• La famille : qu’est-ce-que-c’est ?

     

         La famille : qu’est-ce-que-c’est ? 

    Par Catherine Gantz.  

     

    Définitions : 

     

    -famille : communauté d’individus réunis par des liens de parenté, existant dans toutes les sociétés humaines. En sociologie,  unité de production, de reproduction biologique et de consommation, la famille est ce qui permet aux sociétés d’exister et de se perpétuer. Fait culturel, et non naturel, le groupe humain que constitue la famille prend des formes variables et complexes, plus ou moins élargies. 

     

    -couple : vivre ou avoir vécu en couple n’est pas moins fréquent qu’autrefois. En revanche, les couples se forment de plus en plus tard  et se séparent davantage. (INSEE) 

     

      

     

    En France, un peu d’histoire : pour 95% de la population :

    pour les classes populaires : 

     

    Au XVI ° et XVII°, le but de la vie était de préparer les générations à venir, à faire ce que les générations passées avaient fait. On disposait de règles claires pour façonner les relations au sein de la famille. Trois types de liens existaient simultanément :  1) les liens à la parentèle  2) les liens à la communauté, dont elle était membre (de travail, de prières…)   3) les liens avec les générations passées et à venir (lignage) 

     

    Le changement s’amorce  avec l’abandon des relations avec la parentèle éloignée, l’apparition de la notion de vie privée, d’intimité du foyer,  qui prévaut sur la communauté et l’abandon de l’esprit du lignage (qui définissait l’individu jusque-là). 

     

    Certaines hypothèses tentent d’expliquer cette métamorphose : l’anonymat de la vie urbaine, les révolutions industrielles successives,  le rationalisme et la laïcisation …  car aucun contrôle n’est possible avec l’éloignement et l’abandon du  fonctionnement chronophage des liens anciens permet un recentrage sur l’individu. 

     

    Une autre hypothèse, moins connue, est « l’intrusion du sentiment dans les trois domaines qui a contribué à déloger la famille traditionnelle des positions qu’elle occupait » : Les fiançailles : avant la formation des couples était basée sur des considérations matérielles (dot, augmentation du patrimoine). Avec les fiançailles, le critère de choix du partenaire est d’atteindre le bonheur personnel et l’épanouissement individuel. De même avec la relation mère/enfant : dans la société traditionnelle, le bien-être du nourrisson passait après bien des considérations (vivre, par ex.).Plus tard, la femme veille à ce que le bien-être du nourrisson- centre du monde, l’emporte sur tout autre souci (possible grâce aux progrès de la médecine). Alors intervient l’abandon des nourrices. 

     

    pour les classes supérieures : 

     

    Jusqu’au XVI°, la famille était une réalité morale, sociale plus que sentimentale. Dans toute la société, les enfants (7/9 jusqu’à 18 ans) étaient envoyés comme « apprentis » pour être éduqués. La notion de « service » est essentielle au Moyen-Age. Le jeune apprenait alors un métier, mais aussi les bonnes manières, par transmission, l’école étant alors une exception. L’enfant échappait très tôt à sa propre famille.  Au XV°, une révolution profonde et lente débute : la scolarisation permet aux enfants de rester chez leurs parents ; même s’il était pensionnaire, le lien avec la famille était moins distendu. Au XVII°, un réseau d’institutions scolaires s’est créé. La scolarité des filles ne se répandra pas avant le XVIII° ; longtemps, elles seront élevées par la pratique et l’usage, souvent dans les maisons des autres. 

     

    Jusqu’au XVII°, il n’existait pas de séparation entre la vie professionnelle, la vie privée, la vie mondaine ou sociale. La densité sociale interdisait l’isolement : à cette époque, c’est une promiscuité de tous les instants ; dans la même salle, on mangeait, on couchait, on dansait, travaillait ou recevait les visiteurs ! Au XVIII°, la famille commence à prendre ses distances à l’égard de la société : pièces donnant sur un couloir et plus en enfilade, les serviteurs sont appelés (sonnette), la chambre à coucher n’abrite que les lits, les visites se font à des heures « convenables » et non  plus sans prévenir … 

     

    Au XVIII°, l’égalité entre enfants est une des marques les plus caractéristiques. L’enfant est un élément indispensable de la vie quotidienne. Il deviendra plus tard le pivot de tout le système. 

     

    Dans beaucoup d’ouvrages, il est noté  que continuité e changement ont coexisté et qu’il est difficile de doser leur poids respectif. 

     

    En France, aujourd’hui : il existe actuellement une « bigarrure » des structures familiales, les familles se défont mais se rénovent aussi. Du fait des bouleversements intervenus dans la société, tels que le travail des femmes, la contraception, ,la contestation du pouvoir patriarcal et de l’autorité en général, la désacralisation du mariage, le refus du renoncement de soi pour la famille … le droit a suivi les mœurs : le divorce par consentement mutuel, l’augmentation des aides en faveur des femmes seules pour élever leurs enfants, la législation sur les couples homosexuels. La famille peut être traditionnelle, monoparentale, recomposée. On voit apparaître la « tribu », constituée d’un couple mixte ou homosexuel marié, ou non marié + enfant(s) , demi-frère(s) ou sœur(s), adoptés ou « fabriqués » mais aussi des grands-parents et de beaux grands-parents . Contrairement aux idées reçues, les solidarités intergénérationnelles continuent d’exister.  

     

    Les valeurs en hausse sont l’individualisation, l’autonomie et l’épanouissement. On note également la montée des valeurs centrées sur l’enfant : puérocentrisme. 

     

    L’amour conjugal tend à devenir un investissement à court ou moyen terme, le long terme s’est déplacé sur la relation parents/enfants. 

     

    En 1985, Françoise Héritier avait résumé  les solutions déjà connues en Afrique, en Asie et ailleurs, aux cas de figures apparemment  nouveaux  induits  par la biomédecine moderne : fécondation de l’épouse par un géniteur extérieur, cession d’enfant par une femme extérieure au couple, adoption d’enfants par des couples de  femmes stériles dont l’une est nommée « père ». Elle concluait : « Toutes les formules que nous pensons neuves sont possibles socialement et ont été expérimentées dans des sociétés particulières. Mais pour qu’elles fonctionnent comme des institutions, il faut qu’elles soient soutenues sans ambiguïté par la loi du groupe, inscrites fermement dans la structure sociale… ». 

     

    Des questions restent actuellement posées : comment le couple peut-il éduquer ses enfants dans un monde si mobile ? Peut-il, doit-il faire référence à sa propre enfance ? Comment  dissocier la question de la filiation et celle du couple ? Comment le parent peut-il envisager que sa place soit unique mais plus exclusive, et que son enfant puisse avoir d’autres références parentales (avec le rajout d’une figure inédite) ? Dans la « tribu », qui n’est pas le retour à la famille élargie, quelle est la place respective de chacun ? Les pratiques de substitution  (PMA ou don de gamètes) qui tendent à séparer sexualité et reproduction, sont mal assumées ; L’anonymat des donneurs et le secret lié à ces manipulations génétiques sont –elles  à remettre en cause ?  Peut-on considérer  que  l’intimité existant  avec  des amis très proches et le manque de lien du sang n’étant plus rédhibitoire,  la famille choisie ou la famille de cœur a toute sa place dans la société actuelle ?

     

     

     

                                            Le 26 Mai 2018 

     

    Bibliographie : 

     

    -Naissance de la famille moderne. E. Shorter. Ed. du Seuil 

     

    -L’enfant et  la vie familiale sous l’ancien Régime. P. Ariès. Ed. du Seuil (chap.III) 

     

    -Familles- Permanence et métamorphoses. Collectif. Ed. Sciences Humaines 

     

    -Revue MGEN .Avril 2018 

     

     

     

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