• Programme


     

    Prochains débats et conférences.

     Cliquer ici pour lire le C.R. du 4 Novembre

    Samedi 18 Novembre 2017

    D'où vient la violence?

    Par Marie-Odile Delcourt.

     Résumé: On discutera ce que recouvre la notion de violence et comment elle évolue dans le temps et dans l’espace. On cherchera quelles sont les causes principales de la violence.

    Samedi 2 Décembre 2017

    Conférence:

    Quelles conditions à une vie extra-terrestre?

     Conférencier invité: Bertrand Giraud.

     Résumé:

    Y a-t-il de la vie extraterrestre? Notre visiteur de ce jour, Bertrand Giraud, physicien théoricien a Saclay, nous emmenera pour une rapide promenade a travers la synthèse des éléments par les étoiles, les débuts du systeme solaire, des satellites et planetes favorables et des questions posees par l'apparition de la vie..

     

     

     __________________________________________________

      L'entrée à nos débats est libre; ils  ont lieu le Samedi entre 16h30 et 18h30, au café "Le Marina ", 26 place Etienne Marcel  78180 MONTIGNY LE BRETONNEUX.. Il n'y a nul besoin, pour y participer, de faire partie de l'association "le café débat de Saint-Quentin en Yvelines"  (cotisation annuelle de 5 euros). Il est seulement demandé de payer sa consommation en sortant. 

     


    Conditions de participation.

     Toute personne peut proposer un sujet. Les sujets sont soumis au vote des adhérents de l'association, de telle manière que seuls les sujets qui ont des chances de réunir un nombre suffisant de participants sont choisis. Si le sujet est retenu, ce qui est le cas le plus fréquent, il  faut alors préparer pour la date choisie une introduction (deux pages format A4 maximum), qui sera lue en début de séance. Pour adhérer à l'association, il suffit de régler une cotisation annuelle modique (5 euros). Pour plus d'informations, voir la rubrique "Fonctionnement" en haut à gauche de cette page.

     Lieu des débats:

    Le MARINA   26 place Etienne Marcel  78180 MONTIGNY LE BRETONNEUX  

     


     

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  •                   La nation, un concept « dépassé » ?

     

     

     

    Nous allons au cours de ce débat  approfondir le sens du mot « nation ».

     

    Commençons par citer Ernest Renan (auquel l’ « Histoire mondiale de la France », livre

     

    collectif dirigé par Patrick Boucheron (Seuil), consacre une chapitre entier. La nation ne serait possible que par « la possession commune d’un riche legs de souvenirs d’une part, et d’autre part sur le désir de continuer à vivre ensemble» : ce serait un « plébiscite de tous les jours » . Nous essayerons ici de discuter  les éléments de désir de ce « vivre ensemble », surtout dans la cas de la France du 21ème siècle.  Ces éléments dépendent souvent les uns des autres.

     

     La proximité, les ancêtres.

     

    Dans le mot « nation », il y a « naître ». Les êtres humains ont un « pays natal », une « patrie » ( pays de leurs parents) auquel ils restent généralement attachés. Entre « pays », on voit les mêmes paysages à longueur de temps, d’où un sentiment d « appartenance » commune. Mais, avec la généralisation des voyages, cet attachement à sa terre, à ses paysages, s’estompe. Pour ce qui est des ancêtres, de l’Histoire commune, notre « roman national » n’a pas que des chapitres édifiants (guerre de 14 par exemple), et est sujet à de nombreuses critiques.

     

     La langue

     

    Parler sa  langue maternelle est le propre des humains. Au delà du coté pratique, il y a un certain plaisir à la bien parler, encore plus à bien l’écrire : il y a là un sentiment d’appartenance à son pays. Cependant, avec l’ouverture des frontières et la généralisation de l’Anglais, advient  le sentiment de n’être pas seuls au monde.

     

     La protection, ou la colonisation.

     

    Les relations avec les autres pays sont de deux sortes : il s’agit soit de protéger ses citoyens contre les incursions d’étrangers malveillants, soit au contraire d’envahir ces pays pour les mettre en esclavage. La coopération est plus rare. La protection d’ailleurs fonctionne dans les deux sens : le citoyen protège son pays (par exemple dans le cas d’une guerre), et en retour le pays crée de bonnes conditions de vie au citoyen  (police, enseignement, etc…) ; il y a là une sorte de contrat entre le citoyen et la nation. La nation est alors représentée par l’Etat, qui n’a pas toujours existé en France et dont l’organisation a pris plusieurs siècles (ses débuts sont ai 13eme).

     

     Depuis maintenant soixante  ans, à l’intérieur de l’Union Européenne, il n’y a pas eu de guerre. Et donc l’idée même de nation, de ce point de vue, semble moins prégnante dans nos contrées. Par contre, le citoyen demande toujours la protection de l’Etat, et c’est logique. L’Union Européenne correspond-elle à une nation? Dans le futur, peut-être.

     

     L’idéologie.

     

    La conduite des affaires des nations n’est pas chose simple. Elle ressemble à une navigation dans le brouillard. Cependant, chacun a son avis sur la direction à suivre. Les idéologies fournissent cette direction; elles se présentent sous forme de recettes très simples, pour être comprises du plus grand nombre,  ce qui n’exclue pas que de grands intellectuels s’y laissent prendre . Une certaine communion dans les perspectives idéologiques peut cimenter une nation, et même la persuader d’envahis ses voisins, pour les sauver. C’est le cas de la Révolution de 1789 (abolition des privilèges, suivie par la conquête de l’Europe), de celle de 1917 (mise des ressources dans le domaine public, suivie par la création de l’U.R.S.S.), et aussi du troisième Reich Allemand (supériorité de le race Aryenne, suivie par les conquêtes que l’on sait.). L’idéologie actuelle serait le libéralisme en économie, les conquêtes celles de marchés par tous le moyens.

     

     La religion

     

    La religion est chargée de donner aux humains un sens à leur vie. Elle fait généralement référence à un Dieu créateur, mais parfois  non (bouddhisme). Il y a  alors communion, sensation d’être ensemble sur la bonne voie, et, plus dangereusement, comme pour l’idéologie, de connaître la Vérité (sans d’ailleurs avoir besoin de faire de grands efforts ). On comprend alors l’aspect fédérateur des religions, qui sont souvent des « religions d’Etat ». Cependant, les abus religieux, depuis la Renaissance, qui ont produit des guerres atroces, ont conduit  à se méfier de cet aspect fédérateur et à  se méfier de la « religion d’Etat » : place à la cohabitaion entre les religions (plus l’athéisme), à la laïcité, qui peut elle aussi avoir un aspect fédérateur.

     

     Le patrimoine.

     

    A côté de la langue, ou de la religion, et lié à elles, se trouve le patrimoine. Dans ce dernier, on trouve la façon particulière, qui peut dater de plusieurs siècles,  de pratiquer les arts, la musique, la peinture, l’architecture, la littérature, et même la science,  tout ce qui réunit implicitement les personnes éduquées.  Le patrimoine  comprend aussi l’ « art de vivre », la cuisine, les codes vestimentaires, la façon de faire du sport, de cultiver son corps,… Ernest Renan, qui parlait après la déroute de 1870, inclut dans ce patrimoine, les douleurs vécues ensemble au cours des guerres, les solidarités dans l’adversité.

     

     On ne voit pas que ce patrimoine puisse disparaître.

     

     L’économie

     

    L’ être humain a de multiples besoins : manger, se loger, se déplacer, se distraire, élever ses enfants etc…. Indépendamment, c’est un être de progrès, et ce progrès est gage d’une amélioration des conditions de vie.  L’organisation de l’économie  est donc une nécessité pour   protéger le citoyen. Mais elle peut être détournée à d’autres fins : si les entreprises doivent faire des bénéfices, ce qui est un gage de bonne santé et sinon elles sont nuisibles, leur but principal est de participer au bien être général, et non à seulement quelques uns ; c’est ce qu’ont compris bon nombre de dirigeants d’entreprises, petites ou grandes. Mais l’idéologie actuelle, la doctrine libérale, ne semble juger qu’à l’aune des bénéfices engrangés. Quand aux évadés fiscaux, on ne peut dire qu’ils souhaitent vraiment vivre avec leurs compatriotes. On peut donc douter que l’économie soit vraiment en France un élément fédérateur. 

     

     Ce qui ne peut pas se résoudre à l’échelon national.

     

    Depuis quelques décennies, les êtres humains ont compris que la planète était en danger : réchauffement climatique du à nos émissions de gaz à effet de serre, nombre d’espèces éteintes ou en voie de l’être (où sont passés les hannetons, et verrons nous encore dans quelques décennies les abeilles, les papillons, des hérissons… ?). Pour ces problèmes  l’échelon national est inopérant. 

     

     Conclusion personnelle.

     

    Ce qui contribue actuellement  le plus au sentiment national, à ce « vivre ensemble «  dont parlait Renan, me semble être la langue, la géographie et le patrimoine communs. Mais être « citoyen du monde » est une aspiration de plus en plus répandue. Cependant cette aspiration est encore prématurée :  elle doit être partagée par tous le peuples, ce qui est très loin d’être le cas, sinon existe le risque de devenir vassaux d’autres peuples du globe.

     

     

     

                                                             Benoit Delcourt, le 4 Novembre 2017.

     


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  •                   SUR QUELS CRITERES DOIT-ON CHOISIR SON CONJOINT ?

                                                                         Charlotte Morizur    le 21 octobre 2017

    La principale chose que nous demandons à celui ou celle qui nous accompagne dans la vie est de nous faire honneur.

    En effet, nous désirons tous vivre en compagnie d’une personne qui aurait bon teint, bon œil, l’humeur joyeuse, une éthique sans reproche, de l’éducation, de l’humour…

    C’est sans parler du « coup de foudre » ! Ne rions pas, cela peut arriver à n’importe qui. Il n’est alors pas question de faire un choix, car pour l’amoureux ou l’amoureuse il n’existe plus qu’un seul objet au monde :  celui de sa passion, et puis, on le sait, l’amour rend aveugle ou pour le moins myope. Alors, le doux moment s’étant enfui durant lequel le cœur a court-circuité la raison, il y a parfois - … pas toujours ! – d’étonnantes surprises lorsque, atterrissant de plain-pied dans le quotidien, les tourtereaux apparaissent chacun aux yeux de l’autre avec davantage de précisions !

    Autre situation : le bon sens aiguisé par l’expérience, on est à la recherche de l’âme sœur. Pour choisir une  condition s’impose : celle d’avoir le choix ! Il existe des chanceux, soit, mais beaucoup d’individus de notre espèce ont connu de longues traversées de désert et peut-être y ont-ils perdu une partie de leurs certitudes et espérances. Rappelons-nous la jeune Françoise Hardy des années 60 qui errait dans les rues l’âme en peine, et chantait « Je vais seule, car personne ne m’aime !» …  Quant à Verlaine, il nous confie : « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant / D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime… ». Les romanciers, les cinéastes, les poètes, les peintres et les sculpteurs ont depuis toujours exprimé cette quête lancinante d’amour partagé.

    Maintenant, admettons que l’on ait le choix - grâce aux sites de rencontres cela est maintenant possible - qui peut avoir oublié la fable du héron au long bec emmanché d’un long cou ? En voilà un qui eut la chance de voir défiler à portée de bec moulte occasions de se rassasier. Or, à toujours espérer trouver mieux que les truites, tanches et gardons que lui présente le cours d’eau, le héron finit par devoir se contenter… d’un pauvre limaçon ! Alors, forte de la leçon qu’enseigne ce cher Monsieur de Lafontaine, et pour éviter ce genre de déconvenue, si au cours de pérégrinations solitaires une personne vient à en croiser une autre, si cette autre est pourvue d’un minimum de bon sens, qu’elle n’est point trop mal faite, et surtout qu’Eros a la bonne idée de passer par là, l’affaire est souvent assez rapidement conclue…  

    Notons cependant qu’il ne suffit pas de désigner l’objet de son choix pour que ce dernier partage le même enthousiasme et accepte de se lancer dans une aventure à long terme. En effet, il arrive que l’on se prenne ce que l’on appelle… « un gros râteau » ! On se retrouve alors « Gros-Jean, comme devant », dirait encore Monsieur de Lafontaine.

    Un conjoint, ou une conjointe, est une personne qui décide d’embarquer avec une autre sur le même bateau et cela pour une longue croisière. A partir de là tout sera mis en partage :  la cuisine, la douche, la table, le lit (Ô mon Dieu le lit, quelle affaire !) … et autres « futilités » telles que les enfants, les projets, les comptes et les sous, les parents de l’un, ceux de l’autre, et puis la vieillesse ;  les jours heureux et ceux qui peuvent l’être moins. Alors, en appareillant pour cette traversée de la vie, chacun des protagonistes formule des vœux afin que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le tout est de garder le cap et cela en toutes circonstances, ce qui n’est pas facile. Mais - pour rester dans la métaphore de la croisière - sachons que si, d’une façon ou d’une autre, les choses les meilleures ont malheureusement une fin, tous les scénarios ne se terminent pas en catastrophe comme celui du Titanic.    

    En vérité je vous le dis, il faut être doté de beaucoup d’amour pour aller jusqu’au bout de l’aventure. Or l’amour n’est pas un don, c’est une vertu que l’on se doit de cultiver comme toutes les vertus !  Et celle-ci, plus précieuse et rayonnante que les toutes autres, se cultive à la sueur de notre cœur.

     

     


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  •             Le pouvoir des médias représente-il un atout ou un danger pour la démocratie ?  

    L                    

                                                                                  Daniel Soulat, le 7 Oct. 2017

    La démocratie est un régime optimiste et exigeant qui, pour être en bonne santé, doit miser sur la capacité d’information et d’éducation de chacun de ses membres puisqu’elle fait le pari d’être l’expression du peuple...

     

    Quel est le rôle des médias dans notre société ? Les médias permettent de comprendre le monde dans lequel on vit, ils sont l’agora, le forum où les citoyens et les citoyennes se forgent une opinion, ils permettent aux citoyens  d’exercer, au moment du vote, leur jugement politique de manière éclairée. « L’opinion publique, disait Bourdieu, n’existe pas, elle est pour l’essentiel une construction médiatique ».

     

    Ainsi le directeur du « Monde diplomatique » Octobre 2003, Ignacio Ramonet explique : « la presse et les médias ont été pendant de longues décennies, dans le cadre démocratique, un recours des citoyens ».  En effet, les trois pouvoirs traditionnels, législatif, exécutif et judiciaire peuvent faillir, se méprendre et commettre des erreurs. Dans un tel contexte démocratique, les journalistes et les médias ont souvent considéré comme un devoir majeur de dénoncer ces violations des droits. Ils l’ont parfois payé très cher.

     

    Le 5 Mars 2017, le Directeur de la rédaction Hervé Gattegno « Le JDD change, pour mieux vous informer, vous éclairer, vous aider à forger vos opinions, dans une actualité mouvante et angoissante, notre ambition reste de raconter ce que vous ignorez, de vous déranger (parfois), de vous stimuler (le plus souvent), de vous divertir (aussi). Ce sera l’enjeu de quelques pages ‘Opinions & Contreverses’. »

     

    L’articulation démocratie / médias : le gouvernement élu représente le peuple souverain et agit en son nom, les médias permettent dans l’intervalle de deux élections de continuer à faire entendre l’opinion du peuple auprès du pouvoir en place.

     

    Les médias sont-ils objectifs ? L’objectivité peut se définir comme ce qui permet de s’approcher au plus près de la vérité, elle suppose le pluralisme (le croisement de multiples points de vue nécessairement subjectifs) et l’impartialité (le fait d’être sans intérêt ni parti pris). On peut alors distinguer la vérité des faits de la liberté de l’interprétation, l’interprétation se référant à des valeurs partagées par une communauté. Pour être objectif un média devrait donc être indépendant économiquement.

     

    La loi liberté, indépendance et pluralisme des médias n° 2016-1524 promulguée le 14 novembre 2016 : « Un journaliste libre doit donner toute son attention. Car s’il ne peut dire tout ce qu’il pense, il lui est possible de ne pas dire ce qu’il ne pense pas ou qu’il croit faux. Et c’est ainsi qu’un journal libre se mesure autant à ce qu’il dit, qu’à ce qu’il ne dit pas. » L’indépendance du journaliste :  « Tout journaliste a le droit de refuser toute pression, de refuser de signer un article, une émission, partie d’émission ou une contribution dont la forme ou le contenu auraient été modifiés à son insu ou contre sa volonté. Il ne peut être contraint à accepter un acte contraire à son intime conviction professionnelle. »  

     

    L’indépendance des médias peut être mise en cause par les investissements opérés par de grands groupes  industriels ou financiers : en France par exemple, nous pouvons citer les Bouygues et TF1, Dassault et le Figaro, Boloré et Canal+, Patrick Drahi pour BFM-TV, RMC, Libération, l’Express…, Feu Pierre Bergé Le Monde, Matthieu Pigasse Le Monde et l’Obs, Xavier Niel (actionnaire du Monde)... Bernard Arnault Le Parisien, François Pinault Les Echos, et Lagardère Le Journal du Dimanche Paris Match Europe 1. 

     

    Le baromètre des médias est au plus bas depuis 2002, dans son quotidien le journal La Croix 2/2/2017 publie une enquête, en réponse aux questions, on y trouve notamment :

     

    Croyez-vous qu’ils résistent aux pressions des partis politiques et du pouvoir ?

     

    ð     67% répondent Non, ils n’en sont pas assez indépendants ;

     

    Croyez-vous qu’ils résistent aux pressions de l’argent ?

     

    ð     58% répondent Non, ils n’en sont pas assez indépendants.

     

    Les médias remplissent-ils aujourd’hui leur rôle de contre-pouvoir ? Aucune démocratie n’est possible sans médias indépendants. Leur absence c’est la dictature. La démocratie ce n’est pas seulement le pouvoir au peuple ou la séparation des pouvoirs chère à Montesquieu ; pour que le peuple exerce son pouvoir il faut qu’il sache, qu’il soit correctement informé.

     

    Média et démocratie, de qui le quatrième pouvoir est-il le nom ? Tout d’abord tentons une définition du quatrième pouvoir. Etant entendu que les trois pouvoirs traditionnels, ceux mis en avant par Montesquieu dans « L’esprit des lois » et qu’il estimait devoir être strictement séparés, étaient le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire. C’est pour cette raison que l’on a longtemps parlé du « quatrième pouvoir ». Ce « quatrième pouvoir » était en définitive, grâce au sens civique des médias et au courage de journalistes audacieux, celui dont disposaient les citoyens pour critiquer, repousser, contrecarrer, démocratiquement, des décisions illégales pouvant être iniques, injustes, et même criminelles, contre des personnes innocentes. C’était, on l’a souvent dit, la voix des sans-voix. 

     

    Mais, et c’est un constitutionnaliste émérite puisqu’il s’agit d’un ancien Président de la cinquième République qu’il faut citer, à savoir François Mitterrand qui a déclaré dans une lettre aux Français : « Montesquieu pourrait se réjouir qu’un quatrième pouvoir ait rejoint les trois autres et donné à sa théorie de la séparation des pouvoirs l’ultime hommage de notre siècle. » Cependant, au cours des obsèques de Pierre Bérégovoy le 4 Mai 1993, son discours prononcé à Nevers  laisse à penser qu’il incriminait les médias : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas que l'on ait pu livrer aux chiens l'honneur d'un homme, et finalement sa vie au prix d'un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d'entre nous. » 

    La presse le quatrième pouvoir, c’est le contre-pouvoir comme le dit Marcel Gauchet « qui n’a pas d’autre pouvoir que celui d’arrêter les pouvoirs,  les trois autres. »

    Depuis une quinzaine d’années, à mesure que s’accélérait la mondialisation libérale, ce «  quatrième pouvoir » a été vidé de son sens, il a perdu peu à peu sa fonction essentielle de contre-pouvoir, puisque les médias sont aujourd’hui le seul pouvoir sans contre-pouvoir, conduisant ainsi à un déséquilibre dommageable pour la démocratie.

     

    Organiser le débat public, réguler les médias : Le caractère contradictoire de la délibération exige qu’elle garantisse que raisons et opinions se répondent et s’affrontent effectivement, en opposant des récits aux récits, des témoignages aux témoignages, des arguments aux arguments.  

     

    Espace public et démocratie L’espace, public est le lieu d’une dialectique vivante, un processus de confrontation où les idées s’entremêlent et s’ajustent mutuellement. Le public acquiert ainsi une nouvelle fonction : celle d’instance critique auquel doit s’exposer le pouvoir. Mais l’apparition de nouvelles technologies offre aux citoyens la possibilité de concurrencer les journalistes dans la saisie et le traitement de l’information.

     

    La Défiance envers les médias s’accentue, le quotidien Le Monde 2/2/2017 a publié les résultats d’une enquête réalisée pour La Croix: « L’année 2016 n’a pas vu d’amélioration dans la confiance que les Français accordent aux médias. Tous les supports voient leur crédibilité baisser : 52 % des personnes interrogées ont confiance dans les informations qu’elles entendent à la radio (– 3 points sur un an), 44 % se fient aux journaux (– 7 points sur un an), 41 % à la télévision (– 9 points sur un an) et 26 % au Web (– 5 points sur un an). »

     

    Principaux dangers et menaces : les réseaux, La Croix 02/02/2017 les Français veulent une information vérifiée, s’informant de plus en plus sur les réseaux sociaux, huit Français sur dix s’estiment ainsi exposés aux fausses nouvelles, ils attendent des médias qu’ils jouent un rôle important, pour fournir une information vérifiée et recoupée. Une inquiétude est que la France se retrouve dans une situation à l’américaine, où les médias traditionnels perdent complètement la main face aux réseaux sociaux et leurs ‘Fake News’, notamment diffusées par Paul Horner lors des élections présidentielles 2017 (Hilary Clinton - Donald Trump), affirmant « des anti-Trump à ses meetings ont été payés 3500 $ pour manifester », nombreux y ont cru. Au sein du journal Le Monde, il y a des journalistes ‘décodeurs’ au sens contrôlent ce qui est sur les réseaux sociaux.

     

    Internet peut présenter des dangers pour la démocratie :

     

    Il porte atteinte à la protection de la vie privée ;

    Il peut être le support d’idées en contradiction avec les fondements de la démocratie.

     

    Publié le 27 Janvier 2017, au Canada, la crise financière qui secoue l’industrie des médias, est telle qu’elle constitue une menace pour la santé de la démocratie. Les revenus publicitaires des médias traditionnels sont en chute libre, un tiers des journalistes a été perdu au cours des six dernières années, pendant ce temps, Facebook et Google gobent 82% de la publicité et 70% des recettes, sans payer d’impôt.

     

    Conclusion : Nous sommes en l’occurrence dans un pays, la France, qui permet une grande liberté d’expression. Nous le voyons à travers la presse écrite, par exemple, dans laquelle la diversité des opinions des journalistes peut se manifester. Et ce n’est pas le cas dans tous les pays ! Dans tous les cas, notre démocratie nous permet bien des choses, cependant l’expression libre sur les réseaux dérive dans certains cas, avec des propos : racistes, négationnistes…. notamment entre deux clips de pub sur Facebook et Youtube. 

    Grâce aux différents médias existants, nous pouvons donc nous informer, nous faire notre propre opinion sur tel ou tel sujet, de la vie politique ou dans tout autre domaine. Les médias ont une influence sur le peuple, sur l’opinion publique. L’information est diffusée en masse, il faut savoir la sélectionner, avoir des qualités de discernement, de jugement et l’esprit critique. Avant tout, l’information doit être vérifiée et fiable, c’est le rôle des médias au sein desquels il y a des journalistes de métiers, ils doivent rester indépendants et objectifs.

    Combien d’affaires ont été médiatisées à outrance, rappelons nous les affaires Grégory-Villemin, Outreau, et diverses personnalités. Qui arrêtera l’instrumentalisation des procédures par le pouvoir médiatique, comment prétendre, et à bon droit, obtenir d’un coté la sanctuarisation du métier de journaliste et refuser, à l’avocat, au médecin, au prêtre lui-même, le respect du secret professionnel ou de la confession, sans oublier la présomption d’innocence et le respect de la vie privée, le curseur étant entre liberté d’expression et la violation des lois et droits ?  

     

     

    Daniel Soulat


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                       Pouvoir de la connaissance ?

     

    Les mythes fondateurs sont des récits métaphoriques des origines et d’évènements de portée édifiante. Expression de la culture des peuples ils disent leurs croyances, leurs doutes et leurs craintes. Au-delà de leur qualité stylistique et poétique, c’est leur signification et leur portée symbolique qu’il importe de retrouver, car certains de ces mythes qui viennent de loin, très loin, nous concernent toujours  

     

    Le mythe le plus emblématique à notre sens, probablement de porté universelle, n’est-ce celui  « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » de la genèse biblique ? Ce mythe fait référence à évènement majeur d’une portée considérable qui a changé radicalement le rapport des hommes à la nature. Sa thématique est reprise dans d’autres mythologies, les mythes grecs de Pandore et Prométhée par exemple. Ce Mythe évoque d’abord un éden paradisiaque où une humanité insouciante n’a qu’à tendre la main pour cueillir les fruits d’une nature généreuse. Ainsi dans la bible « Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèces, agréables à voir et bons à manger ». Puis dans un second temps, après qu’Adam et Eve eurent cédé à la tentation, la même humanité fut réduite au laborieux travail de la terre « C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, d'où tu as été pris.  […]. Ainsi, Dieu les chassa du jardin d'Éden pour qu'ils cultivent la terre d'où ils avaient été tirés ».  Même thématique dans un récit mythique Sumérien antérieur de 2000 ans à la bible, où on retrouve : « Aucune plante des champs défrichés n’était encore sur Terre [...] Et le seigneur Dieu prit « l’Homme » et le plaça dans le jardin de l’Éden pour qu’il le cultive et le soigne. » Dans l’un et l’autre texte, les hommes découvrent l’agriculture.

     

    Ce mythe ne serait-il pas d’abord l’expression de la prise de conscience de la singularité humaine au regard des autres espèces, mais aussi celui du regret des temps bienheureux de l’innocence ?  Car c’est bien d’une révolution dont il s’agit, même si ces mythes expriment le regret d’un passé mythifié. D’une révolution qui a marqué la prise de possession de la nature par les hommes, même si elle a pris des siècles en Mésopotamie puis des millénaires pour gagner la planète entière. De la stricte dépendance des hommes par rapport aux ressources aléatoires offertes par leur environnement, les hommes sont devenus producteurs de leurs propres ressources ; c'est-à-dire, qu’ils sont passés du mode de vie de chasseurs-cueilleurs à celui d’agriculteurs. C’est une rupture radicale, sans précédent dans leur mode d’existence. Cette révolution est « La révolution néolithique » qui a d’abord a débuté à Sumer (9000 av. J.-C.) puis indépendamment dans d’autres foyers, Chine, Amériques… pour gagner l’ensemble de la planète, à quelques exceptions près. Sa première conséquence a été un accroissement significatif de la démographie, s’appuyant sur une augmentation et une sécurisation des ressources. Cette révolution a conduit à un soudain emballement de l’histoire avec l’apparition des premières civilisations. D’abord les premiers villages, les premières citées, les premières sociétés, les premiers empires. Agriculture et élevage sont le socle de toutes les civilisations et la condition de leur émergence. Mais, l’agriculture et l’élevage requièrent des connaissances particulières. Pour semer à bon escient il faut connaître les cycles de la nature et établir des calendriers s’appuyant sur des notions d’astronomie, connaître les modes de reproductions, tant des animaux que des végétaux, savoir protéger les récoltes de la vermine et des rongeurs. C’est un processus d’acquisition long et complexe des lois de la nature, de maîtrise progressive des modes de production, de conservation et de stockage. C’est bien à partir de cette mutation majeure dans les modes de subsistance que sont apparues les premières civilisations. L’écrivain et éditeur vaudois Claude Frochaux dans « l’homme seul » soutient cette thèse. Mais quel rapport entre cet événement et « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » ?  Ce mythe questionne sur l’ambivalence de la connaissance en bien et en mal. La connaissance permet les deux, selon l’usage que l’on en fait. Cruelle question d’actualité.

     

     

     

    - « La Connaissance du bien » est ce que les civilisations ont de meilleur à offrir : l’organisation, la collaboration et la puissance du travail en commun, la spécialisation des compétences, la solidarité. Mais surtout, l’émergence des civilisations a permis un gigantesque saut des connaissances : un saut inouï des sciences et des techniques, l’écriture, le calcul, la géométrie, l’astronomie, les arts. C’est aussi l’entrée de l’Humanité dans l’ère historique avec l’invention de l’écriture cunéiforme. En un mot, c’est ce que l’on entend par le terme de « progrès ». Progrès auquel contribuent toutes les grandes civilisations, prenant le relais l’une après l’autre, jusqu’aux lumières et les révolutions scientifiques et industrielles : la vapeur, l’électricité, l’atome, l’informatique et la société de la communication et la connaissance.  

     

    - « La connaissance du mal » est ce que les civilisations ont de plus détestable à offrir : la guerre, les conquêtes, les subordinations, l’esclavage, le despotisme, les inégalités. L’archéologie fournit des indices sur la dureté des dominations. L’accompagnement des serviteurs du monarque dans sa tombe démontre le peu de valeur de la vie d’autrui. Marx et Engel font de cet événement l’origine de la propriété privée, de l’esclavage et de la lutte des classes sociales dans « L’origine de la famille de la propriété privée et de l’état »

     

    Mais ne succombons pas à un Rousseauisme naïf, et le mythe du bon sauvage. Avant la civilisation des liens de subordination existaient très certainement, même s’ils ont laissé peu de traces.  

     

    La connaissance, source de puissance :

     

    La connaissance des lois qui régissent les systèmes naturels - biologiques, physiques -  de la nature par les hommes, leur permet de les manipuler à leur bénéfice. En premier lieu la maitrise du feu a conféré un avantage considérable aux pré-humains sur les autres espèces. La connaissance des lois de la physique atomique permet de libérer des forces inouïes de réaction en chaîne, forces utilisées aussi bien pour produire de l’électricité qu’à des fins de destruction militaires. Avec l’accroissement des connaissances scientifiques et les progrès techniques en ce début de XXI siècle, l’action des hommes sur la nature est devenue exponentielle, quasiment sans limite. Nous serions entrés dans une nouvelle ère : l’Anthropocène. L’Anthropocène est un terme de chronologie géologique proposé pour caractériser l'époque de l'Histoire de la Terre qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu un impact global significatif sur l'écosystème terrestre. L’humanité sera-t-elle assez sage pour disposer pacifiquement d’un tel pouvoir sur les êtres et les choses ?

     

    Les dieux grecs en doutaient quand Prométhée, un titan connu pour avoir créé les hommes et volé le savoir divin « le Feu sacré de l'Olympe », pour l’offrir aux humains. Il sera cruellement condamné par Zeus à être attaché à un rocher pour se faire dévorer le foie par un aigle

     

    La connaissance, jalousement gardée.

     

    Les savoir-faire étaient parcimonieusement transmis au sein des corporations entre gens de métiers, notamment les architectes et tailleurs de pierres. Plus que jamais, aujourd’hui, la connaissance industrielle et économique revêt une importance stratégique. Elle est protégée par des brevets pour assurer un retour sur investissement de la recherche. La compétition scientifique entre les nations développées est vive et les sanctions sans appel : les décrocheurs encourent le déclassement, la régression économique et sociale.

     

    Avec l’irruption de nouveaux acteurs, l’éducation, l’enseignement, la recherche et l’innovation sont désormais devenus stratégiques. Depuis la révolution néolithique l’Humanité s’est engagée dans une course effrénée. Mais vers quel destin ?    

     

     

     

    Science sans conscience n’est que ruine de l’âme (Rabelais)

     

                                                            André Hans      10 Juin 2017

     

     

     

     


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  • MACHISME, FEMINISME, LAQUELLE DE CES DEUX IDEOLOGIES AURAIT ENGENDRE L’AUTRE ?

    Deux mondes ont coexisté dans l’Histoire de l’Humanité : celui des hommes, absorbant toutes les lumières du pouvoir, de la gloire et de la reconnaissance, et celui des femmes, délaissé dans la nuit de l’indifférence et du mépris. Certains hommes prennent aujourd’hui conscience de l’absurdité de ce déséquilibre, et il faudra bien que l’on puisse compter sur la bonne volonté de tous (hommes et femmes) si nous voulons qu’émerge une société plus intelligente et plus juste. C’est Cicéron qui reconnaît… du bout de la plume, que la femme est plus apte que l’homme à organiser un monde moins violent (1).

    Selon la définition du Robert 2012 : « le machisme est une idéologie suivant laquelle l’homme domine socialement la femme et a droit à des privilèges de maître. » « Le féminisme est l’attitude de ceux qui souhaitent que les droits des femmes soient les mêmes que ceux des hommes. » On le voit cette définition-même traduit bien les faits :  l’égalité des droits n’est encore aujourd’hui qu’un souhait !

    L’organisation de nos sociétés a-t-elle toujours été fondée sur le principe de la phallocratie ?

    Sans une analyse de l’Histoire et des mouvements qui ont scandé celle de l’Humanité nous ne pouvons comprendre l’origine de l’injustice faite aux femmes et, de ce fait, infléchir le futur vers une société plus équilibrée afin qu’il ne soit plus question de deux mondes mais d’un seul où chaque individu occuperait la place qui lui revient.

    Le paléolithique (3 à 400 000 avant notre ère). Ces temps les plus anciens de l’Humanité ne pouvaient être que matriarcaux : en effet, et cela est admis aujourd’hui dans la discipline archéologique, les préhistoriques ignoraient le rôle du père dans la procréation ; la parenté exclusivement reconnue était celle de la mère. La femme occupait alors une place importante et avait un rôle prépondérant dans l’organisation des sociétés. On peut affirmer que la répartition des pouvoirs entre hommes et femmes était plus équilibrée dans ces sociétés primitives que de nos jours.

    Le néolithique (10 000 ans avant notre ère). L’Homme passe du statut de prédateur à celui de producteur ; il se sédentarise, s’organise en cités. On ne chasse plus les animaux, on les parque dans des enclos où les mâles sont séparés des femelles et là… stupéfaction : plus une seule naissance ! On ne tarde pas à comprendre le rôle du mâle dans la procréation et c’est tout farauds que les hommes en déduisent que, sans eux, les femmes ne sont RIEN ! A partir de là, la condition de ces dernières change du tout au tout :  les thuriféraires qui encensaient leur mystérieuse fécondité les font dégringoler de leur piédestal, elles sont dépouillées de tous leurs droits, deviennent domestiques, esclaves ou monnaie d’échange. Le rapport de l’homme à la femme n’est plus mystique mais économique ; tel une maladie chronique qui dure sans que l’on entrevoie un début de guérison, le machisme s’est installé pour de longs siècles et la femme sombre dans le continent noir de l’humanité : désormais, le monde sera dominé par les hommes et l’Histoire ne sera plus éclairée que par les hommes.

    LA MALEDICTION DE LA FEMME

    Si, quelle que soit la religion, la mère reste vénérée, la « femme », elle, devient la pécheresse à la sexualité redoutable. Troublés par la véhémence de leur désir, les hommes pointent sur les femmes un doigt accusateur : ce sont elles, créatures maléfiques, qui sont responsables de ces pulsions qui les malmènent et qu’elles provoquent par leur pouvoir de séduction (2).

    Comble de malheur ! « La femme est un homme inversé, une erreur de la nature » : c’est Claude Galien (129-216) qui diffuse cette idée farfelue. La femme sera donc perçue comme une créature monstrueuse. Le jeune et fougueux Saint Augustin, s’étant une nuit laissé emporter plus que de coutume à des ébats amoureux, qu’au matin il juge avilissants, fouette avec rage sa jeune femme (que pourtant il adore), puis il s’auto-flagelle violemment (il est vrai que Sainte Monique, sa dévote mère, était une personne très perturbée et probablement très perturbante !) (3). La femme est impure (4). Alors on l’écarte du monde des hommes, on la cloître, on lui couvre la tête d’un voile. Il est bien acquis dans les esprits que si la femme enfante dans la douleur c’est qu’il lui faut expier sa faute. Qu’une vache meure, une grange brûle d’une façon inexplicable et c’est une fille-mère, une veuve isolée, que l’on accuse d’avoir pactisé avec le diable ; elle risque alors de brûler sur un bûcher devant un public vociférant et vengeur. Une enfant violée doit garder le silence, si elle se plaint aux autorités on l’enferme dans un couvent pour le restant de ses jours (5). Les veuves sont rejetées, méprisées. La femme n’a aucune place dans le monde de la politique, des arts, la femme qui lit, dit-on, est dangereuse et si elle écrit, ses œuvres ne sont publiées que sous un nom d’emprunt... masculin bien sûr ! Aux femmes reviennent les tâches les moins nobles. Notons cette belle avancée en leur faveur, sans doute plus importante que l’invention de la machine à laver le linge ou la péridurale : il s’agit du moulin à vent, inventé par les Perses et découvert en Palestine lors des croisades. En France, à partir du XIVème siècle, la construction des moulins à travers toutes les campagnes va considérablement améliorer leur quotidien en leur épargnant la rude corvée qui leur revenait, tout naturellement, celle de la mouture du grain à l’aide d’une machine faite de deux énormes meules de granit, très difficile à manœuvrer (6). Certaines, d’épuisement, se jetaient en hurlant leur désespoir au fond d’un puits (on les appelait les folles du village et on y voyait la main du diable).  En Afrique ce sont les femmes qui pilent le manioc ou le mil, au soleil, avec un bébé attaché par un pagne dans le dos. Qu’un garçon s’y essaie et il devient la risée du village.

    … ET PENDANT CE TEMPS-LA, LES HOMMES :

    Formatés dès leur naissance par la certitude de leur supériorité en tant que mâles, leur premier devoir est… de ne pas être une femme ! Nous ne parlerons pas de ceux qui, à trop s’exercer à la « mâletitude » sombrent dans la misogynie et n’ont plus que répulsion pour la femme. La « mâletitude », pour reprendre l’expression, n’est point chose naturelle et l’exhortation : « Sois un homme mon fils » implique que cela ne va pas de soi ; elle oblige le petit garçon, l’adolescent, l’adulte, à sans cesse lutter contre sa part de féminité (7) ; il doit paraître grand et fort (dur !), cacher ses émotions, endosser des responsabilités, partir à la guerre, se conduire en héros…

    La guerre ! Ne nous trompons pas, c’est pour les y préparer que les puissants ont de tout temps manipulé les garçons, flattant leur virilité, afin qu’ils soient prêts à servir aux combats ; sept décennies de paix sur notre sol nous le feraient presque oublier. Pourtant à peu près toutes les générations ont connu une guerre et ils devaient partir, jeunes ou moins jeunes hommes, refoulant leurs peurs et leurs angoisses, acceptant de laisser leur vie sur les champs de bataille. Ceux qui revenaient, s’ils n’avaient pas la gueule cassée, avaient le cœur et l’esprit brisés d’avoir vu leurs compagnons périr. Cela se passait dans la boue des tranchées où des soldats que l’on avait enivrés mouraient en appelant leur mère. Cela se passait sur les dunes du Nord en 40, lorsque les obus allemands faisaient jaillir des geysers de sable qui, en retombant, ensevelissaient les hommes vivants (ils étaient deux milles, qui ne revinrent jamais de leur weekend à Zuydcoote). Cela se passait durant toutes les guerres qui laissaient de lourdes séquelles sur des générations, il ne restait plus que  les tambours pour battre tristement le souvenir des disparus.

    Pourquoi, lors des commémorations, ne voit-on que des hommes au pied des monuments dédiés aux soldats morts pour la patrie ?  Il est vrai qu’on dit toujours que la guerre est une histoire d’hommes… Mais les hommes ne sont-ils pas eux aussi sous influence et les plus faibles également victimes des puissants ? Les femmes n’ont-elles pas admis la soi-disant supériorité des hommes et n’auraient-elles pas été, par l’éducation qu’elles ont donnée à leurs garçons, un des vecteurs du machisme ?

    Attention ! il ne s’agirait pas que les femmes soient une fois de plus rendues coupables de leur condition. Seulement LE PASSE NE PASSE PAS, il charrie ses tabous, ses règles, ses préjugés, ses faux-principes dans lesquels s’embourbent les comportements moraux de chacun. LE PASSE EST L’ADN DE NOTRE PRESENT. Malgré le très courageux combat des féministes il semble que pour certains il soit toujours aussi difficile d’admettre que chaque individu a le droit d’avoir des droits, d’être reconnu comme un être significatif, que sa voix puisse porter… S’il y a eu des avancées, ce ne fut que très récemment et certainement pas pour toutes les femmes, d’ici et d’ailleurs, et ces progrès ne représentent qu’un point-virgule dans le récit qui raconte 400 000 ans de notre histoire. Le monde en effet ne ressemble pas encore à un grand bal où l’on avancerait les uns vers les autres pour évoluer en harmonie. Alors les femmes retiennent leur souffle, attendant que les hommes réinventent leur virilité pour qu’ensemble on puisse écrire la suite de l’Histoire d’un monde plus juste… ou juste un peu moins bancal !

     

    Charlotte Morizur le 6 mai 2017

     

     

     

    1         Victor Hugo disait : « Sans les femmes nous, les hommes, serions gros, sales et nous passerions notre temps à nous battre. »

    2         Emile Cioran dans « SYLLOGISMES DE L’AMERTUME » prétend qu’un moine et un boucher se bagarrent à l’intérieur de chaque désir. Cela me paraît obscur mais sans doute sait-il de quoi il parle !

    3          « LES CONFESSIONS » de Saint Augustin ne sont pas un traité d’érotisme aussi n’en apprendrons-nous pas davantage.

    4         Voir les origines de la Chandeleur.

    5         « LE VIOL » par Georges Vigarello.

    6          Régine Pernoud, historienne médiéviste, dans son ouvrage « EN FINIR AVEC LE MOYEN-AGE. »

    7         Elisabeth Badinter : « XY » ou « DE L’IDENTITE MASCULINE », publié en 1992.  

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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