• Comment transmettre des valeurs à nos enfants ?

    Au cours de plusieurs de nos débats, la notion de valeurs - morales, économiques, éthiques, religieuses, sociales etc. - a régulièrement été évoquée. Aussi l'envie d'aborder une fois pour toute le sujet nous est venue.

    J'espère que Pierre Marsal ne verra pas d'inconvénient à ce que je le cite : je me permets ici de reprendre un extrait de son texte sur la valeur du vivant : « Rappelons que, dans le sens le plus général, la notion de valeur témoigne de l'importance que l'on attache à une idée, un bien, un service ou un être. C'est un concept difficilement mesurable... »

    Il n'y a rien de plus juste. Une valeur est une notion subjective. Un exemple ? Devant Picasso, certain y accordera la valeur du chef d'œuvre, l'autre y verra la valeur marchande du tableau. Ou encore, pour certains, une bonne éducation c'est un enfant qui se tient bien à table, le dos droit, les mains bien posées sur la table, sans une intervention dans la discussion en cours, et cela représente une valeur essentielle de l'éducation, pour d'autres la libre expression des enfants prime sur la rigueur d'une bonne tenue sur sa chaise !

    Alors qu'est ce que transmettre des valeurs ? Est-ce quelque chose comme : «Ce que j'ai reçu, à mon tour je vous le transmets»

    Pour moi, il ne s'agit là que d'éducation. Par notre comportement dans la vie quotidienne, par le temps que nous prenons à éduquer nos enfants, nous leur transmettons nos croyances et le respect que nous avons pour certaines règles. Nos habitudes de vie, sans vouloir les leur inculquer de force (tiens-toi droit, ne réponds pas, les adultes ont toujours raison...)  sont le meilleur transmetteur de ce en quoi nous avons foi. Tout le reste n'est que question d'appréciation. De choix de vie.


    Transmettre dans la confiance et le dialogue

    Transmettre à ses descendants des valeurs auxquelles on était attaché se faisait autrefois sans état d'âme. Désormais, c'est plus compliqué Les « anciens » nous avaient transmis des valeurs et des savoir-faire, qui étaient issus d'une longue tradition et qui avaient fait leurs preuves. Aujourd'hui, on est confronté à des valeurs plus fragiles, qui ne sont pas issues d'une expérience continue, mais d'une mode passagère. »

    Alors, si nos parents ou grands-parents ont parfois le sentiment amer de n'avoir pu ou su transmettre leurs valeurs aux plus jeunes, ces mêmes jeunes s'interrogent et ont besoin du conseil de leurs aînés pour bâtir leur vie et leur avenir.

    Dans le dialogue inter génération, Il y a de plus en plus de transmission technique, et moins il y a de transmission spirituelle (attention je ne dis pas qu'il n'y en a pas ! Juste moins..). On peut joindre ses petits-enfants à des milliers de kilomètres. Dans le même temps, l'éloignement limite la transmission de l'essentiel, et la durée des échanges.

    Les modes de consommation actuels qui transforment les styles de vie, et les techniques de communication peuvent limiter ou brouiller la transmission des valeurs. » Aussi faut-il s'interroger sur le sens de la transmission. Et ce qu'il est bon de transmettre ou non. Et enfin, si nous choisissons toujours ce que nous transmettons.. !

    Il ne s'agit pas de répéter le passé, et appliquer sans réflexion ce que nous ont transmis nos parents. Il faut que de nos expériences et notre éducation nos enfants puissent créer leur propre avenir, leur donner les bases indispensables pour poursuivre leur élan vers leur avenir, et non pas reproduire notre présent ou notre passé.

    D'ailleurs, la société, l'école apportent aussi à nos enfants des modèles, des voies à suivre. Et des modèles différents des nôtres. Ils se créent alors leur propre système de valeurs.

    Et certains jeunes eux-mêmes sont un peu perdus. Ils recherchent auprès de leurs parents ou de leur entourage les marches sur lesquelles s'appuyer pour aller de l'avant. Passé la crise de la rébellion contre les parents, la société, l'autorité, ils finissent par y revenir, un jour ou l'autre. Ou avancer sans elle, et autrement, pour tenter de ne pas reproduire un schéma qui leur est dommageable.

    Et rester hermétique aux valeurs auxquelles ils tiennent décrédibilise de fait les propos éducatifs qu'on va leur tenir pour leur transmettre notre système de valeurs. Nos enfants, même en crise, sont ouverts, en recherche, capables de s'écouter mutuellement, accueillants envers les adultes. Ils sont moins"en réaction" comme l'étaient certains parents d'aujourd'hui : maintenir le dialogue avec eux permet de continuer à avancer.

    Et quelle valeur accordons-nous aux valeurs à transmettre ?  Et devons-nous bien transmettre des valeurs à nos enfants ? Avons nous nous même des valeurs ? Sur quelle base notre vie est elle construite ? Voilà aussi quelques questions qu'on pourraient aborder.

    Pour conclure cette introduction et laisser le débat commencer, je dirais encore qu'il faut laisser du temps pour que la transmission puisse se faire.

    Même si notre société se veut une société de l'immédiateté, elle a besoin de ce temps. Certains adultes reconnaissent retrouver des valeurs transmises par leurs parents lorsqu'ils deviennent eux-mêmes parents.

    Il faut accepter que la transmission n'ait pas de rentabilité immédiate, qu'il puisse exister un temps de « désert ». Et, au final, les valeurs transmises ont au moins autant de place dans notre vie que le savoir que nos enfants ont acquis.

    Nous devons nous assurer d'avoir transmis notre message. Et accepter que ceux qui le reçoivent en fassent un usage différent du notre.

    Et surtout, il faut se rappeler qu'on n'a jamais fini de transmettre : on transmet tout au long de sa vie et même au-delà.

    « Comment nourrir le monde en 2050 ?Y a t-il des valeurs universelles ? »

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  • Commentaires

    1
    Lundi 27 Décembre 2010 à 00:03

    La question est, en effet très bien posée. L'éducation semble aujourd'hui séparée de la transmission du savoir intellectuel. Si je me permets d'intervenir dans ce débat, c'est parce que je me rends compte que j'ai répondu, par ma vie, à ce problème. Étant musicien classique de profession, mais passionné de langues anciennes, j'ai transmis mes connaissances à mes enfants, en famille. Cela m'a amené en 1995 à la création d'une école indépendante, en Belgique (www.scholanova.be) où non seulement les élèves parlent couramment un latin moderne international (appelé "latin vivant"), mais où les arts (musique, peinture, sculpture, poésie) se transmettent de la façon la plus naturelle du monde. Une grande salle de concerts et d'exposition est à leur disposition ainsi qu'un atelier... Je dois avouer que loin d'avoir empêché les enfants de s'intégrer à la société d'aujourd'hui, cela les y a rendus beaucoup plus forts et heureux. Ne pas sentir d'hiatus entre la famille et "l'école" procure une délivrance et un bien-être très équilibré, au point que je me demande parfois si cette fameuse "crise d'adolescence" que l'on dit inévitable, ne serait pas, tout simplement, une "crise scolaire"... 

     

     

     

    2
    Pierre Marsal
    Mardi 17 Juillet 2012 à 09:22
    Dans la mesure où je ne pourrai pas aller à cette réunion qui s’avère passionnante, je note ici quelques remarques et/ou quelques questions que j’aurais aimé poser.

    Remarques

    - Il n’est probablement pas utile de revenir sur la question des valeurs, sinon le débat risque encore de déborder de son sujet. Il faudrait donc, à mon sens, l’appréhender dans son acception la plus large, c’est-à-dire comme l’ensemble des codes et des normes sociales qui permettent la socialisation harmonieuse de nos rejetons dans la Cité. Certaines peuvent avoir des connotations morales, d’autres sont purement utilitaires. Certaines ont (ou prétendent avoir) une portée universelle (respect de la vie humaine), d’autres correspondent à des usages géographiquement et temporellement identifiés (serrer la main de quelqu’un, ôter sa casquette, porter le voile islamique).

    - La connaissance de ces codes et de ces normes correspond à une double nécessité : celle d’assurer une certaine pérennité sociale, celle de faciliter l’intégration des individus dans la société. Un exemple : pour avoir essayé de « populariser » la musique « classique » lorsque j’avais des responsabilités culturelles dans ma cité, je me suis rendu compte de l’importance de la connaissance des codes culturels : les quelques personnes qui j’ai réussi à entraîner dans des concerts et qui, a priori, semblaient intéressées, ont été traumatisées de se voir imposer le silence quand elles tentaient d’applaudir entre deux mouvements d’un même morceau ; de même étaient-elles désorientées par les fausses sorties d’un chef habillé en pingouin. Ces braves gens ne sont jamais revenus à un concert ! Connaissant le rôle discriminatoire que jouent les valeurs culturelles (en particulier la culture dite générale) dans la réussite individuelle, il y a là des facteurs de discrimination sociale a priori.
     
    Questions

    Les questions que j’aimerais poser sont donc les suivantes.

    - Avant de se poser la question du  « comment ? », il faudrait peut-être s’interroger sur la question du « quoi ? » : quelles valeurs transmettre ? Et dans quelle perspective ? Epanouissement individuel, intégration sociale, réussite personnelle, reproduction d’un modèle (familial notamment), production de valeurs collectives… ?

    - Peut-on identifier un socle commun de « valeurs » indispensables à transmettre ? Il y a tout de même un certains nombre de constantes que l’on retrouve dans toutes les sociétés organisées : par exemple le respect des règles communément admises par une collectivité. Les hiérarchies de valeur. Ainsi, malgré tout le respect que l’on doit à tout jeune, il faut qu’il puisse admettre que tout droit suppose des devoirs. Mais qu’on nous fasse grâce du discours convenu sur les « vraies » et les « fausses » valeurs.

    - Dans son fameux rapport « Reconsidérer la richesse » (2000 ou 2001, je ne sais plus), Patrick Viveret posait la question suivante : « Pourquoi transmettre à nos enfants des notions comme l'altruisme, le mérite ou le civisme s'ils ont en permanence pour modèle une réussite financière fondée sur l'individualisme, l'argent facile et le contournement des règles et des lois comme art supérieur du management? » J’aimerais bien qu’elle puisse aussi être posée entre nous. Il y a dans cette question une opposition : valeurs morales / valeurs utilitaires.

    - Dans le « comment » seront abordés je pense les importantes questions des rôles respectifs (complémentaires, antagonistes ?) de la famille et de l’école. Et évidemment des influences sans cesse croissantes des médias et des groupes sociaux (qui peuvent aller des scouts aux bandes de quartier). Comment concilier ces diverses influences, comment canaliser ? En tout cas la synergie école-famille me semble essentielle.

    - Une question préoccupante : dans un contexte d’élargissement du champ des connaissances et de l’accélération du rythme des innovations, que reste-t-il de transmissible dans les connaissances et les valeurs portées par les parents ? C’est devenu un lieu commun de dire que « les enfants en savent plus que leurs parents ». Quid de la crédibilité des anciens ?

    - Je pense qu’il y aura beaucoup de questions sur les modalités de transmission des valeurs. Je n’insiste pas. Notamment sur ses difficultés. Par exemple : conflits (de plus en plus fréquents et lourds) entre parents et école, penchant naturel à l’autocontradiction performative (le fait de faire exactement le contraire de ce qu’on dit ou de ce qu’on vous dit de faire) chez la plupart des ados, etc.

                                    P. M. (2/06/09)

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