•   Pour vivre heureux, faut-il s’abstraire du « monde »?

     

      La question est : que faire avec ou sans le monde qui nous entoure, le conjoint, les enfants, les collègues, les amis, les « relations » ?

    Prenons le cas du sport, qui, comme tous les jeux de bonne qualité, est emblématique des activités humaines. Il y a les sports individuels,  et les sports collectifs, où l’on dépend aussi des autres. Les sensations qu’on retire d’un sport individuel, liées à une gratification personnelle et à l’indépendance, sont plus intenses peut-être, mais moins complètes que celles d’un sport collectif, car s’y ajoute  dans ce dernier cas le plaisir de participer à une œuvre commune.

    Ce qui est vrai pour le sport est vrai aussi pour toutes les entreprises humaines. Dans les activités individuelles citons la création artistique ou littéraire, la réflexion, notamment scientifique, la spéculation boursière, l’exercice personnel du pouvoir, la méditation… ;  auxquelles on peut ajouter les addictions (alcool, tabac, drogue, jeu), les soins en cas de maladie…. Pour les activités collectives, citons la politique et la religion, la production industrielle, les expériences scientifiques (depuis le vingtième siècle, elles ne se font plus en solitaire), la guerre, et bien sûr la vie de famille.

     

    Il est temps d’approfondir notre définition du « monde » .  Ceux qui nous ont précédés ont établi des normes, des conventions, des manières de vivre,  éprouvées par le temps. Ces manières de se comporter sont pour certaines évidentes : montrer du courage, de l’ardeur au travail, de l’empathie (savoir s’intéresser aux autre), de la générosité, de la politesse etc… Mais d’autres viennent seulement d’habitudes de classes sociales : on ne met pas ses coudes sur le table, et on n’y rote pas,   on dit bonjour, s’il vous plaît  et merci ; certaines de ces habitudes peuvent masquer des envies de domination : par exemple, il est bien vu de rire aux plaisanteries du chef, ou bien, dans les religions ou les partis politiques, de réciter le catéchisme à tout propos.  Ces contraintes ne sont pas les mêmes suivant le pays et la classe sociale.

     

    Question : le « monde »  est-il  mauvais ?

     Dans certains cas, oui. Il peut par exemple exiger de vous le sacrifice de votre vie, pour des raisons qui ne semblent pas très claires, sauf à certaines personnes. En échange, le « monde «  vous fournit une perspective de gloire, voire d’éternité, ou  de richesse (le fameux butin). En réalité, le « monde » n’est pas aussi fort qu’on peut le penser, et il ne peut pas toujours éviter les guerres : la guerre semble inscrite dans le génome humain.

    Il peut aussi éditer des lois racistes, ou xénophobes, ou  homophobes, à votre encontre. Mais dans une démocratie qui fonctionne bien, ces lois ne sont pas courantes. Cependant, un problème arrive avec le progrès : ce progrès est par nature difficile à intégrer par la majeure partie de l’humanité. C’était le cas du progrès chrétien, affirmant que « il n’y a plus d’esclave et d’Homme libre, il n’y a plus que des fils de Dieu », ce qui était contraire à la doxa de l’époque (beaucoup avaient un ou plusieurs esclaves).  C’est le cas actuellement avec le progrès scientifique, incompréhensible à la majorité, car trop compliqué. Et puis il y a des faux progrès : la chevalerie médiévale, pour laquelle certaines personnes étaient supérieures aux autres de par leur « sang », le régime communiste « dans le sens de l’Histoire », le régime nazi pour lequel les « Aryens » étaient supérieurs, etc….

    Donc le « monde » peut être très mauvais. Mais ce n’est pas toujours le cas.

    Il y a alors deux niveaux différents d’attitude différents, pour ceux qui veulent se libérer complètement des conventions « mondaines » : se retirer du monde, ou, moins définitif, s’abstraire de ses conventions, prendre du recul par rapport à elles.

     

     Dans bien des cas, se retirer du Monde (dans le sens de société) est une nécessité pour progresser dans les occupations qu’on s’est fixé, la philo, les sciences, ou plus prosaïquement les collections d’objets, ou les addictions, ou encore simplement le fait de savourer sa présence sur Terre. Il n’y a alors aucun mépris des contemporains.

    Quelques exemples Historiques d’Hommes se retirant du « monde » .

    Diogène, adepte du dépouillement, répondant à Alexandre le Grand qui lui demandait ce qu’il pouvait faire pour lui : « Ote toi de mon soleil » .

     Jean l’Evangéliste, pour qui le monde est essentiellement mauvais, à fuir.

    Les ermites de tous temps, les moines de beaucoup de religions.

    Le Mathématicien Grigori Perelman, qui a refusé les prix les plus convoités pour « ne pas être montré comme une bête dans un zoo »..

    Glenn Gould, abandonnant sa carrière de pianiste virtuose à quarante ans.

     

    S’abstraire du « monde » est plus une attitude de recul par rapport à lui, il s’agit d’accepter notre dépendance du « monde » pour les bienfaits qu’elle fournit, tout en ne se faisant pas une obligation de ses  conventions arbitraires.  C’est ce que nous faisons tous… quand nous le pouvons !

       Car les relations avec les autres peuvent mal tourner. Dans « Huis clos », Sartre fait dire à un protagoniste : l’enfer c’est les autres. Il voulait dire par là que « si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l'autre ne peut être que l'enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. » (www.philo5.com/Les%20philosophes%20Textes/Sartre_L'EnferC'EstLesAutres.htm) »

    Cette dernière phrase est importante : l’autre peut vous aider à vous révéler à vous-même, on ne peut mieux dire ce que le « monde » peut vous apporter, quand tout v

                                                                 Benoît Delcourt. 12 Janvier 2019.

     

    Pour lire quelques sujets abordés en séance, cliquer ici 

     

     

     

     


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  • Michèle Gaspalou

    LA FRATERNITE EST-ELLE UNE UTOPIE ? 

     

    Après un bref rappel historique, j’évoquerai la fraternité du point de vue individuel, puis sociétal. 

     

    Rappel historique

    La fraternité est née de l’aspiration à la liberté, lors du serment du Jeu de Paume en juin 1789 dirigé par une cause commune (c’était alors une fraternité « de rébellion »).

    Déjà évoquées par Fénelon (dans Les aventures de Télémaque), affirmées comme l’idéal par les Illuminati de Bavière[1]en 1776, les notions emblématiques de liberté, d’égalité et de fraternité ont été ensuite brandies au Club des Cordeliers, fondé par Danton, en 1790. Puis Jean-Nicolas Pache, élu maire de Paris le 11 février 1793, a fait mentionner sur les murs de Paris, le 21 juin : « La République, une et indivisible – Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort - ».

    La Constitution de 1848 a défini la fraternité comme un « principe » de la République. La devise « Liberté, Egalité, Fraternité » a été inscrite au fronton des édifices publics à l’occasion de la célébration du 14 juillet 1880, et elle figure dans les constitutions de 1946 et 1958.

    Si la liberté et l’égalité sont les socles de notre contrat social, la fraternité en est la perspective, tant individuelle que sociétale.

     

    Point de vue individuel

    Dans la vie quotidienne, la fraternité oscille entre empathie spéculative avec de lointains inconnus et engagement de proximité.

    Une approche naturaliste permet d’observer que la fraternité associe à la fois l’altruisme, l’amour, la générosité, l’affection, l’amitié, la bonté, la charité et la solidarité. Certains traits relèvent de l’instinct, d’autres sont plus intellectuels.

    L’altruisme recouvre en fait l’une des attitudes humaines les plus estimées et souvent citées, dans presque toutes les cultures, au fondement même de la vie sociale. Les sociobiologistes le rattachent à deux catégories non exclusives :

    ·                L’altruisme émotionnel, pulsion généreuse spontanée (même si inconsciemment une réciprocité est attendue)

    ·                L’altruisme rationnel qui, relevant lui d’une volonté, correspond au « donnant-donnant » de la solidarité humaine, dont il est un moteur très productif et générateur de progrès particulièrement en s’adossant sur des valeurs de responsabilité, d’autorité et plus encore de courage.

    La fraternité est une épreuve du lien avec l’autre qui se fait toujours aux risques de soi, une source d’effroi, une angoisse devant l’inconnu, le différent, l’étranger. « L’autre me regarde » a écrit Emmanuel Levinas ; il ne s’agit pas que du regard, l’autre me concerne comme étant quelqu’un dont j’ai à répondre et c’est une responsabilité inépuisable. Paul Ricoeur [2] a aussi pensé la fraternité comme projet éthique, et il définissait l’éthique par cette triade constitutive « le souhait d’une vie accomplie - avec et pour les autres - dans des institutions justes » (cf « Soi-même comme un autre »).

    En tout état de cause pour résoudre les problèmes rencontrés, il est nécessaire de faire preuve de lucidité, car sans lucidité, point de « juste milieu », point de liberté de penser et donc point de progression possible. Il faut également faire preuve de tolérance afin de dominer ses propres réticences à accepter l’autre.

    La fraternité n’est pas un état, mais une démarche, un processus qui s’éprouve au fil du temps, invitant d’abord à sortir de soi. Elle est un lien, mais ce lien n’emprisonne pas l’autre qui doit être accepté de façon inconditionnelle.  

    Tout ceci implique une démarche psychologique difficile, mais accessible. Elle ne se confond pas avec l’amitié, qui relève d’une proximité affective et intellectuelle réelle. La fraternité peut se contenter d’accepter l’autre, de le respecter dans ses idées et ses comportements, voire même de faire preuve de solidarité à son égard, le tout étant une question de dosage et de conviction.

    Renforcée souvent par l’esprit de convivialité, la fraternité contractuelle ressentie rayonne peu ou prou à l’extérieur, en société.

     

    Fraternité sociétale

    L’article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme rappelle que les êtres humains « doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».

    Cette obligation morale de devoir réciproque relève de la sphère de la communauté et se traduit, concrètement, dans un esprit solidaire (d’où découlent par exemple les protections sociales), mais elle donne lieu à deux interprétations différentes : une vision idéaliste qui fait de cette qualité un objectif supérieur à atteindre et à pratiquer, et une perspective réaliste qui tente d’adapter la fraternité aux hasards de la vie (en fonction d’évolutions sociales et/ou professionnelles, voire de choix de vie pouvant compliquer – ou faciliter - le maintien des liens sociaux).

    La fraternité républicaine renvoie au concept de « capital social » de Robert Putnam, entraide entre citoyens visant un monde meilleur, via les « liens horizontaux » : les réseaux, les normes et la confiance, qui facilitent la coordination et la coopération pour un bénéfice mutuel – ce qui est différent du « carnet d’adresses » de Pierre Bourdieu permettant d’améliorer sa propre position sociale -.

    Si elle n’est pas légiférée au niveau de l’Etat français, contrairement à la solidarité qui a même eu des « ministres de la Solidarité », la fraternité est toutefois marquée, tout au long de l’année, par diverses manifestations associatives, comme par exemple la « 4ème Fête de la Fraternité avec les migrants » organisée au Centre 8, Porte de Buc (à Versailles), l’hiver dernier.

    Par ailleurs, à un autre niveau, est commémorée chaque 20 décembre la Journée Internationale de la Solidarité Humaine, créée par les Nations Unies en 2005 et célébrant actuellement le nouveau programme de développement inclusif, à l’horizon 2030, pour assurer paix et prospérité aux peuples de cette planète.

    Le défi est immense, car l’individualisme est actuellement roi. Notre société est constituée de groupes : jeunes / vieux ; actifs / chômeurs / retraités ; hommes / femmes ; handicapés / valides ; citadins / ruraux ; autochtones / issus de l’immigration …

    Ont-ils encore un dénominateur commun ? Comment utiliser par exemple les réseaux « sociaux » pour créer de vrais liens ?

    Force est de constater que la société multiculturelle conduit à l’isolement et à l’anomie sociale, d’où la nécessité de créer des ponts avec des personnes qui ne nous ressemblent pas.

    Surtout qu’à l’instar de Margaret Thatcher qui a prétendu en 1987 « Il n’existe pas de société, seulement des hommes et des femmes individuels », l’idéologie néolibérale régnante est une dangereuse façon de justifier une inégalité omniprésente. Il n’y a alors pas d’intérêts collectifs de classe, mais une simple foule d’individus prenant des décisions rationnelles pour maximiser leur autonomie personnelle.

    Bien au contraire, la fraternité républicaine est un élan vers une vraie démocratie, complète, participative, coopérative, socialement durable et vivifiée par une constante créativité citoyenne, tant il est vrai que « la fraternité s’apprend ! On ne naît pas fraternel, on le devient », comme le rappelait Abdennour Bīdar [3] [cf. son « Plaidoyer pour la fraternité » (page 72)]. 

    Pour conclure :  autant rechercher la simplicité et la qualité conviviale dans le cadre d’une franchise bienveillante, sensible au souci de l’Autre et aux actions collectives, dans le respect des différences et la réciprocité des efforts d’ouvertures.



    [1] LES ILLUMINATI DE BAVIERE sont une société secrète allemande du XVIIIème siècle qui se réclame de la philosophie des Lumières.

    [2] PAUL RICOEUR (1913 – 2015) : philosophe français qui s’est intéressé tant à l’existentialisme chrétien qu’à la théologie protestante.

    [3] ABDENNOUR BIDAR : philosophe français contemporain, spécialiste de l’Islam.

    Michèle Gaspalou

     


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  • La gouvernance d’une Nation par l’autorité démocratique est-elle possible ?

                                                                                         Daniel Soulat le 20 Oct 2018

    1/ Qu’est-ce que l’autorité ? 

    Selon Larousse c’est l’ensemble des qualités par lesquelles quelqu'un impose à autrui sa personnalité, ascendant grâce auquel quelqu'un se fait respecter, obéir, écouter.

    D’après la définition du petit Robert l’autorité est « le droit de commander, le pouvoir d’imposer l’obéissance ». Mais c’est aussi « la supériorité de mérite et de séduction qui impose le respect. »

    Selon Frédéric Gros « L’autorité est cette forme de pouvoir qui s’exerce sans contrainte. Ensuite, ce pouvoir est indiscutable. L’autorité s’impose comme du non négociable. C’est cette qualité qui entre en contradiction avec un éthos* démocratique et égalitaire pour lequel tout se discute. Si l‘autorité peut faire fonctionner ensemble ces deux caractères, c’est qu’elle suppose de la part de celui qui obéit la reconnaissance de la légitimité du donneur d’ordres. »

    Selon Michel Serres, membre de l’Académie française : « La seule autorité est celle qui grandit l’autre ».

    2/ Qu’est-ce qui permet à un individu de faire reconnaître son autorité ? 

    Apparemment, des vertus telles que le courage, l’intelligence ou la compétence ne suffisent pas, ni même la position sociale que l’on occupe. La réponse serait plutôt la capacité à faire grandir l’autre, à le rendre meilleur.

    L’autorité mobilise des valeurs objectives telles que l’expertise ou l’exemplarité, mais comment fait-on, à l’heure où toutes les autorités se trouvent remises en question, pour rendre effectives ces valeurs, faut-il user de charisme (suivez-moi), la contrainte (allez-y), ou de la force ?

    La question de l’autorité est immédiatement liée à celle de la légitimité. Quoiqu’il en soit, l’autorité n’est pas un dû, elle se gagne comme le pouvoir, il ne suffit pas de dire « je suis votre chef ! ».

    Le respect naît de cette autorité. Dans plusieurs cas on peut reconnaître l’autorité de personnes qui n’exercent sur vous aucun commandement. Ne dit-on pas cet individu fait autorité dans son domaine de compétences ?

    3/ L’autorité implique une obéissance dans laquelle les hommes gardent leur liberté.

    C’est pourquoi la discipline et la liberté ne sont pas incompatibles, tout se passe comme s’il fallait, au cours d’une éducation, passer cette première couche de discipline pour s’en affranchir ensuite.

    Dans mon entreprise, j’ai eu à prendre ou à « vendre » des arguments et décisions difficiles. Au milieu d’un groupe, il faut une certaine énergie et du courage pour penser à l’encontre du nombre. Au fond le maître mot l’autorité c’est la fiabilité, on fait confiance à un chef lorsqu’il dit ce qu’il va faire et qu’il fait ce qu’il a dit, en d’autres termes lorsqu’il est capable d’allier rigueur et cohérence.  Mais la fiabilité c’est aussi le courage d’affronter ses supérieurs, quand on estime certaines directives absurdes, inacceptables, incohérentes.

    L’autorité authentique se définit à travers les épreuves. Il faut prendre de la hauteur tout en étant à la hauteur.

    Georges Vian Directeur du bureau d’études chez Renault, avait donné comme conseil à Yves Dubreil Directeur de projet Twingo « Ne racontez jamais de bêtises à un patron, quel qu’il soit, dites toujours ce dont vous êtes absolument certain, et n’ayez pas peur d’être ridicule ».

    Face à l’autorité authentique, on ne se sent pas soumis, on essaie plutôt de se mettre à la hauteur. Elle nous met au défi de donner le meilleur de nous-mêmes.

    4/Autoritarisme, autoritaire 

    Etymologie : du latin auctoritas, capacité de faire grandir, autorité, avec le suffixe -isme, servant à former des mots correspondant à une attitude, un comportement, une doctrine, un dogme, une idéologie ou une théorie. L'autoritarisme est le caractère autoritaire, arbitraire d'un régime ou d'un pouvoir politique qui veut imposer à la société et aux citoyens son idéologie et la toute-puissance de l'Etat.

    « Le pouvoir sans autorité, c’est l’autoritarisme du petit chef. L’autorité sans pouvoir, c’est la sérénité du vieux sage », disait le professeur Pierre Henri Tavoillot. Dans tous les cas, l’autorité n’est pas l’exercice d’un pouvoir tyrannique ni celui de la contrainte par la force. Elle relève du modèle et de l’exemplarité.

     

    5/ Domaine abordé : L’autorité n’est pas un trait de caractère, c’est une relation sociale. Il faut être au moins deux, et cette relation s’exerce toujours dans un dispositif qui est aussi un cadre symbolique : la famille, l’école, la justice, l’entreprise, la Nation. C’est sur le domaine de la Nation que nous nous pencherons plus particulièrement. Pour mémoire, le pouvoir politique désigne les formes d'autorité au sein d'un Etat, comme les trois pouvoirs : 

     LégislatifExécutifJudiciaire. Les pouvoirs publics (le gouvernement et l'ensemble des services chargés de l'administration d'un Etat ou d'une collectivité territoriale) sont les autorités constituées

    6/Contexte : Interview du futur candidat à la présidentielle, Emmanuel  Macron le 16/10/2016 par Challenge :

    « L'heure est grave pour notre pays. L'enjeu est de préserver sa cohésion, d'organiser sa réconciliation. Nous vivons une période de fracturation de la France : il y a désormais plusieurs France. Ces déchirures qui traversent notre pays produisent une crise profonde et perturbent notre imaginaire collectif. L'enjeu capital, notre capacité à réconcilier ces différentes France ? Le politique ne peut plus se satisfaire de s'adresser à des publics différents et antagonistes ; il est indispensable de trouver les chemins de la réconciliation des deux France : celle qui vit la mondialisation et les grandes transformations à l'œuvre comme une chance, la France des nomades heureux, et celle qui en a peur, la France des sédentaires qui subissent. »

    « En revanche, nous devons absolument inventer une nouvelle forme d'autorité démocratique fondée sur un discours du sens, sur un univers de symboles, sur une volonté permanente de projection dans l'avenir, le tout ancré dans l'Histoire du pays. »

     

    7/Qu'est-ce que l'autorité démocratique aujourd'hui ? Interview de Emmanuel Macron par Challenge le 16/10/2016 : « Une capacité à éclairer, une capacité à savoir, une capacité à énoncer un sens et une direction ancrés dans l'Histoire du peuple français. C'est une autorité qui est reconnue parce qu'elle n'a pas besoin d'être démontrée. »

    « Rappelons les trois strates du discours politique : la strate idéologique qui permet de donner du sens et des perspectives ; la strate technocratique qui détaille les moyens techniques d'exécution ; la strate de la réalité et du quotidien, que l'univers politico-médiatique ridiculise et dédaigne. »

    8/ Observations: Selon Frédéric Gros « à l’école, le grand paradoxe de l’éducation est qu’elle doit se servir du levier de l’obéissance pour développer l’esprit critique ». Selon moi,à ces propos, par analogie avec la démocratie qui s’appuie sur la liberté d’expression, il semblerait que l’autorité démocratique vu ci-dessus soit de l’ordre du même paradoxe, puisque jusqu’à l’heure actuelle toutes les autorités se trouvent remises en question.

    9/ Remarques : Le vrai problème est de définir des styles d’obéissance (conformisme, soumission, subordination, consentement, etc.) et d’étudier leurs limites. La subordination, c’est la légitimité du donneur d’ordres et lui obéir. La soumission, c’est une obéissance contrainte, qui repose sur l’impossibilité de désobéir, à cause du coût trop grand à endurer.

    10/ Ouverture du débat : de l’analyse et de l’argumentation ci-dessus, il se dégage plusieurs questions :

    L’idée d’autorité est-elle à reconstruire ou toujours à déconstruire ?

    Autorité non négociable - Pouvoir indiscutable et Ethos démocratique où tout se discute ne sont-ils pas ambivalents (en contradiction ?)

    La légitimité du donneur d’ordres (pouvoir) est-elle reconnue par tous (subordination), alors que jusqu’à l’heure actuelle, toutes les autorités se trouvent remises en question ?                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

    *Ethos : L'ethos (ou êthos, du grec ancien êthos, pluriel ếthê) est un mot grec qui signifie le caractère habituel, la manière d'être, les habitudes d'une personne. La joie, le courage, la mollesse sont par exemple des êthê. Les êthê sont souvent considérés du point de vue moral. Selon P.Fortin Université du Québec, l’ethos c’est à la fois le lieu où nous habitons et ce qui nous habite, c’est la façon particulière qui fait que nous sommes habités par un monde de normes, de valeurs, de sens et confrontés à celui-ci.

    Bibliographie : Menaces sur l’ethos démocratique https://enseignements-2016.ehess.fr/2016/ue/1693/                          

    L’autorité, à quoi ça sert ? https://fr.aleteia.org/2017/12/03/lautorite-a-quoi-ca-sert/ 

    Philosophie magazine n° 112 septembre 2017 à quoi tient l’autorité ?http://www.philomag.com/les-idees/dossiers/a-quoi-tient-lautorite-24640 

    Slate c’est quoi l’autorité http://www.slate.fr/story/99585/autorite 

    Interview de Emmanuel  Macron Par Challenges.fr le 16.10.2016  https://www.challenges.fr/election-presidentielle-2017/interview-exclusive-d-emmanuel-macron-je-ne-crois-pas-au-president-normal_432886 

    La gazette Renault Histoire n°14 décembre 2017                                                 


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         La famille : qu’est-ce-que-c’est ? 

    Par Catherine Gantz.  

     

    Définitions : 

     

    -famille : communauté d’individus réunis par des liens de parenté, existant dans toutes les sociétés humaines. En sociologie,  unité de production, de reproduction biologique et de consommation, la famille est ce qui permet aux sociétés d’exister et de se perpétuer. Fait culturel, et non naturel, le groupe humain que constitue la famille prend des formes variables et complexes, plus ou moins élargies. 

     

    -couple : vivre ou avoir vécu en couple n’est pas moins fréquent qu’autrefois. En revanche, les couples se forment de plus en plus tard  et se séparent davantage. (INSEE) 

     

      

     

    En France, un peu d’histoire : pour 95% de la population :

    pour les classes populaires : 

     

    Au XVI ° et XVII°, le but de la vie était de préparer les générations à venir, à faire ce que les générations passées avaient fait. On disposait de règles claires pour façonner les relations au sein de la famille. Trois types de liens existaient simultanément :  1) les liens à la parentèle  2) les liens à la communauté, dont elle était membre (de travail, de prières…)   3) les liens avec les générations passées et à venir (lignage) 

     

    Le changement s’amorce  avec l’abandon des relations avec la parentèle éloignée, l’apparition de la notion de vie privée, d’intimité du foyer,  qui prévaut sur la communauté et l’abandon de l’esprit du lignage (qui définissait l’individu jusque-là). 

     

    Certaines hypothèses tentent d’expliquer cette métamorphose : l’anonymat de la vie urbaine, les révolutions industrielles successives,  le rationalisme et la laïcisation …  car aucun contrôle n’est possible avec l’éloignement et l’abandon du  fonctionnement chronophage des liens anciens permet un recentrage sur l’individu. 

     

    Une autre hypothèse, moins connue, est « l’intrusion du sentiment dans les trois domaines qui a contribué à déloger la famille traditionnelle des positions qu’elle occupait » : Les fiançailles : avant la formation des couples était basée sur des considérations matérielles (dot, augmentation du patrimoine). Avec les fiançailles, le critère de choix du partenaire est d’atteindre le bonheur personnel et l’épanouissement individuel. De même avec la relation mère/enfant : dans la société traditionnelle, le bien-être du nourrisson passait après bien des considérations (vivre, par ex.).Plus tard, la femme veille à ce que le bien-être du nourrisson- centre du monde, l’emporte sur tout autre souci (possible grâce aux progrès de la médecine). Alors intervient l’abandon des nourrices. 

     

    pour les classes supérieures : 

     

    Jusqu’au XVI°, la famille était une réalité morale, sociale plus que sentimentale. Dans toute la société, les enfants (7/9 jusqu’à 18 ans) étaient envoyés comme « apprentis » pour être éduqués. La notion de « service » est essentielle au Moyen-Age. Le jeune apprenait alors un métier, mais aussi les bonnes manières, par transmission, l’école étant alors une exception. L’enfant échappait très tôt à sa propre famille.  Au XV°, une révolution profonde et lente débute : la scolarisation permet aux enfants de rester chez leurs parents ; même s’il était pensionnaire, le lien avec la famille était moins distendu. Au XVII°, un réseau d’institutions scolaires s’est créé. La scolarité des filles ne se répandra pas avant le XVIII° ; longtemps, elles seront élevées par la pratique et l’usage, souvent dans les maisons des autres. 

     

    Jusqu’au XVII°, il n’existait pas de séparation entre la vie professionnelle, la vie privée, la vie mondaine ou sociale. La densité sociale interdisait l’isolement : à cette époque, c’est une promiscuité de tous les instants ; dans la même salle, on mangeait, on couchait, on dansait, travaillait ou recevait les visiteurs ! Au XVIII°, la famille commence à prendre ses distances à l’égard de la société : pièces donnant sur un couloir et plus en enfilade, les serviteurs sont appelés (sonnette), la chambre à coucher n’abrite que les lits, les visites se font à des heures « convenables » et non  plus sans prévenir … 

     

    Au XVIII°, l’égalité entre enfants est une des marques les plus caractéristiques. L’enfant est un élément indispensable de la vie quotidienne. Il deviendra plus tard le pivot de tout le système. 

     

    Dans beaucoup d’ouvrages, il est noté  que continuité e changement ont coexisté et qu’il est difficile de doser leur poids respectif. 

     

    En France, aujourd’hui : il existe actuellement une « bigarrure » des structures familiales, les familles se défont mais se rénovent aussi. Du fait des bouleversements intervenus dans la société, tels que le travail des femmes, la contraception, ,la contestation du pouvoir patriarcal et de l’autorité en général, la désacralisation du mariage, le refus du renoncement de soi pour la famille … le droit a suivi les mœurs : le divorce par consentement mutuel, l’augmentation des aides en faveur des femmes seules pour élever leurs enfants, la législation sur les couples homosexuels. La famille peut être traditionnelle, monoparentale, recomposée. On voit apparaître la « tribu », constituée d’un couple mixte ou homosexuel marié, ou non marié + enfant(s) , demi-frère(s) ou sœur(s), adoptés ou « fabriqués » mais aussi des grands-parents et de beaux grands-parents . Contrairement aux idées reçues, les solidarités intergénérationnelles continuent d’exister.  

     

    Les valeurs en hausse sont l’individualisation, l’autonomie et l’épanouissement. On note également la montée des valeurs centrées sur l’enfant : puérocentrisme. 

     

    L’amour conjugal tend à devenir un investissement à court ou moyen terme, le long terme s’est déplacé sur la relation parents/enfants. 

     

    En 1985, Françoise Héritier avait résumé  les solutions déjà connues en Afrique, en Asie et ailleurs, aux cas de figures apparemment  nouveaux  induits  par la biomédecine moderne : fécondation de l’épouse par un géniteur extérieur, cession d’enfant par une femme extérieure au couple, adoption d’enfants par des couples de  femmes stériles dont l’une est nommée « père ». Elle concluait : « Toutes les formules que nous pensons neuves sont possibles socialement et ont été expérimentées dans des sociétés particulières. Mais pour qu’elles fonctionnent comme des institutions, il faut qu’elles soient soutenues sans ambiguïté par la loi du groupe, inscrites fermement dans la structure sociale… ». 

     

    Des questions restent actuellement posées : comment le couple peut-il éduquer ses enfants dans un monde si mobile ? Peut-il, doit-il faire référence à sa propre enfance ? Comment  dissocier la question de la filiation et celle du couple ? Comment le parent peut-il envisager que sa place soit unique mais plus exclusive, et que son enfant puisse avoir d’autres références parentales (avec le rajout d’une figure inédite) ? Dans la « tribu », qui n’est pas le retour à la famille élargie, quelle est la place respective de chacun ? Les pratiques de substitution  (PMA ou don de gamètes) qui tendent à séparer sexualité et reproduction, sont mal assumées ; L’anonymat des donneurs et le secret lié à ces manipulations génétiques sont –elles  à remettre en cause ?  Peut-on considérer  que  l’intimité existant  avec  des amis très proches et le manque de lien du sang n’étant plus rédhibitoire,  la famille choisie ou la famille de cœur a toute sa place dans la société actuelle ?

     

     

     

                                            Le 26 Mai 2018 

     

    Bibliographie : 

     

    -Naissance de la famille moderne. E. Shorter. Ed. du Seuil 

     

    -L’enfant et  la vie familiale sous l’ancien Régime. P. Ariès. Ed. du Seuil (chap.III) 

     

    -Familles- Permanence et métamorphoses. Collectif. Ed. Sciences Humaines 

     

    -Revue MGEN .Avril 2018 

     

     

     


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  • La connaissance : quels enjeux

                                                               André Hans, le 5 Mai 2018

    D’abord une très ancienne question : Qu’est-ce que connaitre ?

    Connaitre est consubstantiel à la vie. En bon français cet aphorisme veut dire que tout être vivant, même le plus élémentaire connait, et cela depuis l’origine du vivant. Même une huitre, même une bactérie connait, car connaître c’est « Pouvoir identifier quelqu'un, quelque chose, reconnaître. Et tout être vivant doit impérativement re-connaitre, identifier dans son milieu extérieur les briques nécessaires à sa propre auto construction, pour les capter afin de les restructurer conformément au plan d’architecture encodé dans son génome. Faire du soi à partir de non-soi, afin de croitre et se multiplier.

    À partir de principes qui ont été retenus par 3.8 milliards d’années d’évolution, on peut passer graduellement du mode de connaissance le plus simple au plus complexe : la connaissance humaine. Survolons vite les étapes évolutives avec d’abord la connaissance intégralement héritée génétiquement des unicellulaires, puis la connaissance par renforcement, qui sera en mesure d’activer une réponse strictement stéréotypée puisée dans un registre de comportements figés, puis une connaissance avec une part d’apprentissage, et enfin une connaissance qui fait une part progressivement plus importante à des apprentissages induisant des comportements progressivement plus flexibles et complexes.

    Puis la connaissance humaine, qui est à la fois l’héritière des précédentes (de nombreuses recherches sur le cerveau se font sur des rats) mais en rupture. Et quelle rupture ! Un type de connaissance qui a conféré à notre espèce une domination sans précédent sur toutes les autres espèces. Platon n’affirma-t-il pas que notre connaissance est le souvenir d'un état ancien où, avant d'être incarnée dans un corps, notre âme vivait au contact immédiat des pures idées dans le monde intelligible. Une conception déterminante en philosophie qui fit dire à Whitehead « toute la philosophie occidentale n'est rien de plus qu'une note de bas de page ajoutée aux écrits de Platon. »  Longtemps dans le monde occidental l’idée que la connaissance était de nature surnaturelle a prévalue. Certain encore aujourd’hui avancent qu’elle restera à tout jamais inaccessible. Dans La Critique de la raison pure, Kant renverse le rapport classique sujet/objet : c’est désormais le sujet qui est au centre de la connaissance et non pas l’objet. Mais la voie ouverte par Kant n'a pas été poursuivie. Le vingtième siècle fut celui de la phénoménologie avec Brentano, Husserl et Heidegger, pour ne citer qu’eux. Pour Jacques COLETTE, professeur à la Sorbonne, la sentence est cruelle « On peut voir dans les philosophies de l’existence, soit une rechute dans un spiritualisme angoissé, soit l’abandon au nihilisme se complaisant dans les remous stériles de l’inachevé. » Pourtant, 2 siècles auparavant Kant préconisait « rechercher des éléments de la raison pure en ce qu’ils se laissent confirmer ou de réfuter par une expérimentation ». Pour Karl Popper une théorie que rien ne peut réfuter est dépourvue de caractère scientifique. 

    Pourtant au Moyen-âge, à Paris, la fameuse « querelle des universaux » eut le mérite de poser une des questions essentielles de la philosophe de la connaissance, celle de la dualité de la connaissance. La connaissance intuitive et la connaissance conceptuelle. En clair, par quel miracle sommes-nous capables de reconnaître spontanément et nommer des êtres et des choses en dépit de leur diversité d’apparence ? Prenons un exemple. Comment attribuons-nous spontanément sans la moindre hésitation une même dénomination, par exemple « horloge » à des objets aussi différents qu’une comtoise et une icône sur un écran d’ordinateur ? Pourquoi sans aucune hésitation reconnaissons-nous comme table aussi bien dans la petite table de café-bar au plateau circulaire porté par un seul pied et l’immense table de banquet, table faite de planches et tréteaux pour plusieurs dizaines de convives ? Ce que nous reconnaissons de commun à cette grande variété de mobilier, c’est la possibilité d’« Être à table ». N’est-ce pas là le concept de table et plus haut de l’horloge ? Ce terme d’« être avec » emprunté à Heidegger s’entend comme une relation commune particulière qu’il est possible de nouer avec tous ces mobiliers. Cet « être à table » implique d’abord la reconnaissance de la relation d’intrication physique qu’un sujet peut entretenir avec ce mobilier. Une relation entre un plateau maintenu horizontal à une hauteur comprise entre les coudes et les cuisses d’un sujet assis. Mais cette relation fonctionnelle n’épuise pas toute la richesse de notre relation avec ce mobilier. La table est un objet de sociabilité essentiel en occident.

    À l’inverse, nous attribuons parfois un grand nombre de dénominations à des objets rigoureusement identiques, mais auxquels nous prêtons une intention d’usage différent. Ainsi le même morceau de bois que l’on peut saisir d’une main, peut tout aussi bien être une perche tendue à quelqu’un en difficulté, un épieu pour se défendre, un mat pour tendre une toile, un javelot pour atteindre une cible, une gaule pour faire tomber des fruits, un piquet pour attacher une bête, un tuteur pour supporter une plante, etc. Un concept ce n’est pas l’objet physique en tant que tel, mais l’intention de l’usage que l’on projette sur lui, si peu que celui-ci s’y prête, moyennant des adaptations. Le concept de gaule c’est une tige suffisamment rigide et grande pour prolonger le bras en vue de cueillir des fruits trop hauts. Le concept de tuteur c’est bien le morceau de bois planté en terre pour soutenir un jeune plant.  Intentionnalité à bien distinguer de l’intentionnalité en phénoménologie qui porte essentiellement, pour le dire brièvement sur des états de conscience.

     

    Cette connaissance par concepts, ne serait-ce pas ce qui distingue radicalement les humains de tous les autres genres. C’est une connaissance construite selon une architecture particulière. Reprenant une hypothèse de Kant peu connue, puis de Simondon qui n’eut guère plus de succès, d’une généalogie de concepts où des concepts de rang inférieur participent à la création de concepts plus complexes et plus précis on peut établir par exemple une progression partant du plus général, du plus indistinct vers le plus précis, le plus complexe comme la progression : chose, vivant, animal, oiseau, perroquet, ara. Le système de catégorisation a, pour la chercheuse Hélène ROSCH, une dimension verticale et une dimension horizontale. La dimension verticale repose sur une relation d’inclusion, par exemple pour rouge gorge : être vivant, animal, oiseau, rouge gorge. La dimension horizontale repose sur une distinction entre mots d’un même niveau d’inclusion (termes coordonnés) comme canard et rouge gorge » 

    Ces hypothèses sont-elles une énième vue de l’esprit ? À quoi peuvent-elles bien servir autrement qu’à se faire mal à la tête ? La thèse développée dans cet ouvrage, d’une connaissance structurée selon une arborescente réticulée de concepts, peut se soumettre aux critères de réfutabilité de Popper. La pertinence d’une telle architecture peut être éprouvée expérimentalement, notamment à partir de deux types d’aphasie (trouble du langage) l’une consécutive à une lésion cérébrale localisée, l’autre due à la maladie d’Alzheimer. À partir d’une ‘’ déconstruction’’ de concepts, spécifique à ce modèle, il serait possible de prévoir les termes du lexique qui sont préférentiellement affectés chez chacun de ces patients. 

    Les enjeux

    Le paradoxe de la connaissance, c’est qu’elle sache si peu d’elle-même. Et pourtant plus qu’à toute autre époque la connaissance est devenue stratégique. Qu’est devenu l’ambitieux projet de l’Europe de la connaissance ? L’effondrement de la France dans les enquêtes PISA fait craindre son déclassement pour devenir une nation de second ordre. Aux USA, en Suisse et bien d’autres pays, on a bien compris que l’enjeu pour demain, c’est de retenir les meilleurs cerveaux. Mieux connaitre la connaissance, n’est-ce pas le moyen de mieux la transmettre. La créativité, l’invention, l’innovation sont plus que jamais à l’honneur. Encore faut-il ne pas la stériliser dès le plus jeune âge. La connaissance humaine, se distingue de celle des aux autres espèces c’est la thèse développée ici, c’est avant tout un édifice, une construction. Encore faut-il la doter de solides fondations pour qu’une tour puisse tutoyer les nuages. Les savoirs non structurés, rapidement mémorisés en vue d’un examen seront aussi vite oubliés.    

     

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