• Notre civilisation peut-elle disparaître à court terme ? Collapsologie

                                              par Pierre Renard.

    La Collapsologie, qu’est-ce que c’est

      Il s’agit de l’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle

    . C’est « l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition et sur des travaux scientifiques reconnus »[1].

    Le concept de collapsologie est plus précisément développé dans le livre de Servigne & Stevens, (2015) « Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes »[2].  Ces notes font suite à la lecture de ce livre.

    La Thèse

    Les collapsologues, tels qu’ils se désignent eux-mêmes, croient inévitable cet effondrement. Ils développent pour cela 4 arguments principaux, plus 1 accessoire :

    ·         Nous consommons les ressources terrestres à un rythme exponentiel. Donc ces ressources vont s’épuiser et nous allons manquer d’énergie.

    ·         Du fait de l’activité humaine, nous provoquons un dérèglement du climat et de la biodiversité qui à brève ou moyenne échéance va provoquer des catastrophes en série et un désastre écologique (élévation de température, désertification, augmentation du niveau des mers, etc…).

    ·         Nous avons d’ores et déjà dépassé des « frontières » qui ne permettent plus de retour en arrière maîtrisé (présence dans l’atmosphère de gaz à effet de serre, extinction d’espèces vivantes, pollution)

    ·         Notre civilisation industrielle a atteint un degré de complexité tel que nous sommes incapables de la corriger et de l’orienter afin d’éviter les dégâts qu’elle provoque. Exemple : impuissance des organisations internationales, traités internationaux non respectés (COP 21), développement des inégalités,…

    ·         Accessoirement, cette prévision est confirmée par plusieurs modèles. Sont cités, le modèle «Handy» financé par la NASA et surtout le modèle « World 3 » qui a servi de base au rapport Meadows paru en 1972, plus connu sous le nom de « Rapport du Club de Rome[3] », toujours d’actualité car la réalité d’aujourd’hui apparaît sur plusieurs aspects conforme aux prévisions d’hier.

    L’effondrement serait donc inéluctable. Les auteurs du livre se réfèrent à l’image d’une voiture roulant de plus en plus vite, que le conducteur ne maîtrise plus. L’accident est inévitable.

    À la question quand et comment cet effondrement interviendra, les collapsologues répondent :

    L’effondrement interviendra avant la fin de ce siècle (entre 2050 et 2100),  par crises successives plus ou moins violentes. Dans l’ordre : dérèglement climatique, amenant catastrophes naturelles, amenant crises migratoires et explosion des dettes, amenant crises financières, amenant crises des échanges commerciaux, amenant crise alimentaire, conflits sociaux, fin de la mondialisation, crises internationales, guerres, effondrement.

    Après l’effondrement de notre civilisation industrielle, la population humaine, considérablement réduite, se réorganisera dans des petites communautés autonomes résilientes.

    Discussion

    Allons-nous réellement manquer d’énergie ?

    C’est le point essentiel de l’argument 1. On peut en effet considérer que si nous pouvions continuer à extraire l’énergie, qui a permis à la civilisation industrielle de se construire, nous pourrions alors continuer à trouver des substituts aux autres ressources nécessaires. Or l’énergie bon marché qui a permis de porter le développement industriel des deux derniers siècles n’a plus cours Et donc, disent les collapsologues, « s’il n’y a plus de carburant le moteur va s’arrêter ».

    Et il est vrai que les réserves d’énergie fossile s’épuisent petit à petit. Les coûts d’extraction sont de plus en plus élevés. Qui plus est, nous avons découvert que les énergies fossiles (pétrole et gaz) étaient néfastes. A cause des gaz à effet de serre qu’elles rejettent dans l’atmosphère, leur utilisation contribue au dérèglement climatique. Donc, de toute façon, on ne va pas pouvoir les utiliser très longtemps, pas parce qu’il y en a aura plus, mais parce qu’on ne voudra plus les utiliser.

    Les énergies dites renouvelables, majoritairement le solaire et l’éolien vont elles pouvoir prendre le relais ? À l’instar des collapsologues, beaucoup de scientifiques pensent que non : la difficulté du stockage rend le rapport entre puissance utilisable et puissance installée comparativement très faible. Il faut donc continuer à consommer des sources d’énergie traditionnelles parallèlement à la source renouvelable installée.

    Ainsi, la vitesse de substitution reste faible. Or il faut aller vite. Équation impossible à résoudre disent  les collapsologues (mais pas seulement eux).

    Mais ces derniers « oublient » une 3e ressource, ni renouvelable ni épuisable et qui peut en partie s’ajuster à la demande : l’énergie nucléaire. Il est vrai qu’à l’heure actuelle, l’énergie nucléaire est totalement diabolisée. On ne parle que d’en « sortir » surtout pas d’y « entrer ». Elle fait peur, car elle a la capacité de détruire la planète. Mais elle a peut être celle de la sauver…

    Au plan théorique, l’énergie dégagée par les réactions issues de la transformation des noyaux atomiques (l’énergie émise par le soleil n’est d’ailleurs pas autre chose) pourrait constituer une source quasi inépuisable si elle était bien maîtrisée. En dépit de ce rejet dans l’opinion,  (conjoncturel ?), les recherches se poursuivent d’ailleurs heureusement dans le monde avec les réacteurs de 4e génération (absence de déchets) et au-delà la fusion nucléaire (absence de radioactivité). Mais ces recherches prennent du temps, car elles nécessitent des prototypes qu’il faut construire et tester.

    Pour conclure donc, il n’y aurait pas un seul scénario mais 2 :

    ·         Soit nous gagnons la course vers l’équilibre énergétique entre des besoins stabilisés, et des ressources vertueuses et suffisantes pour plusieurs générations.

    ·         Soit cet équilibre ne sera pas atteint avant que le dérèglement climatique et la réduction de la biodiversité ne rendent la vie sur terre invivable.

    Le dérèglement climatique.

    Quasiment plus personne ne nie le phénomène de réchauffement climatique qui va provoquer montée du niveau de la mer, ouragans, tsunamis,…. Mais l’originalité des collapsologues c’est de dire : « c’est trop tard ; inutile de chercher à l’enrayer. Attendons l’effondrement et tout reviendra dans l’ordre, naturellement ». Croire à la fatalité du phénomène, n’est-ce pas contribuer à l’accélérer ? Donc théorie dangereuse…

    Le dépassement des frontières.

    Les collapsologues parlent de« frontières » que nous aurions franchies, au-delà desquelles plus de retour en arrière possible. Ces frontières seraient : la température moyenne du globe, la biodiversité, certains minerais indispensables, la consommation des ressources en eau, la pollution. Et en effet, l’observation des cycles géologiques de notre planète sur plusieurs centaines de milliers d’années, montre que l’évolution que nous faisons subir à notre environnement en quelques dizaines d’années, est exceptionnelle et effrayante. Notre planète pourra sur certains aspects ne plus jamais redevenir comme avant. Est-ce pour autant qu’elle va devenir invivable pour l’homme et pour l’espèce animale d’aujourd’hui ? Faut-il vraiment un effondrement pour inverser les courbes ?

    Notre civilisation est-elle si fragile ?

    C’est la thèse des collapsologues : nous avons atteint un tel degré de complexité dans nos organisations que nous ne sommes plus capables de les conduire, telle une voiture incontrôlable : c’est l’accident mortel assuré ! L’image est-elle appropriée ? Ou au contraire le genre humain reste t’il capable de s’adapter ?

    Finalement que croire, que faire ? Considérer que l’accident est inévitable et qu’il vaudrait mieux sauter en marche (de notre civilisation industrielle) ? Ou continuer à conduire la voiture, tenir la route, éviter les obstacles?  Nous risquons d’être broyés dans l’accident ? Peut-être, mais nous avons aussi l’espoir que nous allons finir par maîtriser le véhicule, réduire l’accélération, stabiliser la vitesse et la direction. Ce serait alors vraiment trop bête d’avoir sauté en marche trop tôt…



    [2] Ce livre a une suite : « Une autre fin du monde est possible » des mêmes auteurs ; ce dernier ouvrage traite davantage de la manière de se préparer psychologiquement à cet effondrement inévitable.

    [3] le Club de Rome est un groupe de réflexions créé en 1968 qui réunit des scientifiques, des économistes, des fonctionnaires nationaux et internationaux, ainsi que des industriels de 53 pays.


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    ' L'écoute, une vertu ?''

     

                        André Hans, 6 Oct. 2018

     

     

     

    Ecouter, c’est faire l’hospitalité au sentiment d’autrui !

     

    Comment prêter l’oreille, sans générosité ni estime ?

     

    L’écoute entend au-delà des mots, l’humeur dans le ton, l’émotion dans le timbre, la pudeur dans les silences.

     

    L’accent chante un terroir, mais chaque voie  possède sa propre musicalité, une prosodie unique.

     

     - Examinons plus avant, si vous le voulez bien, ce qui nous semble le préalable à toute écoute.

     

     1.   La sympathie

     

    Sans estime, sans amitié, sans intérêt ni curiosité pour autrui, point de place pour sa parole ! Le mépris, la haine ferme à tout échange. La défiance s’empare de mots comme autant de preuves à charge confirmant le soupçon. Ecouter, c’est accepter de recevoir une parole, de la même manière que  l’on reçoit un hôte.  Ce geste d’accueil exige toute notre sympathie pour celui à qui nous accordons notre attention et pour lequel nous sommes entièrement disponibles.

     

     « Ecouter c’est se rendre disponible physiquement, intellectuellement et affectivement pour percevoir par tous les sens les informations dites et non dites par l’interlocuteur dans un esprit de bienveillance» disait  Puybasset

     

     

     

    2.   L'empathie 

     

     C'est la faculté de se mettre intuitivement à la place de son prochain, de ressentir la même chose que lui, de s’identifier à lui. C’est accepter de quitter un instant notre propre regard pour adopter temporairement le regard de celui que l’on écoute. Comment s’emparer autrement de sentiments et de point de vue qui ne sont pas les nôtres ? L’empathie demande un effort d’oubli de soi et un travail de connaissance de l'autre. Elle exige de taire ne serait-ce qu’un instant son égocentrisme. Bien présomptueux celui qui  prétendrait vraiment y parvenir. Mais l’écoute est à ce prix. 

     

    « Supposer chez les autres des sentiments identiques à ceux qui nous mènent, c’est se condamner à ne jamais les comprendre » disait Gustave LE BON 

     

     

     

    3.   L’humilité 

     

    Accepter le risque de mettre en péril sa propre opinion en écoutant une argumentation, une exposition de faits susceptibles de ruiner la notre, requière un minimum d’humilité et de confiance en soit. L’autisme, la fermeture aux points de vue contraires, est un rempart pour dissimuler ses propres faiblesses. Ce manque de confiance en soit s’accompagne souvent d’un souverain mépris des autres. Mais l’humilité à sa récompense,  en repoussant notre horizon.

     

    « Qui parle sème, qui écoute récolte » dit un proverbe persan

     

     

     

    4.   La confiance

     

    Ecouter, c’est accorder crédit à la parole d’autrui. Les fabulateurs, les menteurs et les mythomanes qui ont dilapidé cette confiance ne sont plus écoutés. La parole fait autorité quand la confiance se fonde sur la réputation, la notoriété, la compétence, le savoir, l’expertise ou l’expérience.

     

    Mais le soupçon peut naitre de l’incapacité d’imaginer que des opinions différentes de la sienne puissent être parfaitement fondées, honnêtes et sincères. Le refus d’admettre que nos vérités, que nos évidences ne s’imposent pas nécessairement à toutes personnes sensées et de bonne foi, ruine la confiance en la parole d’autrui.

     

     

     

    5.   La tolérance

     

    Feindre de ne pas entendre l’opinion qui pourrait troubler la quiétude, permet de sauver les apparences d’harmonie et de concorde. Cet effacement, cette élision, aussi bien intentionné soit-il, est une forme de déni d’autrui, une forme policée d’intolérance. Parfois, rencontre-t-on des interlocuteurs bienveillants, mais incapables de la moindre écoute qui ont la fâcheuse habitude d’assimiler l’opinion adverse, à une autre manière de dire leur vérité. « Tu dis la même chose que moi, mais de manière différente, au fond on est d’accord »

     

    « Cette clémence dont on fait une vertu se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte et presque toujours par tous les trois ensemble. » disait  De La Rochefoucauld 

     

     

    6.   L’ouverture à l’altérité

     

    Ecouter, c’est d’abord accepter que le point de vue qui s’exprime, puisse faire référence à des valeurs, à des vécus et à des intérêts différents des nôtres. Le voyage, lorsqu’il ne se limite pas au simple voyeurisme touristique, permet de découvrir la diversité, la richesse des peuples. Quel émerveillement pour ceux qui sont curieux des autres. L’ethnologie est un outil qui permet de mesurer la distance parfois considérable qui nous sépare de la parole d’autrui. Des notions si évidentes pour nous, si universelles à priori, ne sont en fait que très relatives à nos modes de pensé occidental. Par exemple, certains peuples amérindiens ont une conception du temps et de l’espace radicalement opposée à notre sens commun. Ne prenons qu’un exemple : pour les Aymara de Bolivie, le passé est devant eux, et le futur derrière eux, à l’inverse de notre propre sens de la marche du temps. Et leur logique se défend. Comme le passé est connu, il se voit, il est devant eux. Mais par contre le futur qui est inconnu ne se voit pas. Il est dans leur dos.

     

    Mais revenons à un vécu plus proche de notre quotidien. Combien de parents déjà, se plaignent d’être à des années lumière de l’univers de leurs propres enfants? L’écoute inter-générationnelle est déjà si complexe qu’il ne faut pas s’étonner que l’écoute entre peuples exige, volonté, travail et patience. L’écoute est une vertu qui se cultive.  

     

    « Parler est un besoin, écouter est un art » disait Goethe 

     

     

     

    7.   L’effort d’intelligence

     

     

     

    Ecouter exige un effort d’intelligence et d’imagination pour s’emparer du sens, mais mobilise aussi notre sensibilité pour partager des émotions. Parfois la distance entre soi et l’autre est considérable, et le chemin à parcourir pour aller à sa rencontre est long et difficile. Mais souvent un instant de bonheur est au rendez-vous ! 

     

    « Le commencement de bien vivre, c'est de bien écouter. » disait Plutarque   

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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    La liberté est-elle une illusion ? 

     Ce thème est l'archétype des sujets de philo proposés au baccalauréat, et on trouvera sur Internet de nombreux « corrigés de dissertation », payants ou gratuits, pour le traiter. Il est recommandé d'en examiner quelques uns [1] pour s'éclaircir les idées et compléter ce que chacun peut en penser de manière spontanée.

    La problématique de la liberté peut se décliner de deux manières au moins :

    -        philosophique et théorique : l'homme est-il libre de ses choix et de ses actes, ou bien tout est-il écrit ? Quelle est la place du hasard dans nos décisions ? Y a t-il un destin, et sommes nous prédestinés ? Le déterminisme peut-il s'appliquer à l'homme comme il s'applique dans les sciences physiques ? Que nous disent les neurosciences à cet égard ?

    -        Sociale et pratique : quand j'agis, est-ce que c'est moi qui prend une décision, ou bien suis-je manipulé, programmé par mes gènes, par mon éducation, par mon environnement ? Comment prend t-on réellement une décision ? Quelle est notre responsabilité personnelle ? Puis-je exercer ma liberté sans tenir compte des autres ?

    Chacun pourra s'exprimer au cours du débat, mais le développement qui suit ne concerne qu'une partie du sujet et ne reprend pas ce qui apparaît de manière assez uniforme dans les corrigés de dissertations, sommairement résumé dans les questions ci-dessus.

    --oOo--

     

    L'existence de la liberté humaine individuelle est obligatoirement une donnée a priori.

    En effet, si je suis libre de mes pensées, ce que j’écris là a une signification. Si je ne suis pas libre, si ce que j’écris n’est que le résultat de mécanismes reliant les causes aux effets, alors cela n’a aucune valeur, ne signifie rien, si ce n’est l’existence du déterminisme.

    La liberté transcende la causalité. Il ne peut en être autrement : si mes pensées ne sont que le fruit  du jeu des causes et des effets, comment puis-je démontrer que je ne suis pas libre si je ne suis pas d’abord libre moi-même ? Le principe de non-contradiction s’applique ici et nécessite que la liberté soit une donnée première. On ne peut rien dire de cohérent s’il n’en est pas ainsi.

    Une autre manière, plus « moderne », de réfléchir à ce sujet, est de s’appuyer sur les développements assez récents de la théorie de la complexité et de la notion d’émergence qui en découle. L’évolution d’un phénomène déterministe, obéissant aux lois de la physique et du monde matériel, est le fruit d’interactions généralement complexes où interviennent d’innombrables variables, et ne peut être prédite à l’avance. Le comportement de ce phénomène « émerge » de la complexité du monde. Et la prise de décision par une personne, même si elle semble simple et souvent sans formulation consciente, est un phénomène complexe.

    Choisir, décider librement, semble néanmoins lié à notre état de conscience dans l'évolution. Même si on pense que la conscience (humaine) n’est qu’une « émergence » de la complexité matérielle, définir ce qu’est la conscience, de manière objective, est une tâche très difficile, voire impossible. On sait, on sent intuitivement ce que c’est, mais la définir précisément avec des mots aboutit toujours à quelque chose d’insatisfaisant, de la même manière que Saint Augustin essayait de définir le temps.

    On peut aussi dériver vers une réflexion sur la vie et les phénomènes vitaux : ne sont-ils le fruit que d’interactions matérielles entre atomes et molécules ? Sinon, qu’est ce qui les différencie des phénomènes physiques de la matière inerte ? La conscience est-elle obligatoirement liée à la vie, avec différents degrés de manifestation en fonction du niveau d'évolution atteint ?

    En conséquence, y a t-il des degrés dans la notion de liberté, qui serait le fruit de l'état de conscience chez les êtres vivants ?

     

                              Matière --> vie --> conscience --> liberté

                                                               

     

                                                        Déterminisme

                                 Hasard

                                Complexité

                                Emergence

     

    Ainsi, il apparaît qu'en raison de ces phénomènes d'émergence, le déterminisme strict, tel qu'il se manifeste en physique, ne peut s'appliquer au vivant. Les décisions prises, plus ou moins consciemment, par les êtres vivants, sont le fruit d'une multitude de causes qui interagissent entre elles, mais qui sont en outre soumises à des aléas imprévisibles. On peut alors s'orienter vers deux types de conclusions :

    ·         soit on estime que, émergence ou pas, le déterminisme est partout présent et par conséquent c'est lui qui pilote nos vies, sans qu'on puisse toutefois prévoir notre comportement. On a alors affaire à une apparence de liberté, très proche de ce que serait une « vraie » liberté ;

    ·         soit on considère que la notion de liberté, telle qu'on peut la définir[2] dans l'absolu, est un concept qui n'existe pas dans la réalité, et que nous avons seulement une certaine marge de libre-arbitre dans un univers soumis au déterminisme d'une part, au hasard d'autre part

    Aucun des termes de cette alternative ne pouvant être prouvé rationnellement, il est sage de se comporter en pratique comme si la liberté existait, ainsi que nous le conseille à demi mot Spinoza, tout en excluant la définition spontanée de la liberté comme étant la possibilité de faire ce qu'on veut comme on veut. Il est clair que si je veux que mes pensées et mes actes présentent la moindre valeur, je dois CROIRE à la liberté individuelle. Sinon, pourquoi écrire ? Pourquoi penser ? Pourquoi ne pas faire n’importe quoi ?

    La liberté totale et absolue est impossible. La liberté que l'on vit n'existe que par l'existence de contraintes dans le monde. Comme toute idée-force, elle ne se définit que par rapport à son contraire : ordre/désordre ; beauté/laideur ; liberté/contrainte.

     

    Citation :

     « La liberté est l'ignorance de la cause qui détermine »   Spinoza

                                                            

                                                                                           Jean-Jacques Vollmer

    Pour lire le compte-rendu du débat, cliquer ici.



    [2]    Liberté : Pouvoir d’agir sans contraintes étrangères ou extérieures ; pouvoir d’être cause première d’un acte, d’initier une chaîne causale ; aptitude des individus à exercer leur volonté

          Libre-arbitre :  pleine liberté de décider, de faire selon sa volonté, en l'absence de contrainte


     


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  • Juger sans préjuger

                                                                                                                                                  par Loman Bourdet

    Peut-on juger sans préjugés ou sans préjuger  ° ? sans préjuger, la décision s’annonce impartiale. Mais pouvons-nous encore juger sans préjuger ? Il y a forcément un minimum de concepts, de valeurs, qui nous permettent d’émettre un jugement, avant même d’avoir tous les éléments à notre disposition.

    Juger c’est arbitrer selon un code prédéfini, donner une décision, trancher pour une partie plus qu’une autre, donner son avis.

    Préjuger « juger-avant » c’est juger sans avoir tous les éléments en main pour prendre une décision impartiale. Préjuger, c’est aussi faire appel à son éducation (bases de la réflexion pourvue par l’instruction), son système de valeur (ce qui est bien, ce qui est mal) et sa propre histoire (cas similaire, empathie, etc.).

    Si l’on juge avec des préjugés, on risque de mal juger, précipiter une décision erronée. Si l’on juge Impossibilité de juger sans préjugés

    Nos pensées sont prétries de préjugés. Comment réagir à l’énoncé d’un verdict sur une affaire dont nous ne connaissons rien ? Ce sont alors les préjugés qui nous dictent qu’une décision est respectable ou non. Voici un exemple d’information (La Montagne, 16/12/2017) sur laquelle nous pouvons axer notre réflexion : « un voleur multirécidiviste condamné à de la prison ferme ».

    Nos pensées sont tournées vers les mots « voleur » et « multirécidiviste », ce qui semble dire que la personne avait déjà volé plusieurs fois, et qu’elle savait ce qu’elle faisait quand elle a à nouveau volé. Il est donc moralement normal qu’il soit condamné, le jugement est évident.

    A-     Se forcer à critiquer pour juger en toute liberté

    Alors que les bonnes questions seraient : était-il jugé pour ce qu’il a volé ou pour un tout autre acte ? Quelle est la profession de cette personne (voleur n’est pas un métier) ? Qu’a-t-il volé cette fois et qu’avait-il volé les fois précédentes ? Est-on sûr que les autres vols étaient bien de son fait ? Qu’a-t-il commis pour mériter la prison ferme ? A-t-il eu le temps de préparer sa défense ?

    La personne est présentée en tant que voleur, mais remplaçons ce mot par « militant », « robin-des-bois », « opposant politique », et notre (pré)jugement s’en trouve affecté, la décision pourrait avoir un tout autre sens. Nous ne voyons plus la personne de la même façon, et pourtant elle est la même que nous trouvions normal qu’elle soit condamnée. Le jugement n’apparait pas si évident.

    B-      Ce que nous apportent les préjugés

    Les préjugés sont des jugements non-fondés mais faut-il pour autant s’en débrasser ? Descartes dans Discours de la méthode montre que bon nombre de nos connaissances relèvent de préjugés. Ils ne sont pas un obstacle à la pensée puisqu’ils sont la base de nos certitudes, préparent la réflexion, et c’est un travail de juger sans préjuger. On peut alors juger sans se faire dominer par ses désirs. Mais avons-nous conscience de nos préjugés ?


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  • Quels sont les dangers des idéologies ?

     

    Qu'est-ce qu'une idéologie ? Quels exemples d'idéologies nous viennent à l'esprit ? Quels en sont les dangers ? Ont-elles des avantages ou seulement des inconvénients ?

     Qu'est-ce qu'une idéologie ? Une idéologie est un système de croyances, d'idées, de doctrines, de représentations, à partir desquelles la réalité est analysée ; les idéologies influent le comportement individuel ou collectif. Exemples : "Tout ce qui est de droite est mauvais, tout ce qui est de gauche est bon."  Ou, plus actuel : "Tout ce qui est mondialisation est bon, tout ce qui est contre est mauvais" et vice versa.

     Si chacun voit la vie à travers le prisme déformant de son idéologie, cela crée des conflits (parfois très violents) et empêche les bonnes solutions d'émerger. Cela nie l'apaisement, le pragmatisme, le sens du réel, la recherche de bonnes solutions et, plus généralement, cela nie le bon sens. Le bon sens étant la capacité à bien juger, à distinguer le vrai du faux. Voir le texte à ce sujet sur : http://ecomondiale.over-blog.com/2014/02/le-bon-sens-paysan-n-est-il-que-du-sens-commun-ou-est-ce-la-science-de-la-réalité.html Certains persistent à confondre le bon sens avec le sens commun, qui est la manière de juger selon les opinions dominantes dans une société donnée.

     Une idéologie a une phase de naissance, de vie puis de mort ou de mise en sommeil (prête à renaitre de ses cendres).

     Quels exemples d'idéologies nous viennent à l'esprit ? Quels en sont les dangers ?

     Certaines idéologies sont dangereuses pour la vie en société et le "vivre ensemble". Cela peut être le sexisme, la xénophobie et le racisme sous toutes leurs formes.

     Attention, contrairement à ce que certains pensent, le racisme n'est ni monolithique ni à sens unique. Si l’antiracisme a pour but de lutter contre le racisme c'est bien, si c'est pour voir du racisme partout et/ou seulement dans un sens (blancs vis-à-vis des autres, jamais l'inverse), non. De même si le féminisme a pour but de défendre les droits des femmes, il ne s’agirait pas que ce mouvement devienne une lutte anti hommes. La vérité est généralement complexe et nuancée. Les positions monolithiques et simplistes n'aident ni à la discussion, ni à la recherche de solutions réalistes.

     Les idées radicalement opposées et caricaturales au sujet de l’Europe ne peuvent évidemment coïncider. Ex : Une personne serait absolument hostile à toute idée de coopération européenne, tandis que l'autre serait une "euro béate" qui ne jugerait que par l'UE telle qu'elle est et rien d'autre. L'une rejetterait toute velléité de créer des normes communes, de coopérer dans le domaine de la police ou économique. L'autre serait aveuglée par la paix que l'UE aurait soi-disant permise à l'exclusion de toute autre influence et sans tenir compte des dégâts sociaux et culturels. L'une accuserait l'autre de "collaboration nazie" en permettant à l'Allemagne de peser sur le destin de l'Europe. L'autre renverrait la première à "voulant faire la guerre à l'Allemagne", "ne voyant pas plus loin que la ligne bleue des Vosges", de raciste, xénophobe, fasciste etc. Quel dialogue peut-il y avoir ? Quelles solutions peuvent émerger ?

     Le fascisme est une idéologie dangereuse. Certains se revendiquent comme étant fascistes ; d'autres ont des comportements fascistes, sans s'en rendre compte (en pensant même parfois lutter contre lui !) ; d'autres encore ont une idéologie fascisante, même si elle n'est pas liée au fascisme.

     Certaines idéologies vont jusqu'à condamner à mort ceux qui ne partagent pas la même pensée. Les extrémismes (politiques, mais aussi religieux) font partie des idéologies dangereuses.

     La loi française de 1905 sur la laïcité est plutôt bien faite, mais certains prennent la laïcité comme une religion (on peut les appeler "les laïcards").

     L'idéologie du "vivre ensemble" et celle du "multiculturalisme" : C'est très beau, c'est très bien, mais, pour que cela marche, il faut que les cultures soient compatibles entre elles et qu'il n'y ait pas de haine. Est-ce possible avec des gens qui ont des cultures d'exclusion, de dogmes, d'idéologies, de combat, de pouvoir, de conquête ? Est-ce possible avec des difficultés économiques (chômage de masse en particulier) ? Est-ce possible avec l'idéologie de la "repentance" ?

     A force de se repentir, d'oublier les choses positives, d'oublier les contextes historiques ainsi que les choses négatives des autres civilisations, cela pousse à vous détester et à pousser les autres à vous détester. Cela conduit à des haines et des heurts plus ou moins graves. Cela peut pousser à une guerre civile ! Si repentance il doit y avoir, il faut que ce soit complet et objectif et pas à sens unique. Et surtout passer à autre chose !  Comment lutter contre toutes les formes d'esclavagisme, sexuel ou économique, entres autres, qui existent encore de nos jours ?

     L'idéologie chez les juges est un grand danger ! La justice est censée être aveugle, ce qui n'est pas le cas si l'on a affaire à un idéologue. Quelle valeur a la justice en ce cas ? Cela peut remettre en cause l'un des principaux fondements de nos sociétés.

     L'idéologie liée au "Big Data" est illustrée dans le film, "The circle" qui est une bonne description des dangers (et avantages) de cette idéologie.

     L'idéologie du travail (le travail considéré comme une religion ou un dieu) est évoquée dans "Le travail est-il une valeur ?" sur http://ecomondiale.over-blog.com/article-6703003.html

     L'idéologie (l'utopie ?) du "ruissellement" : Autrefois les riches, les classes moyennes et les pauvres avaient un taux de croissance des revenus comparable (ces derniers restant néanmoins différents) alors que maintenant, la croissance ne profite quasiment qu'aux riches.

     L'idéologie cataloguant les propriétaires comme "méchants" et les non propriétaires comme "gentils" aboutit à des contraintes, des règlements, des taxes, des lois qui frisent parfois l'absurde et qui découragent les vocations de propriétaires loueurs, ce qui finit par aboutir à un manque de logements à louer donc se retourne contre les locataires. Au lieu d'investir dans des logements à louer, ce qui permettrait de faire baisser les prix des loyers (loi de l'offre et de la demande), les gens ayant de l'argent sont parfois poussés à des placements spéculatifs néfastes pour l'humain et l'économie. La loi va même jusqu'à donner plus de droits d'occupation à des squatters qu'aux propriétaires occupants ou aux locataires honnêtes ! Exemple : le cas de la personne âgée partie à l'hôpital et qui n'a pas pu rentrer chez elle, car son logement était occupé par des squatters (protégés par la loi !!!...)

     Au secours bon sens, reviens !

     Les idéologies ont-elles des avantages ou seulement des inconvénients ?

     Les idéologies ont-elles des avantages ? Oui et non. La politique, la religion, l'engagement social, le syndicalisme par exemple peuvent avoir de bons côtés lorsqu'il s'agit d'améliorer le sort de l'humanité et/ou de la rendre meilleure. Citons entres autres l'engagement de certains militants politiques, associatifs et/ou syndicaux qui se battent sur des mesures concrètes, parfois en étant eux-mêmes victimes de leur engagement, mais on peut d'avantage parler de convictions (certitude fondée sur des preuves évidentes), de militantisme, de générosité, de don de soi, etc.

     De même pour la religion : s'il s'agit de relier les hommes, d'améliorer l'être humain, de faire du bien, cela est bon. A l'inverse, de multiples exemples existent concernant les dérives de la politique, des associations, des syndicats, des religions.

     Notons que "faire du bien" est différent de "faire le bien" qui peut pousser à l'extrémisme ; car qu'est-ce que "faire le bien" ? En général c'est basé sur une idéologie et c'est la porte ouverte au mal : fermeture à la pensée libre, à l'écoute de l'Autre, au bon sens et à l'humanité. Cela peut pousser aux meurtres, aux massacres, au terrorisme, aux sacrifices humains, à l'exclusion de l'Autre - de celui qui n'est "pas bien", à la volonté de conquête, à l'hégémonie, au totalitarisme, à la tyrannie, aux emprisonnements arbitraires etc.

     Lorsqu'un "drogué d'une idéologie" ne raisonne qu'à travers elle, ne voit qu'elle, n'agit qu'à travers elle, il est un handicapé de la pensée, il est fermé à toute discussion qui n'irait pas dans son sens. C'est un extrémiste, donc une personne dangereuse, surtout s'il tue et/ou pousse d'autres à le faire. Certes, on peut avoir des convictions, à condition de rester ouvert, humain, réaliste et armé de bon sens, ce qui ne doit pas empêcher la créativité intelligente ainsi que la recherche du bien commun.

     

    Jean-Marc N.                        20/03/2018

     

    http://ecomondiale.over-blog.com/

    Pour voir le compte-rendu de séance, cliquer ici


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