• L’idéal démocratique, le mythe de l’égalité des chances, la méritocratie, contribuent-ils à obtenir une société juste ? 

    I/ Une définition de l’idéal démocratique : Ensemble des principes et des valeurs, visant à assurer la participation libre et égalitaire des individus, à la construction d’une société au service de leurs aspirations, aussi bien à travers le système politique, qu’à travers les interactions existant entre les membres de la société. Il s'appuie sur les valeurs vécues comme complémentaires, de la liberté et de l'égalité.  

    II/ En quoi consiste la justice lorsqu’on la pense au niveau social ? Si elle est relativement claire d’un point de vue civil ou juridique, la justice n’est pas du tout une notion facile à définir d’un point de vue social, puisque, déterminer ce qui est socialement juste ou injuste implique que l’on définisse précisément, la limite entre la liberté de chacun et l’égalité entre tous.

    III/ La justice sociale est une construction morale et politique. En ce sens, elle est le résultat d'une série de choix collectifs, sur ce que doivent être les clefs de répartition entre les membres d'une société. La justice sociale s'appuie donc sur des principes comme l'égalité des droits ou l'équité des situations, principes découlant des valeurs de la société, pour déterminer les formes de solidarités collectives.

    La justice sociale représente donc, à un moment donné, l'ensemble des choix qui vont régir la définition des droits et devoirs sociaux, et en résultat, les règles sociales de répartition ou de redistribution.

    Remarque de Michael J.Sandel : « La justice ne nous renvoie pas seulement à la question de savoir comment répartir des biens. Elle exige aussi que nous sachions les évaluer ».

    IV/ L’Egalité correspond à des situations identiques, entre individus, face aux droits qu’ils peuvent revendiquer, face aux conditions d’existence et face aux ressources rares auxquelles ils peuvent prétendre.

    V/ Les Inégalités : JJ Rousseau Discours sur l’origine de inégalité parmi les Hommes 1755 « en société, l’Homme apprend à se comparer à ses semblables, ainsi naissent l’envie et le désir d’être le premier et le plus considéré, ce qui conduit à différents privilèges, dont quelques uns jouissent au préjudice des autres». L’Observatoire des inégalités propose la définition suivante : on peut parler d’inégalités « quand une personne ou un groupe détient des ressources, exerce des pratiques ou a accès à des biens et services socialement hiérarchisés », sous-entendu « et qu’une partie des autres ne détient pas ». 

    VI/ Notions d’Inégalités justes : John Rawls, philosophe américain, dans sa Théorie de la justice parue en 1971, donne l’exemple d’un entrepreneur faisant prospérer son entreprise en créant des emplois et distribuant des revenus, il profite alors d'une inégalité « juste ». Les inégalités de richesse et d'autorité, sont justes si et seulement si elles produisent, en compensation, des avantages pour chacun et, en particulier, pour les membres les plus désavantagés de la société. Certaines inégalités sont admises au nom de la liberté et de l'efficacité.

    VII/ Plusieurs solutions existent pour ménager l’existence de justice sociale et le respect des libertés individuelles.

    Le Mérite résulte de diverses qualités (effort fourni, volonté, prise de risque, courage, responsabilité, capacité d'innovation, talent ...). Selon Yves Michaud : « La conception démocratique du mérite entend établir un lien direct entre la valeur des individus et leur responsabilité ; entre leurs efforts et performances d’une part, et les positions sociales qui leur sont attribuées, d’autre part ».  

    La Méritocratie  est un principe ou un idéal d'organisation sociale qui tend à promouvoir les individus dans différents corps sociaux ; école ; université ; grandes écoles ; institutions civiles ou militaires ; monde du travail ; administrations ; État, etc. en fonction de leur mérite (aptitude, travail, efforts, compétences, intelligence, vertu) et non d'une origine sociale (système de classe), de la richesse (reproduction sociale) ou des relations individuelles (système de « copinage »).

    L'égalité des chances est un principe au cœur de l'idéal démocratique elle est une des conditions du contrat démocratique. Analysée par Alexis de Tocqueville au XIXe  siècle, elle a pour fondement « l'égalité des conditions sociales » entre les citoyens : nul privilège lié à la naissance, à l'origine ethnique, à la fortune, ne doit empêcher quiconque d'accéder aux positions sociales, économiques ou politiques auxquelles ses compétences lui permettent de prétendre. Les conditions de la « compétition sociale » doivent être les mêmes pour tous, et ne pas avantager certains ou désavantager d'autres, de manière à permettre la mobilité sociale en ayant : 

                1. L'accès au savoir               2. L'accès à l'emploi              3. L'accès au pouvoir

    L’Egalité méritocratique des chances Frédéric Gonthier : La norme d’égalité repose sur un principe d’identité entre rétributions sociales : chacun, quelle que soit sa contribution, reçoit exactement la même gratification. La norme du mérite repose à l’inverse sur un principe de proportionnalité entre contributions et rétributions sociales : chacun reçoit en fonction de ce qu’il a apporté au système d’interactions dans lequel il est inscrit.

    L’Utilitarisme : est une doctrine en philosophie politique ou une éthique sociale qui prescrit d'agir (ou de ne pas agir) de manière à maximiser le bien-être collectif, entendu comme la somme ou la moyenne de bien-être de l'ensemble des êtres sensibles et affectés. Dans l’œuvre de Jeremy Bentham qui date de 1776, cela consiste en la réalisation du « plus grand bonheur pour le plus grand nombre ». 

    La Discrimination positive : Le principe est d'admettre que l'ordre naturel des choses n'organise pas la compétition sur des bases égalitaires. Certaines populations ont objectivement moins de chances de succès compte tenu de handicaps économiques, sociaux ou culturels. Il faut donc leur réserver un « traitement spécial », sorte de réparation du préjudice subi. Ainsi, les quotas ethniques dans certaines professions, la loi sur la parité hommes / femmes aux élections, la création de zones d'éducation prioritaires, ou le dispositif de quotas à l'entrée des grandes écoles ou des classes préparatoires ont pour ambition de niveler les chances.

    Remarque de Yves Michaud : « Pourquoi faudrait-il que les enfants des banlieues défavorisées aient pour ambition suprême d’aller à Sciences-Po, plutôt que de devenir poètes, artisans, ou simplement de mener la vie qu’ils veulent en suivant les modèles qu’ils veulent et pas nécessairement ceux de la bourgeoisie du pouvoir en place ? Quels modèles de vie réussie propose-t-on sous couvert d’égalité des chances ? » 

     

    Question : Comment donc concilier les valeurs de l’individualisme (le mérite, la volonté, la responsabilité) et l’effort de solidarité (la dette sociale) ? L’enjeu de cette interrogation n’est pas simplement de penser une meilleure répartition des revenus mais de valoriser les capacités de chacun à faire quelque chose de sa vie. Dans cette perspective,  Amartya Sen, prix Nobel d’économie 1998, propose de prendre en compte l’existence des situations concrètes et diverses d’inégalités, pour favoriser le développement des capacités ou « capabilités » de chacun à partir de ses choix personnels, loin de tout égalitarisme abstrait. Il démontre avec une grande justesse que les inégalités ne s’évaluent pas simplement en termes de revenus, mais en fonction de nombreux critères (risque, éducation, soin, etc.). L’idéologie méritocratique qui sous-tend notre référence au mérite, articule deux exigences : celle de l’individualisme et celle de l’égalité.

    VIII/ Ce que pourrait être une société juste : Pour Vincent Dupriez, la notion générale de méritocratie renvoie au principe, qu’une société juste est une société qui octroie à chacun la place qu’il mérite, en fonction de ses efforts et de ses talents, plutôt qu’une place abusivement héritée.

    Le juste ne se calcule pas, la justice consiste à « rendre à chacun son dû, elle permet de répartir les biens et les droits, les positions et les revenus en fonction d’un certain nombre de principes, mais aussi de déterminer les règles qui permettent d’arbitrer les conflits au quotidien ».

    Selon Xavier Darcos : « Pour qu'une société soit juste, il faut voir le citoyen non comme un individu concret, traversé d'états d'âme compassionnels et de convictions abruptes, mais comme un sujet de droit qui jouit des droits politiques (libertés de conscience, d'expression, d'innocence présumée, etc.) et qui doit, en échange, respecter les lois ou participer aux dépenses et obligations collectives ».

    « Une société juste ne peut supprimer toutes les inégalités sociales et économiques, quelle que soit sa volonté d'aider ses membres les moins avantagés ou d'assurer l'égalité des chances, surtout quand tout se traite à l'échelle planétaire. » « La question de la répartition et/ou de la compensation reste la clef d'une société juste. »

    IX/ Débats et contestations : Une société n’est pas juste parce qu’elle encourage les Hommes à bien vivre, parce qu’elle cultive en eux les aspirations les plus élevées, ou parce qu’elle fortifie leurs idées morales, mais uniquement parce qu’elle traite ses citoyens sans partialité et de manière équitable. 

    X/ Interrogation : Tous ceux qui occupent la position la moins favorisée sont-ils justiciables du même traitement ? Parmi eux, certains sont sans aucun doute victimes de leur origine sociale, ou d’un manque de chance et de capacités naturelles. Mais d’autres portent peut-être la responsabilité de leur sort en raison de leurs choix, de leur imprudence ou de leur inertie.

    Cette notion de responsabilité paraît essentielle dans le contexte de la justice, et il semble contradictoire de ne considérer que des positions dans une structure de répartition, sans se demander qui les occupe et pourquoi. Il est certes légitime d’organiser les institutions, de manière à compenser le manque subi par les victimes du hasard, mais les choix faits par les individus doivent leur incomber. 

    XI/ Conclusion : Les sociétés démocratiques reposent sur les principes de liberté et d'égalité. Ces principes sont, dans l'idéal, proclamés comme complémentaires. Mais la réalité des rapports sociaux peut les rendre contradictoires. Pour les concilier et les réconcilier, l'action de l'État apparaît indispensable, afin d'assurer l'égalité des chances. Celle-ci est la condition incontournable pour que les inégalités perçues comme justes soient acceptées par le corps social.

    Si la fierté de réussir n’est plus la motivation première, quel code spirituel peut venir soutenir l’encouragement à donner le meilleur de soi même. Les inégalités sociales issues des différences de mérite, ne peuvent être considérées comme justes, que si les individus sont également libres de mettre en jeu leur mérite. La liberté d’évolution et de progression est ouverte à tous, ce qui aboutit à une société non figée et à créer inévitablement des écarts entre les individus.

    Cf une déclaration d’un député à l’assemblée nationale en novembre 2018 : « Il n’y a pas d’ordre public possible, ni même souhaitable, sans justice sociale ».

     

                                                                                                                                                 Daniel Soulat 05/10/2019


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  • Café débat de Saint Quentin en Yvelines

    Débat du samedi 28 septembre 2019

    « Quelles citoyennetés dans le monde d’aujourd’hui et de demain ? »

    Débat introduit par Bruno Sauvage

     

    Lors du Grand débat national, au mois de mars 2019, nous avons adressé au Gouvernement une longue liste des attentes exprimées par les membres du Café-débat qui avaient participé à la rédaction de la contribution. Mais si l’on examine les attentes exprimées, on aurait pu les classer en trois catégories :

     1°) - Les sujets, qui par leur dimension mondiale, appellent un renforcement des coopérations internationales ou des institutions internationales. Face à ces enjeux nous devons avoir conscience d’être des citoyens du monde.

    2°) – Les sujets qui relèvent clairement de la compétence de l’Etat. Nous sommes et nous restons citoyens de notre pays.

    3°) – Les domaines qui relèvent de la compétence des collectivités locales ou territoriales. Elles ont une grande autonomie par rapport à l’Etat, et par conséquent, il faut s’adresser à elles pour les sujets qui sont de leur compétence. Nous sommes citoyens d’une ville et d’une région.

     Je pense, que pour une bonne part, la défiance actuelle à l’égard du politique est la conséquence d’un double phénomène :

            L’inadaptation des pouvoirs nationaux face au contexte de la mondialisation.

            L’inadaptation des pouvoirs locaux, pour répondre aux enjeux d’avenir qui appellent des réponses locales.

    C’est pourquoi, il s’agit de bien identifier les problèmes à résoudre, et les niveaux de responsabilités en cause pour exercer pleinement notre rôle de citoyen.

    1°) – CITOYEN DU MONDE

    L’action gouvernementale s’inscrit dans un contexte international. Mais les activités économiques et financières ne sont pas confinées à l’intérieur des limites des Etats, alors que l’autorité des gouvernements ne s’exerce que sur leur territoire. Ce constat s’applique aussi à la gestion des ressources naturelles qui appelle des arbitrages à l’échelle mondiale.

     Chaque Etat se préoccupe de la compétitivité de son économie, et on ne peut pas le lui reprocher, mais toutes ces politiques nationales non coordonnées ne font qu’aggraver la crise générale :

    -         Elles encouragent l’optimisation fiscale, les paradis fiscaux et la spéculation financière, avec la course au moins disant fiscal entre les Etats. Les Etats perdent ainsi les ressources fiscales qui leur permettraient d’exercer leur rôle de redistribution et de lutter contre les inégalités.

    -         Elles durcissent les relations entre entreprises et travailleurs, avec un travail de plus en plus précaire pour une grande part de la population, et un enrichissement colossal des personnes situées au sommet du monde des affaires.

    -         Elles ne permettent pas de mettre en place des règles de gestion durable des ressources naturelles, règles de gestion qui doivent être élaborées à l’échelle mondiale, pour être efficaces et équitables.

     Les Etats doivent se donner collectivement les moyens de répondre à ces trois catégories de défis à l’échelle de la planète. Avec les associations citoyennes de dimension internationale, nous devons plaider auprès des responsables politiques des divers pays pour qu’ils s’engagent encore plus dans cette voie, et nous devons plaider pour que les institutions internationales (Union Européenne, ONU, OCDE, …) aient un rôle accru dans la marche du monde.

     La mondialisation est un fait, il ne s’agit pas d’être pour ou contre, mais de mettre en place les institutions internationales de coopération capables de la gérer. Le repli sur les frontières étatiques ne résoudrait rien et ne ferait qu’exacerber les problèmes.

     2°) – CITOYEN DE NOTRE PAYS

     En France, nous accordons un grand rôle à l’Etat. Mais nous devons avoir conscience que l’activité de l’Etat se place entre un environnement mondial dont nous venons de parler et les collectivités locales qui ont leur propre autonomie, notamment depuis les lois de décentralisation de 1982.

     L’Etat garde cependant un rôle central. Nous n’allons pas passer en revue tous ses domaines de compétence, mais souligner un des aspects, dont nous avons beaucoup parlé dans notre contribution pour le Grand débat national, qui est celui de la justice redistributive. En effet, « l’économie de marché n’a aucune raison a priori de générer une structure des revenus et des richesses conformes à ce que voudrait la société. C’est pour cela qu’une fiscalité redistributrice a été mise en place dans tous les pays. … Et l’inégalité des revenus avant impôts ne va pas en s’améliorant dans un monde globalisé ». Comme l’observe Jean Tirole dans son livre ‘’L’économie du bien commun’’.

     La justice redistributrice, c’est bien sûr l’ensemble des services publics qui bénéficient à tous. Mais ce sont aussi les mécanismes permettant d’assurer un revenu minimum à chacun et de réduire les écarts de revenus. Pour nous citoyens, il est important de bien connaître et mesurer les dispositifs de redistribution des revenus existants dans nos institutions, pour apprécier la portée de l’effort demandé aux uns et ce que reçoivent les personnes aidées. Cela peut paraître complexe, mais ce serait un bon travail d’information du public d’établir chaque année pour le Parlement un « Tableau de bord des solidarités », présentant l’impact financier des mesures contribuant à la redistribution des revenus, avec d’un côté les impôts et prélèvements ayant un caractère redistributif et de l’autre l’ensemble des aides aux revenus des personnes.

     

    3°) – CITOYEN DE NOTRE VILLE

     Les communes sont maîtresses de leur urbanisme. Ce sont les maires qui signent les permis de construire et façonnent avec plus ou moins de réussite notre environnement urbain. Les réponses aux problèmes du logement, l’organisation de la vie urbaine et des déplacements, la mixité sociale et fonctionnelle des quartiers, la maîtrise de l’étalement urbain, les enjeux de la transition énergétique, tout cela dépend de l’initiative locale. Le pouvoir central donne des orientations, mais il n’a guère de poids pour les faire appliquer.

     Régions et départements ont eux aussi leur politique d’aménagement du territoire, mais sans autorité sur les communes. Bien souvent, les communes, pour préserver leur « confort local » ne se sentent pas assez concernées par les priorités reconnues au niveau national ou régional. Les documents de planification dont les intercommunalités ont la charge, et qui devraient définir notre cadre de vie futur, ne retiennent guère l’attention des élus et des habitants.

     Dans le domaine social et l’accompagnement des personnes en difficulté ou en recherche d’emploi, les services qui interviennent sont multiples (plus d’une centaine sur un même territoire comme St Quentin en Yvelines) et peuvent relever de la compétence des communes, des intercommunalités, des départements, des régions ou de divers ministères et autres organismes publics.

     Pour nous concitoyens, les pouvoirs locaux sont une nébuleuse confuse. Nous avons bien du mal à distinguer ce qui relève de la responsabilité de la Région, du Département, de l’Intercommunalité ou de la Commune. Nous avons bien du mal à comprendre comment les divers niveaux de pouvoir s’articulent entre eux. Dans ces conditions, comment préparer l’avenir ? Comment organiser la participation des habitants aux débats publics ? Il est nécessaire de clarifier les responsabilités au niveau local. Les lois adoptées au cours du quinquennat précédent (Loi sur les Métropoles, ou loi NOTRE) apportent quelques améliorations mais ne résolvent pas le problème de fond. De mon point de vue (partagé par beaucoup d’autres observateurs), pour clarifier les responsabilités au niveau local, et permettre une plus grande participation des citoyens, il conviendrait de :

             -   Fusionner le Conseil Régional et les Conseils départementaux. (Le Département restant         une circonscription administrative et électorale, mais sans budget ni pouvoir politique propres).

    -         D’élire les conseillers des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre (EPCI) directement sur des listes intercommunales. Il ne devrait y avoir qu’un budget communautaire, les communes ne devenant que des « arrondissements » gérant des services de proximité avec une enveloppe budgétaire attribuée par l’EPCI. 

      4°) – CITOYENNETE ET SOLIDARITE

     Les dispositifs de solidarité institutionnels sont importants dans notre pays, mais la solidarité ce n’est pas seulement des dispositifs institutionnels de redistribution. De même, la maîtrise des consommations d’énergie et la restauration de l’environnement naturel ne pourront pas s’obtenir qu’avec des mesures réglementaires ou fiscales. Le sens de la solidarité se manifeste par les comportements citoyens de chacun, et nous pouvons prendre deux exemples :

    -        Les personnes handicapées, les personnes rencontrant des difficultés dans la vie ou dans leur travail, au-delà de l’aide financière éventuelle, ont besoin d’un accompagnement personnalisé, qui dépend de relations d’amitiés apportées au sein des familles et au sein des associations sociales.

    -         Pour enrayer la menace que représente le changement climatique, nous savons que nous devons adopter un mode de vie beaucoup plus sobre en consommation d’énergie et autres matières premières. Les efforts de sobriété que feront les uns et les autres auront un effet d’entraînement « vertueux » pour tous nos concitoyens. Et le jour où les personnes qui sont en position de responsabilité dans le monde économique et médiatique montreront l’exemple, on peut penser que la transition écologique sera sur la bonne voie !

     En résumé, notre citoyenneté doit s’exprimer selon des moyens spécifiques sur trois niveaux institutionnels :

    -         Mondial, pour les questions qui concernent tous les Etats et tous les habitants de la terre.

    -         National, pour les questions relevant des gouvernements nationaux.

    -         Local, pour les politiques d’aménagement urbain et du territoire et pour les solidarités de proximité.

    Et au-delà de ces trois domaines d’exercice de notre citoyenneté « institutionnelle », une dimension plus personnelle s’impose : la solidarité pratique à l’égard de nos proches et la solidarité s’exprimant par un mode de vie compatible avec la nécessaire transition écologique.

     

     

     


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  • Peut-on, doit-on actualiser les textes fondamentaux ?

               

                                    Benoît Delcourt  le 25 Mai 2019.

             L’humanité, en plein Mystère sur son origine, poursuit sa longue marche vers la Vérité. Cette Vérité est parfois à la portée des humains, dans le cas de la Science quand elle a été vérifiée de multiples fois ; encore faut-il admettre qu’elle peut n’être pas complète, ou être mieux comprise par des lois encore inconnues. Mais pour ce qui est des « sciences sociales » et des religions, il faut bien comprendre que ce ne sont que des chemins possibles vers une Vérité qui nous dépasse; mais  cela n’est pas accepté par cerains, qui croient la détenir ! Plus humblement, il est  possible d’essayer  des voies pour s’en approcher, et certains humains, qu’on peut appeler des prophètes, ont leur avis sur ce qui est fondamental et fournissent des voies à explorer dans des textes  fondateurs.

     La Bible est le plus ancien texte fondateur connu en Occident. Il a sans doute été écrit vers 600 ans avant J.C, du temps du roi Josias, au retour de l’exil des Juifs à Babylone. Cependant, les historiens et anthropologues ne valident pas tous les faits relatés datant d’avant cette date. Par exemple, il n’y a aucune trace du peuple Juif en Egypte. Or c’est justement la période clef décrite dans la Torah, avec Abraham, Moïse, la captivité en Egypte, puis  David, Salomon, etc…. Faut-il en conclure qu’on ne peut rien tirer d’intéressant de ce livre ? Certainement pas ! Il décrit les relations qu’on peut avoir avec cet être mystérieux auquel la Bible ne donne pas de nom  autre que « celui qui est », ou  « un feu qui ne se consume pas» ou plus simplement « l’éternel ». Evidemment, ce livre a été écrit par des humains, et la violence n’en est pas absente : on pense par exemple à la traversée de la mer Rouge à pieds secs  par les Juifs, alors que le Egyptiens, qui les poursuivent, dans l’eau revenue: une lecture littérale indique que  Dieu serait le protecteur des croyants, mais pas des autres. Evidemment, ce n’est pas la lecture des « exégètes », ces intellectuels qui décortiquent les textes en hébreu et trouvent des sens cachés à tous les versets, pour le plus grand bien des religions contemporaines. Les non-exégètes ne savent pas quel sens donner à ces textes, et, comme ils doutent avec raison de leur Historicité, ils passent bien souvent à autre chose.

              Le monde Greco-Romain  fourmille de divinités diverses, mais il ne m’est pas possible de trouver un « texte fondateur », peut-être est-ce sa force ?. Dieu est un être multiple, et, plus qu’un être au-dessus de l’Humanité, il est chargé, ou plutôt ils sont chargés, de décrire la vie humaine, avec ses bonheurs, ses malheurs, ses qualités et ses défauts. Comment être insensible à tant de perspicacité dans les mythes, tant d’amour de la littérature et de la sculpture ? Mais la Vérité sur nos origines n’est pas vraiment recherchée.

            Vint alors le Christianisme. Il partage avec le judaïsme la Tora, appelée « Ancien Testament » chez lui. Mais l’accent est porté sur trois points fondamentaux qui sont liés:

    ---La dignité de tout humain : « il n’existe plus d’esclave et d’Homme libre, il n’y a plus que des fils de Dieu » dit l’apôtre Paul.

    ---Rendre hommage au Créateur ne consiste pas à lui faire des offrandes qui n’engagent pas comme celles des « marchands du temple », mais à considérer tout humain comme « une empreinte du Dieu », et cela dans toutes les cas.

    --L’être humain est naturellement pécheur, et doit toujours se forcer pour appliquer ces deux principes, même et surtout s’il prétend y obéir.

    Cependant, dans les Evangiles, on trouve beaucoup de passages qui ne conviennent plus, à mon avis, à notre époque. Certains sont tellement naïfs qu’il est facile de les gommer: dans le récit de la « multiplication des pains » on dit que les participants nourris étaient cinq milles, « sans compter les femmes et les enfants » ; on parle aussi des « extrémités de la Terre »…. Laissons cela de côté. Beaucoup plus important est le danger d’obscurcir le message Christique en prenant à la lettre les miracles continuels qu‘aurait faits Jésus (il ne les a d’ailleurs pas relatés lui-même), surtout ceux qu’on trouve dans l’évangile de Jean. Or la mentalité d’il y a 2000 ans  donnait une place importante, sinon prépondérante, aux manifestations occultes. Ces passages  peuvent donc être attribués à la mentalité de ces temps lointains.

    Cela dit, une fois ce travail de défrichage fait, que reste-t-il ? Rien ? Non, il reste le principal, qui tient aux trois  principes fondamentaux cités plus haut.

           Du Coran, je ne dirai rien, car je ne crois pas convenable d’écrire des avis  modernistes sur une religion qui n’est pas la mienne.

    Mais il y a bien d’autres textes fondamentaux que la Bible, les Evangiles et le Coran. Il y a les textes Orientaux, dont je laisse plus connaisseur que moi citer au cours du débat.

             Et puis il y a des textes politiques et de société que nous pouvons citer :

     -- La déclaration des droits de l’Humain et du Citoyen, de 1991, qui répondait aux abus de l’Ancien Régime, qui se pensait pourtant « très Chrétien ». Le texte lui-même n’a pas vieilli, cependant les faits révolutionnaires qui ont suivi sa publication sont pour le moins critiquables.

     --Le Capital, de Karl Marx, qui prône, entre autres la « dictature du prolétariat ». Evidemment, toute dictature, même si elle prétend n’être que temporaire, est mauvaise, car elle ne respecte pas l’individu et organise le népotisme et la corruption à haut niveau. De même le fameux « sens de l’Histoire » n’est qu’un leurre : les humains ne sont pas des molécules. Pourtant, la condition du prolétariat était scandaleuse au dix-neuvième siècle, comparée à celle des « gagnants » de l’ère industrielle, et Marx a forcé les Humains à plus d’équité.

     --Plus près de nous, le livre de Simone de Beauvoir : « Le deuxième sexe » est  généralement pris, au moins en France, comme le manifeste de Libération de la Femme. La femme vivait alors sous la tutelle complète de l’homme, et c’est cette situation que ce livre combat. Pourtant, là aussi on trouve des passages typiques de cette période et qui ne conviennent pas : par exemple, le long chapitre sur la maternité commence par une vingtaine de pages sur l’avortement ! Simone avait, dit-on, horreur des enfants, et Sartre disait qu’avoir des enfants était une « bêtise extrême ». Il n’empêche, Simone de B. a bel et bien écrit un texte fondateur, qui a sans nul doute largement influencé notre société dans les cinquante dernières années, et les défauts qu’on peut trouver dans ce livre n’y changent rien (parole d’un homme).

              En conclusion, ce n’est pas parce qu’un texte fondateur comporte des passages qui ne sont valables qu’à la période où il a été écrit, qu’il faut le rejeter en bloc : il peut tout de même aider à trouver un chemin face au Mystère de la Vie ou encore face à l’organisation de la société.

     

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  • LA COLONISATION, UN BIEN OU UN MAL ?

    Jean-Claude Charmetant – 6 avril 2019

    La colonisation est vieille comme le monde et ne semble pas prête à disparaître. Les premières bactéries, sources de la vie sur Terre, ont peu à peu colonisé la totalité de la planète, continents et océans. La plupart des espèces végétales et animales ont fait de même. Homo sapiens, notre espèce, n’a pas failli à cette règle. Parti d’Afrique orientale (1), il est remonté jusqu’au proche Orient où se situent les plus anciennes civilisations connues. De là, il a poursuivi sa course vers l’Europe à l’ouest et, à l’est, vers l’Asie, puis vers les deux Amériques et les innombrables iles de l’océan Pacifique. Cela aux dépens, là où elles étaient présentes, d’autres espèces voisines, Neandertal en Europe, homo erectus, homo habilis et d’autres qui ont toutes disparu - en nous laissant toutefois quelques gènes.

    Depuis environ 3 000 ans, presque tous les peuples ont été colonisateurs ou colonisés, parfois les deux. Le plus grand pays à n’avoir jamais été colonisé est la Chine ; à l’inverse, des Chinois ont essaimé dans de nombreux pays. Colonisateurs et colonisés en ont conservé des vécus très divers. La France qui fut une des premières puissances coloniales, en est restée marquée, parfois très négativement.

    Avant de porter des jugements, il faut bien délimiter le sujet. Nous empruntons donc au Larousse la définition de la colonisation. Il en donne plusieurs. Coloniser, c’est : 1. Transformer un pays en une colonie, territoire dépendant d’une métropole. 2. Peupler de colons un pays ou une région. 3. Le placer sous sa dépendance économique. 4. occuper en grand nombre un lieu, même temporairement (par exemple le tourisme de masse).

    Je ne vous parlerai que des trois premiers aspects, colonisation permanente ou, au moins, durable. La colonisation a souvent donné lieu à la constitution d’empires, c’est-à-dire d’ensembles soumis à une même domination militaire, politique, économique et culturelle.

    Dans ce cadre, je vous propose un rapide survol de la période historique. Les Grecs -si on excepte l’empire éphémère d’Alexandre le Grand - ont établi des colonies tout autour de la Méditerranée (chez nous, Phocée) sans idée de domination politique ou culturelle mais pour y faire du commerce avec les populations avoisinantes.

    Les Romains ont procédé tout autrement, établissant leur domination sur des pays entiers mais sans aller les peupler, hormis les garnisons militaires et quelques fonctionnaires. Curiosité de l’histoire : les Grecs ont été incorporés à l’empire romain mais, en matière culturelle et religieuse, ce sont eux qui ont colonisé les Romains. De même, ceux-ci ont fini par adopter une religion née dans une de leurs possessions, la Palestine. On peut alors parler de colonisation de l’intérieur ; nous aurons l’occasion d’y revenir.

    Au Moyen-Age, les Vikings ont fait de multiples incursions vers l’Islande et le Groenland, la Russie, l’Amérique du Nord et, pour ce qui nous concerne, la Normandie où ils ont adopté la langue et les usages existants. Colonisation sans domination politique. Mais ces mêmes Normands ont ensuite établi leur domination sur la Grande Bretagne à laquelle ils ont notamment apporté leur langue (le français) qui, par mixage avec la langue saxonne, a donné l’anglais.

    Vinrent ensuite ces grands explorateurs que furent les navigateurs espagnols et portugais. Ils ont conquis, puis contribué à peupler l’Amérique Centrale et du Sud, sans parler des comptoirs établis par les  Portugais en de multiples points d’Afrique, en Inde et même en Chine.

    Enfin, plusieurs pays européens, principalement l’Angleterre et la France qui possédaient déjà  des comptoirs et des îles, ont progressivement conquis ou « protégé » les pays qui restaient, principalement en Amérique du Nord, en Afrique, au Moyen Orient et dans le Pacifique.

    On peut examiner cette histoire suivant trois facettes : La colonisation a-t-elle apporté du bien ou du mal :

    - aux populations colonisatrices,

    - aux populations colonisées,

    - aux territoires conquis ou occupés ?

    Pour les colons, l’expatriation et l’occupation de territoires le plus souvent inexploités, n’a pas toujours été une partie de plaisir. Les cadets de familles aristocratiques qui sont partis créer en Amérique subtropicale des plantations de coton et de canne à sucre ont rapidement bénéficié de maisons confortables et fort agréables. Ils ne travaillaient pas de leurs mains car ils bénéficiaient d’une main d’œuvre bon marché, principalement des esclaves noirs fournis par les « négriers ».

    Au contraire, la majorité des Européens qui se sont expatriés sur tous les continents cherchaient à échapper à la misère et à ne pas mourir de faim. La plupart ont connu, pendant plusieurs générations, des conditions très dures. Il leur a fallu conquérir leurs terrains, souvent au prix de luttes violentes avec les populations autochtones (le folklore illustré par les westerns n’est guère éloigné de la réalité). Construire leurs maisons, fabriquer leur matériel et pratiquement tout ce qu’on ne pouvait pas trouver – le développement du commerce n’est venu qu’après.

    Quant aux colonisateurs forcés que furent les esclaves africains, leur sort est bien connu ; on sait qu’il était encore moins enviable.

    Aujourd’hui, tous les pays sont officiellement décolonisés, ayant rompu leurs liens avec la mère patrie, sauf une relation symbolique entre le Royaume-Uni et ses dominions, Canada, Australie… L’un des premiers pays indépendants fut les Etats-Unis depuis la guerre d’indépendance. En Afrique, la république sud-africaine. Mais la colonisation des autochtones par les blancs, politique, économique, culturelle, y subsistait.

    Les colonisés ont été traités de façon très diverse. Souvent, ils ont été exterminés pour faire de la place aux colons. Ainsi, peu de temps après l’arrivée de Christophe Colomb, il ne restait plus aucun Amérindien aux Caraïbes. Aux Etats-Unis, ils ont été parqués dans des réserves bien plus petites que les territoires qu’ils occupaient depuis la nuit des temps ; mis hors d’état de nuire par d’abondantes distributions d’alcool. Quant aux aborigènes d’Australie, pris de remords, le Gouvernement australien a regroupé des milliers d’enfants dans des écoles spécialisées pour leur apprendre à devenir comme les occupants, créant une génération de gens coupés de leurs racines.

    Les Espagnols et les Portugais ont procédé moins brutalement. Après s’être interrogés sur le caractère humain ou non des Amérindiens (la controverse de Valladolid), ils ont conclu qu’il s’agissait bien d’êtres humains. Mais, pour qu’ils le soient complètement, il fallait en faire des catholiques, ce qui fut fait. En même temps, presque partout, seuls l’espagnol ou le portugais leur ont été enseignés ; seuls trois pays, le Paraguay, le Pérou et la Bolivie, ont une langue locale comme deuxième langue nationale. Ce dernier pays est le seul d’Amérique latine dont le Président est un Amérindien depuis 2006. Enfin, le métissage occupants/occupés est devenu monnaie courante.

    Dans tous les cas de colonisation « dure », les traditions et les usages locaux ont donc été fortement combattus, ce qui ne signifie pas qu’ils aient totalement disparu. La plupart des autochtones, à défaut d’une véritable double culture, ont créé une sorte de mélange. De même, en Afrique ou aux Caraïbes, on peut être chrétien ou musulman sans avoir renoncé à l’animisme.

    Enfin, il existe de nombreux cas de colonisation douce. Il s’agit généralement de protectorats. Si on s’en tient à la France, citons la Tunisie, le Maroc, l’Indochine. L’organisation locale, politique et juridique a subsisté pour les autochtones, l’administration et les lois métropolitaines ayant prise sur les Européens. Hormis les périodes de combats, pour « pacifier » ces pays puis, pour eux, conquérir leur indépendance, la colonisation a peu modifié les conditions de vie des habitants, hormis une nette hausse de revenu pour ceux qui ont bénéficié d’une instruction poussée et ont eu accès à des emplois nouveaux et un accroissement exponentiel de leur population du fait de la diffusion de la médecine.

    Les territoires ont été diversement façonnés par la colonisation. En bien : construction de ports, de routes, de voies ferrées, de villes modernes que les populations locales ont donc reçu en héritage lors de la décolonisation.

    Plus mitigé : pour mettre en culture de nouvelles terres et nourrir des populations croissantes, il a fallu souvent détruire la forêt. C’est particulièrement grave pour les forêts tropicales, que ce soit l’Amazonie, l’Afrique ou l’Indonésie. Plus près de nous, l’Afrique du Nord était il y a 2 000 ans, une région boisée et tempérée. Le déboisement a commencé lorsque les Romains ont eu besoin de plus de blé, d’olives, de fruits. Il est devenu quasi-total quand les nomades arabes sont arrivés avec leurs moutons et leurs chèvres, rendant cette région quasi aride, minée par l’érosion et sujette à de forts écarts de température.

    Pour terminer, une dernière forme de colonisation est l’afflux en Europe de populations venant d’Afrique du Nord, d’Afrique noire, de Turquie et du proche Orient. Elle suit un processus particulier, inverse de celui décrit pour la colonisation française en Algérie. Les migrants ne se présentent pas comme conquérants. Avec la complicité des autochtones, ils se regroupent dans des zones où ils deviennent parfois majoritaires. Discrètement, (hormis le port du voile par les femmes, tandis que les hommes sont souvent barbus et la tête couverte), ils font régner leurs propres coutumes et leurs lois – la charia pour les musulmans. Ce phénomène n’est plus marginal : Actuellement, un garçon sur cinq qui nait en France reçoit un prénom musulman. Cela contribue à la percée du populisme au sein de nombreux peuples d’Europe, pas forcément chez ceux qui, comme les Suisses, hébergent le plus d’étrangers en sachant les convertir à leur propre mode de vie, mais chez les peuples qui sentent leur langue, leurs coutumes et leur mode de vie particulièrement menacés.

    Après rapide survol des multiples formes qu’ont pris, au cours des siècles, les colonisations initiées et subies par homo sapiens, libre à chacun de démêler le bon du mauvais, selon ses propres critères. En pensant qu’une même colonisation peut revêtir plusieurs facettes. C’est ainsi que l’Empire romain qui a parfois été brutal au moment de la conquête de nouveaux territoires, n’a laissé, après quelques siècles d’occupation, que de bons souvenirs chez les peuples qu’il avait conquis, hormis les quelques milliers de martyrs chrétiens tués avant qu’il adopte cette religion. Nous-mêmes trouvons souvent parmi les colonisateurs et les colonisés des gens qui ont gardé un bon souvenir des moments vécus ensemble et qui l’ont parfois transmis à leurs enfants.

    Bibliographie.   Yuval Noah Hariri - SAPIENS. Albin Michel. 501 p.

    Arthur Conte - L’EPOPEE COLONIALE DE LA FRANCE. Plon. 542 p.

    Pierre Singaravélou - LES EMPIRES COLONIAUX.  Editions Points. 458 p.

    HISTOIRE SECRETE DE LA GUERRE D’ALGERIE.

    Jacques ROSEAU - LE 113e ETE. Robert Laffont.

     

    Pour lire le C.R. du débat, cliquer ici

     


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  •                « DES INTOLERABLES TOLERANCES » 

     

    La tolérance désigne la capacité à permettre ce que l’on désapprouve. C’est une vertu qui demande un effort de réflexion et de générosité car nous devons apprendre à connaître les autres pour admettre leurs différences. Cependant, cette même vertu nous force à la vigilance et devrait nous aider à RECONNAÎTRE LE MAL, afin de nous conduire à ne  pas tolérer ce que la morale universelle juge comme intolérable.

    L’Homme éduqué est disposé à agir selon les codes d’honneur qui correspondent à la loi morale.  Chaque fois qu’il agit selon cette loi, il fait acte de liberté et de dignité. Or les infractions commises à l’encontre de cette loi morale - qu’elles soient individuelles ou collectives, consternantes de bassesse ou terrifiantes par leur ampleur et leur barbarie - semblent souvent ne rencontrer aucune autorité capable de leur faire obstacle. C’est que les « forces du Mal » utilisent la faiblesse des Hommes, leur orgueil, leur ignorance. On voit alors la raison céder la place à l’impensable et on assiste, impuissant, au règne de la violence et de toutes les souffrances qu’elle engendre.

    « Nul n’est assez fou pour préférer la guerre à la paix » écrivait Thucydide[1], 465 ans avant notre ère…  Mais voilà, il y en eut tant, à travers le monde et les siècles, de ces fous toujours prêts à livrer des guerres impitoyables pour asseoir leur pouvoir. C’est à se demander s’il reste quel qu’autre fou pour croire encore à l’existence d’un chemin qui conduirait vers une paix durable et universelle.

    Comment diagnostiquer le mal et l’endiguer avant que l’on n’ait plus qu’à en constater les dégâts ?  

    Au fond de chaque être humain, s’agitent des bulles de méchanceté, de jalousie, de haine… qui ne demanderaient qu’à exploser. Saint Augustin[2], Jean-Jacques Rousseau[3], ont chacun fait la confession publique de leurs mauvaises tendances et pulsions. Il ne s’agit pas ici de nous livrer à cet exercice, mais de nous demander comment des individus que l’on aimerait classer dans la catégorie des monstres – ce qui serait plus rassurant - en arrivent à sombrer dans l’indignité et pourquoi, nous-mêmes, avons réchappé[4] à cette malédiction.  

    Dans l’action, l’horreur est banalisée par ceux qui la commettent.[5]  Elle est aussi bien souvent justifiée. Rappelons-nous ce terrible moment de l’Histoire, quand, au matin du 6 août 1945, « little boy »[6] fut largué sur la ville d’Hiroshima, laissant le monde entier en état de sidération. Une cinquantaine d’années plus tard, Paul Tibbets[7] déclara : « En survolant la ville nous avons ressenti de la compassion pour les milliers de Japonais qui allaient mourir 10.000 pieds sous la carlingue de notre avion, mais il nous a fallu mettre nos sentiments en retrait. » Et de conclure par cette surprenante réflexion : « Je dors bien toutes les nuits. » … Probablement revendiquait-il la dignité de son obéissance.

    Par lâcheté on se laisse endormir dans les discours sirupeux du « moindre mal » ; par indifférence on livre des innocents à quelques enragés ; par imbécilité on se fourre la tête dans le sable plutôt que d’affronter les dangers ; par intérêt on s’accoquine avec les infréquentables…

    Alors sans doute nous faut-il admettre que l’Homme n’est pas à la hauteur de la loi morale et de ses idéaux. La vertu qui l’obligerait à obéir à la morale ne promet pas le bonheur : elle demande trop de courage, d’abnégation. Elle prescrit l’invivable !

     « L’homme vertueux est mélancolique, il pleure », nous dit Kant. Et il est vrai que le trouble qui occupe douloureusement la conscience de celui qui côtoie la souffrance de ses semblables, ne le laisse vivre sereinement. L’étourdi semble plus joyeux.

    « INDIGNEZ-VOUS ! » Ecrivait Stéphane Hessel[8] quelques temps avant de nous quitter.  De tous temps des hommes et femmes se sont indignés et sont parvenus à changer favorablement le cours des choses. La torture, l’exploitation des êtres – travail des enfants, esclavage, prostitution - sont interdites … et si ces fléaux ne sont pas encore éradiqués ils sont dénoncés et toujours combattus par l’ONU. Aujourd’hui, nous observons que la souffrance - dont celle des animaux, de la nature – a pris un caractère de scandale qu’elle n’a jamais eu auparavant dans l’Histoire. On s’interroge enfin sur l’état de santé de notre Terre – « ce petit tas de boue », comme l’appelait Voltaire – et on en vient à employer le terme « d’écocide »[9] en évoquant sa destruction. Cette lucidité – ô combien tardive ! - prouverait-elle que l’humanité s’engage enfin sur la voie de la raison ?

    Comme le crocodile et l’anaconda qui, lors d’un combat ne desserrent jamais leur étreinte fatale, « les forces du Bien et les forces du Mal » se disputent l’Humanité. En sortira-t-elle toujours indemne ? Trouvera-t-on les moyens de sauver le merveilleux – et unique !  - territoire qui lui a été confié ?   

    Charlotte Morizur  le 2  février 2019

     



    [1] Hérodote et Thucydide sont les pères fondateurs de l’Histoire, « mère des sciences humaines ».  

    [2] Dans une confession – écrite entre 397 et 405 – qui est à la fois aveu, louange et profession de foi, Saint Augustin d’Hippone fait l’expérience de l’intériorité.

    [3] «  Intus et in cute »  : en entier et sous la peau cad au plus profond de soi-même ; préambule aux confessions.

    [4] Vraiment ???

    [5] En 1963, Hanna Arendt développe un concept philosophique sur la banalité du mal dans son ouvrage « Eichmann à Jérusalem »

    [6] Nom donné à la bombe atomique qui détruisit la ville.

    [7] Paul Tibbets est le colonel américain qui fut chargé de cette mission. Il avait trente ans.

    [8]  STEPHANE HESSEL (1917 – 2013) : écrivain français d’origine allemande, diplomate, résistant, militant politique.

    [9] Destruction volontaire et criminelle du milieu naturel.


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