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    Ce texte s’inspire en grande partie du livre récent d’André COMTE-SPONVILLE portant ce titre, mais sans en reprendre toutes les thèses.

    Qu’est-ce que le capitalisme ?

    On peut donner deux définitions complémentaires du capitalisme :

    -          c’est un système économique fondé sur la propriété privée des moyens de production et d’échange, sur la liberté du marché et sur le salariat  (définition descriptive ou structurale : comment ça marche) ;

    -          c’est un système économique qui sert, avec de la richesse, à produire davantage de richesse (définition fonctionnelle : à quoi ça sert) ;

    Ceux qui possèdent une entreprise (les actionnaires) font travailler – sur la base d’un contrat volontaire et en échange d’un salaire - ceux qui ne la possèdent pas (les travailleurs salariés). Les travailleurs produisent davantage de valeur qu’ils n’en reçoivent, et la plus-value générée est partagée entre les actionnaires et la collectivité (impôts).

    Ce qui est propre au capitalisme, ce n’est pas la production de plus-value, mais son appropriation par ceux qui possèdent les moyens de production. Ceci n’empêche pas les patrons de travailler, ni les salariés d’être actionnaires. Mais l’opposition entre capital et travail est ce qui caractérise le capitalisme.

    Enfin, la deuxième définition implique que « l’argent va à l’argent », c'est-à-dire non pas à ceux qui en ont le plus besoin (les pauvres), mais d’abord à ceux qui en ont le plus. Elle implique aussi que l’argent doit « travailler », et distingue donc le riche (qui ne crée pas forcément de richesse) du capitaliste (qui prend des risques en investissant).

    Les autres systèmes économiques

    A vrai dire, il n’y en a qu’un seul qui ait été expérimenté à grande échelle : le socialisme marxiste. A l’inverse du capitalisme, c’est un système social dans lequel les moyens de production et d’échange sont la propriété de la collectivité ; par conséquent, dans ses formes les plus « pures », le collectivisme supprime totalement la notion de propriété individuelle.

    Le système socialiste fait des travailleurs la force décisive de la société, puisqu’ils sont les propriétaires collectifs des moyens de production.

    Il se fonde sur la prééminence de l’intérêt collectif sur les intérêts particuliers.

    L’Etat représente la collectivité et fait en sorte que chacun ait un emploi et les moyens de vivre décemment. Il en résulte que tout procède de l’Etat, qui assure également le contrôle de l’égalité économique des citoyens.

    La place de la morale dans la société humaine

    Pascal distinguait trois niveaux, trois « ordres » dans le monde régi par l’homme : l’ordre du corps, l’ordre de l’esprit ou de la raison, l’ordre du cœur ou de la charité.

    André Comte-Sponville en distingue cinq, que voici :

    1/ L’ordre techno-scientifique. C’est celui des faits indiscutables, telles que les lois de la physique ou de la biologie. Comte-Sponville y range aussi les lois économiques, et c’est là qu’on peut ne pas être d’accord avec lui.

    Cet ordre décrit ce qui est possible et impossible, et qui évolue en fonction du progrès. Il explique le « comment » des choses, et pas leur pourquoi

    Ce n’est donc pas au sein de cet ordre qu’on peut dire si une chose est bonne ou mauvaise, autorisée ou pas.

    2/ L’ordre juridico-politique. Il structure ce qui est légal ou illégal, autorisé ou interdit, qui est donné par la loi, laquelle est établie, dans les pays démocratiques, par la représentation nationale.

    A son tour, cet ordre est insuffisant : ce qui est autorisé ou interdit n’est pas forcément ce qui est bien ou ce qui est mal. Au niveau de la collectivité, le Parlement ne peut pas voter une loi immorale, par exemple décréter l’extermination des juifs, et continuer à se proclamer démocratique. Au niveau individuel, nous connaissons tous des « salauds légalistes », ceux qui appliquent strictement les lois sans se préoccuper de leur contexte d’application.

    Ce n’est donc pas non plus au sein de cet ordre qu’on peut dire si une loi est bonne ou mauvaise.

    3/ L’ordre de la morale. Le peuple, bien que souverain, n’a pas le droit de tout faire. Le Parlement ne peut modifier les exigences morales et voter sur le Bien et le Mal, pas plus qu’il ne peut voter pour modifier les lois de la physique.

    Il en résulte que, pour les individus, la morale s’ajoute à la loi : l’individu a plus de devoirs que le citoyen ; pour les peuples, c’est le contraire : le peuple a moins de droits que la loi ne lui en accorde.

    Mais alors, qu’est-ce que la morale ? Selon Kant, c’est, pour une conscience donnée, l’ensemble de nos devoirs, des obligations et des interdits que nous nous imposons à nous-mêmes, indépendamment de toute récompense ou sanction attendue et même de toute espérance. La morale se caractérise donc fondamentalement par le désintéressement.

    Le problème ici est de dire qui énonce ce qui est bien et ce qui est mal.

    4/ L’ordre de l’amour. Comte-Sponville l’appelle l’ordre « éthique ». Il complète l’ordre moral sans le limiter : si la morale est ce qu’on fait par devoir, l’ordre éthique est ce qu’on fait par amour. Il est structuré par les notions de joie et de tristesse, et il intervient dans les trois autres ordres pour les compléter et les motiver : amour de la vérité (ordre 1), amour de la liberté (ordre 2), amour de l’humanité (ordre 3).

    5/ L’ordre divin. Pour ceux qui croient en une transcendance, cet édifice est couronné par Dieu : les quatre ordres procèdent tous de Dieu, qui a fait les lois physiques, qui dit ce qui est bien et mal, ainsi que les lois pour se comporter en société.

    Le capitalisme est-il moral ?

    La thèse de Comte-Sponville :

    Si on suit son raisonnement, le capitalisme est un système économique obéissant à des règles précises et fait donc partie de l’ordre N°1. La morale constitue l’ordre N°3.

    Ces deux ordres étant de nature différente, on ne peut les mettre sur le même plan, cela reviendrait à vouloir faire que la morale régisse les lois mathématiques de l’économie, ce qui est aussi absurde que de vouloir modifier les lois de la gravitation universelle pour des raisons morales.

    Par conséquent, il en déduit que le capitalisme n’est ni moral ni immoral, mais Amoral.

    Cependant, il estime que la morale peut et doit limiter le champ d’action de l’économie : cela se fait déjà par la redistribution régie par des lois issues de l’ordre n°2, cela peut encore aller plus loin par la mise en place de mécanismes limitant les effets antisociaux d’une économie totalement libérale. Cela peut se faire aussi par la prise de conscience par les entreprises qu’un management prenant en compte le bien-être des salariés et l’intérêt des clients peut être beaucoup plus rémunérateur qu’une gestion dure comme au début de l’ère industrielle. Mais cela n’a alors rien à voir avec la morale, puisque cela ne se fait pas pour des raisons désintéressées. L’aspect moral des entreprises « citoyennes » est une conséquence de leur management intelligent, et non la cause de celui-ci.

    Enfin, les excès du dirigisme des pays communistes pour obliger les gens à agir dans l’intérêt général et non pour l’intérêt de chaque individu ont montré que ce système n’est pas viable car il va contre les tendances naturelles des personnes. Il ne reste donc plus que le capitalisme, dont il faut s’accommoder en limitant au mieux les excès auxquels il peut aussi conduire.

    Les critiques de cette thèse

    La plus fondamentale contredit l’idée que l’économie est une science comme les autres. En effet, derrière la physique, il y a les lois de la matière, derrière les mathématiques il y a des nombres, mais derrière l’économie il y a des hommes, et rien qu’on puisse mettre en équations de manière définitive. Quand on dit que les cours du pétrole sont régis par les lois de l’offre et la demande, ce n’est vrai qu’en partie : l’OPEP en 1973 (donc des hommes) ont brutalement pris la décision de multiplier par cinq le prix du baril, il n’y avait rien de scientifique là-dedans ; la baisse continue du dollar devant l’euro depuis deux ans n’a rien à voir avec les lois du marché, ce sont les USA qui pilotent cela pour doper leur commerce extérieur.

    Une autre critique consiste aussi à nier au moins partiellement la croyance que l’homme est fondamentalement égoïste et n’agit toujours que pour maximiser son intérêt personnel. On le voit bien au travers des initiatives individuelles de plus en plus nombreuses pour un développement durable, pour le commerce équitable, pour des actions concrètes vers le tiers-monde, au-delà du simple engagement humanitaire.

    Réflexions finales

    Ceci étant, il ne faut pas non plus donner dans l’utopie : une entreprise est faite pour gagner de l’argent, sinon elle meurt et tout le monde en pâtit. Cela est vrai en économie collectiviste aussi bien que pour le capitalisme : on ne peut créer moins de richesse qu’on en consomme, même pour le bien-être de tous. Vouloir régir l’économie par la morale, c’est courir à l’échec : on ne peut pas ignorer les réalités sous couvert de bons sentiments.

    Les délocalisations sont nécessaires pour une entreprise, si ne pas le faire conduit à sa ruine. Mais ici, il faut travailler plutôt au niveau collectif pour faire en sorte que les pays à bas salaire voient leur richesse s’accroître et leurs salaires rejoindre les nôtres, plutôt que de mettre en place des interdictions ou des barrières qui ne feront que retarder le processus. Quand les chinois seront payés autant que les français, on ne délocalisera plus en Chine, et cela est déjà vrai à horizon de cinq ans pour les pays venant d’entrer dans l’Union Européenne.

    Capitalisme et morale sont donc tout à fait compatibles, mais il ne faut pas confondre les causes et les conséquences : cela fonctionne bien quand l’intérêt d’une entreprise rencontre le bien-être des personnes, la morale n’a rien à voir dans cette conjonction d’intérêts.


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    Est juste ce qui est conforme au droit et à la justice. (définition du Petit Larousse).

    L'’acte est, en terme de droit, la manifestation de la volonté d’un individu et il est important qu’elle ne soit pas contrainte par violence ni manipulée par tromperie.

    Justifier un acte c’est en démontrer son bien-fondé, son caractère légitime ou nécessaire.

    La justification d'’un acte (l’explication des raisons qui nous ont poussés à agir) permet de se justifier mais aussi de s’en dédouaner ou de dégager sa responsabilité.

    Pour un sophiste*, la vérité réside dans l’efficacité. Est vrai ce qui parvient à ses fins et produit l’effet escompté. Est faux tout ce qui manque son but. En gros : «Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ! » ou : tout est bon pour arriver au résultat souhaité…

    Si l’on suit ce raisonnement, où se situent alors la morale et la légalité ?

    Ainsi, on a torturé afin d’obtenir des informations, on a menti au peuple pour accéder au pouvoir et dénoncé son voisin contre rétribution !

    Faut-il utiliser tous les moyens possibles pour aboutir à concrétiser les actes que nous pensons être justes ? (en outre, pouvons-nous définir exactement ce qu’est un acte juste à nos yeux ?).

    Toute notre vie, nous serons confrontés à des choix, parfois cornéliens, nous aurons des décisions capitales à prendre, des chemins hasardeux à suivre… Les actes que nous devrons effectuer tout au long de notre existence le seront dans une optique précise, reconnue par nous seuls, nous conduisant vers les objectifs que nous nous serons fixés.

    N’oublions pas cependant que nous aurons toujours à répondre de nos actes, que ce soit devant nos proches, la justice et les lois de notre pays, notre communauté ou devant Dieu pour certains.

    La justification que nous donnons à notre action doit-elle primer sur l’acte lui-même et les moyens mis en place pour sa réalisation ?

    Pour madame Imbert, le plus important n’a pas été de donner la mort à son enfant mais le « pourquoi » de cet acte (hors-la-loi jusqu’à présent). Elle doit justifier son action aujourd’hui devant la société qui lui demande des comptes mais elle dit être en paix avec elle-même car, par amour, elle a réussi à faire ce que son fils lui réclamait.

    Dans « La condition humaine » de Malraux, Kyo comparaît devant König qui veut absolument lui faire perdre sa dignité en ne lui laissant le choix qu’entre trahir ses camarades ou être livré à la torture. Il prend alors une troisième option, celle du suicide en avalant du cyanure. La conséquence de son acte en est la mort et ce qui justifie sa décision c’est qu’il a agi en fonction de ce qu’exigeait sa conscience : il est resté  « propre ». D’aucuns diront pourtant qu’il a manqué de courage quand on découvre ce qu’a fait son ami Katow….

    Pour arriver au but désiré, les actes que nous accomplissons ne doivent pas être contraires à notre éthique personnelle… sinon pouvons-nous encore être respectables ?

    Cependant, rappelez-vous l’histoire de cet avion qui s’est écrasé dans la Cordillières des Andes. Il transportait une équipe de rugbymen argentins. Pour survivre, les rescapés durent se résoudre à manger leurs amis décédés dans le crash. Certes, le cannibalisme reste toujours considéré comme un acte de barbarie et pourtant c’est ce qui a permis à ces hommes, perdus dans un environnement hostile, de ne pas mourir. Ici, pas de justifications à proprement parler, car, dans ce cas précis, nécessité fait loi (quoique nombreux sont ceux qui n’auraient pu aller jusqu’à cette transgression ultime pour sauver leur peau).

    Dans une situation extrême, je pense que les tabous peuvent disparaître pour ne privilégier que l’essentiel : l’instinct de survie, le prix à payer en étant le renoncement à nos valeurs profondes et c’est loin d’être négligeable pour beaucoup d’entre nous.

    Comme pour Kyo, ces hommes n’ont eu que deux choix possibles : mourir lentement ou devenir anthropophages. Ils ont pu manger de la chair humaine car leur désir de vivre  a pris le pas sur leur éthique personnelle, la morale et les lois. Reste à savoir comment ils ont, depuis, intégré cet acte dans leur conscience en dehors du contexte dramatique.

    Durant la seconde guerre mondiale, nombre de résistants ont sacrifié leur vie pour sortir le pays de la tyrannie nazie tandis que d’autres collaboraient sans vergogne.

    In fine, l’objectif à atteindre (libérer la patrie) a exigé l’appel à la conscience et à la volonté personnelle de ces combattants dont les actes courageux ont fait d’eux des héros qui ne se sont pas compromis. Ils ont été au bout de leurs  convictions intimes en payant le prix du sang. C’est d’ailleurs ce qui leur confère ce caractère héroïque.

    Sans dimension morale et en dehors du cadre de la loi (quand la loi est juste et non arbitraire), aucun acte ne peut trouver de justification.


    Les actes monstrueux du 20e siècle ont vu le jour avec la collaboration d’individus qui se sont contentèrent d’appliquer à la lettre, et sans aucun état d’âme, les lois iniques du nazisme, du fascisme ou du franquisme. Ils puisaient leurs justifications dans des politiques dévoyées qui ont vécu de l’extermination de leurs semblables à des fins hégémoniques.


    Par contre, un gouvernement peut se trouver dans l’obligation de commettre des actes qui sont généralement considérés comme des crimes afin d’assurer la survie du pays et celle de la loi dont il est responsable. Ce sont les raisons invoquées pour justifier la guerre. La raison d’état fait appel à la nécessité et les crimes commis en son nom (pleinement criminels en regard du système juridique en vigueur) le sont au titre de mesures d’exception, les actes d’état n’étant pas soumis aux mêmes règles que ceux des citoyens de cet état.

    Nous pouvons, hélas, constater que ce siècle qui commence n’en a pas fini avec les atrocités et leurs justifications aberrantes…


    Gardons à l’esprit que même le droit ne doit pas pouvoir nous obliger quand la morale nous retient, le pire des jugements étant celui que l’on porte sur soi-même.                                                                                            

                                                                                                  DANY


    * Pour un sophiste, si l’on ne peut connaître le vrai et le bien, il n’y a rien de juste ni d’injuste en soi : tout se réduit à l’utile. Il n’y a pas de connaissance plus vraie qu’une autre, il s’agit seulement de savoir ce qui vaut le mieux.

     

    Justification du titre de mon exposé (suite aux questions de certains d’entre-vous)


    Pourquoi je n’ai pas choisi d’intituler mon sujet : « La fin justifie-t-elle les moyens ? »

    Dans le mot « acte », que je préfère, il y a l’implication obligatoire de la volonté de l’individu.

    Cette notion n’apparaît pas dans la définition de « moyens ». Seule la finalité des moyens aboutit à l’acte.

    Quant au mot « résultat », il signifie ce qui arrive ou se produit à la suite d’une action et les conséquences qui en découlent.

    « La fin », dans le sens qui nous intéresse ici, c’est ce vers quoi tend le déroulement d’une action, sa conclusion, son dénouement. La notion de « conséquences » n’est pas mise en évidence comme elle l’est dans la définition du mot « résultat ».

    Or, ce qui est le plus important, ce sont les conséquences de nos actes. C’est ce sur quoi nous devrions nous interroger avant d’agir car c’est ce dont nous aurons à nous justifier.


                                                               DANY


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    Il est impératif de commencer par définir le mot « culture » avant de donner son avis. Ce mot a en effet plusieurs significations. Il est polysémique comme diraient les personnes cultivées. Il existe principalement deux conceptions de la culture . Une première qui apparaît au XVIII ème siècle, dans le cadre des Lumières, en France mais aussi en Allemagne, en Grande-Bretagne. La culture signifie les activités supérieures de l’esprit , les lettres et les arts, la religion et la philosophie, le théâtre. C’est une conception qui est assez élitiste. La culture se restreint à des activités supérieures ou qu’on dit supérieures de l’esprit. Nous retrouvons cette définition dans « maison de la culture », dans « ministère de la culture ». Et puis il y a une autre définition de la culture  qui va se former, principalement dans l’anthropologie culturelle américaine du début du XX ème siècle. Pour la résumer, la culture c’est l’ensemble des manières de vivre c’est à dire de sentir, d’agir et de penser d’une population donnée, d’un peuple, d’un groupement humain à l’intérieur même d’un peuple. Cette définition est plus large : la cuisine fait partie de culture, le vêtement fait partie de la culture – être en complet-veston ou en djellaba, ce sont des éléments culturels qui différencient. De même les activités de travail font partie de la culture, les activités de loisirs, la sexualité, bref la culture ce sont les mœurs. Certains parlent de culture anthropologique (partagé par un groupe plus ou moins identifié à un territoire).

    La culture des individus cultivés n’est pas une culture anthropologique ; c’est une culture d’élite qui transcende les frontières nationales mais aussi les cultures au sens anthropologique. Toujours est-il que, en sens inverse, face à la culture des élites individualistes et dans le regard de ces élites, la culture partagée, la culture au sens anthropologique, prend la forme d’un folklore, d’une tradition attachante au demeurant mais socialement connotée – c’est la culture des gens sans culture. La culture dans les deux sens s’oppose à la nature. La culture s’acquiert ;  il n’y a pas de culture par simple imprégnation.

    Répondre à la question « Toutes les cultures se valent-elles ? », c’est forcément émettre des jugements de valeur.

    Notre monde est dominé par la globalisation économique et technologique ; or celle-ci s’accommode fort bien des particularismes culturels pour autant qu’ils n’affectent pas le domaine de la consommation et la règle du marché. Elle peut même appeler au « respect » de ces différences ; ce vocabulaire fait partie du prêt-à-porter ou du prêt-à-penser politique que l’on rencontre un peu partout et qui oscille entre évidence, pléonasme et mensonge. S’il ne s’agit que de différences superficielles (de culture au sens minimal du terme : des façons de danser, des régimes alimentaires), il va de soi qu’elles sont toutes aussi respectables les unes que les autres, même si le terme « respectable » n’est sans doute pas le terme le plus pertinent pour qualifier une attitude qui peut aller de l’indifférence à l’intérêt, sans connotation morale particulière. S’il s’agit de différences plus profondes (de culture au sens anthropologique du terme), le respect ne va pas de soi : l’esclavage, l’excision, l’inégalité juridique des sexes font partie des valeurs dominantes de certaines cultures et n’ont pas être respectées au nom d’on ne sait quel relativisme culturel ; et quand ils le sont, dans l’optique du marché libéral, c’est cynisme et non tolérance.

    La polygamie n’est pas acceptable parce qu’elle place les femmes dans un état de servitude. L’homme occidental peut lui avoir plusieurs maîtresses tout comme la femme occidentale peut avoir des amants alors qu’il n’existe pas de polygamie féminine. Il est bien sûr préférable que la dénonciation de la polygamie vienne de l’intérieur des sociétés où elle est pratiquée. Par contre, nous Occidentaux, nous avons le droit et le devoir de refuser avec fermeté l’importation de telles cultures. De même la laïcité telle qu’elle existe en France, assure aux femmes sa bienveillante protection. Manger ou boire avec le petit doigt en l’air ne porte pas à conséquence ; il n’en est pas de même lorsqu’on mange avec les mains un plat commun. Certains peuples ont une pratique de la discipline et une hygiène plus développées que d’autres. Il n’y que l’excès de ces pratiques (cas de certains pays asiatiques) qui soit condamnable.

    D’un côté nous voyons la résurgence de cultures archaïques avec exemple emblématique le port du voile pour les femmes musulmanes mais d’un autre et c’est le cas le plus général, nous assistons à une uniformisation, à une massification de la culture. Cette uniformisation provient essentiellement de la télévision qui impose ses images partout dans le monde. Lorsqu’il y a massification, l’influence tourne à l’avantage de la source de la massification. Cette emprise culturelle est évidemment comme chacun le sait, d’origine états-unienne. Ce n’est même pas la culture des peuples des Etats-Unis qui véhiculée mais une sous-culture mercantile de gens qui produisent pour que les masses achètent. Cette sous-culture n’a pas de rapport avec le mouvement vivant d’une culture mais veut imposer quelque chose de superficiel et qui est fatalement  mercantile, commercial. On veut vendre n’importe quoi, les modes doivent changer rapidement si on veut continuer à vendre. Il s’agit là de quelque chose de pire qu’une culture de masse, on a affaire à une véritable aliénation par rapport à l’américanisation.

    La véritable culture s’oppose à l’instinct, à la bêtise et demande donc un effort. Avons-nous envie de faire cet effort ?


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  • La plupart d’'entre nous ont fait des enfants qui eux-mêmes auront une descendance. La vie que nous leur avons offert, est-ce un cadeau ou plutôt un cadeau empoisonné ? Nous avons l’'obligation morale si ce n’'est de leur offrir du moins de leur permettre d'’avoir une vie acceptable. Or nous sommes de plus en plus nombreux à penser que la vie des générations futures même celle des Occidentaux ne sera guère enviable. Il y a de quoi s'’inquiéter tant les périls qui se profilent sont nombreux.

    Le progrès scientifique a permis la production et la prolifération d'’armes de mort massive, nucléaires, chimiques et biologiques. Le progrès technique et industriel a provoqué un processus de détérioration de la biosphère, et le cercle vicieux entre croissance et dégradation écologique s'’amplifie. Les développements de la science, de la technique, de l'’industrie, de l’'économie qui propulsent désormais le vaisseau spatial Terre ne sont régulés, ni par la politique, ni par l'’éthique.

    Quelle est notre principale richesse individuelle ? Notre santé bien sûr. Quelle est notre principale richesse collective ? Notre planète sur laquelle nous vivons. Or notre planète va mal : réchauffement climatique, épuisement des ressources naturelles, pollution des sols et de l’'eau provoquées par les industries civiles et guerrières, disparité des richesses, malnutrition des hommes, taux d’'extinction effarant des espèces vivantes, etc.

    En deux siècles, nous avons doublé les concentrations de gaz à effet de serre dans l'’atmosphère, augmenté de 4 degrés la température de la planète et de 50 centimètres le niveau des mers. Telles sont les estimations moyennes des experts de l’'ONU. Les conséquences écologiques, économiques, sociales et géopolitiques seront si considérables que l’'on ne peut plus écarter les hypothèses à moyen terme d'’une sixième extinction des espèces, d'’une ruine des marchés financiers, d'’un effondrement de l’'ordre politique dans la moitié des pays du monde et de migrations massives des réfugiés de l’'environnement. Un cauchemar pour nos enfants.

    0r pratiquement aucune de ces manifestations phénoménales n’'est directement accessible : c’'est un aspect majeur du changement de l’'environnement global, qui contribue à expliquer l’'étrange déni dont il fait l’'objet, malgré sa gravité. Qui n’'a jamais vu l'’appauvrissement de la couche d'’ozone ou la concentration accrue des gaz à effet de serre ? Comment percevoir la radioactivité ou l’'accumulation de métaux lourds dans le sol ? Un maïs transgénique émet-il une odeur singulière ? Seule une intermédiation scientifique, à l’'aide d'’appareils et d'’analyses spécifiques, peut nous avertir de l’'existence de tels phénomènes. C'’est là une des difficultés politiques de cette crise ; le paysage environnemental semble à peu près le même que celui que nous connaissions dans notre enfance, hormis quelques changements ici et là, dus à l’'urbanisation. On ne s'’aperçoit de l’'évolution que lorsque le dommage est arrivé.

    La principale question qui se pose est la suivante : la survie de l’'espèce humaine est-elle menacée ? Pour répondre il faudrait disposer d'’une sorte de tableau de bord de l’'état de la planète, un indicateur synthétique ou un ensemble d'’indicateurs qui permettraient de mesurer précisément la santé biophysique de la terre et d’'en suivre l’'évolution. Parmi ces indicateurs, le plus compréhensible du grand public est « l’'empreinte écologique ». L’'empreinte écologique d’'une population humaine représente la surface terrestre productive de sols et d'’océans nécessaire pour fournir les ressources consommées par cette population et en assimiler les déchets et autres rejets. L’'empreinte écologique maximale acceptable est de 1,9 hectare par personne. La Terre est en effet trop sollicitée par certains de ses habitants pour soutenir leur mode de production et de consommation. L'’empreinte écologique de l’'humanité a dépassé les capacités de la planète au début des années 1980. En 1999, nous étions 20% au-delà de ces capacités. Nous vivons au-dessus de nos moyens, nous détruisons notre capital naturel. Mais qui se cache derrière ce « nous » ? La méthode de l’'empreinte écologique permet de différencier les responsabilités : l’'empreinte des Etats-Unis est de 9,7 hectares par personne ; celle du Royaume-Uni de 5,4 ; celle de la France de 5,2, celle de l’'Allemagne de 4,7. Soit beaucoup plus que la moyenne mondiale, déjà excessive de 2,3 hectares par personne. Ce qui faisait dire à Jacques Chirac, à Johannesbourg en septembre 2002 : « Si le monde entier vivait comme les Français, il nous faudrait deux planètes supplémentaires ».

    De quoi l’'avenir proche (disons d’'ici 30 à 40 ans) sera-t-il fait ? Nul ne peut le savoir bien sûr. On peut tout au plus faire des postulats.

    Postulat 1 : la crise écologique sera déterminante

    Postulat 2 : les dirigeants actuels ne peuvent comprendre cela


    Les conséquences sociales et politiques de ces postulats sont évidemment bouleversantes. Elles conduisent à une contagion planétaire d'’effondrements violents et de guerres, sans qu’'aucun groupe humain ne puisse s'’y opposer. Le stress environnemental croissant ne pourra que multiplier ces situations violentes attisées par la surpopulation, par la rareté des ressources, par les pollutions, par les maladies et par les migrations de réfugiés.

    Un deuxième scénario se profile avec l’'apparition de bouleversements sociaux et politiques majeurs sous l’'effet des impacts répétés de la crise écologique, conduisant à la formation de gouvernements écofascistes destinés à mettre en œoeuvre une apparente politique environnementale tout en canalisant les révoltes populaires. L’'hypothèse qui donne forme à ce scénario est une modification du second postulat envisagé plus haut : les dirigeants des institutions internationales, des gouvernements et des partis politiques traditionnels saisiront peu à peu l'’ampleur de la crise environnementale globale mais estimeront impossible une réduction significative de celle-ci à court terme ou moyen terme. Il s'’agira alors moins de mettre en œoeuvre des politiques permettant de survivre collectivement que de préparer la sauvegarde des strates dirigeantes mondiales et de leurs familles dans quelques forteresses abritées, autant que possible, des effets délétères de la crise. Par une nouvelle ironie de l’'histoire, le mouvement même de la dévastation environnementale conduira les populations déboussolées à porter au pouvoir quelques dictateurs promettant d’y mettre bon ordre en s’'assurant du soutien des forces armées.

    Le pire néanmoins n’'est pas assuré . Il n’'en est pas trop tard. Une troisième voie, étroite mais désirable, empruntant à la démocratie la possibilité de changements radicaux négociés peut nous conduire à un monde qui renonce à la démesure et à l’'illimitation du productivisme, un monde fondé sur les valeurs de solidarité entre les humains et de responsabilité vis-à-vis de la planète, un monde « soutenable ». Pour emprunter ce troisième chemin, c’'est à une modification de notre second postulat qu'’il nous faut procéder une fois encore, le premier étant inchangé du fait même des bouleversements de l’'environnement planétaire. C’est bien alors la conscience vécue du risque de leur mort et de celle de leurs propres enfants qui domine dans les modèles du monde des institutions internationales, des gouvernements et des dirigeants des partis politiques traditionnels. La «soutenabilité » deviendra la priorité politique absolue parce qu'’elle sera désormais une affaire personnelle pour les puissants de ce monde, comme pour chacun d’'entre nous. Le caractère collectivement désirable de cet état du monde, c'’est-à-dire le ressort psychologique qui pourra surpasser la défense des  intérêts proviendra des interdits du suicide et de l’'infanticide massifs, qui semblent être aujourd’hui des données anthropologiques universelles. Si les bourgeois texans comprennent qu'’ils vivent aujourd'’hui en détruisant la santé future de leurs enfants, il est possible que le monde change grâce au tabou que constitue l'’infanticide. Ce n’'est donc pas en manifestant une sollicitude abstraite vis-à-vis des enfants du Sud mourant de misère que les strates dirigeantes de l’'hyperpuissance – des Etats-Unis – et les acteurs importants des autres pays de l’'OCDE commenceront à changer leur modèle productiviste du monde. C'’est d’'abord parce qu'’ils constateront chez eux les désastres sanitaires et environnementaux et la vulnérabilité de leurs propres enfants qu’'un sentiment de responsabilité émergera.

    Soyons encore plus optimistes. Il est probable que les adolescents altermondialistes internétisés du demi-siècle à venir, plus déterminés que leurs parents, prendront collectivement des initiatives mondialement coordonnées pour mettre en œoeuvre des modes de vie alternatifs par rapport aux valeurs et comportements actuels. Pour eux, ce sera autant une question d'’utopie à concrétiser qu'une nécessité pragmatique de survie. L'’éthique sauvera peut-être le monde. La première règle de l’'éthique : ne pas faire aux autres ce que l’'on ne veut pas qu’'ils nous fassent. Seule l’'émergence d’'une opinion publique éveillée pourra déterminer le bon choix.

     

    " Nos opinions sont des girouettes qui se tournent dans le sens où souffle le vent de nos intérêts "
    Jean de La Fontaine

    http://reveilcivique.free.fr/philo/ 


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