• Quels sont les dangers des idéologies ?

    Quels sont les dangers des idéologies ?

     

    Qu'est-ce qu'une idéologie ? Quels exemples d'idéologies nous viennent à l'esprit ? Quels en sont les dangers ? Ont-elles des avantages ou seulement des inconvénients ?

     Qu'est-ce qu'une idéologie ? Une idéologie est un système de croyances, d'idées, de doctrines, de représentations, à partir desquelles la réalité est analysée ; les idéologies influent le comportement individuel ou collectif. Exemples : "Tout ce qui est de droite est mauvais, tout ce qui est de gauche est bon."  Ou, plus actuel : "Tout ce qui est mondialisation est bon, tout ce qui est contre est mauvais" et vice versa.

     Si chacun voit la vie à travers le prisme déformant de son idéologie, cela crée des conflits (parfois très violents) et empêche les bonnes solutions d'émerger. Cela nie l'apaisement, le pragmatisme, le sens du réel, la recherche de bonnes solutions et, plus généralement, cela nie le bon sens. Le bon sens étant la capacité à bien juger, à distinguer le vrai du faux. Voir le texte à ce sujet sur : http://ecomondiale.over-blog.com/2014/02/le-bon-sens-paysan-n-est-il-que-du-sens-commun-ou-est-ce-la-science-de-la-réalité.html Certains persistent à confondre le bon sens avec le sens commun, qui est la manière de juger selon les opinions dominantes dans une société donnée.

     Une idéologie a une phase de naissance, de vie puis de mort ou de mise en sommeil (prête à renaitre de ses cendres).

     Quels exemples d'idéologies nous viennent à l'esprit ? Quels en sont les dangers ?

     Certaines idéologies sont dangereuses pour la vie en société et le "vivre ensemble". Cela peut être le sexisme, la xénophobie et le racisme sous toutes leurs formes.

     Attention, contrairement à ce que certains pensent, le racisme n'est ni monolithique ni à sens unique. Si l’antiracisme a pour but de lutter contre le racisme c'est bien, si c'est pour voir du racisme partout et/ou seulement dans un sens (blancs vis-à-vis des autres, jamais l'inverse), non. De même si le féminisme a pour but de défendre les droits des femmes, il ne s’agirait pas que ce mouvement devienne une lutte anti hommes. La vérité est généralement complexe et nuancée. Les positions monolithiques et simplistes n'aident ni à la discussion, ni à la recherche de solutions réalistes.

     Les idées radicalement opposées et caricaturales au sujet de l’Europe ne peuvent évidemment coïncider. Ex : Une personne serait absolument hostile à toute idée de coopération européenne, tandis que l'autre serait une "euro béate" qui ne jugerait que par l'UE telle qu'elle est et rien d'autre. L'une rejetterait toute velléité de créer des normes communes, de coopérer dans le domaine de la police ou économique. L'autre serait aveuglée par la paix que l'UE aurait soi-disant permise à l'exclusion de toute autre influence et sans tenir compte des dégâts sociaux et culturels. L'une accuserait l'autre de "collaboration nazie" en permettant à l'Allemagne de peser sur le destin de l'Europe. L'autre renverrait la première à "voulant faire la guerre à l'Allemagne", "ne voyant pas plus loin que la ligne bleue des Vosges", de raciste, xénophobe, fasciste etc. Quel dialogue peut-il y avoir ? Quelles solutions peuvent émerger ?

     Le fascisme est une idéologie dangereuse. Certains se revendiquent comme étant fascistes ; d'autres ont des comportements fascistes, sans s'en rendre compte (en pensant même parfois lutter contre lui !) ; d'autres encore ont une idéologie fascisante, même si elle n'est pas liée au fascisme.

     Certaines idéologies vont jusqu'à condamner à mort ceux qui ne partagent pas la même pensée. Les extrémismes (politiques, mais aussi religieux) font partie des idéologies dangereuses.

     La loi française de 1905 sur la laïcité est plutôt bien faite, mais certains prennent la laïcité comme une religion (on peut les appeler "les laïcards").

     L'idéologie du "vivre ensemble" et celle du "multiculturalisme" : C'est très beau, c'est très bien, mais, pour que cela marche, il faut que les cultures soient compatibles entre elles et qu'il n'y ait pas de haine. Est-ce possible avec des gens qui ont des cultures d'exclusion, de dogmes, d'idéologies, de combat, de pouvoir, de conquête ? Est-ce possible avec des difficultés économiques (chômage de masse en particulier) ? Est-ce possible avec l'idéologie de la "repentance" ?

     A force de se repentir, d'oublier les choses positives, d'oublier les contextes historiques ainsi que les choses négatives des autres civilisations, cela pousse à vous détester et à pousser les autres à vous détester. Cela conduit à des haines et des heurts plus ou moins graves. Cela peut pousser à une guerre civile ! Si repentance il doit y avoir, il faut que ce soit complet et objectif et pas à sens unique. Et surtout passer à autre chose !  Comment lutter contre toutes les formes d'esclavagisme, sexuel ou économique, entres autres, qui existent encore de nos jours ?

     L'idéologie chez les juges est un grand danger ! La justice est censée être aveugle, ce qui n'est pas le cas si l'on a affaire à un idéologue. Quelle valeur a la justice en ce cas ? Cela peut remettre en cause l'un des principaux fondements de nos sociétés.

     L'idéologie liée au "Big Data" est illustrée dans le film, "The circle" qui est une bonne description des dangers (et avantages) de cette idéologie.

     L'idéologie du travail (le travail considéré comme une religion ou un dieu) est évoquée dans "Le travail est-il une valeur ?" sur http://ecomondiale.over-blog.com/article-6703003.html

     L'idéologie (l'utopie ?) du "ruissellement" : Autrefois les riches, les classes moyennes et les pauvres avaient un taux de croissance des revenus comparable (ces derniers restant néanmoins différents) alors que maintenant, la croissance ne profite quasiment qu'aux riches.

     L'idéologie cataloguant les propriétaires comme "méchants" et les non propriétaires comme "gentils" aboutit à des contraintes, des règlements, des taxes, des lois qui frisent parfois l'absurde et qui découragent les vocations de propriétaires loueurs, ce qui finit par aboutir à un manque de logements à louer donc se retourne contre les locataires. Au lieu d'investir dans des logements à louer, ce qui permettrait de faire baisser les prix des loyers (loi de l'offre et de la demande), les gens ayant de l'argent sont parfois poussés à des placements spéculatifs néfastes pour l'humain et l'économie. La loi va même jusqu'à donner plus de droits d'occupation à des squatters qu'aux propriétaires occupants ou aux locataires honnêtes ! Exemple : le cas de la personne âgée partie à l'hôpital et qui n'a pas pu rentrer chez elle, car son logement était occupé par des squatters (protégés par la loi !!!...)

     Au secours bon sens, reviens !

     Les idéologies ont-elles des avantages ou seulement des inconvénients ?

     Les idéologies ont-elles des avantages ? Oui et non. La politique, la religion, l'engagement social, le syndicalisme par exemple peuvent avoir de bons côtés lorsqu'il s'agit d'améliorer le sort de l'humanité et/ou de la rendre meilleure. Citons entres autres l'engagement de certains militants politiques, associatifs et/ou syndicaux qui se battent sur des mesures concrètes, parfois en étant eux-mêmes victimes de leur engagement, mais on peut d'avantage parler de convictions (certitude fondée sur des preuves évidentes), de militantisme, de générosité, de don de soi, etc.

     De même pour la religion : s'il s'agit de relier les hommes, d'améliorer l'être humain, de faire du bien, cela est bon. A l'inverse, de multiples exemples existent concernant les dérives de la politique, des associations, des syndicats, des religions.

     Notons que "faire du bien" est différent de "faire le bien" qui peut pousser à l'extrémisme ; car qu'est-ce que "faire le bien" ? En général c'est basé sur une idéologie et c'est la porte ouverte au mal : fermeture à la pensée libre, à l'écoute de l'Autre, au bon sens et à l'humanité. Cela peut pousser aux meurtres, aux massacres, au terrorisme, aux sacrifices humains, à l'exclusion de l'Autre - de celui qui n'est "pas bien", à la volonté de conquête, à l'hégémonie, au totalitarisme, à la tyrannie, aux emprisonnements arbitraires etc.

     Lorsqu'un "drogué d'une idéologie" ne raisonne qu'à travers elle, ne voit qu'elle, n'agit qu'à travers elle, il est un handicapé de la pensée, il est fermé à toute discussion qui n'irait pas dans son sens. C'est un extrémiste, donc une personne dangereuse, surtout s'il tue et/ou pousse d'autres à le faire. Certes, on peut avoir des convictions, à condition de rester ouvert, humain, réaliste et armé de bon sens, ce qui ne doit pas empêcher la créativité intelligente ainsi que la recherche du bien commun.

     

    Jean-Marc N.                        20/03/2018

     

    http://ecomondiale.over-blog.com/

    Pour voir le compte-rendu de séance, cliquer ici

    « Populisme et Démocratie sont-ils conciliables ?C.R. du 24 Mars 2018 Dangers de l'idéologie Version Benoit Delcourt »

  • Commentaires

    1
    Pierre M.
    Mardi 27 Mars à 11:48

    "L'homme ne vit pas seulement de pain" (Mathieu). Il vit aussi dans la pensée, par la pensée, en se projetant dans le futur, dans l'imaginaire. Si un jour des androïdes perfectionnés nous sont donnés par la technologie, la dernière spécificité, le dernier rempart de l'être humain, sera sans doute cet imaginaire. Il se déploie à deux niveaux, individuel et collectif. D'un point de vue individuel il correspond aux projets de vie ou de carrière que chaque individu ne peut pas ne pas élaborer : dans les pires moments de son existence, ils peuvent apporter encouragement et espoir. Au niveau collectif qui nous occupe ici, c'est l'imaginaire social qui entre en jeu.

    Je ne ferai donc que renvoyer ici au débat que nous eûmes sur l'utopie en février 2017, puisque selon Paul Ricœur  "idéologie et utopie sont les deux expressions de l'imaginaire social".

     

    http://quentin-philo.eklablog.com/le-progres-est-il-l-accomplissement-des-utopies-a128212918

    (et, pour les références)

    http://quentin-philo.eklablog.com/c-r-du-debat-du-4-fevrier-2017-le-progres-est-il-l-accomplissement-des-a128359878

     

    Ainsi, sans une dose d'idéologie et/ou d'utopie, un être humain est incomplet. Le problème n'est donc pas : idéologie ou pas, mais quelle(s) idéologie(s). Avec la faillite et la disparition des grands courants de pensée du siècle dernier (souvent en –isme) qui, à tort ou à raison, donnaient à chacun un sens à sa vie, que reste-t-il aujourd'hui pour imprégner les esprits vierges de toute référence ? On n'en voit guère que deux : l'idéologie néolibérale de la croissance sans fin d'une société organisée comme une entreprise et les fondamentalismes à racines religieuses, pas seulement islamiques. On laisse aux jeunes le choix entre "gagner de la thune" par tous les moyens, licites ou non, ou se sacrifier – et en sacrifier d'autres – au nom d'un idéal inhumain et fumeux. Je crains pour une jeunesse toujours généreuse en actes, d'être dévoyée par de mauvais bergers.

     

    On ne peut échapper aux idéologies comme aux utopies. Le problème est de proposer des idéologies ou des utopies mobilisatrices qui ne soient pas en opposition avec les règles éthiques qui donnent leurs lettres de noblesse à notre civilisation.

     

    Toutes mes affirmations demandent cependant à être modérées : qu'est-ce qu'en réalité une idéologie ? Les spécialistes en sciences humaines ont tendance à s'écharper sur cette question, puisque, selon certains, il pourrait en exister plusieurs centaines de définitions différentes (Joseph Gabel) ! Tout comme le concept de "culture". Alors soyons tolérants et n'imposons pas nos convictions aux autres. Mon point de vue demande donc à être relativisé.

     

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