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    La liberté est-elle une illusion ? 

     Ce thème est l'archétype des sujets de philo proposés au baccalauréat, et on trouvera sur Internet de nombreux « corrigés de dissertation », payants ou gratuits, pour le traiter. Il est recommandé d'en examiner quelques uns [1] pour s'éclaircir les idées et compléter ce que chacun peut en penser de manière spontanée.

    La problématique de la liberté peut se décliner de deux manières au moins :

    -        philosophique et théorique : l'homme est-il libre de ses choix et de ses actes, ou bien tout est-il écrit ? Quelle est la place du hasard dans nos décisions ? Y a t-il un destin, et sommes nous prédestinés ? Le déterminisme peut-il s'appliquer à l'homme comme il s'applique dans les sciences physiques ? Que nous disent les neurosciences à cet égard ?

    -        Sociale et pratique : quand j'agis, est-ce que c'est moi qui prend une décision, ou bien suis-je manipulé, programmé par mes gènes, par mon éducation, par mon environnement ? Comment prend t-on réellement une décision ? Quelle est notre responsabilité personnelle ? Puis-je exercer ma liberté sans tenir compte des autres ?

    Chacun pourra s'exprimer au cours du débat, mais le développement qui suit ne concerne qu'une partie du sujet et ne reprend pas ce qui apparaît de manière assez uniforme dans les corrigés de dissertations, sommairement résumé dans les questions ci-dessus.

    --oOo--

     

    L'existence de la liberté humaine individuelle est obligatoirement une donnée a priori.

    En effet, si je suis libre de mes pensées, ce que j’écris là a une signification. Si je ne suis pas libre, si ce que j’écris n’est que le résultat de mécanismes reliant les causes aux effets, alors cela n’a aucune valeur, ne signifie rien, si ce n’est l’existence du déterminisme.

    La liberté transcende la causalité. Il ne peut en être autrement : si mes pensées ne sont que le fruit  du jeu des causes et des effets, comment puis-je démontrer que je ne suis pas libre si je ne suis pas d’abord libre moi-même ? Le principe de non-contradiction s’applique ici et nécessite que la liberté soit une donnée première. On ne peut rien dire de cohérent s’il n’en est pas ainsi.

    Une autre manière, plus « moderne », de réfléchir à ce sujet, est de s’appuyer sur les développements assez récents de la théorie de la complexité et de la notion d’émergence qui en découle. L’évolution d’un phénomène déterministe, obéissant aux lois de la physique et du monde matériel, est le fruit d’interactions généralement complexes où interviennent d’innombrables variables, et ne peut être prédite à l’avance. Le comportement de ce phénomène « émerge » de la complexité du monde. Et la prise de décision par une personne, même si elle semble simple et souvent sans formulation consciente, est un phénomène complexe.

    Choisir, décider librement, semble néanmoins lié à notre état de conscience dans l'évolution. Même si on pense que la conscience (humaine) n’est qu’une « émergence » de la complexité matérielle, définir ce qu’est la conscience, de manière objective, est une tâche très difficile, voire impossible. On sait, on sent intuitivement ce que c’est, mais la définir précisément avec des mots aboutit toujours à quelque chose d’insatisfaisant, de la même manière que Saint Augustin essayait de définir le temps.

    On peut aussi dériver vers une réflexion sur la vie et les phénomènes vitaux : ne sont-ils le fruit que d’interactions matérielles entre atomes et molécules ? Sinon, qu’est ce qui les différencie des phénomènes physiques de la matière inerte ? La conscience est-elle obligatoirement liée à la vie, avec différents degrés de manifestation en fonction du niveau d'évolution atteint ?

    En conséquence, y a t-il des degrés dans la notion de liberté, qui serait le fruit de l'état de conscience chez les êtres vivants ?

     

                              Matière --> vie --> conscience --> liberté

                                                               

     

                                                        Déterminisme

                                 Hasard

                                Complexité

                                Emergence

     

    Ainsi, il apparaît qu'en raison de ces phénomènes d'émergence, le déterminisme strict, tel qu'il se manifeste en physique, ne peut s'appliquer au vivant. Les décisions prises, plus ou moins consciemment, par les êtres vivants, sont le fruit d'une multitude de causes qui interagissent entre elles, mais qui sont en outre soumises à des aléas imprévisibles. On peut alors s'orienter vers deux types de conclusions :

    ·         soit on estime que, émergence ou pas, le déterminisme est partout présent et par conséquent c'est lui qui pilote nos vies, sans qu'on puisse toutefois prévoir notre comportement. On a alors affaire à une apparence de liberté, très proche de ce que serait une « vraie » liberté ;

    ·         soit on considère que la notion de liberté, telle qu'on peut la définir[2] dans l'absolu, est un concept qui n'existe pas dans la réalité, et que nous avons seulement une certaine marge de libre-arbitre dans un univers soumis au déterminisme d'une part, au hasard d'autre part

    Aucun des termes de cette alternative ne pouvant être prouvé rationnellement, il est sage de se comporter en pratique comme si la liberté existait, ainsi que nous le conseille à demi mot Spinoza, tout en excluant la définition spontanée de la liberté comme étant la possibilité de faire ce qu'on veut comme on veut. Il est clair que si je veux que mes pensées et mes actes présentent la moindre valeur, je dois CROIRE à la liberté individuelle. Sinon, pourquoi écrire ? Pourquoi penser ? Pourquoi ne pas faire n’importe quoi ?

    La liberté totale et absolue est impossible. La liberté que l'on vit n'existe que par l'existence de contraintes dans le monde. Comme toute idée-force, elle ne se définit que par rapport à son contraire : ordre/désordre ; beauté/laideur ; liberté/contrainte.

     

    Citation :

     « La liberté est l'ignorance de la cause qui détermine »   Spinoza

                                                            

                                                                                                                                                                Jean-Jacques Vollmer



    [2]    Liberté : Pouvoir d’agir sans contraintes étrangères ou extérieures ; pouvoir d’être cause première d’un acte, d’initier une chaîne causale ; aptitude des individus à exercer leur volonté

          Libre-arbitre :  pleine liberté de décider, de faire selon sa volonté, en l'absence de contrainte


     


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  • Juger sans préjuger

                                                                                                                                                  par Loman Bourdet

    Peut-on juger sans préjugés ou sans préjuger  ° ? sans préjuger, la décision s’annonce impartiale. Mais pouvons-nous encore juger sans préjuger ? Il y a forcément un minimum de concepts, de valeurs, qui nous permettent d’émettre un jugement, avant même d’avoir tous les éléments à notre disposition.

    Juger c’est arbitrer selon un code prédéfini, donner une décision, trancher pour une partie plus qu’une autre, donner son avis.

    Préjuger « juger-avant » c’est juger sans avoir tous les éléments en main pour prendre une décision impartiale. Préjuger, c’est aussi faire appel à son éducation (bases de la réflexion pourvue par l’instruction), son système de valeur (ce qui est bien, ce qui est mal) et sa propre histoire (cas similaire, empathie, etc.).

    Si l’on juge avec des préjugés, on risque de mal juger, précipiter une décision erronée. Si l’on juge Impossibilité de juger sans préjugés

    Nos pensées sont prétries de préjugés. Comment réagir à l’énoncé d’un verdict sur une affaire dont nous ne connaissons rien ? Ce sont alors les préjugés qui nous dictent qu’une décision est respectable ou non. Voici un exemple d’information (La Montagne, 16/12/2017) sur laquelle nous pouvons axer notre réflexion : « un voleur multirécidiviste condamné à de la prison ferme ».

    Nos pensées sont tournées vers les mots « voleur » et « multirécidiviste », ce qui semble dire que la personne avait déjà volé plusieurs fois, et qu’elle savait ce qu’elle faisait quand elle a à nouveau volé. Il est donc moralement normal qu’il soit condamné, le jugement est évident.

    A-     Se forcer à critiquer pour juger en toute liberté

    Alors que les bonnes questions seraient : était-il jugé pour ce qu’il a volé ou pour un tout autre acte ? Quelle est la profession de cette personne (voleur n’est pas un métier) ? Qu’a-t-il volé cette fois et qu’avait-il volé les fois précédentes ? Est-on sûr que les autres vols étaient bien de son fait ? Qu’a-t-il commis pour mériter la prison ferme ? A-t-il eu le temps de préparer sa défense ?

    La personne est présentée en tant que voleur, mais remplaçons ce mot par « militant », « robin-des-bois », « opposant politique », et notre (pré)jugement s’en trouve affecté, la décision pourrait avoir un tout autre sens. Nous ne voyons plus la personne de la même façon, et pourtant elle est la même que nous trouvions normal qu’elle soit condamnée. Le jugement n’apparait pas si évident.

    B-      Ce que nous apportent les préjugés

    Les préjugés sont des jugements non-fondés mais faut-il pour autant s’en débrasser ? Descartes dans Discours de la méthode montre que bon nombre de nos connaissances relèvent de préjugés. Ils ne sont pas un obstacle à la pensée puisqu’ils sont la base de nos certitudes, préparent la réflexion, et c’est un travail de juger sans préjuger. On peut alors juger sans se faire dominer par ses désirs. Mais avons-nous conscience de nos préjugés ?


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  • Quels sont les dangers des idéologies ?

     

    Qu'est-ce qu'une idéologie ? Quels exemples d'idéologies nous viennent à l'esprit ? Quels en sont les dangers ? Ont-elles des avantages ou seulement des inconvénients ?

     Qu'est-ce qu'une idéologie ? Une idéologie est un système de croyances, d'idées, de doctrines, de représentations, à partir desquelles la réalité est analysée ; les idéologies influent le comportement individuel ou collectif. Exemples : "Tout ce qui est de droite est mauvais, tout ce qui est de gauche est bon."  Ou, plus actuel : "Tout ce qui est mondialisation est bon, tout ce qui est contre est mauvais" et vice versa.

     Si chacun voit la vie à travers le prisme déformant de son idéologie, cela crée des conflits (parfois très violents) et empêche les bonnes solutions d'émerger. Cela nie l'apaisement, le pragmatisme, le sens du réel, la recherche de bonnes solutions et, plus généralement, cela nie le bon sens. Le bon sens étant la capacité à bien juger, à distinguer le vrai du faux. Voir le texte à ce sujet sur : http://ecomondiale.over-blog.com/2014/02/le-bon-sens-paysan-n-est-il-que-du-sens-commun-ou-est-ce-la-science-de-la-réalité.html Certains persistent à confondre le bon sens avec le sens commun, qui est la manière de juger selon les opinions dominantes dans une société donnée.

     Une idéologie a une phase de naissance, de vie puis de mort ou de mise en sommeil (prête à renaitre de ses cendres).

     Quels exemples d'idéologies nous viennent à l'esprit ? Quels en sont les dangers ?

     Certaines idéologies sont dangereuses pour la vie en société et le "vivre ensemble". Cela peut être le sexisme, la xénophobie et le racisme sous toutes leurs formes.

     Attention, contrairement à ce que certains pensent, le racisme n'est ni monolithique ni à sens unique. Si l’antiracisme a pour but de lutter contre le racisme c'est bien, si c'est pour voir du racisme partout et/ou seulement dans un sens (blancs vis-à-vis des autres, jamais l'inverse), non. De même si le féminisme a pour but de défendre les droits des femmes, il ne s’agirait pas que ce mouvement devienne une lutte anti hommes. La vérité est généralement complexe et nuancée. Les positions monolithiques et simplistes n'aident ni à la discussion, ni à la recherche de solutions réalistes.

     Les idées radicalement opposées et caricaturales au sujet de l’Europe ne peuvent évidemment coïncider. Ex : Une personne serait absolument hostile à toute idée de coopération européenne, tandis que l'autre serait une "euro béate" qui ne jugerait que par l'UE telle qu'elle est et rien d'autre. L'une rejetterait toute velléité de créer des normes communes, de coopérer dans le domaine de la police ou économique. L'autre serait aveuglée par la paix que l'UE aurait soi-disant permise à l'exclusion de toute autre influence et sans tenir compte des dégâts sociaux et culturels. L'une accuserait l'autre de "collaboration nazie" en permettant à l'Allemagne de peser sur le destin de l'Europe. L'autre renverrait la première à "voulant faire la guerre à l'Allemagne", "ne voyant pas plus loin que la ligne bleue des Vosges", de raciste, xénophobe, fasciste etc. Quel dialogue peut-il y avoir ? Quelles solutions peuvent émerger ?

     Le fascisme est une idéologie dangereuse. Certains se revendiquent comme étant fascistes ; d'autres ont des comportements fascistes, sans s'en rendre compte (en pensant même parfois lutter contre lui !) ; d'autres encore ont une idéologie fascisante, même si elle n'est pas liée au fascisme.

     Certaines idéologies vont jusqu'à condamner à mort ceux qui ne partagent pas la même pensée. Les extrémismes (politiques, mais aussi religieux) font partie des idéologies dangereuses.

     La loi française de 1905 sur la laïcité est plutôt bien faite, mais certains prennent la laïcité comme une religion (on peut les appeler "les laïcards").

     L'idéologie du "vivre ensemble" et celle du "multiculturalisme" : C'est très beau, c'est très bien, mais, pour que cela marche, il faut que les cultures soient compatibles entre elles et qu'il n'y ait pas de haine. Est-ce possible avec des gens qui ont des cultures d'exclusion, de dogmes, d'idéologies, de combat, de pouvoir, de conquête ? Est-ce possible avec des difficultés économiques (chômage de masse en particulier) ? Est-ce possible avec l'idéologie de la "repentance" ?

     A force de se repentir, d'oublier les choses positives, d'oublier les contextes historiques ainsi que les choses négatives des autres civilisations, cela pousse à vous détester et à pousser les autres à vous détester. Cela conduit à des haines et des heurts plus ou moins graves. Cela peut pousser à une guerre civile ! Si repentance il doit y avoir, il faut que ce soit complet et objectif et pas à sens unique. Et surtout passer à autre chose !  Comment lutter contre toutes les formes d'esclavagisme, sexuel ou économique, entres autres, qui existent encore de nos jours ?

     L'idéologie chez les juges est un grand danger ! La justice est censée être aveugle, ce qui n'est pas le cas si l'on a affaire à un idéologue. Quelle valeur a la justice en ce cas ? Cela peut remettre en cause l'un des principaux fondements de nos sociétés.

     L'idéologie liée au "Big Data" est illustrée dans le film, "The circle" qui est une bonne description des dangers (et avantages) de cette idéologie.

     L'idéologie du travail (le travail considéré comme une religion ou un dieu) est évoquée dans "Le travail est-il une valeur ?" sur http://ecomondiale.over-blog.com/article-6703003.html

     L'idéologie (l'utopie ?) du "ruissellement" : Autrefois les riches, les classes moyennes et les pauvres avaient un taux de croissance des revenus comparable (ces derniers restant néanmoins différents) alors que maintenant, la croissance ne profite quasiment qu'aux riches.

     L'idéologie cataloguant les propriétaires comme "méchants" et les non propriétaires comme "gentils" aboutit à des contraintes, des règlements, des taxes, des lois qui frisent parfois l'absurde et qui découragent les vocations de propriétaires loueurs, ce qui finit par aboutir à un manque de logements à louer donc se retourne contre les locataires. Au lieu d'investir dans des logements à louer, ce qui permettrait de faire baisser les prix des loyers (loi de l'offre et de la demande), les gens ayant de l'argent sont parfois poussés à des placements spéculatifs néfastes pour l'humain et l'économie. La loi va même jusqu'à donner plus de droits d'occupation à des squatters qu'aux propriétaires occupants ou aux locataires honnêtes ! Exemple : le cas de la personne âgée partie à l'hôpital et qui n'a pas pu rentrer chez elle, car son logement était occupé par des squatters (protégés par la loi !!!...)

     Au secours bon sens, reviens !

     Les idéologies ont-elles des avantages ou seulement des inconvénients ?

     Les idéologies ont-elles des avantages ? Oui et non. La politique, la religion, l'engagement social, le syndicalisme par exemple peuvent avoir de bons côtés lorsqu'il s'agit d'améliorer le sort de l'humanité et/ou de la rendre meilleure. Citons entres autres l'engagement de certains militants politiques, associatifs et/ou syndicaux qui se battent sur des mesures concrètes, parfois en étant eux-mêmes victimes de leur engagement, mais on peut d'avantage parler de convictions (certitude fondée sur des preuves évidentes), de militantisme, de générosité, de don de soi, etc.

     De même pour la religion : s'il s'agit de relier les hommes, d'améliorer l'être humain, de faire du bien, cela est bon. A l'inverse, de multiples exemples existent concernant les dérives de la politique, des associations, des syndicats, des religions.

     Notons que "faire du bien" est différent de "faire le bien" qui peut pousser à l'extrémisme ; car qu'est-ce que "faire le bien" ? En général c'est basé sur une idéologie et c'est la porte ouverte au mal : fermeture à la pensée libre, à l'écoute de l'Autre, au bon sens et à l'humanité. Cela peut pousser aux meurtres, aux massacres, au terrorisme, aux sacrifices humains, à l'exclusion de l'Autre - de celui qui n'est "pas bien", à la volonté de conquête, à l'hégémonie, au totalitarisme, à la tyrannie, aux emprisonnements arbitraires etc.

     Lorsqu'un "drogué d'une idéologie" ne raisonne qu'à travers elle, ne voit qu'elle, n'agit qu'à travers elle, il est un handicapé de la pensée, il est fermé à toute discussion qui n'irait pas dans son sens. C'est un extrémiste, donc une personne dangereuse, surtout s'il tue et/ou pousse d'autres à le faire. Certes, on peut avoir des convictions, à condition de rester ouvert, humain, réaliste et armé de bon sens, ce qui ne doit pas empêcher la créativité intelligente ainsi que la recherche du bien commun.

     

    Jean-Marc N.                        20/03/2018

     

    http://ecomondiale.over-blog.com/

    Pour voir le compte-rendu de séance, cliquer ici


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  •                         Populisme et Démocratie sont-ils conciliables ? 

                                                                    Daniel Soulat   17/03/2018

     

    I/ Qu’en est-il historiquement : Dans la Grèce antique, Idiotès : est celui qui oublie le bien commun de la cité, l’homme livré au particulier qui n’espère pas l’universel. Avec la modernité, la définition de l’idiotès se transforme radicalement. En l’occurrence, ce n’est pas l’idiotès qui a changé, c’est l’universel auquel il se compare. De cette métamorphose va naître notre « populisme ». Idiot : l’homme restreint dans son intelligence, se comprend bien. Ethymologiquement, le suffixe isme implique une prise de position favorable envers ce qu’induit le substantif latin populus (peuple).

    Les Nombreux, il s’agit de désigner, de façon triviale, la masse des habitants de la cité, citoyens ou non. Mais ils ne sont pas la masse des citoyens d’Athènes. Ils se distinguent des quelques-uns supérieurs  en qualité, ils sont attachés à leurs désirs propres, ils manquent de vue d’ensemble pour conceptualiser et vouloir le bien commun. Ils ne s’intéressent qu’à la Particularité, Platon utilise le mot grec idiov (la particularité), et même si on leur présente le logos, le discours Universel, ils ne le voient pas et s’en détournent, ils  sont privés de la raison dont se prévalent les quelques-uns.

    Les  Quelques-uns, dans la cité pensent vraiment, et regardent les nombreux, les identifient et les désignent, alors qu’ils se définissent eux-mêmes, s’établit donc ainsi l’élite.

    L’Elite déborde de préjugés, autrement dit de jugement avant l’expérience. Dans les anciennes démocraties, déjà l’élite soupçonne et parfois accuse le peuple de manque à l’universel, de trop s’intéresser à ses intérêts, pas au commun. D’une manière générale on oppose les Meilleurs (aristoi) aux nombreux, meilleur signifiant plus intelligents et vertueux. Aristote est le seul penseur grec à ne pas disqualifier les nombreux.

    Enracinement : réalité historique, Emancipation : progrès, l’homme détaché de ses racines temporelles, spatiales, et des obligations communautaires. Il se trouve délivré des hiérarchies qui le tenaient dans une orbite étroite, il s’identifie à lui-même, car il peut inventer son propre destin. Les Lumières ont fait de la libération un absolu. Le débat entre émancipation et enracinement devrait demeurer dans une querelle courtoise avec un respect mutuel, mais on constate que c’est de l’ordre émotionnel donc conflictuel.

    Liberté démocratique : la multiplicité est une faille que dénonce Platon, car la liberté démocratique permet à tous de s’exprimer, de vivre comme ils l’entendent. Ainsi la société libre sera-t-elle emplie de désirs contradictoires. «La démocratie est une tension, fondée sur des principes qui ne peuvent être réconciliés complètement. Une parfaite liberté et une parfaite égalité ne peuvent tenir ensemble. Elles ne sont pas contradictoires mais tenues par une tension qui permet le pluralisme : une négociation entre droite et gauche, entre prédominance de la liberté ou de l’égalité.»  

    La Loi est ce qui rassemble ce qui vaut pour tous, le respect des lois est l’affaire de l’éducation, car l’instinct commande au contraire de se servir soi-même sans autre contrainte.

    Populisme la première distinction de ce qui deviendra le populisme repose sur une distinction entre le peuple inculte et l’élite éduquée. Le populisme porte la marque d'une inquiétude et d'une protestation démocratiques contre la trahison, supposée ou réelle, des élites. Le peuple n’a pas toujours le sentiment d’être défendu par la démocratie, pourtant faite pour lui, il a l’impression que l’on se sert de lui pour mieux le trahir, c’est aussi de cette certitude que naît le populisme. « Le trait distinctif des populistes, c'est qu'ils affirment être les seuls à représenter ce qu'ils appellent le véritable peuple. ». Ce qui est problématique, ce n’est pas l’appel au peuple, mais sa «conception du peuple», le risque c’est l’instrumentalisation de l’opinion du peuple par des partis et des personnalités politiques qui s’en prétendent leur porte-parole.

    II/ Actuellement, certains disent qu’Il ne s’agit pas d’un courant, mais d’une dimension et d’une pratique de la politique dans les sociétés démocratiques, ou, si l’on préfère, d’une manière qu’on peut dire «radicale» de concevoir la démocratie, qui revient à exiger de prendre à la lettre la définition classique «gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple». Or, qu’en est-il : «Ce peuple ne peut exercer sa souveraineté et son pouvoir que par des représentants qui vont penser, parler et agir en son nom». Entre le principe de la souveraineté populaire et l’Etat de droit, les tensions sont inévitables.

    III/ Pour d’autres, sont populistes tous ceux qui sortent des cadres habituels, tous ceux qui rompent avec le « politiquement correct », mais avant tout, est qualifié de populiste, celui qui est partisan du populisme.

    IV/ Démagogie. Le candidat populiste est-il celui qui va chercher ses voix dans les milieux populaires, celui dont le projet politique rencontre les exigences du peuple. Mais n’est-ce pas là précisément le but de la démocratie. Le mot démagogue désignait à l’origine le chef du peuple. Toute l’analyse grecque de la démagogie ancêtre de notre populisme, laisse apparaître la différence entre le principe de plaisir et le principe de réalité. Le propre du démagogue est de faire plaisir dans l’instant, tout est facile, il s’agit de proférer l’agréable au détriment du bien, de faire preuve de complaisance.

    V/ Eduquer le peuple à sortir de sa particularité, élargir son regard, lui apprendre à bien penser, à débattre à développer l’esprit critique. Eduquer à la citoyenneté ne consiste pas à défendre une idéologie, mais à développer discernement, jugement, responsabilité, éléments qui lui permettront de se forger sa propre opinion sur le destin commun.

    VI/ Citoyen : Au XXIe siècle : Le citoyen n’est plus celui qui dépasse son intérêt privé pour se mettre au service de la société à laquelle il appartient, mais celui qui dépasse l’intérêt de sa société pour mettre celle-ci au service du monde. Ainsi, celui qui voudrait protéger sa patrie face aux patries voisines, est devenu un demeuré. Le citoyen contemporain est à la fois individu dont l’intérêt particulier est prépondérant et un citoyen du monde. Il apprend que l’humanisme consiste à préférer  le lointain au prochain, mais il n’apprend pas que le prochain, le seul réel devant nos yeux représente l’exigence première qui permet toutes les autres.

     

    VII/  Entendre la plainte des électeurs qualifiés de populistes :

    Osons un point de repère, un article de Laurent Fabius, en 1994, alors qu'une nouvelle cohabitation imposait un gouvernement de droite à François Mitterrand. À la suite des élections cantonales, prenant la mesure de l'insatisfaction grandissante du pays devant « les ravages du chômage », « l'usure de l'État providence », le « mal de vivre », « le mal d'espoir » et le « mal gouverner », l'ancien Premier ministre écrivait : « Nos compatriotes, plus que d'autres peuples peut-être, ont par tradition besoin d'un grand dessein ».

    Et Emmanuel Macron déclara le 19 mars 2017 : « Si être populiste, c'est parler au peuple de manière compréhensible sans passer par le truchement des appareils, je veux bien être populiste. Mais ne m'appelez pas démagogue, car je ne flatte pas le peuple. »

    Lors de son intervention, dans la cour Napoléon du Louvre, au soir de son élection le 7 Mai 2017, le Président Emmanuel Macron s’est ainsi exprimé « j’ai entendu l’expression d’une colère, d’un désarroi, parfois des convictions, et je les respecte », « les fractures sociales et les divisions de notre nation, ont conduit certains à un vote extrême ».

    L’importance de se mettre à l’écoute de cette population et de prévenir l’aggravation de ces déséquilibres s’impose (pauvreté, désindustrialisation, désertification rurale, chômage).

    Entendre la colère de beaucoup, issue d’une société divisée en trois groupes : un tiers est constitué par les connectés’, ce sont les bénéficiaires de la mondialisation qui vivent dans des centres urbains. Un tiers craint le déclassement, et un tiers vit sans mobilité sociale et dans la précarité ou le chômage, ce sont ces derniers tiers qui sont qualifiés de populistes, et estiment ne pas compter pour le premier tiers.

    Ce constat est le même pour grand nombre d’observateurs, mais ils n’ont pas le même sentiment d’urgence et ne partagent pas les mêmes options économiques.

    Le risque d’un effet ‘bulle’ que connaissent souvent ceux qui vivent dans la ‘France d’en haut’, dans les métropoles, qu’ils soient élus, intellectuels ou même journalistes, sera d’autant plus important. Ils risquent de ne pas comprendre ce qui se passe dans la ‘France d’en bas’.

     

    VIII/ Résumé : Le ‘populisme’ évoque un courant d’opinion(s) fondée(s) sur l’enracinement (la patrie, la famille) et jugeant que l’émancipation (mondialisation, ouverture) est allée trop loin. C’est aussi une exaspération des désespérances. Le populisme est une «fièvre » symptomatique, d'une " maladie" causée par une démocratie qui craque, « puisqu’à l’issue d’un choix binaire : on n’élit plus le meilleur d’entre nous, mais le moins pire».  

     «La connotation péjorative du populisme est une manière euphémisée de remettre au goût du jour la  thèse selon laquelle la rationalité est du côté des élites, et que toute influence du peuple dans la conduite des affaires est irrationnelle», entrevoit le sociologue et politiste Yves Sintomer.

    Il est normal qu’une démocratie lutte en permanence contre la démagogie, qui représente depuis l’origine sa tentation, son fléau mortifère. Le mot populisme ne doit pas devenir l’invective dont on se sert pour ignorer les angoisses du peuple, une démocratie, qui lutte par des invectives contre des opinions contraires, montre qu’elle manque à sa vocation de liberté. Le populisme ne serait donc pas synonyme d’extrémité politique, mais d’une manifestation d’impatience envers la politique.

    IX/ Conclusion : La mode du populisme est l'expression de la séparation à l'œuvre dans nos démocraties entre les deux natures du peuple, sociale et politique, et du retournement de l'une contre l'autre. Le défi n'est donc pas seulement de prendre en compte la colère, mais de comprendre le motif de la plainte.

    Aujourd’hui s’il faut éduquer les milieux populaires à l’ouverture, il faudrait surtout éduquer les élites à l’exigence de limites, au sens de la réalité, à l’écoute et au respect de l’engagement.

    L’article 3 de la constitution étant : ‘La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum’, est-ce compatible avec la démocratie définie par ‘le « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ? ». La question de savoir comment et dans quelle mesure le « peuple » est associé à son propre gouvernement est évidemment centrale.

    Selon Pierre Rosanvallon « l’actualité du populisme, c’est l’actualité d’une fatigue démocratique, qui est moins capable de légitimer les pouvoirs issus des urnes, c’est l’ombre noire des dysfonctionnements démocratiques. Il faut certes critiquer le populisme, mais simultanément réfléchir au développement d’une démocratie post-électorale. 

     

                                                                                                              Daniel Soulat 17/03/2018

    Les notes prises en cours de séance par Daniel Soulat peuvent être lues dans le commentaire n° 4  (voir ci-dessous).


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  • La propriété est-ce le vol ?

     

    D'abord évacuer les idées fausses. "La propriété c'est le vol" : tout le monde – ou presque -- connaît cette phrase de Proudhon (in Qu'est-ce que la propriété ?, 1840). Mais c'est une phrase extraite de son contexte, un slogan choc qui, comme tous les slogans, caricature la pensée beaucoup plus nuancée de son auteur. En fait il visait là l'injuste pouvoir que tiraient de leur possession les grands propriétaires terriens oisifs. Apparente contradiction, rarement relevée, pour lui "la propriété c'est (aussi) la liberté" (in Confession d'un Révolutionnaire…, 1849 et Théorie de la propriété, 1871, posthume), en ce qu'elle protège les faibles contre l'Etat.

     

    La question de l'appropriation des biens et des ressources est l'une des plus difficiles et des plus conflictuelles qui soient. On se contentera de poser des jalons susceptibles d'ouvrir des pistes de discussion en s'interrogeant notamment sur le champ des biens et des ressources appropriables, sur la justification du droit de propriété et ses dérives.

     

    Quels biens sont appropriables ?

    Elinor Ostrom, sympathique et regrettée lauréate du Nobel d'économie (2009, décédée en 2012) classe les biens en quatre catégories, selon deux critères (rivalité ou non, excluabilité ou non)[1]. Cela donne la typologie suivante.

    Rivalité forte et excluabilité forte : biens privés (tous les produits commerciaux)

    Rivalité forte et excluabilité faible : biens communs ou communs (p. ex. eau courante)

    Rivalité faible et excluabilité forte : biens de clubs (biens à péage comme Canal+)

    Rivalité faible et excluabilité faible : biens publics (air, chaînes publiques de radio et TV)

    Notre débat va porter essentiellement sur les biens privés (ou privatifs) susceptibles d'appropriation individuelle. Auparavant deux remarques s'imposent.

     

    1° Dans notre société capitaliste les différents pouvoirs tendent à élargir le périmètre des biens privés au détriment des communs afin d'en tirer profit. Ce fut déjà le cas à partir du XVIe siècle en Angleterre avec le mouvement des enclosures : en clôturant leurs terres par des haies, les riches propriétaires fonciers privaient les petits paysans des droits d'usage qu'ils y exerçaient de tout temps (droit de vaine pâture par exemple). Les conséquences en furent considérables : d'un côté mutation importante des systèmes techniques ; de l'autre, paupérisation des populations rurales avec leurs lots de révoltes et de répression. On retrouve ces constantes dans toute tentative d'élargissement du champ des biens privés : chaque fois que l'évolution de la technique le permet, il y a une forte pression à la privatisation, et chaque fois elle se traduit par des mutations, voire des progrès économiques, mais chaque fois elle s'opère au détriment d'individus, de collectivités ou de valeurs. Bon nombre de biens immatériels sont aujourd'hui privatisés (brevets) et la tentation est forte d'en élargir le champ (p. ex. controverse sur la brevetabilité du vivant).

    2° En 1968, dans un article retentissant l'écologue américain Garrett Harding dénonçait la tragédie des communs : l'exploitation collective d'un bien commun entraîne un conflit entre l'intérêt individuel et l'intérêt collectif (chaque individu tend à "tirer" le maximum de cette exploitation et apporter le minimum à sa maintenance), ce qui conduit inéluctablement à la dégradation de ce bien. Pour Hardin la solution est la privatisation, pour d'autres la nationalisation. E. Ostrom s'inscrit en faux contre cette analyse et démontre, tout au long d'études de cas concrets observés dans de nombreux pays, la remarquable efficacité de la gestion des biens communs par des communautés auto-organisées.

    Il est encourageant d'observer que, contrairement aux tendances passées, le champ des communs bénéficie aujourd'hui d'un considérable renouveau, souvent (mais pas toujours) lié aux nouvelles technologies : économie du savoir, économie participative, logiciels libres, fablabs, etc.

     

    Pourquoi la propriété privée ?

    La propriété privée exclusive n'a pas toujours été le mode dominant de l'usage des biens. Au Moyen-Age dominait l'idée chrétienne que seul Dieu était le propriétaire de la terre et des biens de la création, le chef (de famille, de clan, d'Etat) n'en étant que le dépositaire. L'institution médiévale qui concrétisait cet état de fait, la saisine, d'une complexité folle, démembrait la chose selon ses diverses utilités, en lui attachant divers droits (exploitation, taxation, passage…) attribués à des titulaires différents. L'idéologie était communautariste et non individualiste. Cette complexité nécessitait un certain nombre "d'acrobaties" pour résoudre des problèmes concrets. Ainsi au XIVe siècle, confrontés au problème posé par le fait que les évêques n'avaient pas (en principe !) de descendants et que des seigneurs anglais voulaient renégocier leurs contrats avec leurs successeurs, les juristes romains, imaginèrent de séparer la fonction (éternelle) de son incarnation (temporelle) l'évêque par l'incorporatio. C'est là l'origine des sociétés anonymes anglo-saxonnes (Inc.) : les patrons changent, l'entreprise demeure.

    A partir du XVIe siècle le centre du monde change : ce n'est plus Dieu, c'est l'individu. C'est surtout John Locke (Traité du gouvernement civil, 1690) qui légitime le droit naturel de propriété par la liberté de l'homme, par son travail et par ses besoins. Sous certaines conditions, bien vite oubliées, de modération et de conservation. L'enthousiasme pour ces idées atteint son acmé sous la Révolution française. Tout d'abord, dans l'article 2 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, le droit de propriété est classé parmi les "droits naturels et imprescriptibles de l'Homme". Son aboutissement est l'article 544 du Code civil, promulgué en 1804 sous l'impulsion de Portalis. Il est on ne peut plus clair : "la propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu'on n'en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements."

     

    Pourquoi cette extension du droit pose-t-elle problème ? La question foncière[2]*

    C'est Robespierre qui, un des premiers, perçut la contradiction entre propriété, droit naturel universel permettant d'égaliser les conditions de chacun, et la liberté économique en résultant, générant rapidement des inégalités. Il voulait y adjoindre un droit à l'existence et la propriété collective des biens nécessaires à cette fin**. Autre conséquence, beaucoup plus sensible aujourd'hui, les droits absolus du propriétaire font bon marché de la protection de l'environnement et même de l'ensemble du vivant, homme compris. Car "la logique du Code consiste à transformer toutes choses en valeur marchande, à les patrimonialiser, à en faire un objet d'appropriation et d'aliénation" (La Nature hors-la-loi, François Ost, 2003). Ce n'est plus une propriété-conservation ou jouissance, mais une propriété-circulation voire transformation ou spéculation. La parade aux différents excès que cela entraîne passe par les restrictions de droits imposées par la jurisprudence, par les Etats (p. ex. application du principe du pollueur-payeur) ou par des conventions internationales (p. ex. Convention de Munich sur les brevets européens, 1973-2007).

    Le capital foncier***, sujet qui mériterait de plus amples développements, est assez emblématique : de tous les services producteurs, ceux de la terre sont ceux dont l’appropriation est le plus discutable****. Walras, le "père" de l'économétrie qui irrigue le néolibéralisme contemporain, considérait pourtant qu'il n'y avait pas de raison de laisser la rente foncière à des propriétaires privés et que celle-ci serait bien mieux utilisée à faire fonctionner les services publics.

     

    Conclusion Est-il possible de conclure sur un sujet aussi vaste et évolutif ? La propriété privée, un vol ? Il ne faut rien exagérer. Un levier du progrès technique et économique ? Sans doute. Un générateur d'inégalités et de détérioration du milieu naturel ? Certainement. La discussion nous aidera à voir clair.

     

    Pierre Marsal (9/02/2018)

    Pour voir le compte-rendu de séance, cliquer ici.

    Compléments

     

    * On assiste actuellement à de grands bouleversements dans les rapports au foncier, en tout cas dans le milieu rural et dans l'agriculture. Que ce soit dans l'évolution du couple propriété/exploitation, ou dans le retour en force des communs. Le droit de l'environnement est en train de vider le droit de propriété de sa substance. Mais c'est un autre sujet.

     

    ** La proposition de Robespierre ne fut pas retenue par ses pairs. Extraits de son intervention à la Constituante, le 2 décembre 1792 (cité par F. Ost) "… Comment a-t-on pu prétendre que toute espèce de gêne, ou que toute règle sur la vente de blé, était une atteinte à la propriété et déguiser ce système barbare sous le nom spécieux de liberté du commerce ?" et "Les aliments nécessaires à l'homme sont aussi sacrés que la vie elle-même. Tout ce qui est indispensable pour la conservation est une propriété commune à la société entière".

     

    *** Balzac faisait tenir les propos suivants au principal personnage d'une de ses rares pièces de théâtre : "Aujourd'hui peut-être vaut-il mieux avoir des capitaux. Les capitaux sont sous la main. S'il éclate une révolution, et nous en avons vu des révolutions, les capitaux nous suivent partout ; la terre, au contraire, la terre paye alors pour tout le monde, elle reste comme une sotte à recevoir les impôts, tandis que le capital s'esquive." (Le faiseur, joué en 1851 après la mort de l'auteur).

     

    **** Pour bon nombre de peuples non européens, la terre n'appartient pas aux hommes : soit elle appartient à Dieu, soit c'est nous qui lui appartenons. Ajouté au fait que beaucoup de ces peuples ne possédaient pas de droit écrit, on comprend la facilité avec laquelle les colonisateurs se sont emparés de vastes territoires. Déjà les légionnaires romains qui ne vivaient que de rapines et à qui n'était distribuée qu'une ration de sel (origine du terme salaire) recevaient en rétribution la propriété de terres conquises. Ce qui avait le double avantage de ne rien coûter à Rome et d'intéresser ces nouveaux colons à la défense de ces territoires. La colonisation européenne n'a fait que suivre cet exemple : le droit de propriété ayant "horreur du vide" toutes les choses sans maître ou réputées telles (res nullius ou res communes) ont vocation à être appropriées.

     

     



    [1] Il y a rivalité lorsque plusieurs se disputent un même bien, excluabilité lorsque le fait de détenir un bien en prive autrui.

    [2] Pour les mots suivis d'une ou plusieurs * voir compléments en annexe.


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