• Peut-on travailler moins et vivre mieux?

    Peut-on travailler moins et vivre mieux?

    Un petit peu d'historique pour commencer (sans remonter à l'époque ou envisager de limiter le temps de travail des enfants était considéré comme une hérésie économique…). "Travailler moins et gagner plus" était un concept et une réalité des "Trente Glorieuses" (1946/1975). Le pouvoir d'achat augmentait, alors que le temps de travail diminuait. A partir de 1983, la France s'est "Reaganisée" et "Thatcherisée". En parallèle à la construction de ce qui allait devenir l'UE, de grands pans de l'industrie française ont été détruits, jetant dans le chômage et la misère de nombreux salariés. Cela s'est appelé la "modernisation" ! Il y eu les "nouveaux pauvres". En parallèle, il y a eu une hausse du temps de travail des cadres, sans gagner plus.

     Entre 1997 et 2002, le gouvernement Jospin a concrétisé le "Travailler moins et gagner autant pour travailler tous". Les 35 heures ont permis de sauver ou de créer 350 000 emplois (chiffre communément admis). P. Larrouturoux (économiste) était même en faveur de la semaine de 4 jours afin d'éradiquer complètement le chômage. Nous sommes passés ensuite (Chirac 2002/2007) par "Il faut revaloriser la valeur travail" ce qui voulait dire, pour certains politiques : "Il faut que les français travaillent plus". Les 35 heures étant, selon eux l'horreur absolue qui expliquerait tous les maux dont la France souffre. On a même eu droit (Raffarin) à l'invention d'un nouveau concept appelé "journée de solidarité" qui consiste à faire travailler les salariés gratuitement !

     "Travailler plus pour gagner plus" c'était un concept des années 2007 à 2012 (Sarkozy). Concrètement, c'était : les 35 heures sont une base de référence de déclenchement des heures supplémentaires mieux payées (ce qu'elles étaient d'ailleurs dès l'origine, car il n'y a jamais eu de "plafond des 35 heures" contrairement à certaines affirmations fausses) ; la nouveauté a été de faire des heures supplémentaires défiscalisées. Problème : les économistes indiquent que cela crée du chômage.

     Actuellement, de plus en plus, cela se transforme en "Travailler plus et gagner moins" pour être compétitif et garder son travail. Certains veulent continuer dans ce sens. A l'opposé, d'autres proposent la retraite à 60 ans avec 40 annuités, voire aller vers les 32 heures et même créer un revenu universel (être payés sans contrepartie).

     Alors peut-on travailler moins et vivre mieux ? En fait, pour répondre à cette question, il y a plusieurs angles de vue :

    - Le côté philosophique : Qu'est-ce que vivre mieux ? Est-ce travailler moins ? Est-ce consommer d'avantage ? Est-ce consommer mieux ? Est-ce consommer ou autre chose ? La vie n'est-elle basée que sur la consommation ? Quid des plaisirs gratuits ? Travailler n'est-ce qu'un travail obligatoire et rémunéré ? Quid des dons et du temps donné à une bonne cause ? Et le bricolage chez soi ou faire la cuisine ou aider aux devoirs, n'est-ce pas utile à soi, ses proches, à la société ?

    - Le côté économique : Le travailler moins et gagner plus ou autant a déjà été réalisé ("Trente Glorieuses" et 35 heures). Cela fonctionne économiquement sous certaines conditions. Nombreux sont ceux qui pensent que cela fait baisser le chômage. D'autres diront que cela crée du chômage, car on est moins compétitifs. En fait cela dépend de plusieurs facteurs.

     La mondialisation actuelle, en mettant les salariés du monde entier en concurrence les uns avec les autres exerce une pression sur les salariés, ce qui donne raison aux tenant du "Travailler plus et gagner moins pour être compétitifs et conserver nos emploi". Mais cette logique a une fin : travailler plus et gagner moins jusqu'où ? 70 heures par semaine ? Encore plus ? Gagner 300 euros ? 100 euros ? Juste un bol de riz ? Et puis, les pays comme la France, qui ont des hivers rigoureux, obligent à avoir des vêtements chauds, du chauffage, ce dont sont dispensés certains pays. Au bout du bout, dur de gagner la compétition !

     

    La compétitivité peut se gagner avec la connaissance, la recherche et l'innovation. Mais il est particulièrement idiot de penser que les autres sont moins intelligents que nous. Bon à savoir : des Airbus sont fabriqués en Chine. La chine et l'Inde ont de grands programmes spatiaux…

     Et puis que fait-on des gains de productivité ? Exemples d'utilisation : Ford avec son modèle T (baisse des prix et hausse des salaires) et, plus tard, les "Trente Glorieuses" (baisse du temps de travail, hausse du pouvoir d'achat) ou, comme actuellement destruction d'emplois. Le travail n'arrête pas de changer. Certains pensent même qu'il disparait. Sans aller sur ces extrêmes, force est de constater que de grands bouleversements sont en cours et ne sont pas près de s'arrêter : les chocs pétroliers, la concurrence mondiale, les nouvelles formes de travail (plateformes genre Uber, autoentrepreneurs…) et de modes de production (robotisation, informatisation etc.). Nous voyons apparaitre, en France notamment, un chômage de masse depuis 1974 et surtout depuis 1983. Cela crée des déficits, de la misère, de la pauvreté.

     Plusieurs solutions pour en sortir :

    - Soit on reste dans la mondialisation sauvage actuelle (et l'UE actuelle) et il faut être compétitifs : formation, créativité, recherche/développement, mais aussi baisse des salaires, hausse du temps de travail, partir plus tard à la retraite.

    - Soit on va vers une mondialisation régulée et une Europe faite pour le bien des peuples et pas pour la finance et les grands possédants. Cela permet de travailler moins et gagner plus, d'avancer le départ à la retraite, et même de commencer à envisager un revenu universel. Cela permet aussi une croissance régulée et tournée vers le développement durable. Il faut, bien sûr, maintenir et, plutôt, développer la formation, la créativité, la recherche/développement. Tout cela permet de vivre mieux. A noter que, pour des raisons budgétaires évidentes (compétition mondiale, effet d'appel d'air etc.), un revenu universel n'est pas compatible avec une mondialisation non régulée.

     La politique du continuer comme avant (1983/2017), est dangereuse car il y a risque d'explosion de la dette entrainant la ruine du pays, maintien voire aggravation du chômage et de la misère à haut niveau, risque de monter les français les uns contre les autres etc. De plus, nous ne sommes pas à l'abri d'une nouvelle crise financière mondiale et surtout il y a un risque de guerre mondiale !...

     L'économie de la connaissance a l'avantage de ne pas détruire la planète et peut même la sauver. L'économie numérique permet le développement économique avec une moindre pollution. Les plateformes Internet permettent de développer de nouveaux métiers et de rendre de nouveaux services. Hélas, trop souvent, il s'agit de travail mal payé et mal protégé ("Uberisation" de la société).

     Vivre mieux : Cette définition varie en fonction de chacun. De nombreux facteurs sont à prendre en compte. L'exhaustivité n'est pas possible dans ce débat, mais nous pouvons cependant citer quelques points. La sécurité tout d'abord (attentats, meurtres, viols, violences, vols, remise en cause de nos valeurs, de notre mode de vie, insécurité économique, sociale etc.) Et ne parlons pas de la guerre… La hausse du pouvoir d'achat peut être une bonne chose, cependant tout baser sur la consommation est trop limité. La paix, la sécurité, la fraternité, la santé, le bonheur conduisent à vivre mieux. Nous avons de grands risques, mais aussi de formidables opportunités d'aller vers une vie meilleure et envisager de travailler moins et vivre mieux.

     Jean-Marc  (  http://ecomondiale.over-blog.com/)

    Pour lire le compte-rendu de la séance, cliquer ici

    « C.R. du débat du 25 Mars 2017 sur l'identité et le numériqueC.R. du 22 Avril 2017. Peut-on travailler moins et vivre mieux? »

  • Commentaires

    1
    Paul Aubrin
    Jeudi 20 Avril à 17:42

    Hormis certains cas individuels particuliers, les ascètes, les anorexiques, les masochistes, plus de biens, matériels ou immatériels apportent plus de satisfaction (et donc de vivre mieux). Bien sûr, plus on dispose d'accès à des biens, moins la satisfaction supplémentaire est grande, et moins on est motivé pour disposer d'une plus grande production de biens.  

    Pour produire plus de biens, et donc dans le cas général vivre mieux, il faut soit travailler plus, soit être plus productif.

    Depuis le début de la révolution industrielle, grâce à la domestication des sources d'énergie, et aux innovations technologiques, la productivité a augmenté d'une façon impressionnante. Par exemple, il y a soixante dix ans, un agriculteur nourrissait en moyenne deux ou trois personnes, désormais il en nourrit une cinquantaine. En conséquence la part de la nourriture dans l'alimentation dans le budget des ménages a considérablement diminué, libérant des ressources pour d'autres biens, et donc, en principe, des satisfactions supplémentaires.

    Par nécessité, ou par choix, certaines professions n'ont pas augmenté leur productivité, les enseignants, par exemple. Comparativement, elles voient leur capacité d'accès aux biens progresser moins que les autres, d'où un sentiment de dégradation, de vivre moins bien. 

    Les mieux nantis qui disposent déjà de beaucoup de bien, sont les moins enclins à considérer que travailler plus permet de vivre mieux. C'est une conséquence de la loi des rendements décroissants, surtout s'ils ont un tempérament un peu ascétique, ou qu'ils s'imaginent l'avoir. Il y a donc une grande différence de "vivre mieux" selon les conditions sociales. Égoïstement, les mieux nantis, y compris les classes moyennes des pays développés, verraient favorablement les plus pauvre adopter la vision que vivre mieux consiste à avoir accès à plus de biens.  Cette attitude est particulièrement visible en matière d'accès à l'énergie qui est un des moteurs de la croissance de la production depuis deux cents ans.

      • Jean-Jacques
        Samedi 22 Avril à 12:20

        J'aimerais bien savoir comment vous définissez la productivité des enseignants : plus d'élèves par classe ? Plus d'heures de cours ? Plus d'heures de présence dans l'établissement ? Plus de réussite des élèves aux examens ? Ce sont les seuls critères quantitatifs que je vois. Sinon, on peut trouver des critères qualitatifs, mais par définition difficiles à évaluer : meilleure assimilation des connaissances par les élèves ? Moins de fautes d'orthographe ? Savoir lire écrire et compter à l'issue de la primaire ? Ce sont des choses sur lesquelles on peut réfléchir, mais je ne suis pas sûr que ela ait un lien quelconque avec la "productivité" au sens industriel du terme.

    2
    Paul Aubrin
    Jeudi 20 Avril à 17:54

    Erratum: Égoïstement, les mieux nantis, y compris les classes moyennes des pays développés, verraient favorablement les plus pauvres ne pas adopter la vision que vivre mieux consiste à avoir accès à plus de biens. 

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :