• Est-il utile de se divertir ?

    Se divertir : s’amuser, s’égayer

    Diversion : action par laquelle on détourne l’esprit de ce qui l’ennuie, le préoccupe.

    Le divertissement de Pascal

    Pensées. 123 et suivantes, extraits

    Si l’homme était heureux, il le serait d’autant plus qu’il serait moins diverti…

    -    Oui, mais n’est-ce pas heureux que de pouvoir être réjoui par le divertissement ?….

     Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser…..

    S’ils y pensaient bien, [ils diraient] qu’ils ne recherchent en cela qu’une occupation violente et impétueuse qui les détourne de penser à soi….

     Ils ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l’occupation au dehors, qui vient du ressentiment de leurs misères continuelles. Et ils ont un autre instinct secret … qui leur fait connaître que le bonheur n’est en effet que dans le repos et non pas dans le tumulte…

     

    Pensée 393. Misère.

     

    La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement. Et cependant c’est la plus grande de nos misères. Car c’est cela qui nous empêche principalement de songer à nous, et qui nous fait perdre insensiblement…  Le divertissement nous amuse et nous fait arriver insensiblement à la mort.

     Pensée 527

     

    L’homme est visiblement fait pour penser. C’est toute sa dignité et son mérite ; et son devoir est de penser comme il faut. Or l’ordre de la pensée est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin.  Or à quoi pense le monde ?Jamais à cela, mais à danser, à jouer du luth, à chanter, à faire des vers…. sans penser à ce que c’est qu’être homme.

    Le divertissement pour Pascal, c’est donc tout ce qui  distrait, détourne l’Homme de sa réflexion sur la vie et sur lui-même, tout ce qui occupe son temps à autre chose qu’à réfléchir sur sa condition : les plaisirs, les spectacles, les voyages, mais aussi le travail. Pascal considère ce recours de l’Homme au Divertissement comme une catastrophe, car celui-ci refuse de prendre conscience du tragique de l’existence, il en oublie la gravité, il manque de profondeur. Il perd sa vie. Ce faisant, il crée un monde qui l’angoisse encore plus.

     

    Sa solution : penser, prendre conscience de la réalité, de sa complexité, de sa profondeur, expérimenter la gravité.

    Ce que j’en pense

    L’être humain recherche le divertissement depuis son âge le plus tendre. Ce divertissement lui est utile, c’est un moyen ludique d’apprendre, de connaître le monde dans lequel il vit, de pénétrer les visions esthétiques des artistes, d’entrer en relation avec les autres, et ainsi d’élargir sa façon d’appréhender le monde et la vie. Le jeu est pour l’enfant LE moyen de son apprentissage de la vie. Vouloir un Homme sans divertissement, c’est contraire à sa nature. Le rire est le propre de l’Homme : il lui est une nécessité. Dans le travail, il peut aussi découvrir certaines dimensions de la vie : faire marcher quelque chose, innover, comprendre comment fonctionnent le monde, la nature …. C’est  aussi dans sa relation aux autres qu’il apprend qui il est lui-même, et qu’il parvient à « élargir sa pensée » (L.Ferry). Donc le divertissement est utile à construire chacun. Il est ouverture.

    Mais dans la réalité, le divertissement peut être aussi une fuite de soi-même, une manière de passer le temps et de s’empêcher de réfléchir. Il l’est souvent. C’est ce qui se passe quand on accepte la futilité, ou quand on encombre trop sa vie. Il est alors éparpillement.

    Un temps de vie nous est donné, comment gérer au mieux ce capital, le seul vrai capital ? Comment ne pas perdre de vue l’essentiel ? Comment répondre à notre aspiration au bonheur ? Le Divertissement n’est certainement pas une réponse à cette aspiration, une solution à notre quête de bonheur.

    Les psychologues modernes, (certains philosophes aussi), expliquent que la voie du bonheur requiert un très important travail sur soi-même, qui mène chacun à un face à face silencieux avec sa propre ambivalence (son Ombre, vaste domaine inconscient dans lequel le bon et le mauvais sont étroitement mêlés), aux nœuds qu’il faut dénouer en soi, dans une sorte de mort à soi-même : ce passage incontournable permet d’accéder à sa « singularité », de libérer ses propres élans vitaux, et débouche sur une renaissance pleine de nouveaux possibles, à tout âge. On y regarde en face sa condition de mortel, on apprend à vivre intensément l’instant présent (cet « instant éternel » qui est le seul, le vrai temps de tout être vivant), comme le recommandent les philosophes. On retrouve là, à la sauce moderne (au sens philosophique de Modernité), cette complexité et cette gravité chères à Pascal, cette nécessité d’y consacrer ses forces vives, à cette différence qu’il n’en voyait que l’aspect tragique.

    Appel à la conversion intérieure, à dénouer ses liens de servitude, non pour s’y morfondre, mais pour trouver la vraie Vie. N’a-t-on pas déjà entendu quelque part un tel langage ?? Ah oui, au fait, un certain Jésus, il y a 2000 ans…

    « La justice est-elle de ce monde ?Quel est notre rapport au temps ? »

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