• Notre civilisation peut-elle disparaître à court terme ? Collapsologie

    Notre civilisation peut-elle disparaître à court terme ? Collapsologie

                                              par Pierre Renard.

    La Collapsologie, qu’est-ce que c’est

      Il s’agit de l’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle

    . C’est « l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition et sur des travaux scientifiques reconnus »[1].

    Le concept de collapsologie est plus précisément développé dans le livre de Servigne & Stevens, (2015) « Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes »[2].  Ces notes font suite à la lecture de ce livre.

    La Thèse

    Les collapsologues, tels qu’ils se désignent eux-mêmes, croient inévitable cet effondrement. Ils développent pour cela 4 arguments principaux, plus 1 accessoire :

    ·         Nous consommons les ressources terrestres à un rythme exponentiel. Donc ces ressources vont s’épuiser et nous allons manquer d’énergie.

    ·         Du fait de l’activité humaine, nous provoquons un dérèglement du climat et de la biodiversité qui à brève ou moyenne échéance va provoquer des catastrophes en série et un désastre écologique (élévation de température, désertification, augmentation du niveau des mers, etc…).

    ·         Nous avons d’ores et déjà dépassé des « frontières » qui ne permettent plus de retour en arrière maîtrisé (présence dans l’atmosphère de gaz à effet de serre, extinction d’espèces vivantes, pollution)

    ·         Notre civilisation industrielle a atteint un degré de complexité tel que nous sommes incapables de la corriger et de l’orienter afin d’éviter les dégâts qu’elle provoque. Exemple : impuissance des organisations internationales, traités internationaux non respectés (COP 21), développement des inégalités,…

    ·         Accessoirement, cette prévision est confirmée par plusieurs modèles. Sont cités, le modèle «Handy» financé par la NASA et surtout le modèle « World 3 » qui a servi de base au rapport Meadows paru en 1972, plus connu sous le nom de « Rapport du Club de Rome[3] », toujours d’actualité car la réalité d’aujourd’hui apparaît sur plusieurs aspects conforme aux prévisions d’hier.

    L’effondrement serait donc inéluctable. Les auteurs du livre se réfèrent à l’image d’une voiture roulant de plus en plus vite, que le conducteur ne maîtrise plus. L’accident est inévitable.

    À la question quand et comment cet effondrement interviendra, les collapsologues répondent :

    L’effondrement interviendra avant la fin de ce siècle (entre 2050 et 2100),  par crises successives plus ou moins violentes. Dans l’ordre : dérèglement climatique, amenant catastrophes naturelles, amenant crises migratoires et explosion des dettes, amenant crises financières, amenant crises des échanges commerciaux, amenant crise alimentaire, conflits sociaux, fin de la mondialisation, crises internationales, guerres, effondrement.

    Après l’effondrement de notre civilisation industrielle, la population humaine, considérablement réduite, se réorganisera dans des petites communautés autonomes résilientes.

    Discussion

    Allons-nous réellement manquer d’énergie ?

    C’est le point essentiel de l’argument 1. On peut en effet considérer que si nous pouvions continuer à extraire l’énergie, qui a permis à la civilisation industrielle de se construire, nous pourrions alors continuer à trouver des substituts aux autres ressources nécessaires. Or l’énergie bon marché qui a permis de porter le développement industriel des deux derniers siècles n’a plus cours Et donc, disent les collapsologues, « s’il n’y a plus de carburant le moteur va s’arrêter ».

    Et il est vrai que les réserves d’énergie fossile s’épuisent petit à petit. Les coûts d’extraction sont de plus en plus élevés. Qui plus est, nous avons découvert que les énergies fossiles (pétrole et gaz) étaient néfastes. A cause des gaz à effet de serre qu’elles rejettent dans l’atmosphère, leur utilisation contribue au dérèglement climatique. Donc, de toute façon, on ne va pas pouvoir les utiliser très longtemps, pas parce qu’il y en a aura plus, mais parce qu’on ne voudra plus les utiliser.

    Les énergies dites renouvelables, majoritairement le solaire et l’éolien vont elles pouvoir prendre le relais ? À l’instar des collapsologues, beaucoup de scientifiques pensent que non : la difficulté du stockage rend le rapport entre puissance utilisable et puissance installée comparativement très faible. Il faut donc continuer à consommer des sources d’énergie traditionnelles parallèlement à la source renouvelable installée.

    Ainsi, la vitesse de substitution reste faible. Or il faut aller vite. Équation impossible à résoudre disent  les collapsologues (mais pas seulement eux).

    Mais ces derniers « oublient » une 3e ressource, ni renouvelable ni épuisable et qui peut en partie s’ajuster à la demande : l’énergie nucléaire. Il est vrai qu’à l’heure actuelle, l’énergie nucléaire est totalement diabolisée. On ne parle que d’en « sortir » surtout pas d’y « entrer ». Elle fait peur, car elle a la capacité de détruire la planète. Mais elle a peut être celle de la sauver…

    Au plan théorique, l’énergie dégagée par les réactions issues de la transformation des noyaux atomiques (l’énergie émise par le soleil n’est d’ailleurs pas autre chose) pourrait constituer une source quasi inépuisable si elle était bien maîtrisée. En dépit de ce rejet dans l’opinion,  (conjoncturel ?), les recherches se poursuivent d’ailleurs heureusement dans le monde avec les réacteurs de 4e génération (absence de déchets) et au-delà la fusion nucléaire (absence de radioactivité). Mais ces recherches prennent du temps, car elles nécessitent des prototypes qu’il faut construire et tester.

    Pour conclure donc, il n’y aurait pas un seul scénario mais 2 :

    ·         Soit nous gagnons la course vers l’équilibre énergétique entre des besoins stabilisés, et des ressources vertueuses et suffisantes pour plusieurs générations.

    ·         Soit cet équilibre ne sera pas atteint avant que le dérèglement climatique et la réduction de la biodiversité ne rendent la vie sur terre invivable.

    Le dérèglement climatique.

    Quasiment plus personne ne nie le phénomène de réchauffement climatique qui va provoquer montée du niveau de la mer, ouragans, tsunamis,…. Mais l’originalité des collapsologues c’est de dire : « c’est trop tard ; inutile de chercher à l’enrayer. Attendons l’effondrement et tout reviendra dans l’ordre, naturellement ». Croire à la fatalité du phénomène, n’est-ce pas contribuer à l’accélérer ? Donc théorie dangereuse…

    Le dépassement des frontières.

    Les collapsologues parlent de« frontières » que nous aurions franchies, au-delà desquelles plus de retour en arrière possible. Ces frontières seraient : la température moyenne du globe, la biodiversité, certains minerais indispensables, la consommation des ressources en eau, la pollution. Et en effet, l’observation des cycles géologiques de notre planète sur plusieurs centaines de milliers d’années, montre que l’évolution que nous faisons subir à notre environnement en quelques dizaines d’années, est exceptionnelle et effrayante. Notre planète pourra sur certains aspects ne plus jamais redevenir comme avant. Est-ce pour autant qu’elle va devenir invivable pour l’homme et pour l’espèce animale d’aujourd’hui ? Faut-il vraiment un effondrement pour inverser les courbes ?

    Notre civilisation est-elle si fragile ?

    C’est la thèse des collapsologues : nous avons atteint un tel degré de complexité dans nos organisations que nous ne sommes plus capables de les conduire, telle une voiture incontrôlable : c’est l’accident mortel assuré ! L’image est-elle appropriée ? Ou au contraire le genre humain reste t’il capable de s’adapter ?

    Finalement que croire, que faire ? Considérer que l’accident est inévitable et qu’il vaudrait mieux sauter en marche (de notre civilisation industrielle) ? Ou continuer à conduire la voiture, tenir la route, éviter les obstacles?  Nous risquons d’être broyés dans l’accident ? Peut-être, mais nous avons aussi l’espoir que nous allons finir par maîtriser le véhicule, réduire l’accélération, stabiliser la vitesse et la direction. Ce serait alors vraiment trop bête d’avoir sauté en marche trop tôt…



    [2] Ce livre a une suite : « Une autre fin du monde est possible » des mêmes auteurs ; ce dernier ouvrage traite davantage de la manière de se préparer psychologiquement à cet effondrement inévitable.

    [3] le Club de Rome est un groupe de réflexions créé en 1968 qui réunit des scientifiques, des économistes, des fonctionnaires nationaux et internationaux, ainsi que des industriels de 53 pays.

    « C.R. du 10 Nov. 2018. La fraternité est elle une utopie?C.R. du 1er Déc 2018 Notre civilisation peut-elle s'effondrer? »

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