• Sommes nous, nous Français, un peuple civilisé?

    Sommes nous, nous Français, un peuple civilisé?

    Chaque individu est ambassadeur de son pays et a pour mission d’en défendre les valeurs. La politesse, le civisme, dont les codes se forgent sur des principes de savoir-vivre établis pour tous, sont l’enseigne d’un pays éduqué. Le respect et l’application de ces codes par chacun font partie des garants de la cohésion sociale et de l’image qu’offre ce pays au monde qui l’observe.

    MAIS QU’EST-CE QU’UN PEUPLE CIVILISE ?

    C’est le fait pour un peuple de quitter une condition primitive, un état de nature, pour progresser dans le domaine des mœurs,  de la connaissance et des idées.

    Dès la petite école, nous apprenons que le climat et la situation géographique de la France en font un pays privilégié ;  Il semble que tout ait été conçu pour que ceux qui ont choisi d’y vivre y trouvent le bien-être. Vu de haut, ses champs bien labourés, ses villes ordonnées, ses ponts et chaussées,  les monuments, cathédrales,  châteaux et  musées attestent d’un passé prospère qui a permis un présent moderne ;  nous possédons, dans le domaine des arts, de la science et de la pensée, un patrimoine prestigieux dont nous nous enorgueillissons souvent.  Mais  atterrissons et écoutons  ce qui  fait battre le cœur du pays : sa population tellement vivante, diversifiée, dont la voix propage des échos... harmonieux ou discordants.

     DE LA BARBARIE AUX BONNES MANIERES

    La civilisation a son pendant négatif : la barbarie. Nous n’allons pas, ici, passer en revue les passages de l’Histoire où notre pays a sombré dans le désordre et la sauvagerie ; il suffit d’évoquer les guerres, les coups de folie collective, les chasses aux sorcières, l’esclavage, la colonisation, la monstrueuse guillotine... pour savoir que nous nous avons bien souvent accepté de nous  laisser embarquer dans des actes contraires à toutes notions de culture ou civilisation.

     La tradition dominante de la pensée occidentale précisant que l’humain a pour diction les droits de l’homme et du citoyen,  il est bien évident que ces droits exigent en retour des devoirs qui doivent être appliqués par chacun et au quotidien. C’est pourquoi nous parlerons des mœurs, un domaine déjà suffisamment dense pour notre réflexion du jour.

    Au cours de l’un de nos débats, Josette avait développé l’idée qu’il faut « se changer soi-même afin de changer le monde » et il  est vrai que chaque individu d’une société est responsable, par son comportement, de l’image qu’offre cette société au  monde qui l’observe.  Dans le domaine des mœurs, nous pouvons affirmer que nous avons fait, depuis les mérovingiens, quelques progrès. Pour arriver à cette affirmation il n’est que de lire  «  le traité de savoir-vivre à l’usage des princes d’Europe » écrit par Erasme au XVIème siècle.  Comme on n’interdit jamais que ce qui est en usage il est assez facile d’imaginer, par une lecture en creux, les comportements de l’époque. Pour votre plaisir, en voici quelques préceptes : A table, les princes sont priés de ne pas se moucher avec le linge qui la recouvre mais dans la manche de leur vareuse. Si un besoin pressant se fait ressentir on doit se diriger vers l’âtre où il est coutume de se soulager, sans jamais sortir ses « attributs » (!) avant que d’être sous le manteau de la cheminée. Au cours du repas, il est recommandé de vomir sous la table et non dans le passage derrière les convives et ce afin de ne pas provoquer la chute des servantes qui amènent les plats.  Il est  conseillé, entre autres règles d’hygiène,  de se rincer les dents, chaque jour, avec son urine du matin... Erasme, on  le voit, était homme de bon sens et Il semble que ses recommandations aient été suivies jusqu’à nos jours par les grands de ce monde mais aussi, n’en doutons pas, par la plupart d’entre nous, du moins dans le domaine des civilités.

    Nous allons maintenant nous interroger sur les vertus de la politesse et sur la politesse en tant que vertu.

    La politesse est l’état de ce qui est conforme aux règles de la bienséance. Si elle n’est  qu’un « dressage », et en cela je souscris à l’idée d’André Comte-Sponville qui la développe dans son essai : « le petit traité des grandes vertus », elle est en même temps l’apprentissage du respect, vertu maîtresse par excellence, qui doit dicter le comportement de chaque individu. Le mot dressage peut surprendre voire offusquer, cependant n’oublions pas que nous appartenons à l’espèce animale, capable, on l’a vu souvent,  de se déshumaniser dans des actes individuels ou collectifs  de barbarie épouvantable : car oui, la violence est la norme dans l’histoire, et ce n’est pas cynisme de le dire. Si chacun doit  représenter l’humanité sous son meilleur jour, il doit se plier à des règles de maîtrise de soi et de respect envers les autres. Aussi lorsqu’on a la charge de l’éducation d’un enfant il est  indispensable de lui inculquer des mécanismes de savoir-vivre afin qu’il se fasse accepter, estimer... et peut-être aimer, lorsqu’il sera « livré » à la société. Pourtant, il semblerait que La politesse soit parfois considérée comme une parente pauvre des méthodes d’éducation : « Qu’a-t-on à s’encombrer de formules et de simagrées... » entendons-nous parfois de ceux qui la confondent, sans doute, avec l’obséquiosité, l’hypocrisie. Or la politesse est  le souci du « bien vivre ensemble ». N’est-elle pas un frein au laisser-aller ?  Chacun ayant son tempérament, dans quels débordements irions-nous si nous n’avions appris à maîtriser dès le plus jeune âge ce que Freud appelle notre « ça » ? Le « ça » étant les pulsions qui nous agitent et que le « surmoi » doit maîtriser.  Ce contrôle de soi-même est la condition sine qua non d’une vie agréable en famille et en toute société. CONFUCIUS place  REI, qui signifie politesse, savoir-vivre, au troisième rang des grandes vertus car tout ce qui demande à l’humain un effort est une vertu. Roland Barthes parle d’exclusion par le langage, et, en effet, on peut se faire exclure par le non-respect des règles de savoir-vivre (ceci fut d’ailleurs évoqué dans une parenthèse lors du débat sur le chômage introduit par André). Ces règles sont universelles avec des codes particuliers à chaque culture. L’apprentissage du savoir-vivre est aussi important que l’apprentissage du langage qui nous enseigne comment faire coïncider sa pensée, ses émotions, ses désirs et revendications avec les mots qui mettent en valeur les arguments pour convaincre : et cela est un art qui s’enseigne et que l’on nomme rhétorique.  

    Nous avons bien compris l’importance de l’éducation et le rôle que joue le respect pour autrui dans l’agencement d’une société harmonieuse. Alors,  essayons de répondre à la question :   sommes-nous un peuple civilisé ?

    Sommes-nous individuellement et collectivement un peuple hospitalier ? Savons-nous représenter honorablement notre pays lorsque nous nous expatrions ? Sommes-nous respectueux des autres, de notre patrimoine, de notre langue ?  Avons-nous tous le souci de notre dignité vis-à-vis des autres, de la nature, des animaux ? Car tel est bien le sens du mot civilisation.  

    Le savoir-vivre nous l’avons vu est empreint de RESPECT. Ce mot, revenu souvent au cours de notre propos,  vient du latin RESPICERE, ce qui signifie SE RETOURNER c’est-à-dire prendre une personne, une situation, en considération ;   avoir égard.

    «  FAIS CE QUE VOULDRA » : Telle était la devise de l’Abbaye de Thélème (première utopie de la littérature française, imaginée par François Rabelais au début du XVIème siècle), société idéale, sans hiérarchie, sans police et sans loi et les hommes  instruits du respect de l’autre et de la sagesse y vivent la véritable liberté. Mais c’est  on l’a dit une utopie.

    Or  j’ai parcouru la ville et tête baissée, je n’ai pu calculer le nombre de rondelles de chewing gum aplaties sur les trottoirs.

    Je me suis promenée à travers champs et les détritus qui étouffaient les jeunes pousses de blé m’ont attristée.

    J’ai vu remonter les filets des pêcheurs et  fus effrayée par la triste danse des poissons emprisonnés dans les déchets.

    Et puis au nord de notre pays des hommes, des femmes et des enfants, ayant fui les persécutions,  crèvent de faim et de froid entassés sous des abris : leur monde ressemble à l’enfer. Pas si loin de là, existe un autre monde où c’est l’argent, beaucoup d’argent, qui s’entasse dans des abris que l’on appelle paradis fiscaux. Et ces deux mondes se côtoient

    Quelle pédagogie adopter, quel langage, pour que chacun, du plus humble au plus puissant, se sente concerné et fasse honneur à notre société toute entière ? Technologiquement nous sommes au XXIème siècle, il n’y a là aucun doute,  mais psychologiquement sommes-nous si loin de nos frères de la préhistoire ?

    « ... car ces gens libres, bien instruits, vivant en honnête compagnie ont par nature un aiguillon qui les poussent toujours vers la vertu,  et c’est ce qu’ils nomment l’honneur. » François Rabelais. : L’abbaye de Thélème, Gargantua, chapitre LVII (1534)

      30 avril 2016

    CHARLOTTE MORIZUR

     

     

     

     

     

     

    « Interprète t-on à défaut de connaître ?Peut-on construire une société en ayant un climat de défiance? »

  • Commentaires

    1
    Danielle M.
    Vendredi 22 Avril 2016 à 13:51

    Bonjour à tous,

                   Ben oui, on ne peut pas accueillir tous les miséreux de la terre (les damnés, disait Franz Fanon). Il y a bien assez de misère interne (non importée) en France, sans en rajouter. Aider les autres, noble mission qui trouve ses limites dans l’incroyable accroissement du nombre de ceux qu’il faut aider ! Parce que des dizaines de pays font de la vie un enfer à leurs ressortissants, devons-nous transvaser purement et simplement leur population en Europe ? Et pourquoi pas en Chine, et surtout en Arabie Saoudite et en Egypte ? Les populations migrantes étant désormais majoritairement musulmanes, leur intégration se feraient bien plus facilement dans ces pays. Mais ceux-ci n’ont pas proclamé les Droits de l’Homme et peuvent donc tranquillement décliner leur responsabilité. Le devoir moral devrait-il être exclusivement européen et particulièrement français ?  

                   A force d'être respectueux des autres n'en vient-on pas à brader notre histoire et notre langue : la réforme de l’orthographe n’est-elle pas faite d’abord pour s’adapter à tous ceux qui ne s’adaptent pas à notre grammaire ? Et certaines impasses dans les livres d’histoire ? Et l’invasion du langage quotidien par l’anglais technique ? Etre civilisé signifie-t-il que les fondements de notre propre identité soient à géométrie variable ?  

                   La civilisation occidentale capitaliste, démocratique, républicaine et hyper technique (d’inspiration européenne) devient inexorablement planétaire, avec tous les problèmes écologiques, sociétaux, économiques et moraux que l’on sait. C’est ce défi qu’il faut relever. Je doute que les règles de savoir-vivre soient suffisantes, même si elles sont évidemment nécessaires

    2
    André
    Samedi 23 Avril 2016 à 16:21

    Samedi le débat risque d'être aussi bien passionnel que passionnant. En ce qui concerne l'accueil, il faut être réaliste devant une situation d'ampleur historique. Nous sommes confronté à un exode "Démographique". Aujourd'hui l'exode africain prend des proportions massives alors que ce continent ne compte qu'un milliard d'habitants, qu'en sera t-il quand sa population aura doublée dans 30 ans et quadruplé dans 60 ou 80 ans?  L'Europe qui compte 300 millions d'habitants va t-elle recevoir un milliard d'africains? La Chine a pris des mesures de simple survie en limitant les naissances (très critiquées) En Afrique de l'ouest on en est encore à 7 et 9 enfants par femme. (entre parenthèses, qu'elles n'ont pas choisis). Un peu de réalisme, la question dépasse aujourd'hui celle de la simple humanité envers des réfugiés. Aux africains de prendre leur responsabilité..   

    3
    BROUARD
    Mercredi 27 Avril 2016 à 18:23

    Bizarre.... (et dommage) que les deux commentaires ci-dessus ne reprennent que les 4 lignes du texte, ou plutôt 2 lignes, qui évoquent la misère de ceux qui fuient leur pays...en guerre et où leur vie est en danger !!!!

    C'est évidemment hors sujet, mais bien sûr intéressant; il faudrait sans doute y consacrer un débat entier si quelqu'un souhaite l'organiser...

    Une simple remarque sur les chiffres pour être plus objectif: l'Europe compte 500 millions d'habitants (et non 300) et les gens désemparés qui veulent s'y réfugier (temporairement) ne sont que 3 à 4 millions, et non un milliard !!! le rapport est alors tout différent !!!)

    Sur le caractère "civilisé" de notre époque, la question est bien de savoir si nous avons évolué sur la question de l'honneur vanté par Rabelais dans les années 1530; il me semble que nous avons plutôt régressé, hélas !!!

    Je pense que nos pays européens doivent montrer l'exemple sur la base de leurs valeurs judéo-chrétiennes, qui parlent d'amour du prochain, du respect des autres et de progrès humanistes, entre autres sujets.

    Ou alors on s'aligne sur les pays les plus rétrogrades en attendant qu'ils deviennent bons? Ce serait aller vers le pire de l'humanité, hélas....

    A discuter samedi.

    4
    Daniel
    Jeudi 28 Avril 2016 à 09:20

     

    Replaçons le débat en premier lieu dans le contexte général, en abordant l’Homme, au travers :

     

    I/  Du « Malaise dans la civilisation » de Freud, à l’aide de son analyse réalisée par Simone Manon professeur de philosophie voir son site, on peut retenir :

     

     « L'Homme n'est pas cet être débonnaire, au cœur assoiffé d'amour dont on nous dit qu'il se défend quand on l'attaque mais un être, au contraire qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d'agressivité. Pour lui, par conséquent, le prochain n'est pas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possible mais aussi un objet de tentation. L'Homme est en effet tenté de satisfaire son besoin d'agression aux dépens de son prochain, d'exploiter son travail sans dédommagements, de l'utiliser sexuellement sans son consentement, de s'approprier ses biens, de l'humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer... Cette tendance à l'agression, que nous pouvons déceler en nous-mêmes et dont nous supposons à bon droit l'existence chez autrui, constitue le facteur principal de perturbation dans nos rapports avec notre prochain ; c'est elle qui impose à la civilisation tant d'efforts. Par suite de cette hostilité primaire qui dresse les Hommes les uns contre les autres, la société civilisée est constamment menacée de ruine. L'intérêt du travail solidaire ne suffirait pas à la maintenir : les passions instinctives sont plus fortes que les intérêts rationnels. La civilisation doit tout mettre en œuvre pour limiter l'agressivité humaine et pour en réduire les manifestations à l'aide de réactions psychiques d'ordre éthique. De là, cette mobilisation de méthodes incitant les Hommes à des identifications et à des relations d'amour inhibées quant au but ; de là aussi cet idéal imposé d'aimer son prochain comme soi-même, idéal dont la justification véritable est précisément que rien n'est plus contraire à la nature humaine primitive ».   Freud.   1929 Malaise dans la civilisation.

     

    Freud affirme que la pulsion agressive fait partie de la nature humaine et que Plaute était bien inspiré d’affirmer que « l’Homme est un loup pour l’Homme », Hobbes a repris cette formule en l’associant à « la guerre de tous contre tous ». Cette thèse rend intelligible la violence récurrente des rapports humains, en revanche, si l'on ne peut pas fonder le fait social sur une sociabilité naturelle, d'où vient que les Hommes vivent associés et surtout comment est-il possible que les sociétés aient pu s'arracher à la barbarie naturelle pour promouvoir la civilisation ?

     

    Dans sa conclusion Simone Manon évoque : « Pessimisme ou réalisme freudien ? La leçon est terriblement subversive car si la loi d’amour est imaginaire, si la civilisation est artificielle, il faut conclure que rien n’est plus fragile qu’un tel édifice. En s'édifiant sur la répression des pulsions, il est contre nature et se paie cher en souffrances psychologiques. Freud est d’ailleurs  très clair sur ce point « le barbare, il faut bien l’avouer n’a pas de peine à bien se porter tandis que pour le civilisé c’est là une lourde tâche ». cf  Abrégé de psychanalyse.

     

    Elle fait remarquer, au contraire que l’Homme civilisé, humanisé révèle bien davantage la vérité profonde de l’humain nature que sa caricature le barbare et il n’est pas sûr que Freud ait raison lorsqu’il dit que le civilisé a du mal à être heureux. L’observation des Hommes inclinerait plutôt à penser le contraire. N’y a-t-il pas plus de joie sur le visage des Hommes hautement civilisés que sur celui des êtres frustrés et barbares ?

     

    II/ Selon Nathalie Zaltzman « L’esprit du mal », quand une civilisation se décompose, il est approximatif de se contenter d’énoncer qu’elle retourne à la barbarie. Elle fait autre chose. La civilisation s’est construite grâce au refoulement des pulsions sexuelles et meurtrières. Dans des situations de régression culturelle, on admettait que, le refoulement civilisateur ayant échoué,  le pulsionnel tendait à régner sans contrôle, l’Homme était revenu à l’état animal.

     

    Cette phrase rejoint celle de Freud « la conscience est la conséquence du renoncement aux pulsions ».

     

    III/ Selon Fernand Braudel dans « Grammaire des civilisations », le mot civilisation est apparu au XVIIIe siècle, il a été fabriqué à partir du mot civilisé. Dans son sens nouveau, civilisation s’oppose en gros à barbarie. Il y a d’un coté les peuples civilisés, de l’autre les peuples sauvages, primitifs ou barbares. Louis XV pour son portait avait besoin du mot civilisé, s’appliquant à qui possédait des bonnes manières et usage du monde. Le mot culture accompagne le mot civilisation. Pour Paul Valéry civilisation désigne plus volontiers des valeurs collectives.

     

    IV/ Selon Patrice Maniglier professeur de philosophie à Nanterre, le mot culture de l’allemand « Kultur » a remplacé le mot français civilisation, qui est lié à l’idée de progrès et au projet du mouvement des Lumières au XVIIe siècle.

     

    V/ Aristote quant à lui a dit d’une manière décisive ‘si l’Homme pouvait se passer d’une inscription dans un milieu humain, il serait un Dieu, si l’Homme était privé d’une instruction et d’une éducation, il serait une brute’. Voir café débat « est-ce un devoir pour l’Homme d’être cultivé ? ».

     

     

    VI/ Conclusion: Pour en revenir au titre du café débat « Sommes-nous nous français civilisés ? », au regard du développement ci-dessus, pour ceux qui contiennent leurs pulsions sexuelles et/ou meurtrières,  je répondrai oui, mais la tendance va en se dégradant : laxisme, libéralisation des mœurs, de plus en plus de viols, violence conjugale croissante, délinquance en augmentation, prisons surchargées malgré la non réalisation des peines inférieures à cinq ans, culture en perdition, de moins en moins de relations humaines et de communication interpersonnelle (de plus en plus de technologies conduisent au ‘seul, ensemble ‘ et isolent), éducation et instruction largement perfectibles, savoir vivre en perdition, civisme en voie de disparition.

     

     

    VII/ Remarques : N’oublions pas que la France est composée avec des territoires d’outre mer, la notion d’être civilisé est-elle la même qu’en métropole ? N’aurait-on pas la tendance de qualifier ceux qui sont en retrait de notre civilisation industrielle d’être des primitifs, au sein desquels les rites, le sacré et la religion priment ?

     

     

     

     

     

     

     

    5
    BROUARD
    Jeudi 28 Avril 2016 à 17:55

    Complément à ma remarque précédente du 28 avril:

    Au 1er janvier 2015, l'Europe comptait 508 millions d'habitants (Allemagne 81,2 - France 66,4 - Grande Bretagne 64,8 - Italie 60,8) et ces 4 pays représentent à eux seuls plus de 50% de la population.

    Autre chiffre intéressant: la croissance de la population européenne a été de 1,3 million d'habitants de 2014 à 2015; or l'excédent de naissances sur les décès n'est que de 200 000 individus; d'où vient la différence de 1,1 million ? Réponse évidente: des immigrés !!!

    Conclusion: sans une forte immigration, l'Europe vieillirait inéluctablement....De quoi réfléchir pour les opposants à l'immigration....Qu'attendons nous pour faire des bébés ?

    6
    Pierre M.
    Lundi 2 Mai 2016 à 00:21

    Sans revenir sur les acquis de cet intéressant débat, il est possible de formuler quelques remarques complémentaires (4).

     

    1° Malgré tout l'intérêt du texte présenté par Charlotte et le talent qu'elle a déployé dans sa présentation, je demeure hostile au titre. S'interroger sur le caractère plus ou moins "civilisé" d'individus ou de groupes humains, c'est porter un jugement de valeur sur autrui en partant de notre propre référentiel : ceux qui ne partagent pas nos références sont ainsi dépréciés. C'est Jules Ferry, en 1885, justifiant la colonisation par le devoir des races supérieures à "civiliser les races inférieures". C'est un réflexe humain bien naturel : ce qui est différent est ou bien dangereux ou bien de moindre qualité. Le langage en témoigne : dans la discussion ont été évoqués des mots tels que "bestialité" ou "barbarie". Le premier fait évidemment référence aux bêtes qui ne sauraient avoir des comportements conformes aux canons de l'éthique humaine. Quant au mot barbare, initialement barbaros était pour un Grec un individu étranger s'exprimant dans un langage incompréhensible (bar-bar-bar). Chez nous on a connu les "bougnoules" ou les "niakoués".

     

    2° Les anthropologues, comme Claude Lévi-Strauss ou surtout Philippe Descola ou Pierre Clastres (hélas un peu oublié aujourd'hui) nous ont révélé qu'il existe d'autres civilisations qui ont leur cohérence et des systèmes de valeur ainsi que des réalisations qui, dans l'absolu, valent bien les nôtres. L'américain Marshall Sahlins a même écrit un ouvrage traduit en français sous le titre "Âge de pierre, âge d'abondance – L'économie des sociétés primitives" dont le titre seul se passe de commentaire. Faire un tel constat, c'est accepter de considérer ces civilisations sans condescendance. Cela ne signifie pas qu'il faille renoncer à nos propres valeurs : personnellement je m'inscris dans l'éthique des droits de l'homme et du citoyen et suis conscient que si j'avais appartenu à une civilisation animiste par exemple mon espérance de vie ne m'aurait pas permis d'assister à nos débats actuels.

     

    3° Dans les échanges de ce samedi  a été évoquée la question de la propriété de la Terre. Entre l'affirmation, fort juste, "la Terre ne nous appartient pas" et le rappel de la formule de Saint-Exupéry ("on n'hérite pas la terre de nos ancêtres, on l'emprunte à nos enfants"), d'autres civilisations estiment au contraire que "c'est nous qui appartenons à la Terre" (formule d'ailleurs reprise par Pierre Rabhi). Cette formulation va à l'encontre des valeurs de la civilisation occidentale, valeurs posées aussi bien dans la Bible que dans le droit romain (droit de propriété avec ses trois attributs usus, fructus et abusus) qui ont justifié et permis la colonisation de la planète. Et qui ont modelé nos références ontologiques : pour Descola notre société est "naturaliste" (une des quatre ontologies qu'il distingue), la seule à dissocier nature et culture. Ajouté au fait que, depuis St Augustin au moins, elle a une vision linéaire du temps qui fonde et légitime la notion de progrès, ainsi s'expliquent la surexploitation des ressources de notre planète et les nuisances qui en résultent. Ce que critiquait Heidegger comme étant un "arraisonnement de la Nature" (Gestell) : la technique moderne enjoint la Nature de nous donner plus que ce que sa générosité est capable de nous fournir spontanément. Ce qui n'est pas le cas chez les "primitifs".

     

    4° Incidemment a été évoqué le cas des actuels migrants. Restant sur le terrain factuel, sans aborder l'aspect éthique (remarquablement présenté par Nicolas Hulot dans "Le Monde" daté du 2/05/2016), on observe que maintes études prospectives laissent entendre que nous sommes à la veille d'un grand chambardement, sous l'effet conjugué du réchauffement climatique, de la croissance démographique et des gains de productivité du travail. Je rappelle quelques-unes des  données que je crois avoir déjà signalées. Ainsi, par exemple, d'ici  2030 ce sont quelques 150 millions d'Africains qui migreraient, dont plus de la moitié hors du continent (Source : Jean-Eric Aubert et rapport Security livehoods for all, OCDE, avril 2015). Ainsi, à l'horizon 2050 il faudrait créer 3,9 milliards d'équivalents emplois sur notre planète pour offrir à chacun un travail décent au sens de l'OIT (Henri Rouillé d'Orfeuil, pour Académie d'Agriculture de France et CESE, mai 2012 - Et encore ne prend-il pas en compte l'explosion récente des nouvelles technologies). Qu'adviendra-t-il de notre belle civilisation si l'on ne change pas le "logiciel" de son fonctionnement, si on ne procède pas à une répartition plus équitable des ressources rares dont on bénéficie (y compris le gisement de travail) ? Il n'est pas impossible que d'ici peu, nous autres "civilisés" enverrons par le fond tout navire s'approchant de nos côtes, au prétexte (qui n'est pas une vue de l'esprit) que des terroristes profiteraient de ces migrations pour envoyer des bombes flottantes dans nos ports !

     

     

    7
    morizur charlotte
    Lundi 2 Mai 2016 à 12:06

    Bien sûr Pierre, moi aussi je demeure hostile au titre qui m'était tombé sous la plume (je m'en suis d'ailleurs expliquée !) et d'ailleurs je ne suis pas toujours en accord avec tout ce que j'écris : j'ai souvent les idées qui fluctuent ;  les exprimer c'est bien sûr s'exposer et prendre des risques mais c'est aussi, lorsqu'on, est en bonne compagnie, les corriger, apprendre à regarder par d'autres fenêtres, bref, comme on dit " s'enrichir" !

      • Lundi 2 Mai 2016 à 13:46

        Je pense que Pierre voulait dire qu'il est vain de se dire plus civilisé qu'un autre pays.

        La civilisation est l'art d'organiser une communauté, et plus spécialement une ville. La réussite d'une civilisation ne se mesure pas aux bonnes manières, ou au niveau d'instruction, mais plutôt à l'adhésion de tous les citoyens à l'organisation de la cité.La France est elle plus civilisée que les Aztèques, ou les Incas, ou les chinois? A voir. En tous cas le vote protestataire, de ceux qui veulent tout changer sans savoir dans quelles directions ils iraient, doit être à 40% des Français, ce qui n'est pas un bon score.

      • Pierre M.
        Lundi 2 Mai 2016 à 18:46

        Bien sûr Charlotte, nous en avons discuté et je sais que nous sommes parfaitement en phase à ce sujet. Si je me suis permis d'insister sur ce point c'est que les écrits restent et qu'il me semblait important que ce fût écrit quelque part.

        J'en profite pour en ajouter une couche. Tiré d'un livre récent (Dieu par la face Nord, d'Hervé Clerc, Albin Michel, avril 2016)

         

        "Si l'on mettait dans un plateau l'Inde avec son seul yoga et dans l'autre la France avec ses exportations de sacs à main, de parfums, de beaujolais, de trains express, avec ses fromages, autos et armements – sans parler de sa production intellectuelle –, de quel côté pencherait la balance ?" On n'est pas obliger de trancher la question, mais il est légitime de se la poser.

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