• Le pouvoir des médias représente-il un atout ou un danger pour la démocratie ?

                Le pouvoir des médias représente-il un atout ou un danger pour la démocratie ?  

    L                    

                                                                                  Daniel Soulat, le 7 Oct. 2017

    La démocratie est un régime optimiste et exigeant qui, pour être en bonne santé, doit miser sur la capacité d’information et d’éducation de chacun de ses membres puisqu’elle fait le pari d’être l’expression du peuple...

     

    Quel est le rôle des médias dans notre société ? Les médias permettent de comprendre le monde dans lequel on vit, ils sont l’agora, le forum où les citoyens et les citoyennes se forgent une opinion, ils permettent aux citoyens  d’exercer, au moment du vote, leur jugement politique de manière éclairée. « L’opinion publique, disait Bourdieu, n’existe pas, elle est pour l’essentiel une construction médiatique ».

     

    Ainsi le directeur du « Monde diplomatique » Octobre 2003, Ignacio Ramonet explique : « la presse et les médias ont été pendant de longues décennies, dans le cadre démocratique, un recours des citoyens ».  En effet, les trois pouvoirs traditionnels, législatif, exécutif et judiciaire peuvent faillir, se méprendre et commettre des erreurs. Dans un tel contexte démocratique, les journalistes et les médias ont souvent considéré comme un devoir majeur de dénoncer ces violations des droits. Ils l’ont parfois payé très cher.

     

    Le 5 Mars 2017, le Directeur de la rédaction Hervé Gattegno « Le JDD change, pour mieux vous informer, vous éclairer, vous aider à forger vos opinions, dans une actualité mouvante et angoissante, notre ambition reste de raconter ce que vous ignorez, de vous déranger (parfois), de vous stimuler (le plus souvent), de vous divertir (aussi). Ce sera l’enjeu de quelques pages ‘Opinions & Contreverses’. »

     

    L’articulation démocratie / médias : le gouvernement élu représente le peuple souverain et agit en son nom, les médias permettent dans l’intervalle de deux élections de continuer à faire entendre l’opinion du peuple auprès du pouvoir en place.

     

    Les médias sont-ils objectifs ? L’objectivité peut se définir comme ce qui permet de s’approcher au plus près de la vérité, elle suppose le pluralisme (le croisement de multiples points de vue nécessairement subjectifs) et l’impartialité (le fait d’être sans intérêt ni parti pris). On peut alors distinguer la vérité des faits de la liberté de l’interprétation, l’interprétation se référant à des valeurs partagées par une communauté. Pour être objectif un média devrait donc être indépendant économiquement.

     

    La loi liberté, indépendance et pluralisme des médias n° 2016-1524 promulguée le 14 novembre 2016 : « Un journaliste libre doit donner toute son attention. Car s’il ne peut dire tout ce qu’il pense, il lui est possible de ne pas dire ce qu’il ne pense pas ou qu’il croit faux. Et c’est ainsi qu’un journal libre se mesure autant à ce qu’il dit, qu’à ce qu’il ne dit pas. » L’indépendance du journaliste :  « Tout journaliste a le droit de refuser toute pression, de refuser de signer un article, une émission, partie d’émission ou une contribution dont la forme ou le contenu auraient été modifiés à son insu ou contre sa volonté. Il ne peut être contraint à accepter un acte contraire à son intime conviction professionnelle. »  

     

    L’indépendance des médias peut être mise en cause par les investissements opérés par de grands groupes  industriels ou financiers : en France par exemple, nous pouvons citer les Bouygues et TF1, Dassault et le Figaro, Boloré et Canal+, Patrick Drahi pour BFM-TV, RMC, Libération, l’Express…, Feu Pierre Bergé Le Monde, Matthieu Pigasse Le Monde et l’Obs, Xavier Niel (actionnaire du Monde)... Bernard Arnault Le Parisien, François Pinault Les Echos, et Lagardère Le Journal du Dimanche Paris Match Europe 1. 

     

    Le baromètre des médias est au plus bas depuis 2002, dans son quotidien le journal La Croix 2/2/2017 publie une enquête, en réponse aux questions, on y trouve notamment :

     

    Croyez-vous qu’ils résistent aux pressions des partis politiques et du pouvoir ?

     

    ð     67% répondent Non, ils n’en sont pas assez indépendants ;

     

    Croyez-vous qu’ils résistent aux pressions de l’argent ?

     

    ð     58% répondent Non, ils n’en sont pas assez indépendants.

     

    Les médias remplissent-ils aujourd’hui leur rôle de contre-pouvoir ? Aucune démocratie n’est possible sans médias indépendants. Leur absence c’est la dictature. La démocratie ce n’est pas seulement le pouvoir au peuple ou la séparation des pouvoirs chère à Montesquieu ; pour que le peuple exerce son pouvoir il faut qu’il sache, qu’il soit correctement informé.

     

    Média et démocratie, de qui le quatrième pouvoir est-il le nom ? Tout d’abord tentons une définition du quatrième pouvoir. Etant entendu que les trois pouvoirs traditionnels, ceux mis en avant par Montesquieu dans « L’esprit des lois » et qu’il estimait devoir être strictement séparés, étaient le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire. C’est pour cette raison que l’on a longtemps parlé du « quatrième pouvoir ». Ce « quatrième pouvoir » était en définitive, grâce au sens civique des médias et au courage de journalistes audacieux, celui dont disposaient les citoyens pour critiquer, repousser, contrecarrer, démocratiquement, des décisions illégales pouvant être iniques, injustes, et même criminelles, contre des personnes innocentes. C’était, on l’a souvent dit, la voix des sans-voix. 

     

    Mais, et c’est un constitutionnaliste émérite puisqu’il s’agit d’un ancien Président de la cinquième République qu’il faut citer, à savoir François Mitterrand qui a déclaré dans une lettre aux Français : « Montesquieu pourrait se réjouir qu’un quatrième pouvoir ait rejoint les trois autres et donné à sa théorie de la séparation des pouvoirs l’ultime hommage de notre siècle. » Cependant, au cours des obsèques de Pierre Bérégovoy le 4 Mai 1993, son discours prononcé à Nevers  laisse à penser qu’il incriminait les médias : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas que l'on ait pu livrer aux chiens l'honneur d'un homme, et finalement sa vie au prix d'un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d'entre nous. » 

    La presse le quatrième pouvoir, c’est le contre-pouvoir comme le dit Marcel Gauchet « qui n’a pas d’autre pouvoir que celui d’arrêter les pouvoirs,  les trois autres. »

    Depuis une quinzaine d’années, à mesure que s’accélérait la mondialisation libérale, ce «  quatrième pouvoir » a été vidé de son sens, il a perdu peu à peu sa fonction essentielle de contre-pouvoir, puisque les médias sont aujourd’hui le seul pouvoir sans contre-pouvoir, conduisant ainsi à un déséquilibre dommageable pour la démocratie.

     

    Organiser le débat public, réguler les médias : Le caractère contradictoire de la délibération exige qu’elle garantisse que raisons et opinions se répondent et s’affrontent effectivement, en opposant des récits aux récits, des témoignages aux témoignages, des arguments aux arguments.  

     

    Espace public et démocratie L’espace, public est le lieu d’une dialectique vivante, un processus de confrontation où les idées s’entremêlent et s’ajustent mutuellement. Le public acquiert ainsi une nouvelle fonction : celle d’instance critique auquel doit s’exposer le pouvoir. Mais l’apparition de nouvelles technologies offre aux citoyens la possibilité de concurrencer les journalistes dans la saisie et le traitement de l’information.

     

    La Défiance envers les médias s’accentue, le quotidien Le Monde 2/2/2017 a publié les résultats d’une enquête réalisée pour La Croix: « L’année 2016 n’a pas vu d’amélioration dans la confiance que les Français accordent aux médias. Tous les supports voient leur crédibilité baisser : 52 % des personnes interrogées ont confiance dans les informations qu’elles entendent à la radio (– 3 points sur un an), 44 % se fient aux journaux (– 7 points sur un an), 41 % à la télévision (– 9 points sur un an) et 26 % au Web (– 5 points sur un an). »

     

    Principaux dangers et menaces : les réseaux, La Croix 02/02/2017 les Français veulent une information vérifiée, s’informant de plus en plus sur les réseaux sociaux, huit Français sur dix s’estiment ainsi exposés aux fausses nouvelles, ils attendent des médias qu’ils jouent un rôle important, pour fournir une information vérifiée et recoupée. Une inquiétude est que la France se retrouve dans une situation à l’américaine, où les médias traditionnels perdent complètement la main face aux réseaux sociaux et leurs ‘Fake News’, notamment diffusées par Paul Horner lors des élections présidentielles 2017 (Hilary Clinton - Donald Trump), affirmant « des anti-Trump à ses meetings ont été payés 3500 $ pour manifester », nombreux y ont cru. Au sein du journal Le Monde, il y a des journalistes ‘décodeurs’ au sens contrôlent ce qui est sur les réseaux sociaux.

     

    Internet peut présenter des dangers pour la démocratie :

     

    Il porte atteinte à la protection de la vie privée ;

    Il peut être le support d’idées en contradiction avec les fondements de la démocratie.

     

    Publié le 27 Janvier 2017, au Canada, la crise financière qui secoue l’industrie des médias, est telle qu’elle constitue une menace pour la santé de la démocratie. Les revenus publicitaires des médias traditionnels sont en chute libre, un tiers des journalistes a été perdu au cours des six dernières années, pendant ce temps, Facebook et Google gobent 82% de la publicité et 70% des recettes, sans payer d’impôt.

     

    Conclusion : Nous sommes en l’occurrence dans un pays, la France, qui permet une grande liberté d’expression. Nous le voyons à travers la presse écrite, par exemple, dans laquelle la diversité des opinions des journalistes peut se manifester. Et ce n’est pas le cas dans tous les pays ! Dans tous les cas, notre démocratie nous permet bien des choses, cependant l’expression libre sur les réseaux dérive dans certains cas, avec des propos : racistes, négationnistes…. notamment entre deux clips de pub sur Facebook et Youtube. 

    Grâce aux différents médias existants, nous pouvons donc nous informer, nous faire notre propre opinion sur tel ou tel sujet, de la vie politique ou dans tout autre domaine. Les médias ont une influence sur le peuple, sur l’opinion publique. L’information est diffusée en masse, il faut savoir la sélectionner, avoir des qualités de discernement, de jugement et l’esprit critique. Avant tout, l’information doit être vérifiée et fiable, c’est le rôle des médias au sein desquels il y a des journalistes de métiers, ils doivent rester indépendants et objectifs.

    Combien d’affaires ont été médiatisées à outrance, rappelons nous les affaires Grégory-Villemin, Outreau, et diverses personnalités. Qui arrêtera l’instrumentalisation des procédures par le pouvoir médiatique, comment prétendre, et à bon droit, obtenir d’un coté la sanctuarisation du métier de journaliste et refuser, à l’avocat, au médecin, au prêtre lui-même, le respect du secret professionnel ou de la confession, sans oublier la présomption d’innocence et le respect de la vie privée, le curseur étant entre liberté d’expression et la violation des lois et droits ?  

     

     

    Daniel Soulat

    « Compte-rendu du café débat du 9 Sept. 2017 : «L’éducation peut-elle seule permettre l’émergence d’un homme libre? C.R. du débat du 23 Septembre; Nos valeurs Républicaines sont-elles recevables dans toutes les cultures ? »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :