• Qu'est ce que profiter de la vie ?

    On peut profiter de toutes sortes de choses : du soleil, de la mer, de son vélo, de sa voiture etc. Profiter de quelque chose signifie généralement l’utiliser, en jouir.

    De ce fait même il est difficile pour quelqu’un qui ne sait pas nager de profiter de la mer. Etre propriétaire d’une chose, ne signifie pas que vous pouvez en profiter. Vous pouvez avoir la nue-propriété d’une résidence et de ce fait ne pas avoir la jouissance.

    L’argent évidemment n’est qu’un moyen et non une fin en soi même si on peut jouir de voir son capital augmenter. Il n’y a pas si longtemps, l’on pouvait profiter de son esclave. La notion de profit est souvent déconsidérée et ceci à juste titre. 

    On a parfois tort de profiter de certaines choses ou bien cela est profitable à court terme mais néfaste à long terme, par exemple : le soleil qui vous donne bonne mine dans un premier temps mais des rides ou même peut provoquer le cancer dans un second temps ; l’alcool peut être agréable à boire et donner des sensations et mener à l’ivresse dans tous les sens du terme mais ensuite peut vous donner du mal de tête et même détruire votre vie si cela devient une habitude. Il en est de même des drogues. Le crédit vous permet de profiter de certaines choses immédiatement mais il faut bien rembourser par la suite.

    N’oublions pas une autre considération : celle de l’utilité marginale. La première gorgée de bière. C’est la seule qui compte. Les autres de plus en plus longues, de plus en plus anodines, ne donnent qu’un empâtement tiédasse, une abondance gâcheuse. Idem pour le vin ou autre chose. Un verre de vin n’a pas une utilité propre, définie, immuable. Celle-ci dépend d’abord du sujet. Certains n’aiment pas le vin : une seule goutte les rend malade ; d’autres ne l’apprécient qu’en quantité. L’autre élément déterminant est tout simplement la position du verre dans la série des verres de vin. Les premiers verres donnent une utilité (satisfaction) importante, les derniers (si on ne s’arrête pas avant) une utilité négative. L’utilité marginale est la satisfaction que donne dans une série, la dernière unité consommée. Si par exemple, ma satisfaction passe de 10 à 15 en buvant un troisième verre, l’utilité  marginale de ce troisième verre est de 5. 

    Peut-on profiter de la vie comme d’une bicyclette ? Peut-on enfourcher la vie comme on enfourche un vélo. Qu’est-ce que vivre ? Bien avant Maslow, nous savions que vivre c’est avant tout satisfaire ses besoins.

    Respirer, boire, manger, se protéger des éléments, se reproduire sont autant de besoins naturels. Ces besoins primaires sont ceux de l’animal qui sommeille en tout homme. S’il n’y avait qu’eux à satisfaire, l’ensemble de l’humanité pourrait se reposer, heureuse. Nous pourrions, comme le lion, dormir vingt heures par jour. Pour satisfaire ses besoins élémentaires (se nourrir, se loger, s’habiller), la plupart des gens doivent travailler. Pour certains, le travail est un divertissement, au sens où l’entendait Pascal : une occupation qui remplit la vie et nous évite de nous regarder dans la glace et d’affronter notre condition d’homme mortel. Mais dans la majorité des cas, il est difficile de trouver un épanouissement en travaillant. La plupart des professions n’offrent que des tâches d’exécution même certaines professions qui font rêver (trader, médecin, pharmacien).

    Cela voudrait-il dire que seuls les rentiers (retraités) peuvent vraiment profiter de la vie ? Encore faut-il savoir profiter de son temps libre. Que n’a-t-on entendu en 1936 et encore maintenant quand les réactionnaires disaient et disent encore que donner du temps libre aux ouvriers allait encourager l’alcoolisme ; l’oisiveté étant la mère de tous les vices. Qu’est-ce qui détermine nos occupations de temps libre ? Partons-nous vraiment en vacances parce que nous en avons envie ou pour pouvoir dire plus tard que nous avons été en vacances. Nous agissons souvent par mimétisme. Nous regardons le foot à la télévision parce que nos copains le font. Nous fêtons Noël par obligation autant par envie. L’esprit du moindre effort fait que la plupart des gens préfèrent être des consommateurs plutôt que des acteurs. 

    Il paraît qu’il vaut mieux être jeune, riche, beau, intelligent et bien portant que vieux, pauvre, laid, sot et malade. On comprend aisément qu’il n’est pas possible de profiter de la vie en étant malade et souffrant. Le riche profiterait-il plus de la vie en pouvant consommer davantage de choses et en consommant des produits de qualité : il pourra boire du champagne alors que le pauvre devra se satisfaire du mousseux. De même la beauté ouvre des portes qu’un physique ordinaire ne permet pas : un top-model pourra se marier avec un président de la République même si par le passé des femmes moins gâtées par la nature ont eu des destins similaires. L’intelligence permet l’accès au savoir, à la compréhension, au pouvoir mais le prix de l’intelligence, c’est l’innocence perdue. Descartes en son temps nous disait que l’augmentation du savoir c’est aussi l’augmentation de la tristesse, de la douleur, de la mélancolie. Il préférait toutefois être moins gai et avoir plus de connaissances.

    Les vieux même riches sont pauvres chantait en son temps Jacques Brel signifiant par-là qu’il ne suffisait pas d’avoir des moyens encore faut-il avoir la capacité de les utiliser. La véritable richesse semble être la jeunesse. C’est avant tout la plénitude de son corps. Corps que l’on utilise ou que l’on offre. Jouir et faire jouir n’est-ce pas l’occupation la plus satisfaisante et la plus morale. Il n’empêche que le désir ne se commande pas et il arrive que notre corps devienne moins désirable. Il arrive de même que la chair soit triste. De toute façon, on ne peut pas non plus passer sa vie à peindre et faire l’amour. Il reste tant d’autres choses à faire : se promener, cultiver le lien social, s’engager dans des partis politiques ou des associations, s’intéresser à mille choses. Espérons pour le moins que ce débat même soit profitable.

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