• L'intelligence artificielle peut-elle dépasser l'intelligence humaine ?

    L'intelligence artificielle peut-elle dépasser l'intelligence humaine ?   

                                   Jean-Jacques VOLLMER
                                        4 février 2021
                 

     

    Qu'est-ce qui fait la spécificité de l'intelligence humaine? L'homme est-il capable de créer une intelligence qui le dépasse ? La conscience peut-elle émerger dans des robots créés par l'homme ? Quels impacts l'existence de robots intelligents peut-elle avoir sur les sociétés humaines ?
     

    Beaucoup de scientifiques affirment, comme si cela allait de soi, que jamais un robot, aussi évolué soit-il, ne pourra éprouver d'émotions, ni être conscient comme le sont les êtres humains. Les arguments soutenant ce point de vue me semblent assez faibles, et viennent simplement appuyer une croyance préétablie, celle qui postule que l'Homme est plus qu'un simple assemblage fonctionnel de molécules, et plus encore, que l'Homme ne peut créer quelque chose qui le dépasse.
    Un argument souvent avancé consiste à dire qu'une intelligence artificielle ne peut que simuler l'intelligence humaine, dans la mesure où c'est cette dernière qui a écrit le « programme », quel qu'il soit, qui est à la base du comportement et du raisonnement d'une IA. Un robot ne pourrait faire que ce que pour quoi il a été programmé. A partir de là, des axes de réflexion complémentaires peuvent s'ouvrir pour nuancer ce point de vue, ou alors le contredire.
    Le premier axe est de nature scientifique. Le développement des réseaux de neurones informatiques (appelés neurones, mais leur fonctionnement est largement différent de celui de nos neurones) montre déjà que le comportement de ces systèmes, dont la programmation se fait par apprentissage, à l'image des tout petits enfants et non par algorithmes déterministes, est largement imprévisible.  Mais cela n'est pas suffisant : une IA qui serait comparable à une IH (Intelligence humaine) devrait pouvoir faire la même chose, ce qui n'est pas encore le cas.
    Un deuxième est scientifique et technique. Il consiste à examiner ce que sont les émotions et les sensations. Une IA purement informatique serait limitée aux raisonnements, aux concepts, à l'intelligence pure. Pour pouvoir se comporter comme une personne, même en tant que simple simulation, il faut qu'elle soit en relation avec le milieu extérieur d'une manière identique à celle d'un humain, c'est à dire pouvoir réagir aux stimulus  d'au moins cinq sens et pouvoir éprouver des émotions. Ce qui nous amène à la notion de robot, qui serait alors une IA dotée de sensibilité et de motricité. Certains pensent que c'est possible, et de vastes programmes de recherche existent en ce domaine.
    Un troisième est plus philosophique. Il consiste à se poser la question de savoir s'il y a une différence entre le comportement d'un homme répondant à des stimulus variés et le comportement d'une IA aboutissant au même résultat. Ce ne serait qu'une « simulation », c'est à dire un « zombi » agissant comme un humain sans en être un. Mais comment les distinguer ? Certains disent qu'une IA, en présence de conditions identiques, répondra toujours de la même façon, alors que ce qui caractérise l'IH, c'est le fait de pouvoir agir de façon irrationnelle, intuitive, sous le coup de l'émotion, en se trompant. C'est tout de même un comble d'en arriver à caractériser l'IH par le flou, l'approximatif, le doute, l'irrationnel, et l'importance des émotions...Mais n'est-ce pas là la définition de la liberté, qui serait l'apanage de l'homme et dont les robots seraient privés ?
    Un quatrième point nous relie à la notion d'émergence. Nous avons déjà discuté dans le café-débat de ce qui distingue le vivant de l'inerte, sans arriver à vraiment éclaircir la question. Le vivant, comme la matière inerte, est composé d'atomes et de molécules, et pourtant il en est fondamentalement différent. Pourquoi ? Sans pouvoir y répondre, nous pouvons faire l'hypothèse que le vivant est une « émergence » de l'inerte dans certaines conditions. Par analogie, un robot électromécanique doté de cinq sens et d'un vaste réseau de neurones virtuels constituant une intelligence sensible, donc constitué de matière inerte, pourrait-il être assimilé à un être vivant, en l'occurrence à un homme ? Ou bien se réduirait-il quoi qu'on fasse à une simulation, un simulacre agissant comme un homme sans être doté de conscience ? La question reste ouverte, mais on est ici confronté à une difficulté : la notion d'émergence se définit par rapport à différents niveaux, le niveau supérieur étant doté de propriétés qui n'existent pas dans les éléments du niveau inférieur qui pourtant le constituent. Pourrait-on alors imaginer que le robot, doté au fur et à mesure du progrès de possibilités de plus en plus complexes, voie un jour émerger de cette matière inerte qui le constitue, une forme de conscience, de plus en plus évoluée quand la complexité de sa structure augmente ?
    Cette notion de conscience est une des choses les plus difficiles à cerner qui soient. On a vu qu'elle pouvait être en lien avec la complexité et avec la matière vivante. Il faudrait y revenir en détail, car j'ai beau tourner et retourner ce concept dans ma tête, je n'arrive pas à le définir et je n'ai trouvé nulle part de définition claire ni convaincante. On en est toujours à la tautologie : « La conscience, c'est d'abord la conscience de soi » ou encore : « La conscience, c'est avoir la connaissance de ses pensées ». On tourne en rond, et ce n'est pas parce que les chercheurs ont défini trois niveaux de conscience et trouvé paraît-il les zones du cerveau où se manifeste cette conscience qu'on est plus avancés. C'est pourquoi je me demande bien pourquoi un robot n'arriverait pas à être conscient, puisqu'on ne sait pas ce qu'est la conscience...

    Il était prévu de débattre aussi des impacts possibles de l'existence de robots intelligents sur les sociétés humaines. C'est une question de nature différente de ce qui précède, et je vous propose de l'évoquer plutôt dans une réunion ultérieure où nous examinerions en même temps ce que pourrait être le travail humain dans un futur aussi bien utopique que dystopique.

     ibliographie (très) sommaire, interne au blog :
    http://quentin-philo.eklablog.com/le-vivant-et-l-inerte-quelle-difference-a102316667
    http://discussions.eklablog.com/intelligence-artificielle-simulation-et-conscience-a205036260
    http://quentin-philo.eklablog.com/la-technologie-va-t-elle-changer-la-nature-de-l-homme-a118981596
    Autres documents accessibles :
    Sciences et avenir hors série n°199 : « L'intelligence artificielle en 50 questions »   2019
    Sciences et avenir  n° 886 décembre 2020 : « L'IA au service de l'intelligence humaine »
    https://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/intelligence-artificielle/

    Pour lie le compte-rendu du débat.

    « C.R. du 19 Déc 2020: Quel choix de société?payer pour des vies?Ou payer avec des vies?CR de la réunion du 6 février 2021 : L'intelligence artificielle peut-elle dépasser l'intelligence humaine ? »

  • Commentaires

    1
    Jeudi 4 Février à 13:54
    BONJOUR !
    Il n’y rien de plus vaporeux qu’un debat, dit philosophique, sur l’intelligence.
    Déjà, l’intelligence est un potentiel acqui dès la naissance et, à première vue ce n’est pas évident.
    Par contre la CULTURE commence à ce niveau et c’est ce que vous appelez INTELLIGENCE
    C’est d’ailleurs aussi celle des robots et tout est basé sur la Mémoire. Nous devrions dire :
    « Je me souviens, donc je suis ! »
    Nous arrivons au cœur de la comparaison, la mémoire d’un ordinateur est celle d’un ou de plusieurs Êtres Humains.
    Si vous connaissez Albert Einstein, il disait, à l’aune de cette définition : Les ordinateurs pourront répondre à toutes nos interrogations, mais ne sauront jamais poser les questions.
    Le propre de l’Etre Humain est le discernement !
    Cordialement. YMER !
    2
    Daniel
    Dimanche 7 Février à 19:21

    Bonjour Ymer Tneger

    Si le sujet de l’intelligence et de l’IA vous intéresse, vous pouvez vous reporter au café débat du 4 mai 2019 http://quentin-philo.eklablog.com/la-guerre-des-intelligences-aura-t-elle-lieu-a161935592

    Depuis les applications de l’IA ont évoluées notamment dans l’univers de la santé, avec pour aide à la mise au point des vaccins contre le Corona virus, et permis d’avoir des vaccins en un an.

    cordialement

    3
    Pierre M.
    Mercredi 10 Février à 00:12
    4
    Vendredi 12 Février à 21:53

    Comme je l'ai dit au cours du débat, je ne crois pas du tout que l'Homme soit dépassé par la machine, et que cette dernière restera un outil, de plus en plus performant, dans la main de l'Homme.

    Cependant, la crainte du robot "intelligent" n'est pas infondée: elle peut venir de la transformation, non pas d'une machine en humanoïde, puis en humain, mais bien de la transformation de l'homme lui même en robot. On voit bien que le chemin pour y arriver est déjà d'actualité: la gestation par PMA ou GPA permet depuis quelques années de choisir son descendant en consultant un catalogue ( les femmes Ukrainiaines sont très prisées pour la GPA, le sperme des hommes de type Danois pour la PMA); le choix de l'héritier se fait donc un peu comme le choix d'une bagnole, or qu'est-ce-que c'est qu'une bagnole sinon un robot?

    Une autre piste peut-être plus scientifique ou plutôt technique: en modifiant le code génétique des humains, ce qui est sans doute déjà possible, on pourrait par exemple choisir des héritiers obéissants, ce qui simplifierait la vie en communauté, ou bien costauds pour gagner les combats de boxe etc ... Il y a déjà eu le choix du sexe de l'enfant par élimination des embryons féminins en Chine (ou ailleurs, peut-être même en France mais pas de façon généralisée). Toutes ces manipulations nous amèneraient au "meilleur des mondes" d'Aldous Huxley: vous voyez que je n'ai rien inventé, je dis simplement que nous sommes en route vers ce nouveau monde, que je préfère, pour ma part, ne pas voir!

    5
    Mardi 23 Février à 23:20

    Dans le commentaire précédant, je faisais mention d'humains devenant petit à petit des robots.

    Il y a aussi une autre possibilité: amener non pas des machines, mais des animaux à se rapprocher de l'humanité (de l'être humain). On sait que le génome de certains animaux, comme le chimpanzé, est à 90% semblable à celui de l'Homme. On sait aussi qu'un génome, cela peut se modifier (les OGM!). Or donc, supposons que dans 100 ou deux cents ans, on ait besoin d'êtres humanoïdes capables de faire des tâches soit dangereuses, soit ennuyeuses. A cette époque, supposons que nous avons fait de gros progrès dans la modification du génome des singes (par exemple, mais peut-être des chiens). On pourrait alors les amener à un état proto-humain qui rendrait de grands services. Alors se poserait sérieusement la question de savoir si ces robots ne vont pas se retourner contre les Hommes, et prendre leur place.

    Il y a un livre excellent de Pierre Boule (vers 1960): la planète des singes (mis plusieurs fois au cinéma). C'est en gros le scénario que je décris ici.

     

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