• Le Bon Sens Paysan n'est-il que du sens commun ou est-ce la science de la réalité ?

    De nombreuses personnes cherchent à convaincre leur auditoire en employant des raisonnements paraissant logiques (car se basant sur un langage de logique apparente appuyé sur du sens commun et même sur des inexactitudes). Certains cherchent à éblouir en utilisant des acronymes. Face à tout cela, nous pouvons rétorquer par le "BSP" (Bon Sens Paysan).

    Dans ce qui suit, je ne ferai pas de distinction entre le bon sens et le bon sens paysan.

    Tout d'abord quelques définitions pour se mettre d'accord sur ce dont nous parlons :

    • Bon sens : Capacité de distinguer le vrai du faux, d'agir raisonnablement. (Larousse)
    • Bon sens : Capacité de bien juger, sans passion. (Le Robert)
    • Sens commun : Ensemble des opinions dominantes dans une société donnée. (Larousse)
    • Sens commun : Manière de juger commune et raisonnable. (Le Robert)
    • Science : Ensemble cohérant de connaissances relatives à certaines catégories de faits, d'objets ou de phénomènes. (Larousse)
    • Science : Ensemble de connaissances d'une valeur universelle, portant sur les faits et relations vérifiables, selon des méthodes déterminées (observation, expérience ; hypothèses et déduction). (Le Robert)

     Certains, comme Voltaire dans son dictionnaire philosophique, tendent à confondre "sens commun" et "bon sens", ce dernier étant défini comme "raison grossière, raison commencée, première notion des choses ordinaires, état mitoyen entre la stupidité et l’esprit".

    Comme Descartes, je distingue les deux concepts et je me range aux définitions données par les dictionnaires.

    Pour illustrer mon propos, imaginons M. Sens Commun (SC) et M. Bon Sens (BS) qui discutent en 1800

    SC : - Pourquoi insistes-tu ? Je te dis qu'un plus lourd que l'air ne peux pas voler ! Regarde une pierre, elle tombe, car elle est plus lourde que l'air !

    BS : - Pourtant les oiseaux sont plus lourds que l'air et peuvent voler !

    SC : - Mais ce n'est pas la même chose ! En tout cas les hommes ne savent pas faire voler un plus lourd que l'air, ils ne savent que planer et encore en se brisant les os à l'arrivée !

    etc.

    Heureusement, BS observe, réfléchit, essaie et un jour réussit à faire voler un plus lourd que l'air.

    En effet, avant le premier "bond" de Clément Ader en 1890 et le premier vol des frères Wright en 1903, le sens commun était persuadé que l'homme ne pourrait jamais voler, tout juste planer.

    Autre exemple, Nicolas Copernic et Galilée (en italien : Galileo Galilei), par leur bon sens, s'étaient aperçu que la terre tournait autour du soleil et non l'inverse comme le sens commun le croyait et la pensée dominante de l'époque l'imposait.

    Le sens commun pourrait être quelque part plus ou moins assimilé à la "pensée dominante", espèce de pensée que les "élites" dirigeantes veulent imposer aux peuples. Je distingue les deux choses. En effet, le sens commun a parfois de la pertinence issue du bon sens, parfois il est conditionné par la pensée dominante, parfois il ne croit pas réellement la pensée dominante, mais n'est pas encore prêt à accepter l'innovation issue du bon sens.

    De nos jours la pensée dominante n'ose plus imposer des croyances dans le domaine des sciences physiques, mais est très active dans les domaines politiques et économiques. Par exemple, elle cherche à nous convaincre qu'il ne peut exister qu'un seul type de mondialisation : celle où le monde marche sur la tête en mettant la finance au-dessus de l'économie et l'économie au-dessus de l'Etre Humain, alors que le bon sens sait qu'il existe de nombreuses autres solutions qui remettraient les choses à l'endroit.

    Certaines personnes considèrent que l'économie n'est pas une science, seules pourraient l'être les sciences "exactes" telles que les mathématiques. Certaines personnes pensent même que les mathématiques sont la science ultime et universelle et sont quasiment en religion par rapport à cela (bon sens prends garde, le grand inquisiteur te surveille !)

    Pourtant, il est possible de faire des jeux où l'on peut démontrer mathématiquement des choses absurdes. Les mathématiques sont un formidable et très puissant outil, mais ce n'est qu'un outil ! Sans un peu de bon sens, avec un raisonnement purement mathématique, on pourrait décider n'importe quoi (en économie, mais pas seulement).

    La physique pourrait être considérée comme la science "exacte"*, la science ultime, car elle ne se trompe probablement jamais. Seule la connaissance limitée que l'homme a dans ce domaine infiniment vaste fait qu'il peut parfois y avoir des erreurs. Là aussi, le bon sens, humble et patient, permet de faire avancer les connaissances humaines. Je trouve par exemple antiscientifique d'affirmer actuellement que les expériences de mort imminente (EMI, NDE…) n'existent pas. Le bon sens indique que la position véritablement scientifique est de pouvoir dire "qu'en l'état actuel des connaissances humaines, nous ne savons pas expliquer cela".

    *(je préfère le terme science "dure", comme la physique et les mathématiques, comparées aux sciences "molles" comme l'économie, la sociologie, la psychologie)

    Quant à l'économie, c'est une science relativement nouvelle et nous n'avons pas encore assez de connaissances dans ce domaine pour pouvoir la considérer comme une science dure. C'est un peu comme la médecine au moyen âge. De grosses bêtises ont été faites au nom de la médecine (par exemple saigner les malades), ce n'est pas pour autant qu'il faut rejeter la médecine. Nous connaissons quelques lois économiques (telles que la loi de l'offre et la demande), mais nous sommes loin de tout connaitre de cette science très vaste. Là aussi, il faudrait employer beaucoup de bon sens pour pouvoir décider judicieusement.

    En fait, le bon sens peut (et devrait…) être appliqué à de nombreux domaines, tant privés que professionnels, tant théoriques que pratiques, tant au niveau des dirigeants que des "dirigés". Peu de domaines échappent à l'application possible du bon sens ; peut-être l'amour ? la spiritualité, probablement (le débat reste ouvert).

    En conclusion je suis persuadé que le bon sens :

    1) - est distinct du sens commun ;

    2) - est la science de la réalité ;

    3) - qu'il peut s'appliquer à de multiples disciplines (mathématiques, physique, économie…) ;

    4) - que l'on devrait systématiquement l'utiliser aussi bien dans notre vie courante que professionnelle ;

    5) - que nos "élites" devraient l'appliquer beaucoup plus souvent…

     

                                                                                                                                                                                   Jean-Marc

                                                                                                                                                 http://ecomondiale.over-blog.com/

     

     

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  • Commentaires

    1
    soulat daniel
    Jeudi 6 Février 2014 à 10:35

    quelques remarques par rapport au 'texte' de Jean Marc:

    1/cf Voltaire 'bon sens défini comme raison grossière', je dirai 'EVIDENCE'', mais cette évidence n'est valable qu'à l'instant t, elle ne tient pas compte du moyen et long terme.

    2/cf Descartes 'distinction entre sens commun SC et bon sens BS', c'est ce que l'on désigne par le terme PARADOXE, ce dernier est défini par une opinion contraire aux vues communément admises, idées ou propositions à première vue surprenantes ou choquantes, c'est à dire allant contre le sens commun.

    3/l'exemple de Nicolas Copernic et de Galilée, appelé paradoxe galiléen de l'héliocentrisme (la terre tourne autour du soleil) a mis longtemps à être accepté.

    4/'sens commun assimilé à la pensée dominante', le sens commun poussé à l'extrême, c'est la PENSEE UNIQUE, où tout le monde pense la même chose, et donc plus personne ne pense.

    5/'cherche à nous convaincre qu'il ne peut exister qu'un seul type de mondialisation', Edouard Glissant évoque la Mondialité, rapprochement des peuples par la culture, tout en conservant leur diversité.

    6/'lois économiques, sciences économiques', la difficulté dans le domaine économique est de l'appréhender, car il est fluctuant, il dépend du comportement des individus (agents), qui varient donc instables et non homogènes.

    7/au final le BS met en évidence 'pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué', le SC quant à lui aboutit à ceci 'mieux vaut avoir tort avec tout le monde, que d'avoir raison tout seul. Mais le BS pour l'un est il partagé par la collectivité ?

    un exemple d'actualité du BS est que le pacte de compétitivité s'appuie sur le fait que réduire les charges des employeurs, doit être compensé par de l'embauche, or pour celui qui connait le terrain, le BS c'est qu'il faut avoir des clients et un carnet de commandes qui conduisent à embaucher du personnel afin qu'il y ait adéquation charge / potentiel, néanmoins le bon sens doit être complété par le fait qu'il faut avoir du recul pour avoir une vision plus large (anticipation, gestion des risques opportunités et potentiels).

    2
    Vendredi 7 Février 2014 à 21:56

    Bonsoir,

    Personnellement, plutôt que de passer beaucoup de temps à ergoter sur les termes utilisés par Jean-Marc, comme le qualificatif de "paysan" appliqué au bon sens, ou la définition de ce que pourrait être le concept flou de "science de la réalité" (comme si la science pouvait étudier autre chose que le réel), je crois qu'il faudrait débattre sur une simple reformulation du sujet.

    On pourrait par exemple réfléchir sur :

    " Le bon sens se réduit-il au sens commun ? " ou encore

    " Le bon sens est-il suffisant pour appréhender la réalité ? "   ou encore , plus ciblé :

    " La science peut-elle se passer du bon sens ? "

    3
    Samedi 8 Février 2014 à 21:25

    Comme cela est dit dans une définition qui n'a pas été citée, le bon sens, c'est « la raison sans raisons », c'est à dire que c'est un peu comme l'intuition : chacun en a un peu, beaucoup ou pas du tout. Ce n'est pas une question de réflexion ou de décision qui, partant d'un bon sens qui existerait forcément en chacun de nous, conduirait à utiliser ou non cette faculté.

    Car le bon sens est une faculté humaine limitée, qui ne s'exerce sans erreurs que s'il y a peu de facteurs qui interagissent, et qui exige donc une certaine simplicité dans la chose à examiner pour bien fonctionner. Lorsqu'on à affaire à un processus complexe, le soi-disant bon sens ne fait qu'isoler un ou deux facteurs pour dire que la solution est évidente. De plus cela ne marche bien que si on reste dans le domaine de l'humain, du social, de l'interaction entre l'humain et son environnement. Lorsqu'il s'agit d'accéder à une connaissance rationnelle, le bon sens est tout à fait incapable de dire quoi que ce soit, car la simplicité n'est pas dans la nature des choses. Le réel est complexe, et très souvent son fonctionnement et son interprétation sont tout à fait contraires au bon sens.

    Quelques exemples pour illustrer ces généralités :

    • on constate que les corps pesants, une bille de plomb par exemple, tombent quand on les lâche. Or un oiseau est pesant, et pourtant il ne tombe pas. Il semble y avoir là un paradoxe. Le bon sens ne nous dit pas grand chose pour essayer de résoudre ce paradoxe, sinon qu'il doit y avoir quelque chose d'autre que la pesanteur et qu'on doit réfléchir plus loin. En effet, l'observation fine nous dit que l'oiseau bouge ses ailes. Par ailleurs, on sait que le vent nous pousse quand on marche. Avec tous ces éléments, la démarche scientifique (observation, hypothèses, interprétation, lois) conduit à énoncer les lois de l'aérodynamique qui expliquent de manière générale pourquoi les oiseaux volent, les feuilles et les avions aussi, mais pas les billes de plomb. Il n'y a pas de paradoxe, et le bon sens n'a servi à rien, sinon à développer notre questionnement.

    • la mécanique quantique, la relativité restreinte, la relativité générale, qui sont les grandes théories de la physique, ont été établies et vérifiées en appliquant de manière rigoureuse la démarche scientifique. Toutes les trois se fondent pourtant, ou bien aboutissent, à des énoncés tout à fait contraires au bon sens : un chat peut être mort ET vivant à la fois, le temps est plus court ou plus long selon notre vitesse de déplacement, la vitesse de la lumière est toujours la même, il n'y a plus de forces mais des déformations de l'espace, un photon peut passer par deux trous à la fois, etc

    • en économie, le commun des mortels ne voit qu'un paramètre, celui qui correspond à son intérêt personnel, et il lui applique « son » bon sens : pour un chômeur, interdire les licenciements, c'est évident. Oui, mais si l'entreprise perd alors beaucoup de clients, comment faire ? Et ceux qui ont du travail dans une entreprise qui fait des bénéfices, réclament des augmentations, c'est l'évidence même, il faut partager. Etc. Sauf que tous ces facteurs énoncés ci-dessus individuellement, en fait interagissent entre eux dans la réalité, et rendent tous ces « bons sens » personnels contradictoires et par conséquents inopérants.

    • pour les expériences de mort imminente, tout comme pour les milliers de témoignages sur les « soucoupes volantes », la démarche scientifique s'exerce : des équipes de chercheurs travaillent sur ces phénomènes, des interprétations rationnelles ont été avancées et sont critiquées et testées, mais personne ne dit que cela n'existe pas. Faire preuve de bon sens à ce niveau, n'est ce pas plutôt repousser d'abord les idées préconçues interprétant des phénomènes réels sans exercer son esprit critique, et éviter de faire appel à des croyances telles que l'existence d'un au-delà ou la présence d'extraterrestres ?

    • le bon sens est relatif et doit être mis en perspective dans le temps. Margaret Thatcher a détruit l'industrie britannique il y a 30 ans, c'était inique pour la plupart des commentateurs pleins de bon sens de cette époque. Aujourd'hui pourtant, cette industrie est dynamique, et les services financiers ont remplacé beaucoup d'usines : les mêmes commentateurs, jugeant sur un large espace de temps, sont amenés à dire a posteriori que ce fut certes dur mais finalement plein de bon sens...

    En fait, le bon sens ne fonctionne bien que pour le comportement personnel au quotidien.

     

    4
    Hidalgo
    Dimanche 9 Février 2014 à 23:19

    Faut-il faire l'éloge de services financiers sans faire appel au bon sens?
    Ce serait ne rien apprendre de notre propre histoire que de refuser le bon sens en acceptant de ne rien voir, ne rien comprendre.
    Non, il ne s'agit pas d'un problème de physique complexe comme j'ai pu le lire dans la précédente réponse, la preuve est historique:

    Rappelons simplement que Samuel Sachs aux origines de la Goldman Sachs fut l'un des acteurs majeur du crack de 1929 par
    "détournement" massif de l'argent des petits épargnants (pour faire court et intelligible pour les néophytes) en ayant recours à
    des techniques les plus complexes possibles pour que le vol passe inaperçu (sur ce point je rejoins Jean-Jacques)!

    (cf. la très belle réalisation d'Arte sur le sujet: 

    "Noire finance").

    "Avec la crise de 1929, l'économie s'est éffondrée. Comme d’autres, Goldman Sachs,
    disposant de réserves accumulées, a survécu, sortant plus riche de la
    crise grâce à l’argent subtilisé aux actionnaires.
    On peut dire qu’avant le crack de 1929, les années 20 ont vu naître la
    première bulle financière, créée par Goldman Sachs et ses comparses.
    Pendant plus de soixante ans, néanmoins, cette banque résista aux démons,
    se taillant même la réputation, semble-t-il justifiée, d’un
    établissement respectueux de la déontologie bancaire." 

    Goldman Sachs s'est ainsi faite une nouvelle virginité jusqu'à l'épisode plus récent des subprimes.

    "Goldman Sachs lança alors des produits appelés CDO, en fait des
    obligations (1), gagées sur les prêts immobiliers, dont beaucoup
    étaient véreux. Puis, comme d’autres banques, elle revendit ces CDO
    aux investisseurs, principalement les compagnies d’assurances, des
    fonds de pensions et d’autres banques. Le système des subprimes était
    né dont l’explosion, en 2008, devait provoquer une crise mondiale."


    Mais revenons à 1929, déjà à l'époque, la finance mondialisée a mis sur la paille d'abord les Etats-Unis
    puis consécutivement l'Allemagne (avec le retrait brutal des actifs US vaporisés au profit notamment de la Goldman) .
    Par jeu de dominos, il arriva ce qui devait arriver, de 1939 à 45 le national-socialisme s'est chargé du reste.

    Alors, pitié Messieurs, faisons appel à notre bon sens en affaire comme ailleurs, c'est primordial pour ce qui va suivre...
    (Du bon sens, excepté en physique, je rejoins Jean-Jacques sur ce point! Mais s'agit-il de physique ici?) 

    (1) Une obligation est un titre de créance qui peut faire l’objet
    d’une cotation en bourse.

    5
    Dimanche 9 Février 2014 à 23:41

    Hidalgo, dans son intervention, ne parle pas beaucoup de bon sens mais surtout de technique financière. Ceux qui veulent "faire du fric" ont le bon sens de faire compliqué pour que ça ne se voie pas trop. Si on veut simplement que le monde marche bien pour le plus grand nombre de gens, c'est d'une autre sorte de bon sens qu'il s'agit.

    Mais je ne suis même pas sûr qu'il s'agisse vraiment de faire appel au bon sens dans les deux cas.

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