• PEUT-ON SE METTRE A LA PLACE DES AUTRES ?

     

                          PEUT-ON SE METTRE A LA PLACE DES AUTRES ?

                                              Charlotte Morizur  Le 27 Février 2021

     

    Quel que soit le degré d’égoïsme que l’on suppose chez tout être humain, il y a dans sa nature un principe d’intérêt pour ce qui arrive aux autres. L’empathie, ou capacité à ressentir les émotions et sentiments de nos semblables, est si naturelle que les animaux eux-mêmes en donnent des signes sensibles.

     

    I –Petit lexique de l’empathie :

     

    L’empathie cognitive est l’intelligence qui nous permet, en observant le comportement des autres, de déduire leurs intentions et pensées. On parle d’empathie émotionnelle lorsque l’on partage une émotion qui peut par contagion, nous entraîner dans un fou-rire collectif, un mouvement de panique générale ou que nous nous réjouissons du succès d’un proche quand bien même nous n’y trouvons aucun bénéfice personnel. L’empathie compassionnelle déclenche en nous l’élan qui nous pousse à aller au secours de celui qui souffre ou est en danger. Cependant, l’empathie a sa face retorse et peut, pour des esprits pervers, servirl à malfaisance.

     

    II - Si l’empathie est un décentrement de soi au profit des autres, dans quelles mesures cette capacité nous permet-elle de nous mettre à leur place ?

     

    Il est étonnant de constater que, lorsque l’on considère ses amis ou ses proches, on devine parfois mieux qu’eux-mêmes ce qui va leur advenir alors qu’ils s’apprêtent à prendre une décision capitale.Et donc, s’ils sollicitent notre aide, nous nous efforçons de les conseiller au mieux. Comme le chante avec beaucoup de conviction le sage Enrico, certains le font avec d’autant plus de zèle que les conseilleurs ne sont pas toujours les payeurs… 

     

    L’empathie s’exprime plus spontanément vis-à-vis des personnes qui nous ressemblent ou sont proches de nous : l’émotion a la mémoire courte, la vue rétrécie et peut nous lâcher aussi promptement qu’elle nous a étreint. Alors, est-elle adaptée à un monde où il y a plus de 7,5 milliards d’individus ?

     

    MAIS PRENONS GARDE ! Si l’empathie fait appel à notre générosité et nous porte à aider, soigner, consoler ceux qui souffrent, comment garder la bonne distance entre empathie et compassion pour ne pas se laisser dévorer par l’émotion ?Et puis, on l’a vu plus haut, la capacité à comprendre l’autre sert également séducteurs,gourous, complotistes…certains psychologues excellent dans le domaine de la manipulation ! Alors, comment repérer leurs stratégies et s’en protéger ?

     

    Remarque : Si nous sommes capables, lorsqu’il s’agit des autres, d’embrasser le mouvement général de la vie pour les aider, une telle vision panoramique n’est guère possible depuis notre propre place aussi sommes-nous bien souvent dans l’incapacité de prévoir avec la même lucidité les conséquences de nos décisions. C’est alors à notre tour de nous tourner vers un proche, et de lui poser la question : « Que ferais-tu si tu étais à ma place ? »

     

    III – Conclusion: L’empathie possède des vertus apaisantes et bienfaisantes, et lorsque nous ne rencontrons pas chez les autres la compréhension que nous attendions nous éprouvons un sentiment de désolation et de solitude. Nous l’avons dit, l’empathie est innée, cependant il nous faut sans cesse la cultiver afin que l’indifférence ou l’égoïsme n’altèrent pas cette délicate porosité de l’âme qui nous rend si sensibles à celle des autres.

     

    Pour lire le compte-rendu du débat.

                                                                                                                                    

     

    « CR de la réunion du 6 février 2021 : L'intelligence artificielle peut-elle dépasser l'intelligence humaine ?Ecole et Démocratie, laquelle des deux sauvera l’autre ? »

  • Commentaires

    1
    Pierre M.
    Lundi 1er Mars à 14:51

    Ce petit texte est concis, précis, agréable à lire. Mais il ne traite que d’un aspect de la question, celui de l’empathie.

    - S’il est vrai que l’empathie est l’aptitude à se mettre à la place des autres, à ressentir ce qu’ils ressentent, tout en gardant une certaine distance (à la différence de la sympathie), elle ne couvre pas toute la palette de cette problématique. On pourrait parler aussi de l’identification.

    - D’autre part cette question est vue surtout dans le sens « top-down », c’est-à-dire du moi-sujet qui peut aider un autre sujet qui éprouve des difficultés, des peines, des souffrances, des soucis. Alors qu’il existe une importante relation « bottom-up » qui est le rêve de beaucoup de se trouver à la place de personnes bénéficiant d’un statut privilégié : la vedette du spectacle vivant, le prince charmant. Cela donne beaucoup de grain à moudre à de nombreuses gazettes spécialisées. Un ancien film avec Simone Signoret (titre ?) montrait une femme de ménage s’identifiant à l’impératrice Sissi.

    - Petit rappel au passage : l’éthique de Lévinas pour qui la rencontre avec l’Autre était dans son visage. Encore que le visage de l’Etranger peut être synonyme de danger.

      • charlotte MORIZUR
        Mercredi 10 Mars à 10:32

        Tu poses là la problématique de l'identité, Pierre, ce qui n'était point le sujet du jour. L'identité, si j'ai bien compris Levinas, est plastique et ne  peut se former ou se transformer que par rapport au regard de l'autre. Mais cela est un tout autre sujet... 

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