 ans avant notre ère…  Mais voilà, il y en eut tant, à travers le monde et les siècles, de ces fous toujours prêts à livrer des guerres impitoyables pour asseoir leur pouvoir. C’est à se demander s’il reste quel qu’autre fou pour croire encore à l’existence d’un chemin qui conduirait vers une paix durable et universelle.

    Comment diagnostiquer le mal et l’endiguer avant que l’on n’ait plus qu’à en constater les dégâts ?  

    Au fond de chaque être humain, s’agitent des bulles de méchanceté, de jalousie, de haine… qui ne demanderaient qu’à exploser. Saint Augustin[2], Jean-Jacques Rousseau[3], ont chacun fait la confession publique de leurs mauvaises tendances et pulsions. Il ne s’agit pas ici de nous livrer à cet exercice, mais de nous demander comment des individus que l’on aimerait classer dans la catégorie des monstres – ce qui serait plus rassurant - en arrivent à sombrer dans l’indignité et pourquoi, nous-mêmes, avons réchappé[4] à cette malédiction.  

    Dans l’action, l’horreur est banalisée par ceux qui la commettent.[5]  Elle est aussi bien souvent justifiée. Rappelons-nous ce terrible moment de l’Histoire, quand, au matin du 6 août 1945, « little boy »[6] fut largué sur la ville d’Hiroshima, laissant le monde entier en état de sidération. Une cinquantaine d’années plus tard, Paul Tibbets[7] déclara : « En survolant la ville nous avons ressenti de la compassion pour les milliers de Japonais qui allaient mourir 10.000 pieds sous la carlingue de notre avion, mais il nous a fallu mettre nos sentiments en retrait. » Et de conclure par cette surprenante réflexion : « Je dors bien toutes les nuits. » … Probablement revendiquait-il la dignité de son obéissance.

    Par lâcheté on se laisse endormir dans les discours sirupeux du « moindre mal » ; par indifférence on livre des innocents à quelques enragés ; par imbécilité on se fourre la tête dans le sable plutôt que d’affronter les dangers ; par intérêt on s’accoquine avec les infréquentables…

    Alors sans doute nous faut-il admettre que l’Homme n’est pas à la hauteur de la loi morale et de ses idéaux. La vertu qui l’obligerait à obéir à la morale ne promet pas le bonheur : elle demande trop de courage, d’abnégation. Elle prescrit l’invivable !

     « L’homme vertueux est mélancolique, il pleure », nous dit Kant. Et il est vrai que le trouble qui occupe douloureusement la conscience de celui qui côtoie la souffrance de ses semblables, ne le laisse vivre sereinement. L’étourdi semble plus joyeux.

    « INDIGNEZ-VOUS ! » Ecrivait Stéphane Hessel[8] quelques temps avant de nous quitter.  De tous temps des hommes et femmes se sont indignés et sont parvenus à changer favorablement le cours des choses. La torture, l’exploitation des êtres – travail des enfants, esclavage, prostitution - sont interdites … et si ces fléaux ne sont pas encore éradiqués ils sont dénoncés et toujours combattus par l’ONU. Aujourd’hui, nous observons que la souffrance - dont celle des animaux, de la nature – a pris un caractère de scandale qu’elle n’a jamais eu auparavant dans l’Histoire. On s’interroge enfin sur l’état de santé de notre Terre – « ce petit tas de boue », comme l’appelait Voltaire – et on en vient à employer le terme « d’écocide »[9] en évoquant sa destruction. Cette lucidité – ô combien tardive ! - prouverait-elle que l’humanité s’engage enfin sur la voie de la raison ?

    Comme le crocodile et l’anaconda qui, lors d’un combat ne desserrent jamais leur étreinte fatale, « les forces du Bien et les forces du Mal » se disputent l’Humanité. En sortira-t-elle toujours indemne ? Trouvera-t-on les moyens de sauver le merveilleux – et unique !  - territoire qui lui a été confié ?   

    Charlotte Morizur  le 2  février 2019

     



    [1] Hérodote et Thucydide sont les pères fondateurs de l’Histoire, « mère des sciences humaines ».  

    [2] Dans une confession – écrite entre 397 et 405 – qui est à la fois aveu, louange et profession de foi, Saint Augustin d’Hippone fait l’expérience de l’intériorité.

    [3] «  Intus et in cute »  : en entier et sous la peau cad au plus profond de soi-même ; préambule aux confessions.

    [4] Vraiment ???

    [5] En 1963, Hanna Arendt développe un concept philosophique sur la banalité du mal dans son ouvrage « Eichmann à Jérusalem »

    [6] Nom donné à la bombe atomique qui détruisit la ville.

    [7] Paul Tibbets est le colonel américain qui fut chargé de cette mission. Il avait trente ans.

    [8]  STEPHANE HESSEL (1917 – 2013) : écrivain français d’origine allemande, diplomate, résistant, militant politique.

    [9] Destruction volontaire et criminelle du milieu naturel.


    1 commentaire
  • Notre civilisation peut-elle disparaître à court terme ? Collapsologie

                                              par Pierre Renard.

    La Collapsologie, qu’est-ce que c’est

      Il s’agit de l’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle

    . C’est « l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition et sur des travaux scientifiques reconnus »[1].

    Le concept de collapsologie est plus précisément développé dans le livre de Servigne & Stevens, (2015) « Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes »[2].  Ces notes font suite à la lecture de ce livre.

    La Thèse

    Les collapsologues, tels qu’ils se désignent eux-mêmes, croient inévitable cet effondrement. Ils développent pour cela 4 arguments principaux, plus 1 accessoire :

    ·         Nous consommons les ressources terrestres à un rythme exponentiel. Donc ces ressources vont s’épuiser et nous allons manquer d’énergie.

    ·         Du fait de l’activité humaine, nous provoquons un dérèglement du climat et de la biodiversité qui à brève ou moyenne échéance va provoquer des catastrophes en série et un désastre écologique (élévation de température, désertification, augmentation du niveau des mers, etc…).

    ·         Nous avons d’ores et déjà dépassé des « frontières » qui ne permettent plus de retour en arrière maîtrisé (présence dans l’atmosphère de gaz à effet de serre, extinction d’espèces vivantes, pollution)

    ·         Notre civilisation industrielle a atteint un degré de complexité tel que nous sommes incapables de la corriger et de l’orienter afin d’éviter les dégâts qu’elle provoque. Exemple : impuissance des organisations internationales, traités internationaux non respectés (COP 21), développement des inégalités,…

    ·         Accessoirement, cette prévision est confirmée par plusieurs modèles. Sont cités, le modèle «Handy» financé par la NASA et surtout le modèle « World 3 » qui a servi de base au rapport Meadows paru en 1972, plus connu sous le nom de « Rapport du Club de Rome[3] », toujours d’actualité car la réalité d’aujourd’hui apparaît sur plusieurs aspects conforme aux prévisions d’hier.

    L’effondrement serait donc inéluctable. Les auteurs du livre se réfèrent à l’image d’une voiture roulant de plus en plus vite, que le conducteur ne maîtrise plus. L’accident est inévitable.

    À la question quand et comment cet effondrement interviendra, les collapsologues répondent :

    L’effondrement interviendra avant la fin de ce siècle (entre 2050 et 2100),  par crises successives plus ou moins violentes. Dans l’ordre : dérèglement climatique, amenant catastrophes naturelles, amenant crises migratoires et explosion des dettes, amenant crises financières, amenant crises des échanges commerciaux, amenant crise alimentaire, conflits sociaux, fin de la mondialisation, crises internationales, guerres, effondrement.

    Après l’effondrement de notre civilisation industrielle, la population humaine, considérablement réduite, se réorganisera dans des petites communautés autonomes résilientes.

    Discussion

    Allons-nous réellement manquer d’énergie ?

    C’est le point essentiel de l’argument 1. On peut en effet considérer que si nous pouvions continuer à extraire l’énergie, qui a permis à la civilisation industrielle de se construire, nous pourrions alors continuer à trouver des substituts aux autres ressources nécessaires. Or l’énergie bon marché qui a permis de porter le développement industriel des deux derniers siècles n’a plus cours Et donc, disent les collapsologues, « s’il n’y a plus de carburant le moteur va s’arrêter ».

    Et il est vrai que les réserves d’énergie fossile s’épuisent petit à petit. Les coûts d’extraction sont de plus en plus élevés. Qui plus est, nous avons découvert que les énergies fossiles (pétrole et gaz) étaient néfastes. A cause des gaz à effet de serre qu’elles rejettent dans l’atmosphère, leur utilisation contribue au dérèglement climatique. Donc, de toute façon, on ne va pas pouvoir les utiliser très longtemps, pas parce qu’il y en a aura plus, mais parce qu’on ne voudra plus les utiliser.

    Les énergies dites renouvelables, majoritairement le solaire et l’éolien vont elles pouvoir prendre le relais ? À l’instar des collapsologues, beaucoup de scientifiques pensent que non : la difficulté du stockage rend le rapport entre puissance utilisable et puissance installée comparativement très faible. Il faut donc continuer à consommer des sources d’énergie traditionnelles parallèlement à la source renouvelable installée.

    Ainsi, la vitesse de substitution reste faible. Or il faut aller vite. Équation impossible à résoudre disent  les collapsologues (mais pas seulement eux).

    Mais ces derniers « oublient » une 3e ressource, ni renouvelable ni épuisable et qui peut en partie s’ajuster à la demande : l’énergie nucléaire. Il est vrai qu’à l’heure actuelle, l’énergie nucléaire est totalement diabolisée. On ne parle que d’en « sortir » surtout pas d’y « entrer ». Elle fait peur, car elle a la capacité de détruire la planète. Mais elle a peut être celle de la sauver…

    Au plan théorique, l’énergie dégagée par les réactions issues de la transformation des noyaux atomiques (l’énergie émise par le soleil n’est d’ailleurs pas autre chose) pourrait constituer une source quasi inépuisable si elle était bien maîtrisée. En dépit de ce rejet dans l’opinion,  (conjoncturel ?), les recherches se poursuivent d’ailleurs heureusement dans le monde avec les réacteurs de 4e génération (absence de déchets) et au-delà la fusion nucléaire (absence de radioactivité). Mais ces recherches prennent du temps, car elles nécessitent des prototypes qu’il faut construire et tester.

    Pour conclure donc, il n’y aurait pas un seul scénario mais 2 :

    ·         Soit nous gagnons la course vers l’équilibre énergétique entre des besoins stabilisés, et des ressources vertueuses et suffisantes pour plusieurs générations.

    ·         Soit cet équilibre ne sera pas atteint avant que le dérèglement climatique et la réduction de la biodiversité ne rendent la vie sur terre invivable.

    Le dérèglement climatique.

    Quasiment plus personne ne nie le phénomène de réchauffement climatique qui va provoquer montée du niveau de la mer, ouragans, tsunamis,…. Mais l’originalité des collapsologues c’est de dire : « c’est trop tard ; inutile de chercher à l’enrayer. Attendons l’effondrement et tout reviendra dans l’ordre, naturellement ». Croire à la fatalité du phénomène, n’est-ce pas contribuer à l’accélérer ? Donc théorie dangereuse…

    Le dépassement des frontières.

    Les collapsologues parlent de« frontières » que nous aurions franchies, au-delà desquelles plus de retour en arrière possible. Ces frontières seraient : la température moyenne du globe, la biodiversité, certains minerais indispensables, la consommation des ressources en eau, la pollution. Et en effet, l’observation des cycles géologiques de notre planète sur plusieurs centaines de milliers d’années, montre que l’évolution que nous faisons subir à notre environnement en quelques dizaines d’années, est exceptionnelle et effrayante. Notre planète pourra sur certains aspects ne plus jamais redevenir comme avant. Est-ce pour autant qu’elle va devenir invivable pour l’homme et pour l’espèce animale d’aujourd’hui ? Faut-il vraiment un effondrement pour inverser les courbes ?

    Notre civilisation est-elle si fragile ?

    C’est la thèse des collapsologues : nous avons atteint un tel degré de complexité dans nos organisations que nous ne sommes plus capables de les conduire, telle une voiture incontrôlable : c’est l’accident mortel assuré ! L’image est-elle appropriée ? Ou au contraire le genre humain reste t’il capable de s’adapter ?

    Finalement que croire, que faire ? Considérer que l’accident est inévitable et qu’il vaudrait mieux sauter en marche (de notre civilisation industrielle) ? Ou continuer à conduire la voiture, tenir la route, éviter les obstacles?  Nous risquons d’être broyés dans l’accident ? Peut-être, mais nous avons aussi l’espoir que nous allons finir par maîtriser le véhicule, réduire l’accélération, stabiliser la vitesse et la direction. Ce serait alors vraiment trop bête d’avoir sauté en marche trop tôt…



    [2] Ce livre a une suite : « Une autre fin du monde est possible » des mêmes auteurs ; ce dernier ouvrage traite davantage de la manière de se préparer psychologiquement à cet effondrement inévitable.

    [3] le Club de Rome est un groupe de réflexions créé en 1968 qui réunit des scientifiques, des économistes, des fonctionnaires nationaux et internationaux, ainsi que des industriels de 53 pays.


    votre commentaire
  •  

    ' L'écoute, une vertu ?''

     

                        André Hans, 6 Oct. 2018

     

     

     

    Ecouter, c’est faire l’hospitalité au sentiment d’autrui !

     

    Comment prêter l’oreille, sans générosité ni estime ?

     

    L’écoute entend au-delà des mots, l’humeur dans le ton, l’émotion dans le timbre, la pudeur dans les silences.

     

    L’accent chante un terroir, mais chaque voie  possède sa propre musicalité, une prosodie unique.

     

     - Examinons plus avant, si vous le voulez bien, ce qui nous semble le préalable à toute écoute.

     

     1.   La sympathie

     

    Sans estime, sans amitié, sans intérêt ni curiosité pour autrui, point de place pour sa parole ! Le mépris, la haine ferme à tout échange. La défiance s’empare de mots comme autant de preuves à charge confirmant le soupçon. Ecouter, c’est accepter de recevoir une parole, de la même manière que  l’on reçoit un hôte.  Ce geste d’accueil exige toute notre sympathie pour celui à qui nous accordons notre attention et pour lequel nous sommes entièrement disponibles.

     

     « Ecouter c’est se rendre disponible physiquement, intellectuellement et affectivement pour percevoir par tous les sens les informations dites et non dites par l’interlocuteur dans un esprit de bienveillance» disait  Puybasset

     

     

     

    2.   L'empathie 

     

     C'est la faculté de se mettre intuitivement à la place de son prochain, de ressentir la même chose que lui, de s’identifier à lui. C’est accepter de quitter un instant notre propre regard pour adopter temporairement le regard de celui que l’on écoute. Comment s’emparer autrement de sentiments et de point de vue qui ne sont pas les nôtres ? L’empathie demande un effort d’oubli de soi et un travail de connaissance de l'autre. Elle exige de taire ne serait-ce qu’un instant son égocentrisme. Bien présomptueux celui qui  prétendrait vraiment y parvenir. Mais l’écoute est à ce prix. 

     

    « Supposer chez les autres des sentiments identiques à ceux qui nous mènent, c’est se condamner à ne jamais les comprendre » disait Gustave LE BON 

     

     

     

    3.   L’humilité 

     

    Accepter le risque de mettre en péril sa propre opinion en écoutant une argumentation, une exposition de faits susceptibles de ruiner la notre, requière un minimum d’humilité et de confiance en soit. L’autisme, la fermeture aux points de vue contraires, est un rempart pour dissimuler ses propres faiblesses. Ce manque de confiance en soit s’accompagne souvent d’un souverain mépris des autres. Mais l’humilité à sa récompense,  en repoussant notre horizon.

     

    « Qui parle sème, qui écoute récolte » dit un proverbe persan

     

     

     

    4.   La confiance

     

    Ecouter, c’est accorder crédit à la parole d’autrui. Les fabulateurs, les menteurs et les mythomanes qui ont dilapidé cette confiance ne sont plus écoutés. La parole fait autorité quand la confiance se fonde sur la réputation, la notoriété, la compétence, le savoir, l’expertise ou l’expérience.

     

    Mais le soupçon peut naitre de l’incapacité d’imaginer que des opinions différentes de la sienne puissent être parfaitement fondées, honnêtes et sincères. Le refus d’admettre que nos vérités, que nos évidences ne s’imposent pas nécessairement à toutes personnes sensées et de bonne foi, ruine la confiance en la parole d’autrui.

     

     

     

    5.   La tolérance

     

    Feindre de ne pas entendre l’opinion qui pourrait troubler la quiétude, permet de sauver les apparences d’harmonie et de concorde. Cet effacement, cette élision, aussi bien intentionné soit-il, est une forme de déni d’autrui, une forme policée d’intolérance. Parfois, rencontre-t-on des interlocuteurs bienveillants, mais incapables de la moindre écoute qui ont la fâcheuse habitude d’assimiler l’opinion adverse, à une autre manière de dire leur vérité. « Tu dis la même chose que moi, mais de manière différente, au fond on est d’accord »

     

    « Cette clémence dont on fait une vertu se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte et presque toujours par tous les trois ensemble. » disait  De La Rochefoucauld 

     

     

    6.   L’ouverture à l’altérité

     

    Ecouter, c’est d’abord accepter que le point de vue qui s’exprime, puisse faire référence à des valeurs, à des vécus et à des intérêts différents des nôtres. Le voyage, lorsqu’il ne se limite pas au simple voyeurisme touristique, permet de découvrir la diversité, la richesse des peuples. Quel émerveillement pour ceux qui sont curieux des autres. L’ethnologie est un outil qui permet de mesurer la distance parfois considérable qui nous sépare de la parole d’autrui. Des notions si évidentes pour nous, si universelles à priori, ne sont en fait que très relatives à nos modes de pensé occidental. Par exemple, certains peuples amérindiens ont une conception du temps et de l’espace radicalement opposée à notre sens commun. Ne prenons qu’un exemple : pour les Aymara de Bolivie, le passé est devant eux, et le futur derrière eux, à l’inverse de notre propre sens de la marche du temps. Et leur logique se défend. Comme le passé est connu, il se voit, il est devant eux. Mais par contre le futur qui est inconnu ne se voit pas. Il est dans leur dos.

     

    Mais revenons à un vécu plus proche de notre quotidien. Combien de parents déjà, se plaignent d’être à des années lumière de l’univers de leurs propres enfants? L’écoute inter-générationnelle est déjà si complexe qu’il ne faut pas s’étonner que l’écoute entre peuples exige, volonté, travail et patience. L’écoute est une vertu qui se cultive.  

     

    « Parler est un besoin, écouter est un art » disait Goethe 

     

     

     

    7.   L’effort d’intelligence

     

     

     

    Ecouter exige un effort d’intelligence et d’imagination pour s’emparer du sens, mais mobilise aussi notre sensibilité pour partager des émotions. Parfois la distance entre soi et l’autre est considérable, et le chemin à parcourir pour aller à sa rencontre est long et difficile. Mais souvent un instant de bonheur est au rendez-vous ! 

     

    « Le commencement de bien vivre, c'est de bien écouter. » disait Plutarque   

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

    La liberté est-elle une illusion ? 

     Ce thème est l'archétype des sujets de philo proposés au baccalauréat, et on trouvera sur Internet de nombreux « corrigés de dissertation », payants ou gratuits, pour le traiter. Il est recommandé d'en examiner quelques uns [1] pour s'éclaircir les idées et compléter ce que chacun peut en penser de manière spontanée.

    La problématique de la liberté peut se décliner de deux manières au moins :

    -        philosophique et théorique : l'homme est-il libre de ses choix et de ses actes, ou bien tout est-il écrit ? Quelle est la place du hasard dans nos décisions ? Y a t-il un destin, et sommes nous prédestinés ? Le déterminisme peut-il s'appliquer à l'homme comme il s'applique dans les sciences physiques ? Que nous disent les neurosciences à cet égard ?

    -        Sociale et pratique : quand j'agis, est-ce que c'est moi qui prend une décision, ou bien suis-je manipulé, programmé par mes gènes, par mon éducation, par mon environnement ? Comment prend t-on réellement une décision ? Quelle est notre responsabilité personnelle ? Puis-je exercer ma liberté sans tenir compte des autres ?

    Chacun pourra s'exprimer au cours du débat, mais le développement qui suit ne concerne qu'une partie du sujet et ne reprend pas ce qui apparaît de manière assez uniforme dans les corrigés de dissertations, sommairement résumé dans les questions ci-dessus.

    --oOo--

     

    L'existence de la liberté humaine individuelle est obligatoirement une donnée a priori.

    En effet, si je suis libre de mes pensées, ce que j’écris là a une signification. Si je ne suis pas libre, si ce que j’écris n’est que le résultat de mécanismes reliant les causes aux effets, alors cela n’a aucune valeur, ne signifie rien, si ce n’est l’existence du déterminisme.

    La liberté transcende la causalité. Il ne peut en être autrement : si mes pensées ne sont que le fruit  du jeu des causes et des effets, comment puis-je démontrer que je ne suis pas libre si je ne suis pas d’abord libre moi-même ? Le principe de non-contradiction s’applique ici et nécessite que la liberté soit une donnée première. On ne peut rien dire de cohérent s’il n’en est pas ainsi.

    Une autre manière, plus « moderne », de réfléchir à ce sujet, est de s’appuyer sur les développements assez récents de la théorie de la complexité et de la notion d’émergence qui en découle. L’évolution d’un phénomène déterministe, obéissant aux lois de la physique et du monde matériel, est le fruit d’interactions généralement complexes où interviennent d’innombrables variables, et ne peut être prédite à l’avance. Le comportement de ce phénomène « émerge » de la complexité du monde. Et la prise de décision par une personne, même si elle semble simple et souvent sans formulation consciente, est un phénomène complexe.

    Choisir, décider librement, semble néanmoins lié à notre état de conscience dans l'évolution. Même si on pense que la conscience (humaine) n’est qu’une « émergence » de la complexité matérielle, définir ce qu’est la conscience, de manière objective, est une tâche très difficile, voire impossible. On sait, on sent intuitivement ce que c’est, mais la définir précisément avec des mots aboutit toujours à quelque chose d’insatisfaisant, de la même manière que Saint Augustin essayait de définir le temps.

    On peut aussi dériver vers une réflexion sur la vie et les phénomènes vitaux : ne sont-ils le fruit que d’interactions matérielles entre atomes et molécules ? Sinon, qu’est ce qui les différencie des phénomènes physiques de la matière inerte ? La conscience est-elle obligatoirement liée à la vie, avec différents degrés de manifestation en fonction du niveau d'évolution atteint ?

    En conséquence, y a t-il des degrés dans la notion de liberté, qui serait le fruit de l'état de conscience chez les êtres vivants ?

     

                              Matière --> vie --> conscience --> liberté

                                                               

     

                                                        Déterminisme

                                 Hasard

                                Complexité

                                Emergence

     

    Ainsi, il apparaît qu'en raison de ces phénomènes d'émergence, le déterminisme strict, tel qu'il se manifeste en physique, ne peut s'appliquer au vivant. Les décisions prises, plus ou moins consciemment, par les êtres vivants, sont le fruit d'une multitude de causes qui interagissent entre elles, mais qui sont en outre soumises à des aléas imprévisibles. On peut alors s'orienter vers deux types de conclusions :

    ·         soit on estime que, émergence ou pas, le déterminisme est partout présent et par conséquent c'est lui qui pilote nos vies, sans qu'on puisse toutefois prévoir notre comportement. On a alors affaire à une apparence de liberté, très proche de ce que serait une « vraie » liberté ;

    ·         soit on considère que la notion de liberté, telle qu'on peut la définir[2] dans l'absolu, est un concept qui n'existe pas dans la réalité, et que nous avons seulement une certaine marge de libre-arbitre dans un univers soumis au déterminisme d'une part, au hasard d'autre part

    Aucun des termes de cette alternative ne pouvant être prouvé rationnellement, il est sage de se comporter en pratique comme si la liberté existait, ainsi que nous le conseille à demi mot Spinoza, tout en excluant la définition spontanée de la liberté comme étant la possibilité de faire ce qu'on veut comme on veut. Il est clair que si je veux que mes pensées et mes actes présentent la moindre valeur, je dois CROIRE à la liberté individuelle. Sinon, pourquoi écrire ? Pourquoi penser ? Pourquoi ne pas faire n’importe quoi ?

    La liberté totale et absolue est impossible. La liberté que l'on vit n'existe que par l'existence de contraintes dans le monde. Comme toute idée-force, elle ne se définit que par rapport à son contraire : ordre/désordre ; beauté/laideur ; liberté/contrainte.

     

    Citation :

     « La liberté est l'ignorance de la cause qui détermine »   Spinoza

                                                            

                                                                                           Jean-Jacques Vollmer

    Pour lire le compte-rendu du débat, cliquer ici.



    [2]    Liberté : Pouvoir d’agir sans contraintes étrangères ou extérieures ; pouvoir d’être cause première d’un acte, d’initier une chaîne causale ; aptitude des individus à exercer leur volonté

          Libre-arbitre :  pleine liberté de décider, de faire selon sa volonté, en l'absence de contrainte


     


    2 commentaires
  • Juger sans préjuger

                                                                                                                                                  par Loman Bourdet

    Peut-on juger sans préjugés ou sans préjuger  ° ? sans préjuger, la décision s’annonce impartiale. Mais pouvons-nous encore juger sans préjuger ? Il y a forcément un minimum de concepts, de valeurs, qui nous permettent d’émettre un jugement, avant même d’avoir tous les éléments à notre disposition.

    Juger c’est arbitrer selon un code prédéfini, donner une décision, trancher pour une partie plus qu’une autre, donner son avis.

    Préjuger « juger-avant » c’est juger sans avoir tous les éléments en main pour prendre une décision impartiale. Préjuger, c’est aussi faire appel à son éducation (bases de la réflexion pourvue par l’instruction), son système de valeur (ce qui est bien, ce qui est mal) et sa propre histoire (cas similaire, empathie, etc.).

    Si l’on juge avec des préjugés, on risque de mal juger, précipiter une décision erronée. Si l’on juge Impossibilité de juger sans préjugés

    Nos pensées sont prétries de préjugés. Comment réagir à l’énoncé d’un verdict sur une affaire dont nous ne connaissons rien ? Ce sont alors les préjugés qui nous dictent qu’une décision est respectable ou non. Voici un exemple d’information (La Montagne, 16/12/2017) sur laquelle nous pouvons axer notre réflexion : « un voleur multirécidiviste condamné à de la prison ferme ».

    Nos pensées sont tournées vers les mots « voleur » et « multirécidiviste », ce qui semble dire que la personne avait déjà volé plusieurs fois, et qu’elle savait ce qu’elle faisait quand elle a à nouveau volé. Il est donc moralement normal qu’il soit condamné, le jugement est évident.

    A-     Se forcer à critiquer pour juger en toute liberté

    Alors que les bonnes questions seraient : était-il jugé pour ce qu’il a volé ou pour un tout autre acte ? Quelle est la profession de cette personne (voleur n’est pas un métier) ? Qu’a-t-il volé cette fois et qu’avait-il volé les fois précédentes ? Est-on sûr que les autres vols étaient bien de son fait ? Qu’a-t-il commis pour mériter la prison ferme ? A-t-il eu le temps de préparer sa défense ?

    La personne est présentée en tant que voleur, mais remplaçons ce mot par « militant », « robin-des-bois », « opposant politique », et notre (pré)jugement s’en trouve affecté, la décision pourrait avoir un tout autre sens. Nous ne voyons plus la personne de la même façon, et pourtant elle est la même que nous trouvions normal qu’elle soit condamnée. Le jugement n’apparait pas si évident.

    B-      Ce que nous apportent les préjugés

    Les préjugés sont des jugements non-fondés mais faut-il pour autant s’en débrasser ? Descartes dans Discours de la méthode montre que bon nombre de nos connaissances relèvent de préjugés. Ils ne sont pas un obstacle à la pensée puisqu’ils sont la base de nos certitudes, préparent la réflexion, et c’est un travail de juger sans préjuger. On peut alors juger sans se faire dominer par ses désirs. Mais avons-nous conscience de nos préjugés ?


    5 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique