• Quel habitat pour demain ?

    "Mes amis, au secours..." Voici comment débutait l'appel de 1954 de l’abbé Pierre. Ce qu'il y a de plus terrible, c'est que c'est un appel qui aurait pu être lancé l'hiver dernier…


    Description de la situation actuelle :

    Trois millions de mal logés en France, dont un million de sans domicile personnel ; 3 sans logis sur 10 ont un emploi ; manque de logements (SDF, pauvres, classes moyennes…) ; coût croissant du logement ; incendies meurtriers dans des hôtels parisiens insalubres, squats, taudis, stigmatisation par l’adresse (pour autant que l’on arrive à en avoir une !…), économie souterraine dans les cités, insécurité dans la ville, violences urbaines, émeutes, voitures incendiées… les thèmes liés à l'habitat et à l'urbanisme nous renvoient de façon flagrante à la panne du système français d'intégration et de promotion sociale.

    Il y a quelques mois, je faisais visiter Paris à une jeune Suédoise. Elle s'est montrée étonnée des tentes qui étaient au bord de Seine… Quant aux foyers d'hébergement d'urgence : il n'y a pas de place affectée, il faut passer et voir s'il y a de la place, pas de réservation, il faut aller dans la rue la journée, pas de chiens, problèmes d'insécurité, de violences, de gens pas net dans leur tête… C'est ainsi que des gens dorment dans la rue ou dans leur voiture (quand ils ont la chance d'en avoir), parfois ils y meurent…

    Nous assistons également à la fin de l’exception française du "logement abordable". Les classes moyennes ont de plus en plus de problèmes pour se loger et sont souvent contraintes de loger loin de leur emploi, ce qui nécessite des trajets domicile travail longs. Même de nombreux cadres ont des problèmes de logement.

    A l'opposé de cela, il y a : des logements vacants, de grosses quantités de logements sociaux détruits, de la spéculation immobilière, la crise américaine des "subprimes" (qui coûtera près d'un demi-point de croissance mondiale en 2008 d'après le FMI).

    Qu'au cours des années d'après guerre, il y ait eut des problèmes de logement, cela peut se concevoir, mais que, cinquante ans après, ce genre de problème soit de retour dans un pays riche dont le PIB n'a cessé d'augmenter, c'est difficilement acceptable !

    De fortes sommes ont été versées pour les quartiers en difficulté, mais cela ne résout pas les problèmes de fond.


    Comment sommes-nous arrivés là ? :

    A l’époque médiévale, les villes se trouvaient protégées par d’épaisses murailles et permettaient une accumulation de la richesse. Très vite la richesse des villes attira les pauvres des campagnes. La ville, à partir du XIXème, devint l’espace central de la société. Du fait du développement des faubourgs et des allées et venues continuelles entre ceux-ci et la ville, cette dernière perdit la sécurité que procuraient les anciennes murailles d’enceinte. De la fin du XIXe jusqu’aux années 1960/70, les gouvernements vont traiter les lieux de la ville afin de lutter contre l’insécurité civile (aboutissement : création des grands ensembles dans les années cinquante et soixante) et s'occuper des gens pour traiter l’insécurité sociale (protection sociale). Mais durant le dernier quart du XXe siècle, c'est le retour de l’insécurité aussi bien civile que sociale. Que s'est-il passé ?

    Petit rappel historique proche :

    Après la deuxième guerre mondiale, il a fallut reconstruire. La demande de logements était forte. Cela était dû aux destructions suite aux bombardements, mais aussi au "Baby Boom". Les logements étaient rares, durs à trouver. Hiver 1954 : appel de l'Abbé Pierre suite aux drames humains subis par les sans logis. Grâce aux politiques économiques Keynésiennes la France, et plus généralement le monde occidental, connut un essor économique qui profita à tous (les Trente Glorieuses) entraînant le progrès. C'est à cette époque que furent construites les barres et les tours. Les logements ainsi crées étaient considérés comme modernes. C'était même une philosophie. La France était restée rurale et provinciale. La construction d’ensembles d’immeubles offrant des logements spacieux, des conditions d’hygiène et de confort toutes nouvelles, et tout cela dans un cadre proche de la nature, donnait la voie à la modernisation de la société, à l'entrée dans l’ère de l’industrialisation, de la croissance et du progrès, sous la houlette d’un Etat modernisateur. C'est aussi à cette époque que de nombreux foyers purent devenir propriétaires, et se loger dans des pavillons de banlieue, notamment.

    1973/1974 premier choc pétrolier puis 1979 second choc pétrolier. Crise économique. Apparition de la "stagflation". Augmentation du chômage. La philosophie véhiculée par les grands ensembles, change alors. Ce n'est plus l'idée d'accès au travail, de stabilité de l’emploi, mais c'est plutôt l'association avec le chômage, la précarité, la pauvreté, la jeunesse qui doute d’avoir un avenir, les émeutes, les trafics illégaux… Cela accélère la fuite des classes moyennes dans les communes rurales de la périphérie, accentuant le développement du pavillonnaire et de l’automobile.

     

    En parallèle, dans le monde, de nouveaux pays prennent du poids dans les échanges commerciaux. Au lieu de promouvoir une philosophie internationale basée sur l'humain, la coopération et la régulation économique, les dirigeants de la planète ont choisit de détruire petit à petit la philosophie Keynésienne d'économie sociale et de progrès pour la remplacer par une philosophie de concurrence et de finance à courte vue par laquelle l'être humain et l'entreprise sont relégués au rang de machines à "créer de la valeur pour l'actionnaire". D'où dérégulations, concurrence sauvage, loi du plus fort et autres (Reggan, Tacher…). En France notamment, l'ascenseur social se met à descendre. Le chômage s'amplifie. Les "nouveaux pauvres" font leur apparition (entraînant entre autres des problèmes de logement dû au manque de solvabilité des ménages concernés). D'autres phénomènes se produisent également : le nombre de divorces augmente (ce qui entraîne une croissance des besoins en logements globalement et des difficultés financières pour ceux qui sont touchés), l'immigration de travail (les hommes s'entassaient dans des foyers) est remplacée par le regroupement familial (entraînant le besoin de logements dans les citées d'habitat social).

    La précarisation croissante des emplois génère de l'insécurité sociale. L'image des parents chômeurs est dégradée, particulièrement auprès des enfants ; cela amplifie la perte des valeurs déjà à l'œuvre à cette époque. Le lien social se défait. Les jeunes se désespèrent de voir leur avenir bouché. Ces éléments font partie des explications à la montée de la délinquance et des phénomènes de "violences urbaines".

    Les pauvres sont "stockés" dans les cités d’habitat social. Les classes moyennes fuient ces citées. Elles sont également délogées des centres villes par le prix croissant de l'immobilier. Elles se retrouvent souvent loin de leur lieu de travail, ce qui les oblige à des transports quotidiens souvent longs et difficiles. Les gagnants de la mondialisation investissent les centres ville. Outre les délocalisations et les nouveaux pauvres, la mondialisation de type actuel a pour effet d'augmenter le prix de l'immobilier. Les gens ordinaires ont de plus en plus de mal à se loger. De plus, il y a risque d'éclatement de la bulle spéculative.

    Février 2004 : 50 ans après l'hiver 1954, le Mouvement Emmaüs et l'abbé Pierre lancent un nouvel appel. Juste avant Noël 2006, les Enfants de Don Quichotte installent un campement de sans-abris sur les rives du Canal Saint-Martin à Paris. Résultat : une loi sur le "droit au logement opposable".


    Quelles sont les tendances actuelles ? 

    Les nouveaux accédants à la propriété s'endettent pour très longtemps (20, 30 ans) alors qu'ils ont de moins en moins de visibilité sur leurs emplois (chômage, mutations etc.) De plus, la remonté des taux d'intérêt met en danger ceux qui ont des prêts à taux variable. Les classes moyennes sont obligées de se loger de plus en plus loin de leur lieu de travail à cause du prix de l'immobilier ; il y a également des fermeture de lignes de transport en commun non rentables ; d'où transports en voiture, pollution, consommation d'énergie, embouteillages : c'est anti développement durable. Nous pouvons aussi nous poser la question de l'efficacité de la Loi du droit au logement opposable s'il n'y a pas assez de logement. Certains veulent mettre en application l'ordonnance de 1945 du CNR (Conseil National de la Résistance) qui permet de réquisitionner les logements vacants ; c'est le cas de l’association Droit au logement (DAL). A noter que le gouvernement veut atteindre une production annuelle de 500 000 logements dont 120 000 logements sociaux. Ne pas oublier qu'il y a en parallèle la destruction des anciennes barres et tours et qu'il y a des logements HLM vendus.


    Quelles sont les nouvelles solutions envisagées ? 

    Tours et barres détruites, logements HLM vendus, c'est bien, mais cela fait du logement social en moins. Alors que l'on détruise les tours, mais seulement lorsque tout le monde sera logé. Il faudrait une notion d'habitation d'urgence : en étant moins exigeant sur le logement pendant quelques temps (le temps de construire de bons logements) et en retardant la destruction des HLM ; cela permettrait de loger les SDF dans des conditions bien meilleures que les foyers, les voitures, les taudis et la rue... Et surtout, que l'on construise plus de logements. C'est bon pour l'humain, le social, l'intégration, l'emploi, la fluidité (sortie des HLM notamment). Mais il faut financer. Se pose alors la question du dynamisme économique (tout en pensant au développement durable…), du pouvoir d'achat, du chômage, de la mondialisation, de la justice sociale, de la répartition des richesses, de la spéculation, de la dette, de la fiscalité (la taxe d'habitation et la taxe professionnelle notamment) et autres… La solution évidente, selon moi, est de réguler intelligemment l'économie et la mondialisation ; également, de choisir la philosophie de la société que nous voulons : société de compétition exacerbée (que le plus fort gagne et malheur aux vaincus) ? Société d'assistés ? ou société humaine de coopération intelligente, de progrès, de solidarité, de justice sociale…?

    Il faudrait également changer la philosophie du laisser aller (à la loi du marché) qui consiste à penser que le logement est un objet de consommation courante comme un autre, une marchandise. L’accès au logement fait partie des besoins humains élémentaires (pyramide de Maslow). L'Etat doit prendre ses responsabilités.

     

    Autres idées en vrac : Voir les règles d'attribution des logements sociaux (vaste sujet…). En plus, des incitations fiscales, il faut rassurer les propriétaires sur le paiement des loyers (exemple LOCA-PASS) afin qu'ils soient plus enclins à investir et à mettre en location. La fédération Habitat et humanisme : une solution performante pour créer du logement social, de la réinsertion, de l'intégration et de la mixité sociale : 1 € apporté = 4 € investis dans un logement (voir les explications complémentaires et les liens dans le blog cité en fin de texte).

    En France, avec des émissions de 120 millions de tonnes de CO2, c’est-à-dire 25% des émissions nationales, et une consommation de 70 millions de tonnes équivalent pétrole, le secteur du bâtiment est le plus gros consommateur d’énergie (43%) et à l’origine d’une grande partie des rejets de CO2 nationaux. Le bâtiment représente donc des gisements potentiels considérables d'économie d'énergie et des éléments clés dans la division par 4 de l'émission des gaz à effet de serre (GES) à atteindre d'ici 2050. Des solutions existent : les habitations basse consommation, voire à énergie positive !... (Ce point sera développé lors du débat et vous pouvez trouver des informations et des liens sur le blog dont l'adresse figure à la fin du texte).


    Quel urbanisme ? quel aménagement du territoire ? 

    L’étalement urbain va en s’accélérant depuis les années soixante-dix, transformant les communes rurales en territoires urbains. Cela est dû à l'attrait de "la ville à la campagne", au développement du pavillonnaire, aux possibilités de transport… qui commencent à être remises en cause par le prix croissant de l'énergie. C'est pourquoi certains imaginent un retour à la ville concentrée. Il y a déjà des projets de tours de plus de 300 mètres de haut qui intègrent un quartier, c'est-à-dire commerces, logements, école, bureaux, salle de sport etc. Dans le monde, c'est même des tours de 500 mètres de haut. Il y a même un projet de tour de 1000 mètres de haut !

    Les spécialistes jugent le débat "urbanisme concentré ou déconcentré" un peu dépassé. Il faut surtout se préoccuper des flux. A quoi cela sert de se concentrer, s'il faut des déplacements trajet travail long ? Il peut y avoir une solution intermédiaire comme du logement individuel à haute densité par exemple. Il faut des quartiers un peu autonomes, où l'on peut trouver sur place logement, travail, commerces, écoles, administration, religion, loisirs, sports etc. Certaines "villes nouvelles" (Saint Quentin en Yvelines par exemple) ne sont pas trop mal conçues de ce point de vue.

    Par ailleurs, pour un futur plus lointain, des gens très sérieux pensent à implanter une base lunaire, puis une base sur Mars. Certains pensent à Mars comme planète de rechange de la terre…


    Quelle mixité sociale ? Comment vivre ensemble ? :

    Trois états de l’urbain sont nettement apparus à la fin des années quatre-vingt-dix :

    - D’un côté, les centres-villes (la "gentrification") : C'est le territoire des familles aisées.

    - A l’opposé, "la relégation", le domaine des cités défavorisées et des classes populaires.

    - Au milieu, les vastes zones péri-urbaines des classes moyennes.

    Certains souhaitent une mixité sociale forcée. La loi "solidarité et renouvellement urbains" (SRU) est un premier pas décisif dans cette direction (Article 55 minimum de 20% de logements sociaux).

    Petit rappel historique : Durant les Trente Glorieuses, un ouvrier n'avait pas peur de perdre son emploi et pouvait même se payer un pavillon et pouvait espérer passer cadre un jour. Les enfants vivaient mieux que leurs parents. Cela a favorisé une mixité sociale saine : l'ouvrier pouvait s'acheter un pavillon à côté de celui du cadre. Mais la philosophie de l'économie actuelle a bouleversé cela. Les nouveaux pauvres se sont retrouvés à la rue. Les gagnants peuvent encore s'acheter des logements en centre ville ou de belles maisons dans les quartiers résidentiels. Les perdants sont, au mieux relégués dans les HLM, au pire ils sont des SDF.

    Certains veulent imposer une mixité sociale artificielle. Voir ce que pense Jacques Donzelot (maître de conférence à l'Université Paris X) à ce sujet (ce point sera développé lors du débat). L'emploi, le progrès social, la promotion sociale, l'ascenseur social sont, selon moi, la vraie réponse à la mixité sociale saine.

    Dans l'habitat, il ne faut pas oublier le maintien a domicile des personnes âgées ainsi que les résidences pour personnes âgées. Ne pas oublier également les logements pour les jeunes (travailleurs, étudiants…) et, plus généralement, quelle place pour les jeunes dans la ville (et ailleurs…) ? Il faut également traiter les problèmes d'insécurité, qui peuvent pourrir la vie des gens.

      Conclusion :   Alors, quel habitat pour demain ?

    Selon moi les points prioritaires à traiter sont :

     

    1) - L'aspect socio-économico-humain : il faut pouvoir assurer un logement décent à tous. Cela ramène aux problèmes de l'emploi, du pouvoir d'achat, de la spéculation, mais aussi de la philosophie que nous choisissons pour le monde dans lequel nous vivons.

    2) - L'aspect développement durable. Des solutions techniques existent. Il faut donner à tous les moyens du développement durable (que cela ne soit pas réservé aux riches qui peuvent payer et que les pauvres ne soient pas surtaxés du fait qu'ils n'ont pas les moyens de financer l'investissement dans le développement durable).

    3) - L'aspect gestion intelligente des transports, de l'urbanisme et de l'aménagement du territoire.

    4) - L'aspect "comment vivre ensemble ?" Quelle philosophie adopter ? L'entre-soi, la mixité, ou une solution intermédiaire ? Cela ramène aussi aux problèmes de valeurs, d'exemples, d'éducation, de sens civique, d'insécurité, de chômage, de misère, d'intégration, de réinsertion… Il faut renouer avec le progrès et la justice sociale.

    Je vous invite à consulter le blog :

    http://ecomondiale.over-blog.com

    Vous y trouverez des textes de réflexion pour que le monde fonctionne mieux ainsi que des liens vers d'autres sites (sur l'habitat notamment).

    « Energie, développement, environnement : comment s'en sortir ?Compte-rendu de la réunion avec Benjamin Dessus le 24/11/2007 »

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