• Qu'appelle t-on "laïcité " ?

    Quelques définitions (Larousse 1982) :

     

     Laïque, laïc : qui n’appartient pas au clergé.

     

     Laïcité : Système qui exclut les Eglises de l’exercice du pouvoir politique ou administratif, en particulier dans l’enseignement public.

     

    Religion : Ensemble des croyances et des pratiques ayant pour objet les rapports des humains avec la Divinité ou le sacré.  

     

    Un peu d’Histoire.

     

    Jusqu’à la révolution de 1789, l’Eglise Catholique gérait une bonne partie de la société. Politiquement, elle était l’alliée du pouvoir, et très bien intégrée dans le système des 3 états (noblesse, clergé, tiers état). Elle gérait aussi les naissances et les décès. Ce dernier pouvoir administratif lui a été alors enlevé, tandis qu’une hostilité violente lui a été manifestée.

     

    L’Eglise catholique a alors freiné toute tentative de lui enlever d’autres prérogatives, s’opposant à la naissance de la République. Celle-ci ayant été installée en 1870, avec, la même année, la prise de Rome par Garibaldi (le pape prisonnier !), elle a continué à s’allier aux mouvements conservateurs et antirépublicains.

     

    1905 : la loi Combes sépare l’Eglise et l’Etat, qui ne reconnaît plus aucun culte. Des congrégations sont dissoutes. Les Eglises (bâtiments) deviennent propriété de l’Etat. La guerre froide entre l’Eglise et l’Etat continue.

     

    1914 : l’Eglise se “ dédouane ” en approuvant Clémenceau, contre l’avis du pape Benoit XV, qui parle alors de suicide collectif.

     

    1940 : l’Eglise est divisée entre les Maréchalistes (les plus nombreux) et les Gaullistes, à l’image de la société Française (elle a d’ailleurs reconnu cette faute il y a trois ans).

     

    Bref, depuis 1905, l’Eglise catholique se serait un peu fondue dans la masse. Son message politique est volontairement limité, mais présent (doctrine sociale de l’Eglise, qui dit que tout homme a droit de profiter des fruits de ses efforts, ce qui est en fait le principe de “ subsidiarité ” repris par l’Europe), mais elle ne l’impose plus.

     

    Quand les évêques de France disent leur opposition aux lois sur le voile et le pacs, le peu qu’on puisse dire est qu’ils ne sont pas suivis, et cela ne fait aucun problème ; les catholiques ont très bien assimilé le message, ceux qui se disent non catholiques sont respectés dans leur choix. Cependant, un malentendu persiste : si l’Eglise n’impose plus, se contentant de proposer, la société Française, et les médias en particulier, n’ont pas encore pris le virage : ils pensent qu’elle impose, d’où des commentaires à la télé faits sur un ton tout à fait déplacé.

     

    L’Eglise admet de ne plus être liée au pouvoir, et même elle en est heureuse, car elle peut librement orienter les consciences chrétiennes sans avoir à se demander si cela convient à tous ; par exemple, son enseignement sur l’avortement est très clair, elle est contre, mais ce qu’elle dit ne s’applique qu’à ceux qui veulent bien écouter .

     

    Elle suit en cela l’exemple du Christ, proposant au jeune homme riche de vendre ses biens, sachant que ce dernier choisira peut-être autrement, car il est très riche. Dans  la Torah aussi (n’oublions jamais que le Christ était Juif): Dieu donne toujours à l’Homme le choix de le suivre ou non (Adam et Eve et la pomme, Caïn et Abel…) ; on peut même affirmer que les Juifs sont les inventeurs du libre arbitre, face au fatum (fatalité) antique.  

     

    Or ce libre arbitre ne peut s’exercer librement dans une société dirigée par les clercs.

     

    La religion Chrétienne est donc une religion laïque par essence, même s’il a fallu près de deux millénaires pour s’en persuader, et encore dans bien peu de pays (USA, France,  Amérique Latine,  quelques autres). La parole fondamentale de Jésus à ce propos est : “ Mon Royaume n’est pas de ce monde ”, ce qui est tout à fait original par  rapport aux autres religions monothéistes (sans compter les sectes) .  

     

    Cela dit, pourquoi l’Eglise s’oppose t’elle à la loi sur le voile ? C’est que cette loi donne raison au courant “ laïcard ”, qui réduit la religion à une affaire strictement privée, et même individuelle. Or une religion ce n’est pas cela : c’est une façon de vivre ensemble, donc collectivement le mystère de nos vies. Et s’afficher Chrétien, Juif ou Musulman est, pour ceux qui ont choisi ces religions, une nécessité, car on aime à dire ce qui vous fait vivre. L’interdire , en commençant par l’école, cache mal un certain mépris et pourrait être un début de persécution. La solidarité des Catholiques et des Musulmans est entière à cet égard (pour ce qui est des Juifs, d’autres en parleront mieux que moi).  

     

    Le dialogue sur la laïcité a concerné en France  l’Eglise Catholique et l’Etat. Les Protestants ont moins participé à cette affaire, n’ayant que très peu versé dans les erreurs de la Royauté et les responsabilités de leurs clercs étant moindres, y compris dans leurs Eglises. Mais les Musulmans n’ont pas participé à ce dialogue puisqu’ils sont nouveaux-venus ; il faudra bien qu’ils acceptent une laïcité bien comprise, ce qui leur sera plus difficile que pour les Chrétiens, leurs textes fondateurs n’étant pas adaptés à cela.

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