• La gouvernance d’une Nation par l’autorité démocratique est-elle possible ?

    La gouvernance d’une Nation par l’autorité démocratique est-elle possible ?

                                                                                         Daniel Soulat le 20 Oct 2018

    1/ Qu’est-ce que l’autorité ? 

    Selon Larousse c’est l’ensemble des qualités par lesquelles quelqu'un impose à autrui sa personnalité, ascendant grâce auquel quelqu'un se fait respecter, obéir, écouter.

    D’après la définition du petit Robert l’autorité est « le droit de commander, le pouvoir d’imposer l’obéissance ». Mais c’est aussi « la supériorité de mérite et de séduction qui impose le respect. »

    Selon Frédéric Gros « L’autorité est cette forme de pouvoir qui s’exerce sans contrainte. Ensuite, ce pouvoir est indiscutable. L’autorité s’impose comme du non négociable. C’est cette qualité qui entre en contradiction avec un éthos* démocratique et égalitaire pour lequel tout se discute. Si l‘autorité peut faire fonctionner ensemble ces deux caractères, c’est qu’elle suppose de la part de celui qui obéit la reconnaissance de la légitimité du donneur d’ordres. »

    Selon Michel Serres, membre de l’Académie française : « La seule autorité est celle qui grandit l’autre ».

    2/ Qu’est-ce qui permet à un individu de faire reconnaître son autorité ? 

    Apparemment, des vertus telles que le courage, l’intelligence ou la compétence ne suffisent pas, ni même la position sociale que l’on occupe. La réponse serait plutôt la capacité à faire grandir l’autre, à le rendre meilleur.

    L’autorité mobilise des valeurs objectives telles que l’expertise ou l’exemplarité, mais comment fait-on, à l’heure où toutes les autorités se trouvent remises en question, pour rendre effectives ces valeurs, faut-il user de charisme (suivez-moi), la contrainte (allez-y), ou de la force ?

    La question de l’autorité est immédiatement liée à celle de la légitimité. Quoiqu’il en soit, l’autorité n’est pas un dû, elle se gagne comme le pouvoir, il ne suffit pas de dire « je suis votre chef ! ».

    Le respect naît de cette autorité. Dans plusieurs cas on peut reconnaître l’autorité de personnes qui n’exercent sur vous aucun commandement. Ne dit-on pas cet individu fait autorité dans son domaine de compétences ?

    3/ L’autorité implique une obéissance dans laquelle les hommes gardent leur liberté.

    C’est pourquoi la discipline et la liberté ne sont pas incompatibles, tout se passe comme s’il fallait, au cours d’une éducation, passer cette première couche de discipline pour s’en affranchir ensuite.

    Dans mon entreprise, j’ai eu à prendre ou à « vendre » des arguments et décisions difficiles. Au milieu d’un groupe, il faut une certaine énergie et du courage pour penser à l’encontre du nombre. Au fond le maître mot l’autorité c’est la fiabilité, on fait confiance à un chef lorsqu’il dit ce qu’il va faire et qu’il fait ce qu’il a dit, en d’autres termes lorsqu’il est capable d’allier rigueur et cohérence.  Mais la fiabilité c’est aussi le courage d’affronter ses supérieurs, quand on estime certaines directives absurdes, inacceptables, incohérentes.

    L’autorité authentique se définit à travers les épreuves. Il faut prendre de la hauteur tout en étant à la hauteur.

    Georges Vian Directeur du bureau d’études chez Renault, avait donné comme conseil à Yves Dubreil Directeur de projet Twingo « Ne racontez jamais de bêtises à un patron, quel qu’il soit, dites toujours ce dont vous êtes absolument certain, et n’ayez pas peur d’être ridicule ».

    Face à l’autorité authentique, on ne se sent pas soumis, on essaie plutôt de se mettre à la hauteur. Elle nous met au défi de donner le meilleur de nous-mêmes.

    4/Autoritarisme, autoritaire 

    Etymologie : du latin auctoritas, capacité de faire grandir, autorité, avec le suffixe -isme, servant à former des mots correspondant à une attitude, un comportement, une doctrine, un dogme, une idéologie ou une théorie. L'autoritarisme est le caractère autoritaire, arbitraire d'un régime ou d'un pouvoir politique qui veut imposer à la société et aux citoyens son idéologie et la toute-puissance de l'Etat.

    « Le pouvoir sans autorité, c’est l’autoritarisme du petit chef. L’autorité sans pouvoir, c’est la sérénité du vieux sage », disait le professeur Pierre Henri Tavoillot. Dans tous les cas, l’autorité n’est pas l’exercice d’un pouvoir tyrannique ni celui de la contrainte par la force. Elle relève du modèle et de l’exemplarité.

     

    5/ Domaine abordé : L’autorité n’est pas un trait de caractère, c’est une relation sociale. Il faut être au moins deux, et cette relation s’exerce toujours dans un dispositif qui est aussi un cadre symbolique : la famille, l’école, la justice, l’entreprise, la Nation. C’est sur le domaine de la Nation que nous nous pencherons plus particulièrement. Pour mémoire, le pouvoir politique désigne les formes d'autorité au sein d'un Etat, comme les trois pouvoirs : 

     LégislatifExécutifJudiciaire. Les pouvoirs publics (le gouvernement et l'ensemble des services chargés de l'administration d'un Etat ou d'une collectivité territoriale) sont les autorités constituées

    6/Contexte : Interview du futur candidat à la présidentielle, Emmanuel  Macron le 16/10/2016 par Challenge :

    « L'heure est grave pour notre pays. L'enjeu est de préserver sa cohésion, d'organiser sa réconciliation. Nous vivons une période de fracturation de la France : il y a désormais plusieurs France. Ces déchirures qui traversent notre pays produisent une crise profonde et perturbent notre imaginaire collectif. L'enjeu capital, notre capacité à réconcilier ces différentes France ? Le politique ne peut plus se satisfaire de s'adresser à des publics différents et antagonistes ; il est indispensable de trouver les chemins de la réconciliation des deux France : celle qui vit la mondialisation et les grandes transformations à l'œuvre comme une chance, la France des nomades heureux, et celle qui en a peur, la France des sédentaires qui subissent. »

    « En revanche, nous devons absolument inventer une nouvelle forme d'autorité démocratique fondée sur un discours du sens, sur un univers de symboles, sur une volonté permanente de projection dans l'avenir, le tout ancré dans l'Histoire du pays. »

     

    7/Qu'est-ce que l'autorité démocratique aujourd'hui ? Interview de Emmanuel Macron par Challenge le 16/10/2016 : « Une capacité à éclairer, une capacité à savoir, une capacité à énoncer un sens et une direction ancrés dans l'Histoire du peuple français. C'est une autorité qui est reconnue parce qu'elle n'a pas besoin d'être démontrée. »

    « Rappelons les trois strates du discours politique : la strate idéologique qui permet de donner du sens et des perspectives ; la strate technocratique qui détaille les moyens techniques d'exécution ; la strate de la réalité et du quotidien, que l'univers politico-médiatique ridiculise et dédaigne. »

    8/ Observations: Selon Frédéric Gros « à l’école, le grand paradoxe de l’éducation est qu’elle doit se servir du levier de l’obéissance pour développer l’esprit critique ». Selon moi,à ces propos, par analogie avec la démocratie qui s’appuie sur la liberté d’expression, il semblerait que l’autorité démocratique vu ci-dessus soit de l’ordre du même paradoxe, puisque jusqu’à l’heure actuelle toutes les autorités se trouvent remises en question.

    9/ Remarques : Le vrai problème est de définir des styles d’obéissance (conformisme, soumission, subordination, consentement, etc.) et d’étudier leurs limites. La subordination, c’est la légitimité du donneur d’ordres et lui obéir. La soumission, c’est une obéissance contrainte, qui repose sur l’impossibilité de désobéir, à cause du coût trop grand à endurer.

    10/ Ouverture du débat : de l’analyse et de l’argumentation ci-dessus, il se dégage plusieurs questions :

    L’idée d’autorité est-elle à reconstruire ou toujours à déconstruire ?

    Autorité non négociable - Pouvoir indiscutable et Ethos démocratique où tout se discute ne sont-ils pas ambivalents (en contradiction ?)

    La légitimité du donneur d’ordres (pouvoir) est-elle reconnue par tous (subordination), alors que jusqu’à l’heure actuelle, toutes les autorités se trouvent remises en question ?                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

    *Ethos : L'ethos (ou êthos, du grec ancien êthos, pluriel ếthê) est un mot grec qui signifie le caractère habituel, la manière d'être, les habitudes d'une personne. La joie, le courage, la mollesse sont par exemple des êthê. Les êthê sont souvent considérés du point de vue moral. Selon P.Fortin Université du Québec, l’ethos c’est à la fois le lieu où nous habitons et ce qui nous habite, c’est la façon particulière qui fait que nous sommes habités par un monde de normes, de valeurs, de sens et confrontés à celui-ci.

    Bibliographie : Menaces sur l’ethos démocratique https://enseignements-2016.ehess.fr/2016/ue/1693/                          

    L’autorité, à quoi ça sert ? https://fr.aleteia.org/2017/12/03/lautorite-a-quoi-ca-sert/ 

    Philosophie magazine n° 112 septembre 2017 à quoi tient l’autorité ?http://www.philomag.com/les-idees/dossiers/a-quoi-tient-lautorite-24640 

    Slate c’est quoi l’autorité http://www.slate.fr/story/99585/autorite 

    Interview de Emmanuel  Macron Par Challenges.fr le 16.10.2016  https://www.challenges.fr/election-presidentielle-2017/interview-exclusive-d-emmanuel-macron-je-ne-crois-pas-au-president-normal_432886 

    La gazette Renault Histoire n°14 décembre 2017                                                 

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