• L'écoute, une vertu?

     

    ' L'écoute, une vertu ?''

     

                        André Hans, 6 Oct. 2018

     

     

     

    Ecouter, c’est faire l’hospitalité au sentiment d’autrui !

     

    Comment prêter l’oreille, sans générosité ni estime ?

     

    L’écoute entend au-delà des mots, l’humeur dans le ton, l’émotion dans le timbre, la pudeur dans les silences.

     

    L’accent chante un terroir, mais chaque voie  possède sa propre musicalité, une prosodie unique.

     

     - Examinons plus avant, si vous le voulez bien, ce qui nous semble le préalable à toute écoute.

     

     1.   La sympathie

     

    Sans estime, sans amitié, sans intérêt ni curiosité pour autrui, point de place pour sa parole ! Le mépris, la haine ferme à tout échange. La défiance s’empare de mots comme autant de preuves à charge confirmant le soupçon. Ecouter, c’est accepter de recevoir une parole, de la même manière que  l’on reçoit un hôte.  Ce geste d’accueil exige toute notre sympathie pour celui à qui nous accordons notre attention et pour lequel nous sommes entièrement disponibles.

     

     « Ecouter c’est se rendre disponible physiquement, intellectuellement et affectivement pour percevoir par tous les sens les informations dites et non dites par l’interlocuteur dans un esprit de bienveillance» disait  Puybasset

     

     

     

    2.   L'empathie 

     

     C'est la faculté de se mettre intuitivement à la place de son prochain, de ressentir la même chose que lui, de s’identifier à lui. C’est accepter de quitter un instant notre propre regard pour adopter temporairement le regard de celui que l’on écoute. Comment s’emparer autrement de sentiments et de point de vue qui ne sont pas les nôtres ? L’empathie demande un effort d’oubli de soi et un travail de connaissance de l'autre. Elle exige de taire ne serait-ce qu’un instant son égocentrisme. Bien présomptueux celui qui  prétendrait vraiment y parvenir. Mais l’écoute est à ce prix. 

     

    « Supposer chez les autres des sentiments identiques à ceux qui nous mènent, c’est se condamner à ne jamais les comprendre » disait Gustave LE BON 

     

     

     

    3.   L’humilité 

     

    Accepter le risque de mettre en péril sa propre opinion en écoutant une argumentation, une exposition de faits susceptibles de ruiner la notre, requière un minimum d’humilité et de confiance en soit. L’autisme, la fermeture aux points de vue contraires, est un rempart pour dissimuler ses propres faiblesses. Ce manque de confiance en soit s’accompagne souvent d’un souverain mépris des autres. Mais l’humilité à sa récompense,  en repoussant notre horizon.

     

    « Qui parle sème, qui écoute récolte » dit un proverbe persan

     

     

     

    4.   La confiance

     

    Ecouter, c’est accorder crédit à la parole d’autrui. Les fabulateurs, les menteurs et les mythomanes qui ont dilapidé cette confiance ne sont plus écoutés. La parole fait autorité quand la confiance se fonde sur la réputation, la notoriété, la compétence, le savoir, l’expertise ou l’expérience.

     

    Mais le soupçon peut naitre de l’incapacité d’imaginer que des opinions différentes de la sienne puissent être parfaitement fondées, honnêtes et sincères. Le refus d’admettre que nos vérités, que nos évidences ne s’imposent pas nécessairement à toutes personnes sensées et de bonne foi, ruine la confiance en la parole d’autrui.

     

     

     

    5.   La tolérance

     

    Feindre de ne pas entendre l’opinion qui pourrait troubler la quiétude, permet de sauver les apparences d’harmonie et de concorde. Cet effacement, cette élision, aussi bien intentionné soit-il, est une forme de déni d’autrui, une forme policée d’intolérance. Parfois, rencontre-t-on des interlocuteurs bienveillants, mais incapables de la moindre écoute qui ont la fâcheuse habitude d’assimiler l’opinion adverse, à une autre manière de dire leur vérité. « Tu dis la même chose que moi, mais de manière différente, au fond on est d’accord »

     

    « Cette clémence dont on fait une vertu se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte et presque toujours par tous les trois ensemble. » disait  De La Rochefoucauld 

     

     

    6.   L’ouverture à l’altérité

     

    Ecouter, c’est d’abord accepter que le point de vue qui s’exprime, puisse faire référence à des valeurs, à des vécus et à des intérêts différents des nôtres. Le voyage, lorsqu’il ne se limite pas au simple voyeurisme touristique, permet de découvrir la diversité, la richesse des peuples. Quel émerveillement pour ceux qui sont curieux des autres. L’ethnologie est un outil qui permet de mesurer la distance parfois considérable qui nous sépare de la parole d’autrui. Des notions si évidentes pour nous, si universelles à priori, ne sont en fait que très relatives à nos modes de pensé occidental. Par exemple, certains peuples amérindiens ont une conception du temps et de l’espace radicalement opposée à notre sens commun. Ne prenons qu’un exemple : pour les Aymara de Bolivie, le passé est devant eux, et le futur derrière eux, à l’inverse de notre propre sens de la marche du temps. Et leur logique se défend. Comme le passé est connu, il se voit, il est devant eux. Mais par contre le futur qui est inconnu ne se voit pas. Il est dans leur dos.

     

    Mais revenons à un vécu plus proche de notre quotidien. Combien de parents déjà, se plaignent d’être à des années lumière de l’univers de leurs propres enfants? L’écoute inter-générationnelle est déjà si complexe qu’il ne faut pas s’étonner que l’écoute entre peuples exige, volonté, travail et patience. L’écoute est une vertu qui se cultive.  

     

    « Parler est un besoin, écouter est un art » disait Goethe 

     

     

     

    7.   L’effort d’intelligence

     

     

     

    Ecouter exige un effort d’intelligence et d’imagination pour s’emparer du sens, mais mobilise aussi notre sensibilité pour partager des émotions. Parfois la distance entre soi et l’autre est considérable, et le chemin à parcourir pour aller à sa rencontre est long et difficile. Mais souvent un instant de bonheur est au rendez-vous ! 

     

    « Le commencement de bien vivre, c'est de bien écouter. » disait Plutarque   

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    « C.R. du 8 Sep.2018 La liberté est elle une illusion?La gouvernance d’une Nation par l’autorité démocratique est-elle possible ? »

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