•         Résumé personnel de la séance du 1er Décembre 2018.

                              « Notre civilisation peut-elle s’effondrer ?

     

                                                             (Benoit Delcourt et Pierre Renard)

     

    Les réactions ont été de deux sortes : d’une part les dénégations de la responsabilité de l’industrialisation sur le réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources  naturelles, et d’autre part sur la méthode à utiliser pour éviter cet effondrement.

    1.              Les dénégations.

    Sur le réchauffement climatique.

    Certains ont émis l’hypothèse que les scientifiques du GIEC étaient sous influence politique. Par ailleurs, les prévisions des scientifiques seraient parfois faussées : celles du « club de Rome (vers 1970)  n’ont pas anticipé le phénomène des gaz à effet de serre (ce dernier n’a été dénoncé que vers 1995).

    Le livre de Pablo Servignes envisage cet effondrement comme certain, il est trop à charge, et donc manquerait de raisonnement scientifique.  Il y aurait des choses positives non signalées dans ce livre, et les besoins alimentaires de l’Humanité seraient assurés au moins jusqu’en 2100.

    . Cependant, le réchauffement depuis 1950 de 1° à la surface des océans, de 2° à celle de  la terre ferme, et de 4 ° au pôle Nord, ne peut s’expliquer que par l’industrialisation. Et les  effets sur le niveau de la mer, sur les ouragans et les sécheresses sont maintenant palpables.

     

    Sur l’épuisement des ressources naturelles.

    Là encore, les prévisionnistes du Club de Rome se sont trompés, qui annonçaient  l’épuisement des ressources de pétrole pour 2010. Trois facteurs ont été débattus:

    _l’amélioration du rendement des moteurs thermiques, notamment ceux des automobiles,

    _l’accroissement  continu du nombre de voitures dans le monde, (en France nous en sommes à 39 millions ; pour le monde, cela va bientôt dépasser le milliard), lié à la fois à l’accroissement démographique mondial (facteur 4 entre 1960 et 2025), et à l’augmentation du niveau de vie des pays émergents.

    _les nouvelles sources de pétrole, notamment le « gaz de schiste », présent dans beaucoup de puits déjà exploités pour le pétrole liquide.

     

    Malgré ces dénégations, et vu l’augmentation démographique, le caractère limité de notre planète et l’influence toxique des énergies fossiles sur le réchauffement climatique, il semble néanmoins indispensable   de se tourner vers d’autres sources d’énergie :

    -          les énergies renouvelables intermittentes, tels que le solaire et l’éolien qui ont pour inconvénient de ne pas pouvoir être stockées ; de ce fait ces sources ne produisent sur une année que 20 % de la puissance installée. Et par ailleurs elles consomment des ressources rares (dans les cellules photo électriques et les aimants).

    -          Les bio énergies (bois, biomasse, bio gaz), prometteuses mais en phase de décollage et pas toutes renouvelables.

    -          Le nucléaire, lorsque les problèmes de sécurité et de déchets auront été résolus.

     

      

       A côté de l’épuisement des ressources fossiles, il faut parler :

       --de l’épuisement des sols,

       --de la disparition de 80% des insectes en trente ans, qui a pour conséquence celle de beaucoup d’oiseaux. Disparition des hannetons, raréfaction des papillons, et même des abeilles.

       --de l’épuisement des ressources maritimes. 

     

    2 Méthodes à utiliser pour éviter l’effondrement.

    Pour certains, il n’y a pas de problème :

     L’humanité a toujours connu des hauts et des bas, et aux bas succèdent les hauts, et les problèmes sont faits pour être résolus ! Il y a eu par exemple des épidémies de peste (1348), finalement surmontées, et plus récemment d’Ébola, rapidement éradiquée.

     Dans le même ordre d’idées, il y a eu la chute  de l’URSS, du la crise au Venezuela, et au du Zimbabwe, dues à des Etats défaillants. Dans ces trois cas,  l’effondrement n’était dû qu’à la mauvaise gouvernance des états ; il ne s’agissait pas d’effets  matériels et planétaires.

    Quant à la montée des eaux, ce serait simple pour certains : il faudrait remonter les digues aux Pays-Bas,  et en créer au Bengladesh et dans toutes les îles concernées (????).

     

    Cependant, diverses actions ont été citées :

    Les efforts de recyclage, notamment des plastiques, et même de l’eau. En Belgique, une usine récupère l’or des vieux circuits électroniques.

    En fait, il faudrait se fixer comme règle de ne jamais dépasser la quantité d’énergie qu’on peut renouveler, ce qui nécessite un gros effort. La consommation d’énergies  fossiles est beaucoup trop forte actuellement.

    Se méfier des solutions faciles : une voiture électrique, bien que moins polluante et plus économe en consommation qu’une voiture thermique, demanderait également de l’énergie  pour sa production et son utilisation. Toutefois en France, la production électrique étant décarbonée, le bilan carbone de la voiture électrique resterait très favorable (étude publiée par Renault).  Une étude prévoit qu’en 2050, 48% des voitures seront électriques, 28% hybrides, et 34% thermiques.

    Repenser les  façons d’habiter, et de se transporter(le CO2 dû aux transports vient pour moitié des voitures, et pour le reste des camions, bateaux, avions). A ce propos, blablacar, beaucoup utilisé par les jeunes fait réaliser des économies. En Afrique, les voiture-taxis de « louage »  sont astucieuses : on ne démarre que quand la voiture est pleine.

     

     

    Plus généralement, la  gouvernance de la planète est à revoir. La démocratie est  le modèle qui semblerait le plus adapté, bien que très fragile. Mais  quelle est la constitution qui convient ? Est-ce la démocratie directe, où l’on demande en permanence aux citoyens leur avis (c’était possible pour les Grecs, qui étaient peu nombreux, mais déjà pas pour les Romains, qui élisaient les sénateurs, et se contentaient ensuite d’avoir leur bains et leurs jeux du cirque assurés).  Est-ce la démocratie représentative ? Encore faudrait-il qu’on n’élise pas des imbéciles, ce qui est malheureusement parfois le cas, y compris aux plus hauts postes !

    De toute façon,  la prévention de l’effondrement se heurte aux intérêts locaux ou nationaux. C’est par exemple la contradiction entre la lutte « contre la fin du monde » versus celle « pour la fin du mois » , d’actualité en ce jour de manifestations de gilets jaunes, ou encore : « on ne fait pas de l’écologie le ventre vide »(Lula). Et pourquoi ferions- nous des efforts en France alors que nous ne représentons que 0,9% de la quantité mondiale de CO2 émise dans l’atmosphère ? Le cas de l’Australie a été cité, qui a d’énormes réserves de charbon, bien plus importantes que sa consommation envisageable, et devrait donc ne pas l’utiliser, sauf qu’elle  exporte ce charbon pour boucler son budget. Ces conflits d’intérêts sont pour le moins difficiles, (peut-être impossibles ?), à résoudre.

     

    Et serait-il possible, dans ces conditions difficiles, d’éviter les guerres ?

     

    D’un autre côté, sommes-nous vraiment attachés à cette civilisation de consommation ?

     

    Rappelons pour finir l’histoire de l’arche de Noé. Dieu, voyant que l’Homme péchait trop, se résolut à noyer l’humanité dans le « déluge ». Mais il sauva un couple par espèce. Bien sûr, ce n’est pas historique, mais ce mythe pourrait préfigurer l’effondrement de notre civilisation, qui alors serait dû à l’impossibilité de surmonter l’ égoïsme.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          

      

     

     

     


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  • Notre civilisation peut-elle disparaître à court terme ? Collapsologie

                                              par Pierre Renard.

    La Collapsologie, qu’est-ce que c’est

      Il s’agit de l’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle

    . C’est « l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition et sur des travaux scientifiques reconnus »[1].

    Le concept de collapsologie est plus précisément développé dans le livre de Servigne & Stevens, (2015) « Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes »[2].  Ces notes font suite à la lecture de ce livre.

    La Thèse

    Les collapsologues, tels qu’ils se désignent eux-mêmes, croient inévitable cet effondrement. Ils développent pour cela 4 arguments principaux, plus 1 accessoire :

    ·         Nous consommons les ressources terrestres à un rythme exponentiel. Donc ces ressources vont s’épuiser et nous allons manquer d’énergie.

    ·         Du fait de l’activité humaine, nous provoquons un dérèglement du climat et de la biodiversité qui à brève ou moyenne échéance va provoquer des catastrophes en série et un désastre écologique (élévation de température, désertification, augmentation du niveau des mers, etc…).

    ·         Nous avons d’ores et déjà dépassé des « frontières » qui ne permettent plus de retour en arrière maîtrisé (présence dans l’atmosphère de gaz à effet de serre, extinction d’espèces vivantes, pollution)

    ·         Notre civilisation industrielle a atteint un degré de complexité tel que nous sommes incapables de la corriger et de l’orienter afin d’éviter les dégâts qu’elle provoque. Exemple : impuissance des organisations internationales, traités internationaux non respectés (COP 21), développement des inégalités,…

    ·         Accessoirement, cette prévision est confirmée par plusieurs modèles. Sont cités, le modèle «Handy» financé par la NASA et surtout le modèle « World 3 » qui a servi de base au rapport Meadows paru en 1972, plus connu sous le nom de « Rapport du Club de Rome[3] », toujours d’actualité car la réalité d’aujourd’hui apparaît sur plusieurs aspects conforme aux prévisions d’hier.

    L’effondrement serait donc inéluctable. Les auteurs du livre se réfèrent à l’image d’une voiture roulant de plus en plus vite, que le conducteur ne maîtrise plus. L’accident est inévitable.

    À la question quand et comment cet effondrement interviendra, les collapsologues répondent :

    L’effondrement interviendra avant la fin de ce siècle (entre 2050 et 2100),  par crises successives plus ou moins violentes. Dans l’ordre : dérèglement climatique, amenant catastrophes naturelles, amenant crises migratoires et explosion des dettes, amenant crises financières, amenant crises des échanges commerciaux, amenant crise alimentaire, conflits sociaux, fin de la mondialisation, crises internationales, guerres, effondrement.

    Après l’effondrement de notre civilisation industrielle, la population humaine, considérablement réduite, se réorganisera dans des petites communautés autonomes résilientes.

    Discussion

    Allons-nous réellement manquer d’énergie ?

    C’est le point essentiel de l’argument 1. On peut en effet considérer que si nous pouvions continuer à extraire l’énergie, qui a permis à la civilisation industrielle de se construire, nous pourrions alors continuer à trouver des substituts aux autres ressources nécessaires. Or l’énergie bon marché qui a permis de porter le développement industriel des deux derniers siècles n’a plus cours Et donc, disent les collapsologues, « s’il n’y a plus de carburant le moteur va s’arrêter ».

    Et il est vrai que les réserves d’énergie fossile s’épuisent petit à petit. Les coûts d’extraction sont de plus en plus élevés. Qui plus est, nous avons découvert que les énergies fossiles (pétrole et gaz) étaient néfastes. A cause des gaz à effet de serre qu’elles rejettent dans l’atmosphère, leur utilisation contribue au dérèglement climatique. Donc, de toute façon, on ne va pas pouvoir les utiliser très longtemps, pas parce qu’il y en a aura plus, mais parce qu’on ne voudra plus les utiliser.

    Les énergies dites renouvelables, majoritairement le solaire et l’éolien vont elles pouvoir prendre le relais ? À l’instar des collapsologues, beaucoup de scientifiques pensent que non : la difficulté du stockage rend le rapport entre puissance utilisable et puissance installée comparativement très faible. Il faut donc continuer à consommer des sources d’énergie traditionnelles parallèlement à la source renouvelable installée.

    Ainsi, la vitesse de substitution reste faible. Or il faut aller vite. Équation impossible à résoudre disent  les collapsologues (mais pas seulement eux).

    Mais ces derniers « oublient » une 3e ressource, ni renouvelable ni épuisable et qui peut en partie s’ajuster à la demande : l’énergie nucléaire. Il est vrai qu’à l’heure actuelle, l’énergie nucléaire est totalement diabolisée. On ne parle que d’en « sortir » surtout pas d’y « entrer ». Elle fait peur, car elle a la capacité de détruire la planète. Mais elle a peut être celle de la sauver…

    Au plan théorique, l’énergie dégagée par les réactions issues de la transformation des noyaux atomiques (l’énergie émise par le soleil n’est d’ailleurs pas autre chose) pourrait constituer une source quasi inépuisable si elle était bien maîtrisée. En dépit de ce rejet dans l’opinion,  (conjoncturel ?), les recherches se poursuivent d’ailleurs heureusement dans le monde avec les réacteurs de 4e génération (absence de déchets) et au-delà la fusion nucléaire (absence de radioactivité). Mais ces recherches prennent du temps, car elles nécessitent des prototypes qu’il faut construire et tester.

    Pour conclure donc, il n’y aurait pas un seul scénario mais 2 :

    ·         Soit nous gagnons la course vers l’équilibre énergétique entre des besoins stabilisés, et des ressources vertueuses et suffisantes pour plusieurs générations.

    ·         Soit cet équilibre ne sera pas atteint avant que le dérèglement climatique et la réduction de la biodiversité ne rendent la vie sur terre invivable.

    Le dérèglement climatique.

    Quasiment plus personne ne nie le phénomène de réchauffement climatique qui va provoquer montée du niveau de la mer, ouragans, tsunamis,…. Mais l’originalité des collapsologues c’est de dire : « c’est trop tard ; inutile de chercher à l’enrayer. Attendons l’effondrement et tout reviendra dans l’ordre, naturellement ». Croire à la fatalité du phénomène, n’est-ce pas contribuer à l’accélérer ? Donc théorie dangereuse…

    Le dépassement des frontières.

    Les collapsologues parlent de« frontières » que nous aurions franchies, au-delà desquelles plus de retour en arrière possible. Ces frontières seraient : la température moyenne du globe, la biodiversité, certains minerais indispensables, la consommation des ressources en eau, la pollution. Et en effet, l’observation des cycles géologiques de notre planète sur plusieurs centaines de milliers d’années, montre que l’évolution que nous faisons subir à notre environnement en quelques dizaines d’années, est exceptionnelle et effrayante. Notre planète pourra sur certains aspects ne plus jamais redevenir comme avant. Est-ce pour autant qu’elle va devenir invivable pour l’homme et pour l’espèce animale d’aujourd’hui ? Faut-il vraiment un effondrement pour inverser les courbes ?

    Notre civilisation est-elle si fragile ?

    C’est la thèse des collapsologues : nous avons atteint un tel degré de complexité dans nos organisations que nous ne sommes plus capables de les conduire, telle une voiture incontrôlable : c’est l’accident mortel assuré ! L’image est-elle appropriée ? Ou au contraire le genre humain reste t’il capable de s’adapter ?

    Finalement que croire, que faire ? Considérer que l’accident est inévitable et qu’il vaudrait mieux sauter en marche (de notre civilisation industrielle) ? Ou continuer à conduire la voiture, tenir la route, éviter les obstacles?  Nous risquons d’être broyés dans l’accident ? Peut-être, mais nous avons aussi l’espoir que nous allons finir par maîtriser le véhicule, réduire l’accélération, stabiliser la vitesse et la direction. Ce serait alors vraiment trop bête d’avoir sauté en marche trop tôt…



    [2] Ce livre a une suite : « Une autre fin du monde est possible » des mêmes auteurs ; ce dernier ouvrage traite davantage de la manière de se préparer psychologiquement à cet effondrement inévitable.

    [3] le Club de Rome est un groupe de réflexions créé en 1968 qui réunit des scientifiques, des économistes, des fonctionnaires nationaux et internationaux, ainsi que des industriels de 53 pays.


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  •  

     C.R. personnel  du café débat du 10 Nov. 2018 :

     

                                                                    ( B. Delcourt.)

     

                        « La fraternité est elle une utopie? »

     

     

     

    La séance a tourné autour de deux définitions de la fraternité :

     

     

     

    1.    La solidarité.

     

     

     

    Quelques citations :

     

    « La fraternité, c ‘est donner ce qu’on a, mais aussi offrir ce qu ‘on est ».

     

    « Aimez vous les uns les autres » .

     

    « une démocratie doit être fraternelle, sinon c’est une imposture » (Saint- Exupéry).

     

    Ce serait aussi :

     

    --l’empathie, effort de s’intéresser à l’autre, éviter d’oublier qui il est.

     

    --la politesse, voire la galanterie.

     

     --au point de vue politique, les lois sociales (retraites, RSA, sécu, etc…).

     

    -- la réciprocité des relations, celle qu’on expérimente dans l’amitié.

     

     --les dons aux associations  caritatives, la participation à l ‘économie solidaire.

     

     --l’altruisme, (qui consiste à se sacrifier) qui pourrait se trouver dans tous les êtres vivants, depuis la bactérie, les abeilles… jusqu’aux arbres (mais dans ce cas, cet altruisme serait il conscient, ne serait-il pas seulement une conséquence de la l'évolution  Darwinique ?)

     

    --le contraire serait l’individualisme, l’égoïsme, qui seraient des valeurs au cœur du capitalisme (sa devise serait : liberté, compétitivité, productivité !)

     

    -- elle serait aussi un élan vers l’autre, plus que quelque chose de légal.

     

    --elle nécessiterait une absence de profit dans la relation.

     

    --elle serait incompatible avec la compétitivité.

     

     

     

    2.    la constatation d’un destin commun.

     

     

     

    Les révolutionnaires de 1789, en promouvant la fraternité (qui n’a été inscrite dans la Constitution qu'en 1848, sur proposition de Lamartine), luttaient contre l’affirmation des nobles qu’ils avaient un sang différent (bleu ?), qu’ils ne faisaient donc pas partie de la même espèce que les roturiers. De la même façon,  l’apôtre Paul disait : » il n’y a plus d’esclaves et d ‘Hommes libres , il n’y a que des fils de Dieu ».

     

     

     

    La fraternité n’exclurait pas  la jalousie, la violence, voire le crime (Caïn et Abel). Les Grecs, de même que la Bible, utilisaient cette définition de la fraternité dans leurs mythologies (cf Luc Ferry).

     

    Elle serait  compatible avec la compétitivité, qui par ailleurs est source de richesse.

     

     

     

    Les communistes se reconnaissent « camarades », une façon d’assumer un destin commun. Ils ont été peut-être un peu trop loin, en envoyant les femmes faire du terrassement.

     

    Dans le même ordre d’idées, on peut parler de la fraternité des soldats de 1914-1918, leur destin commun étant spécialement tragique !

     

    Opposés à cette conception de fraternité seraient : le racisme (certains êtres sont inférieurs), la xénophobie (l’étranger n’est pas mon frère), la génération de confréries, qui limitent la fraternité à leurs frontières ; de même pour les classes sociales.

     

     

     

    Divers.

     

     

     

    La figure de Robespierre continue à polariser les opinions dès qu’on parle de la Révolution. On lui attribue peut-être plus d’actions qu’il n'en a faites. La canalisation des "sans culotte", n’était certainement pas facile. A suivre !

     

     

     

    Pourquoi ne parle-t-on pas de sororité ? Implicitement, la fraternité englobe la sororité, mais la grammaire Française mériterait d’être corrigée, ce qui n’est pas simple.

     

     

     

    Une remarque importante : dans le triptyque liberté, égalité, fraternité, les deux premiers termes sont souvent en opposition, une égalité parfaite s’opposant à la liberté d’entreprendre (voir le communisme), une liberté sans régulation  n’étant pas non plus viable (est-ce ce qu’on vit en ce moment?). Or la fraternité est ce qui permettrait à ce triptyque de fonctionner. Mais sommes nous dans cette situation idéale ? On peut en douter et donc penser que, oui, la fraternité reste une utopie.   

     


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  • Michèle Gaspalou

    LA FRATERNITE EST-ELLE UNE UTOPIE ? 

     

    Après un bref rappel historique, j’évoquerai la fraternité du point de vue individuel, puis sociétal. 

     

    Rappel historique

    La fraternité est née de l’aspiration à la liberté, lors du serment du Jeu de Paume en juin 1789 dirigé par une cause commune (c’était alors une fraternité « de rébellion »).

    Déjà évoquées par Fénelon (dans Les aventures de Télémaque), affirmées comme l’idéal par les Illuminati de Bavière[1]en 1776, les notions emblématiques de liberté, d’égalité et de fraternité ont été ensuite brandies au Club des Cordeliers, fondé par Danton, en 1790. Puis Jean-Nicolas Pache, élu maire de Paris le 11 février 1793, a fait mentionner sur les murs de Paris, le 21 juin : « La République, une et indivisible – Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort - ».

    La Constitution de 1848 a défini la fraternité comme un « principe » de la République. La devise « Liberté, Egalité, Fraternité » a été inscrite au fronton des édifices publics à l’occasion de la célébration du 14 juillet 1880, et elle figure dans les constitutions de 1946 et 1958.

    Si la liberté et l’égalité sont les socles de notre contrat social, la fraternité en est la perspective, tant individuelle que sociétale.

     

    Point de vue individuel

    Dans la vie quotidienne, la fraternité oscille entre empathie spéculative avec de lointains inconnus et engagement de proximité.

    Une approche naturaliste permet d’observer que la fraternité associe à la fois l’altruisme, l’amour, la générosité, l’affection, l’amitié, la bonté, la charité et la solidarité. Certains traits relèvent de l’instinct, d’autres sont plus intellectuels.

    L’altruisme recouvre en fait l’une des attitudes humaines les plus estimées et souvent citées, dans presque toutes les cultures, au fondement même de la vie sociale. Les sociobiologistes le rattachent à deux catégories non exclusives :

    ·                L’altruisme émotionnel, pulsion généreuse spontanée (même si inconsciemment une réciprocité est attendue)

    ·                L’altruisme rationnel qui, relevant lui d’une volonté, correspond au « donnant-donnant » de la solidarité humaine, dont il est un moteur très productif et générateur de progrès particulièrement en s’adossant sur des valeurs de responsabilité, d’autorité et plus encore de courage.

    La fraternité est une épreuve du lien avec l’autre qui se fait toujours aux risques de soi, une source d’effroi, une angoisse devant l’inconnu, le différent, l’étranger. « L’autre me regarde » a écrit Emmanuel Levinas ; il ne s’agit pas que du regard, l’autre me concerne comme étant quelqu’un dont j’ai à répondre et c’est une responsabilité inépuisable. Paul Ricoeur [2] a aussi pensé la fraternité comme projet éthique, et il définissait l’éthique par cette triade constitutive « le souhait d’une vie accomplie - avec et pour les autres - dans des institutions justes » (cf « Soi-même comme un autre »).

    En tout état de cause pour résoudre les problèmes rencontrés, il est nécessaire de faire preuve de lucidité, car sans lucidité, point de « juste milieu », point de liberté de penser et donc point de progression possible. Il faut également faire preuve de tolérance afin de dominer ses propres réticences à accepter l’autre.

    La fraternité n’est pas un état, mais une démarche, un processus qui s’éprouve au fil du temps, invitant d’abord à sortir de soi. Elle est un lien, mais ce lien n’emprisonne pas l’autre qui doit être accepté de façon inconditionnelle.  

    Tout ceci implique une démarche psychologique difficile, mais accessible. Elle ne se confond pas avec l’amitié, qui relève d’une proximité affective et intellectuelle réelle. La fraternité peut se contenter d’accepter l’autre, de le respecter dans ses idées et ses comportements, voire même de faire preuve de solidarité à son égard, le tout étant une question de dosage et de conviction.

    Renforcée souvent par l’esprit de convivialité, la fraternité contractuelle ressentie rayonne peu ou prou à l’extérieur, en société.

     

    Fraternité sociétale

    L’article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme rappelle que les êtres humains « doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».

    Cette obligation morale de devoir réciproque relève de la sphère de la communauté et se traduit, concrètement, dans un esprit solidaire (d’où découlent par exemple les protections sociales), mais elle donne lieu à deux interprétations différentes : une vision idéaliste qui fait de cette qualité un objectif supérieur à atteindre et à pratiquer, et une perspective réaliste qui tente d’adapter la fraternité aux hasards de la vie (en fonction d’évolutions sociales et/ou professionnelles, voire de choix de vie pouvant compliquer – ou faciliter - le maintien des liens sociaux).

    La fraternité républicaine renvoie au concept de « capital social » de Robert Putnam, entraide entre citoyens visant un monde meilleur, via les « liens horizontaux » : les réseaux, les normes et la confiance, qui facilitent la coordination et la coopération pour un bénéfice mutuel – ce qui est différent du « carnet d’adresses » de Pierre Bourdieu permettant d’améliorer sa propre position sociale -.

    Si elle n’est pas légiférée au niveau de l’Etat français, contrairement à la solidarité qui a même eu des « ministres de la Solidarité », la fraternité est toutefois marquée, tout au long de l’année, par diverses manifestations associatives, comme par exemple la « 4ème Fête de la Fraternité avec les migrants » organisée au Centre 8, Porte de Buc (à Versailles), l’hiver dernier.

    Par ailleurs, à un autre niveau, est commémorée chaque 20 décembre la Journée Internationale de la Solidarité Humaine, créée par les Nations Unies en 2005 et célébrant actuellement le nouveau programme de développement inclusif, à l’horizon 2030, pour assurer paix et prospérité aux peuples de cette planète.

    Le défi est immense, car l’individualisme est actuellement roi. Notre société est constituée de groupes : jeunes / vieux ; actifs / chômeurs / retraités ; hommes / femmes ; handicapés / valides ; citadins / ruraux ; autochtones / issus de l’immigration …

    Ont-ils encore un dénominateur commun ? Comment utiliser par exemple les réseaux « sociaux » pour créer de vrais liens ?

    Force est de constater que la société multiculturelle conduit à l’isolement et à l’anomie sociale, d’où la nécessité de créer des ponts avec des personnes qui ne nous ressemblent pas.

    Surtout qu’à l’instar de Margaret Thatcher qui a prétendu en 1987 « Il n’existe pas de société, seulement des hommes et des femmes individuels », l’idéologie néolibérale régnante est une dangereuse façon de justifier une inégalité omniprésente. Il n’y a alors pas d’intérêts collectifs de classe, mais une simple foule d’individus prenant des décisions rationnelles pour maximiser leur autonomie personnelle.

    Bien au contraire, la fraternité républicaine est un élan vers une vraie démocratie, complète, participative, coopérative, socialement durable et vivifiée par une constante créativité citoyenne, tant il est vrai que « la fraternité s’apprend ! On ne naît pas fraternel, on le devient », comme le rappelait Abdennour Bīdar [3] [cf. son « Plaidoyer pour la fraternité » (page 72)]. 

    Pour conclure :  autant rechercher la simplicité et la qualité conviviale dans le cadre d’une franchise bienveillante, sensible au souci de l’Autre et aux actions collectives, dans le respect des différences et la réciprocité des efforts d’ouvertures.



    [1] LES ILLUMINATI DE BAVIERE sont une société secrète allemande du XVIIIème siècle qui se réclame de la philosophie des Lumières.

    [2] PAUL RICOEUR (1913 – 2015) : philosophe français qui s’est intéressé tant à l’existentialisme chrétien qu’à la théologie protestante.

    [3] ABDENNOUR BIDAR : philosophe français contemporain, spécialiste de l’Islam.

    Michèle Gaspalou

     


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  • C.R. du 20 0ct 2018 :

     La gouvernance d’une Nation par l’autorité démocratique est-elle possible ?

     Les interventions ont beaucoup tourné autour de la définition d’un Etat et d’une Nation, de l’autorité dans nos démocraties, du respect des lois, et Améliorations de nos démocraties, et Alternatives à elles.

     

    L’ Etat et la Nation.

     Le modèle viendrait de la Grèce antique : les citoyens discutent d’un sujet à l ‘Agora, un consensus est obtenu, une loi est alors décidée, elle est exécutée sous la surveillance des sénateurs.

    Un Etat  est une Nation, avec un gouvernement.

    Une Nation serait est un peuple (ensemble de citoyens) composé de personnes ayant des origines ou des « souvenirs en commun » et un territoire (Pays).

    L’Etat-Nation est l’ensemble des deux.

    Question ; l’U.E. est-elle un Etat-Nation ? Peut-être le sera-t-elle un jour. Le processus de discussion- décision- exécution y est présent, mais l’U.E. n’est pas seulement qu’une nation, mais plusieurs.

    On apprend à l’école les « souvenirs communs », et aussi l’obéissance à l’autorité de l’Etat.

    Remarque : l’organisation de l’Etat a très longtemps fait référence à des autorités supérieures à l’humanité ou des idéologies  (Dieu, le communisme par exemple), alors que nos démocraties prétendent ne pas en avoir, et cette autoréférence rend plus difficile l’organisation.

    Pour certains la démocratie est dangereuse dans le cas où on laisse s’exprimer n’importe qui, n’ayant pas de faculté d’analyse de situation !

     L’autorité dans nos démocraties.

     Ce schéma est à peu près le nôtre, avec un parlement discute, puis légifère, et le gouvernement exécute. Cependant, comme il n’est pas possible de discuter à plusieurs millions, nous avons des représentants, et une Constitution qui en principe empêche de créer certaines lois (cependant, de Gaulle n’aurait pas appliqué la Constitution pour ce qui est des rapports du président et du premier ministre), et cela perdure avec ses successeurs.

    Plus précisément, le rôle de l’Etat serait d’observer, d’analyser les problèmes, ce qui est difficile car ces problèmes varient avec le temps, puis d’organiser des débats ouverts, puis de décider ou de faire décider par des structures subalternes.

    Dans les cas de crise aigüe, la nécessité des pleins pouvoirs au gouvernement ne fait pas de doute (cas de Clémenceau pendant la guerre de 14-18 qui était à la fois Président du Conseil et Ministre de l’Intérieur) .

    Il est demandé au citoyen d’obéir aux lois même s’il ne les respecte pas, d'y obéir (Alain disait qu'il fallait obéir, ce qui est nécessaire pour vivre en société mais pas respecter, par nécessité de résistance).  Un participant, adjoint au maire de sa ville, s’était opposé à l’apposition de stops dans une rue ; mis en minorité, il s’est cependant astreint à s’arrêter à ces stops qu’il jugeait inutiles.

    Les traditions Jacobine et Girondine ont été également citées. La première amènerait à des excès d’autorité, notamment pour ce qui est des autorités financières. La seconde favoriserait les bonnes relations entre les communes et l’était, qui sont en ce moment plutôt mauvaises.

    A ce propos, la promesse de réconcilier les Français est incompatible avec la distinction entre « progressistes, qui seraient pour la mondialisation » et « populistes, qui en majorité seraient ceux qui en souffrent ».

    Pour certains le terme Autorité démocratique est un non sens.

    L’autorité relève de l’institution, par exemple, on ne discute pas de l’autorité judiciaire, il y a l’autorité morale / compétences que doit avoir le leader qui entraîne le peuple auquel les gens font confiance et font des sacrifices.

     Améliorations de nos démocraties, et Alternatives.

     Au départ, il y a les élections de nos représentants. Ce qu’on attend d’un gouvernement, c’est qu’il assure à chacun un travail, qu’il assure la paix (ce qui n’aurait pas été le cas en 1936, où l’accent a été mis sur les vacances plutôt que sur la résistance à Hitler), et, depuis peu, qu’il s’occupe activement de l’environnement. Le gouvernement gère des citoyens en ayant le souci du bien collectif, alors que les individus ont des désirs personnels.

    Implicitement, celui qui est élu est une personne non seulement compétente, mais qui a des convictions et une « vision » de l’avenir. Il doit convaincre le peuple, en utilisant avec sincérité le « logos », la parole,  plutôt que le persuader, un peu comme un père ou une mère de famille. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas : on peut se faire élire uniquement pour être élu (pourtant la charge est souvent exténuante !), on peut utiliser la démagogie qui convainc les personnes crédules (cela peut consister à mettre l’accent sur des problèmes marginaux qui font consensus), ou avoir des idées à la mode, ou se faire une réputation d’ « énergique », ou manipuler l’information et les foules, ou faire des promesses impossibles à tenir, notamment pour ce qui est du chômage …. De plus on constate une certaine crispation de nos élus sur leurs convictions, et d’un mépris pour la minorité (pourtant les élections se jouent à peu d’écart !). Enfin, la fréquence élevée des élections incite les dirigeants au « court-termisme ».

    Pour ce qui est de la «  vision », De Gaulle a été cité, qui a mis fin à la guerre d’Algérie et à l’ère coloniale. On attend un leader qui s’attaque vraiment aux problèmes environnementaux.

     Peut-être faudrait-il faire périodiquement un état des lieux, par des experts indépendants ( ?).

     Coluche : « la dictature, c’est : ferme ta gueule, la démocratie c’est : cause toujours ». Nous ne serions pas vraiment en démocratie (?).

     L’Histoire serait-elle cyclique, avec une alternance de démocratie et de dictature ? *

     L’utilisation des décrets serait à prohiber, dans la mesure où la phase de discussion y est omise.

     La vraie démocratie serait à trouver en Suisse : par le système des votations, le citoyen a son mot à dire sur l’organisation de la cité ; et l’importante abstention à ces votations ne veut pas dire que leurs sujets ne sont pas intéressants, mais que les opinions ne sont pas arrêtées sur ces sujets. Cependant ce qui marche en Suisse, pays très riche, ne marcherait pas forcément en France, où les citoyens sont moins bien éduqués.

     Enfin, ne faudrait-t-il pas revenir au despotisme éclairé de Voltaire et les encyclopédistes ? Le cas de la Chine a été cité ; cependant n’oublions pas que dans ce pays (de plus d’un milliard d’habitants), on exécute en moyenne  un opposant par jour.

     Pour étayer une conclusion, en guise de réponse à la question posée dans le titre, certains propos émis en séance ont été repris :

     -         Mais je ne comprends pas, qu’est-ce que l’autorité démocratique ? è cela montre que le citoyen ne comprend pas cette notion, cela nécessite de la pédagogie ;

    -         L’autorité démocratique est un non sens ! è ce qui laisse perplexe ;

    -         Populisme et Démocratie, on ne va pas réconcilier la France, cela pose la question de l’autorité de la démocratie ! ;

     

    -         Il y a une autorité quelque soit le type de gouvernance, cela pose la question : ne faut-il pas avoir d’autres systèmes de gouvernance è réponse faite, il existe un cycle de régimes politiques *  https://fr.wikipedia.org/wiki/Anacyclose

      Nota : il a été rappelé qu’il y a eu un sujet de bac en 2016 « L’Autorité de l’Etat s’oppose-t-elle à la Liberté des individus ? » indiquant la différence entre individus et citoyens.


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