• Une spiritualité commune est-elle nécessaire pour l'amitié ?

    Spiritualité, amitié… deux mots dont les définitions sont variables suivant les individus.  Je vais donner mes propres définitions, après celles du dictionnaire, puis tâcherai de répondre à la question posée.

     

                Spiritualité.

    Dans le dictionnaire Larousse au mot spirituel :

    1. Qui est de l’esprit, de l’âme. 2.Relatif à la religion, à l’ Eglise.

    Pour ma part je préfèrerais me référer au sens du mot esprit que l’on trouve par exemple dans « esprit de sel »,  relatif au sel pur, à la quintessence du sel, ou encore dans « l’esprit des lois »(Montesquieu) et qui est la sixième définition du dictionnaire Larousse au mot esprit: Caractère essentiel, idée directrice, sens. Le mot spiritualité, selon moi (mais ce texte n’est là que pour ouvrir le débat), réfère à la relation que nous pouvons avoir avec ce qui  l’essentiel, avec notre essence même.

    Et cette relation commence par le respect de notre prochain, pour la bonne raison qu’il est dans la même situation que nous, qu’il est de la même essence. Les grandes religions monothéistes sont bien d’accord sur ce point, de même que le bouddhisme, et que la spiritualité républicaine (voir par exemple les mots « citoyen », « liberté », »égalité », « fraternité » ) ; les religions ont cependant  ceci de spécial qu’elles tentent  de donner un sens à cette fraternité, en niant le caractère éphémère de nos vies (vie éternelle). Le bouddhisme de son côté parle d’éveil, ce qui indique un surpassement du matériel.

    La spiritualité a bien plus de valeur si elle débouche sur des actions ou au moins sur une façon d’être. Elle est « dynamique », elle porte à l’effort.

    Question : qui n’a pas de vie spirituelle ? Il faut faire attention à ce qu’on affirme à ce sujet : en d’autres temps on se demandait si certaines personnes avaient une âme !

     On pourrait penser que la spiritualité ne vient que quand les besoins primaires sont satisfaits ; c’est ce qui est décrit dans la pyramide de Maslow, encore que ce dernier ne parle que d’ « accomplissement de soi ». Un Homme ayant de grandes difficultés à survivre ne pourrait avoir de spiritualité, mais cela est contredit par exemple par la fraternité et la solidarité développée par les Africains, souvent très pauvres ! Mais prenons les Hommes qui ont dépassé ce stade de survie. Une classe de personnes qui prétendraient ne pas avoir de spiritualité serait celle des matérialistes ; cependant, il faut faire des distinctions parmi eux :

     il y a  ceux qui estiment que l’Homme n’est qu’un avatar de la Matière, ou de l’Absurde. Ils peuvent cependant avoir une spiritualité. C’était le cas par exemple de Sartre, qui prétendait pourt,ant ne pas avoir « la prétention d’avoir une vie spirituelle » (dans « La Nausée ») ; en fait il était très actif pour ce qui est d’améliorer la condition des prolétaires, ce qui est bel et bien, à mon sens, une forme de spiritualité.

    et ceux qui vivent un matérialisme pratique, où rien ne compte que la consommation, le travail (« métro, boulot, dodo » comme on disait en 68) ou le jeu (le foot par exemple), le plaisir ayant atteint le niveau addictif; nous en sommes d’ailleurs tous plus ou moins atteints.

     

                L’amitié.

     

    L’amitié est également un mot dont le sens peut porter à confusion, car il souffre du voisinage du mot amour.

    Commençons par le dictionnaire au mot amitié :

     Sentiment d’affection, de sympathie qu’une personne éprouve pour une autre ; relation qui en résulte. (On ne peut guère être plus vague !)

     

    Là aussi je donne ma définition personnelle : c’est la relation de deux êtres qui vivent ou ont vécu ensemble des choses avec un ressenti commun, sans qu’il y ait de projet commun (ce qui serait réservé à l’amour). Par exemple,  on parle d’amis d’enfance (quand les enfants ont vécu des choses communes), de camarades  de promotion, de « copains de régiment »(c’est un peu ancien), et l’appartenance à ce débat est déjà un début, ou une continuation, de notre amitié. Reprenant le cas des amis de classe, il y a rarement amitié entre le premier de classe et le cancre du fond: ils ont bien partagé les mêmes situations, mais ne les ont pas ressenties de la même manière.

    L’amitié  donc se réfère selon moi à un ressenti commun du passé, du présent et même de l’avenir. La spiritualité se réfère à une façon de concevoir l’essence de notre vie, et d’en déduire un projet. On voit bien qu’il y a une relation entre ces deux mots, mais que la spiritualité est plus dynamique, plus portée vers le futur, l’amitié étant plus un état.

    Question : des goûts communs, pour le vin de Bordeaux ou la musique d’orgue par exemple, sont ils nécessaires à l’amitié ? Certes cela la favorise, sans plus. 

     

    Essayons maintenant de répondre à la question du titre.

     Des sensations communes vécues dans le passé fondent une amitié, sans aucun doute ; et les personnes en cause peuvent avoir dérivé vers des spiritualités différentes, l’amitié reste là, ineffaçable. C’est souvent le cas dans les familles, où l’on peut ne plus avoir grand chose à se dire, il n’empêche, le vécu ancien reste là, avec des actions communes actuelles  ou non.

    Mais pour ce qui est des  sensations communes de ce qui se passe et de ce qui est à faire, de la projection vers le futur qui nourrit une amitié et la fait progresser, on ne voit pas comment  deux spiritualités différentes peuvent y déboucher. Tout au plus peut il y avoir dans ce cas convivialité, bon voisinage, tolérance, bienveillance, etc…

    De façon plus précise, un athée peut il se faire l’ami d’un homme ayant une religion ?   Ce n’est certes pas interdit (rien d’ailleurs n’est interdit !), mais il faut que les deux fassent l’effort de trouver une rationalité dans l’ attitude de l’autre.

    Un chrétien peut il se faire l’ami d’un musulman ? Certainement, dans la mesure où tous les deux acceptent de renoncer aux aspects irréconciliables de leur foi respective, sur lesquels je ne m’étends pas aujourd’hui ; mais ce n’est pas facile. En noircissant le trait, disons qu’un intégriste ne peut sûrement pas se faire l’ami d’un musulman, et de même pour un islamiste et un chrétien!

    Un fasciste peut il se faire l’ami d’un républicain ? A l’évidence non.

    Un « socialiste » peut il se faire l’ami d’un « libéral » ?  On est bien tenté de répondre non. La spiritualité « de droite », si on la débarrasse du « bling-bling » qui n’a rien de spirituel, fait confiance à quelques individus plus doués et mieux éduqués que les autres, dont l’action profite à tous . La spiritualité « de gauche » serait surtout portée en priorité vers l’ intérêt général, vers la solidarité, avec une certaine méfiance envers ces individus plus doués, suspects de tirer trop la couverture à eux. On voit bien que cette « droite », comme cette « gauche » véhiculent des définitions différentes de notre condition humaine, et donc qu’elles  incluent des spiritualités différentes, au sens que j’ai donné au début.

     Certes cela n’empêche pas une certaine indulgence qui est nécessaire à la démocratie, de même que la diplomatie, mais les actions communes sont pour le moins limitées.

     

    Pour résumer, la vie spirituelle couvre un champ beaucoup plus vaste que la religion, et tout le monde a plus ou moins une vie spirituelle. C’est souvent en fonction d’elle que se fait le choix d’amis en vue d’actions communes et inversement c’est souvent elle qui vous éloigne de certaines personnes.

    « Le culte de l'Internet est-il une menace pour le lien social ?Peut-on rendre fou quelqu'un d'équilibré ? »

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