• La Mer, un Océan de promesses, saurons-nous la protéger ?

     

                         La Mer, un Océan de promesses,

                                         saurons-nous la protéger ?

     

    1/ Les caractéristiques : La Mer constitue 71% de la surface de la planète soit 370 millions de Km². La Mer représente aussi 97,4% de l’eau sur terre quand l’eau douce souterraine n'en représente que 0,2%.

     

    Plus de la moitié de l’humanité vit à moins de 60 km du littoral, proportion qui devrait atteindre 75% aux alentours de 2030.

     

    En 2015 la France s’est agrandie de 579000 km², l’équivalent de la superficie de l’hexagone. Mais ce n’est pas pour la gloire que l’Etat a constitué depuis 15 ans les dossiers nécessaires à l’obtention de cette extension. C’est pour garantir ses droits souverains afin d’exploiter les ressources à la fois du sous-sol et des eaux sus-jacentes. Le droit de la Mer répond à la Convention des Nations Unies de 1982, selon laquelle, chaque pays côtier dispose d’un espace maritime large de 200 milles marins (370 km), appelé ‘zone économique exclusive’ (ZEE). Celle de la France a plus de 11 millions de km² (la seconde au monde pour ce qui est de la superficie),  dans laquelle l’Outre - Mer constitue 97 % de cette zone française. Au-delà de cette zone, les eaux et les fonds marins sont régis par des instances internationales et considérés comme un bien de l’humanité.

     

    2/ L’océan grand régulateur du climat nous protège : 70 % de l’oxygène que nous respirons provient du phytoplancton. L’océan absorbe 93 % de l’excès de chaleur dû aux émissions de gaz à effet de serre que l’homme injecte dans l’atmosphère.

     

    Véritable pompe à carbone, l’océan absorbe 25 % du CO, ces eaux vont ensuite plonger en profondeur, emportant avec elles cet excès de carbone qui les rend plus acides, ce qui détériore plusieurs espèces, dont le krill sorte de petite crevette constituant la nourriture pour des cétacés, phoques, manchots, calamars et poissons.

     

    3/ La Mer nous fournit de l’énergie : Parmi les ressources énergétiques de la Mer, la première et pour longtemps, c'est le pétrole puis le gaz. Près de 20% de la production cumulée de gaz et de pétrole sur Terre provient de la Mer. La Mer c’est aussi 30% des réserves mondiales de pétrole et de gaz,

     

    Les Energies Marines Renouvelables EMR : vent, courants, vagues, thermiques, ont un potentiel énorme.

     

    4/ La Mer nous nourrit : elle est aussi source de vie : L’aquaculture permet déjà de produire 55% de la production mondiale de poissons. Demain les algues constitueront une part significative de l’alimentation.

     

    5/ La Mer nous soigne : Les biotechnologies marines apportent des solutions nouvelles dans les domaines de la santé, comme dans la lutte contre le cancer, et de la cosmétique.

     

    Les Crambe crambe (espèces d’éponges) diffusent naturellement des molécules toxiques pour se défendre. Il suffit de les chahuter pour qu’elles produisent individuellement 500 milligrammes de composé pur par an. Ce dernier contient plusieurs familles de molécules, dont deux ont des propriétés intéressantes. L’une serait anticancéreuse l’autre antifongique.

     

    Une scientifique française a découvert  le sang d’annélide (petit vers marin appelé Arenicola marina), animal dont l'hémoglobine est la plus proche de l'hémoglobine humaine, ce qui pourrait régler la pénurie sanguine au niveau mondial. L’hémoglobine de ce ver est capable de transporter 150 fois plus d’oxygène que l’hémoglobine humaine, cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour la préservation des organes en attente de transplantation.

     

    6/ Problèmes avérés, et menaces : La surpêche, provoque des disparitions locales d’espèces. Aujourd’hui, on estime que 30 à 40 % des espèces sont surexploitées. Au niveau mondial, les populations actuelles de grandes espèces de poissons représentent moins de la moitié de ce qu’on avait il y a cinquante ans. 

     

    80 millions de tonnes récupérées mais 150 millions vraiment pêchés car remis en partie à l’eau. Pour l’aquaculture, il faut 4 à 6 kg de farine de poisson pour obtenir 1 kg de poisson d’élevage.

     

    La pollution : Des millions de tonnes de plastique sont déversées  en Mer et forment le Gyre ‘7e continent’, aussi grand que la France. Cette pollution met en péril les écosystèmes.

     

    Les récifs coralliens couvrent seulement 0,5% du plancher océanique, ils abritent environ 30% des espèces de poissons, si le réchauffement se poursuit au rythme actuel, tous les éco systèmes très riches en biodiversité auront disparu en 2070.

     

    7/ Les enjeux :

     

    économiques : La Mer est un vaste champ d’exploration pour des minerais, en métaux rares indispensables au développement de l’industrie électronique ;

     

    climatiques : L'océan est le principal réservoir et tampon thermique planétaire. 30 % de l’énergie qui y est stockée est ensuite restituée à l’atmosphère par évaporation, sous forme de chaleur latente pour former les nuages. Il joue donc un rôle majeur pour le climat et la pluviométrie dont dépendent l'agriculture et de nombreuses activités humaines ;

     

    de biodiversité. La biodiversité est le fondement des richesses auto-entretenues des océans;

     

    de gouvernance : La France s'est dotée d'une Agence des aires marines protégées, mais c'est l'ensemble du dispositif de gouvernance maritime qu’il convient désormais de repenser. La France souhaite aussi contribuer à une meilleure gouvernance de la « haute Mer », espace marin situé hors des zones de juridiction nationale ;

     

    énergétiques : Les éoliennes offshores, sur les côtes européennes cumulaient fin 2017, environ 15 gigawatts (GW) raccordés au réseau électrique. A titre de comparaison, une centrale nucléaire française a une puissance installée de 900 à 1500 MW. La France s’est fixée comme objectifs 500 MW d’éolien à l’horizon 2018  et 3000 MW en 2023. Un objectif deux fois moins ambitieux que celui du Grenelle de la Mer, que l’on s’était fixé en Juillet 2009. Alors que le Royaume Uni a déjà installé 5 Gigawatts dans le secteur des EMR, soit l’équivalent de 3 EPR (Réacteur Pressurisé Européen). Mi 2019, Saint-Nazaire est la première concrétisation du développement éolien offshore en France, 80 éoliennes pour une puissance installée totale de 480 MW d’ici fin 2022 , « Avec plus de 3 000 éoliennes en mer opérationnelles dans le nord de l’Europe, l’éolien en Mer est une réalité industrielle. On aura besoin de cette énergie renouvelable marine pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris », estime Aurélien Babarit ;

     

    commerciaux : c’est par la Mer que s’effectue 90% du commerce mondial en volume. Presque tout ce que nous consommons parcourt des milliers de km en mer avant de nous parvenir, et le trafic ne cesse d’augmenter : 1 milliard de tonnes de marchandises en 1960, 2,5 milliards en 1970, 3,7 milliards en 1980 ; 4 milliards en 1990, 5,8 milliards en 2000, 8,3 milliards en 2010, et 9,1 milliards en 2018 ;

     

    de santé ; Les scientifiques travaillent aujourd'hui sur 66 molécules d'origine marine dans la lutte contre le cancer. En polluant la Mer, on scie la branche sur laquelle nous allons avoir de plus en plus besoin de nous asseoir. 

     

    8/ Les responsabilités : La Mer est un espace de manœuvre stratégique dans toutes ses dimensions, l’amiral  Pierre François Forissier rappelle que ce sont des enjeux civils et militaires, c'est la responsabilité des marines que de s'impliquer dans la gouvernance des océans pour y préserver les différentes libertés et y maîtriser les abus. 

     

    Les actions de l’Etat en Mer : Tenir en état les Mers françaises, protéger, défendre l’espace maritime français : lutter contre le pillage des ressources, la piraterie, les trafics, l’immigration clandestine, les pollutions. Toutes ces menaces ayant considérablement crû ces dernières années. 

     

    L’importance accrue des flottes de combat est une conséquence directe de ces tendances.

     

    9/ Opportunités pour la France : Il nous faut pour cela, partager la même vision stratégique à tous les niveaux y compris au plus haut niveau de l’Etat, car la Mer n’est pas un enjeu droite / gauche. Ce n’est pas de nouveaux budgets dont nous avons besoin, mais d’une vision à 30 ans, voire 50 ans qui donnera confiance pour agir dans le temps présent. Avec cette vision partagée, les énergies se libéreront. 

     

    La France doit absolument renforcer la fonctionnalité de ses ports. Nous avons deux conteneurs sur trois qui arrivent par des ports communautaires. Le premier port français aujourd'hui est le port d'Anvers, en Belgique ! C'est un scandale écologique et un non-sens économique. Aujourd'hui, cela coûte plus cher de faire Rotterdam - Marseille que de faire Singapour - Rotterdam. Nos ports, et c'était noté dans le rapport de Louis Gallois, sont de formidables infrastructures, mais ils ne fonctionnent pas suffisamment bien.

     

    10/ Le Grenelle de la Mer : Juillet 2009 a conduit la France à se doter d'une politique maritime véritablement intégrée, allant de la pêche au transport maritime en passant par la politique industrielle (développement des énergies marines, construction navale), l'exploration des grands fonds marins ou encore la protection du littoral et de l'environnement marin. Il a mis en place le premier plan consacré aux énergies marines renouvelables, il a créé des zones marines protégées, etc. Mais depuis, l'élan est retombé.                              

     

    11/ Conclusions : Ne nous y trompons pas, cette « planète Mer » n’est pas une planète de rechange et encore moins une seconde chance. Il ne s’agit pas de reproduire « sur mer » les erreurs commises « sur terre » au cours du siècle précédent.

     

    L’humanité tirera-t-elle les leçons du passé afin de respecter cet océan qui lui rend tant de services ?  

     

    Cyrille Coutansais résume la situation : « Tout l’enjeu des années à venir, réside dans notre capacité à tenir l’étroite ligne de crête, entre une Mer fragile qu’il faut protéger et une Mer qui représente l’espoir de la Terre par ses ressources et leur exploitation. »

     

    La France a une belle carte à jouer si elle prend la vague de l’avenir, mais la Mer n’a pas d’électeurs.

     

    Citations : "Celui qui commande la Mer commande le commerce; celui qui commande le commerce commande la richesse du monde, et par conséquent le monde lui-même" (Walter Raleigh 1554-1618).   La Chine a bien compris cela, les 8 premiers ports mondiaux en tonnage sont chinois, Marseille est 53e.

     

                                                                       Daniel Soulat 22/02/2020

     

     

     

    « " Les habitudes sont-elles, comme le dit Montaigne, une force trompeuse ? "Compte rendu personnel du 8 Février 2020 . Les habitudes sont elles une force, mais une force trompeuse ? »

  • Commentaires

    1
    Pierre M.
    Jeudi 27 Février à 17:43

    De façon très concise le texte de Daniel aborde les principales questions actuelles relatives au milieu marin. Il y manque seulement une allusion à un sujet qui va devenir de plus en plus prégnant à l’avenir du fait de l’accumulation des populations dans les zones littorales et de la montée régulière du niveau des océans : la question de l’habitat marin.

    Pour plus d’information sur la démarche prospective en la matière voir https://2100.org/asso/programme/mers/

    Sur les principaux projets de villes flottantes :

    https://www.liberation.fr/futurs/2012/12/10/dix-villes-flottantes_865927

    La France est bien placée dans cette compétition avec les travaux de l’architecte Jacques Rougerie :

    http://rougerie.com/

     

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