• Quel choix de société, payer pour des vies, ou payer avec des vies ?

     

    "Quel choix de société, payer pour des vies, ou payer avec des vies ?"

     

    I/ Introduction :

     

    La pandémie du corona virus et ses victimes nous interrogent sur la valeur que chaque société accorde à la vie humaine. Que vaut celle d’un jeune face à une personne âgée ? Peut-on sacrifier un secteur économique ? Analyse liée depuis toujours à la décision politique ?

     

    Le prix d’une vie est largement abordé par la justice pour indemniser les familles des victimes d’accident ou d’attentat, nous n’aborderons pas le prix de la vie dans ce cadre vu par la justice, ni le dédommagement des compagnies aériennes en cas de crash.

     

    II/ Les choix décidés par le Président :

     

    Emmanuel Macron Président de la République l’a rappelé « La vie humaine demeure le principe intangible ».

     

    L’Etat aurait-il changé de stratégie ? Serait-il passé de la survie à tout prix à un équilibre difficile entre la préservation des vies et de la vie sociale, tout en montrant des hésitations dans son action ? « L’Etat paiera quoi qu’il en coûte », cette phrase prononcée par le Président Macron, à la veille du premier confinement, est un slogan. Il existe des contraintes en termes matériels qui pèsent sur un Etat, dès lors l’hypothèse d’un prix infini n’est pas tenable.

     

    L’Etat a modifié son équilibre politique, il soupèse différemment le poids des vies par rapport à celui des intérêts, d’un coté on paie pour des vies, de l’autre on paie avec des vies. Le Président Macron indique que le gouvernement a fait « le choix humaniste de placer la santé au dessus de l’économie ».

     

    L’année 2020 et la crise sanitaire signent-elles le début d’une nouvelle ère : celle où les Etats donnent plus de prix à l’existence ?

     

    III/ Le prix d’une vie vu par des économistes, ainsi que par un professeur de philosophie et d’éthique, interrogations :

     

    Sur le papier, quoi de plus précieux qu’une vie ? Elle n’aurait à priori rien à voir avec le domaine de la monnaie sonnante et trébuchante. Pourtant, depuis la pandémie du coronavirus, le gouvernement ne cesse de faire les comptes entre les pertes économiques et le nombre des victimes. Patrick Artus, économiste a même calculé qu’une vie humaine sauvée pendant le confinement avait coûté 6 millions d’euros à la collectivité. Comme le souligne Ariel Colonomos membre du CNRS, professeur de philosophie et d’éthique à sciences PO, « le calcul du prix d’une destinée est au cœur des décisions politiques », « le prix de la vie nous dit qui nous sommes ».

     

    Les vies sont une variable essentielle de la décision politique. Une vision venant des Grecs, met l’accent sur la nécessité pour le politique de trouver la juste mesure. La juste mesure de quoi, si ce n’est celle de la vie des êtres humains dont le politique est responsable ? Mais le politique ne s’en tient pas là : il est un système qui repose sur les intérêts qu’il poursuit, un Etat a besoin de ressources, il doit lui-même survivre en tant qu’organisation. En raison de ces deux impératifs, être, d’une part, responsable des vies humaines, et, de l’autre, poursuivre des intérêts, les vies sont mises en balance avec d’autres biens matériels.

     

    Avec la crise, le prix de la vie revêt-il la même valeur pour les jeunes et les personnes âgées ? Toutes les vies se valent-elles ?

     

    C’est une question de justice importante. Elle a une dimension morale bien sûr. Elle a aussi une forte dimension politique, car la définition du juste a des incidences sur notre équilibre politique et sur le sens du ‘vivre-ensemble’. Les divers confinements ont montré que nos sociétés hormis le Brésil, ont fait payer un lourd tribut à l’ensemble de leurs citoyens en vue de préserver des vies, notamment parmi les personnes âgées. D’une certaine manière, les actifs et les générations à venir ont accepté ces sacrifices pour sauver des personnes âgées.

     

    Mais faut-il différencier les efforts que l’on fait pour sauver des vies ? Par exemple, les années à préserver des enfants sont-elles plus importantes que celles de personnes qui sont au soir de leur vie, puisque sans les générations à venir nous n’avons pas de futur.

     

    IV/ Mais alors une autre question se pose :

     

    La solidarité avec les handicapés : investissement ou charge pour la société ?

     

    Victimes d’un accident ou nés avec un handicap, certains se voient renvoyer l’image de personnes considérées comme une charge, au motif qu’elles ne seraient pas ou plus productives économiquement.

     

    V/ Politique et société :

     

    En définitive, surtout dans un contexte démocratique, le politique est cet équilibre capable, avec plus ou moins de dextérité, de saisir l’orientation de nos préférences et de nos sensibilités, selon que nous acceptons plus ou moins de souffrance ou de violence ou que nous sommes prêts à de fortes concessions pour les minimiser.

     

    VI/ Le consentement impossible équation :

     

    Le consentement au cœur d’une impossible équation.

     

    Avec la crise sanitaire de la Covid-19, des pans de l’économie sont sacrifiés pour sauver des vies. Au centre de l’impossible équilibre entre coûts humain, économique et démocratique, l’assentiment des citoyens est surveillé de près par le pouvoir.

     

    « Pour nous rien n’est plus important que la vie humaine ». Lors de son allocution du 28 octobre 2020, annonçant le re-confinement, Emmanuel Macron a rappelé ce « principe intangible » qui justifie des coûts économiques et démocratiques sans précédent. Une équation impossible qui ne tient qu’à la condition d’être consentie par les citoyens.

     

    Le mythe du gaulois réfractaire : or l’enjeu est immense tant le consentement des citoyens est « constitutif de la démocratie elle-même », explique le philosophe Michel Terestchenko, auteur des scrupules de Machiavel.

     

    Depuis Thomas Hobbes, on considère, en effet, que le pouvoir légitime est celui qui résulte du consentement des citoyens.

     

    Olivier Borraz, sociologue et co-auteur de la covid-19 une crise organisationnelle, « en sociologie des risques, la notion d’acceptabilité est centrale. », « Comment expliquer un si fort consentement alors que la défiance vis-à-vis des politiques est extrêmement haute ? ». Cette contradiction « montre la maturité de la population française dont les comportements ne sont pas automatiquement dictés par leur opinion ».

     

    Ce consentement est obtenu en démocratie « par une information éclairée ».

     

    Or un consentement, « doit être fondé sur une relation de confiance et de respect réciproque, entre adultes. »

     

    VII/ Risques : « Le pseudo consentement actuel pourrait aboutir à la révolte de demain. Car si la démocratie, via les partis traditionnels, les syndicats et les instances de médiation, n’est plus capable de canaliser la contestation, celle-ci prendra une forme violente ou nourrira les extrêmes et les discours complotistes ».

     

    VIII/ Ce à quoi il faudrait réfléchir, défi proposé par certains, est-ce envisageable ?

     

    François Xavier Albouy directeur de recherche en transitions économiques et démographiques, nous invite à réfléchir aux conditions d’une assurance santé mondiale basée sur un prix minimum, universel de la vie humaine, c’est le grand défi du XXIe siècle.

     

    Personnellement, on commence par gérer la vie humaine avec des comptes d’apothicaires, en faisant la distinction hommes-femmes, jeunes ou âgés, valides ou invalides, que choisirait-on entre une personne âgée avec potentiel de savant prix Nobel et jeune non expérimenté, catégorie socioprofessionnelle en fonction de l’intérêt pour le pays, etc. Cela ressemble au dilemme du tramway, c’est une expérience de pensée qui se conçoit ainsi sous une forme générale : une personne peut effectuer un geste qui bénéficiera à un groupe de personnes A, mais, ce faisant, nuira à une personne B ; dans ces circonstances, est-il moral pour la personne d'effectuer ce geste ? 

     

    Pour mémoire : Vous ne pouvez faire figurer dans les offres d’emploi des références liées à l’origine, au sexe, à l’orientation ou à l’identité sexuelle, à l’âge, à la situation de famille ou à la grossesse, aux caractéristiques génétiques, à l’appartenance ou la non-appartenance, vraie ou supposée à une ethnie, une nation ou une race, aux opinions politiques, aux activités syndicales ou mutualistes, aux convictions religieuses, à l’apparence physique, au patronyme, à l’état de santé ou au handicap. Ces principes sont inscrits dans le Code du travail (article L. 1132-1), mais aussi dans le Code pénal (articles 225-1 et 225-2).

     

    IX/ Deux questions : Alors pourquoi autoriser la discrimination sur le prix d’une vie ?  Existe-il un juste milieu au quoiqu’il en coûte, au dilemme éthique posé par la situation actuelle ?

     

                                                                                                              Daniel Soulat 19/12/2020

    Pour lire le compte-rendu du débat.

     

    « c.r. du 28 Nov 2020 La vieillesse, un tabou?C.R. du 19 Déc 2020: Quel choix de société?payer pour des vies?Ou payer avec des vies? »

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