• L’idéal démocratique, le mythe de l’égalité des chances, la méritocratie, contribuent-ils à obtenir une société juste ?

    L’idéal démocratique, le mythe de l’égalité des chances, la méritocratie, contribuent-ils à obtenir une société juste ?

    I/ Une définition de l’idéal démocratique : Ensemble des principes et des valeurs, visant à assurer la participation libre et égalitaire des individus, à la construction d’une société au service de leurs aspirations, aussi bien à travers le système politique, qu’à travers les interactions existant entre les membres de la société. Il s'appuie sur les valeurs vécues comme complémentaires, de la liberté et de l'égalité.  

    II/ En quoi consiste la justice lorsqu’on la pense au niveau social ? Si elle est relativement claire d’un point de vue civil ou juridique, la justice n’est pas du tout une notion facile à définir d’un point de vue social, puisque, déterminer ce qui est socialement juste ou injuste implique que l’on définisse précisément, la limite entre la liberté de chacun et l’égalité entre tous.

    III/ La justice sociale est une construction morale et politique. En ce sens, elle est le résultat d'une série de choix collectifs, sur ce que doivent être les clefs de répartition entre les membres d'une société. La justice sociale s'appuie donc sur des principes comme l'égalité des droits ou l'équité des situations, principes découlant des valeurs de la société, pour déterminer les formes de solidarités collectives.

    La justice sociale représente donc, à un moment donné, l'ensemble des choix qui vont régir la définition des droits et devoirs sociaux, et en résultat, les règles sociales de répartition ou de redistribution.

    Remarque de Michael J.Sandel : « La justice ne nous renvoie pas seulement à la question de savoir comment répartir des biens. Elle exige aussi que nous sachions les évaluer ».

    IV/ L’Egalité correspond à des situations identiques, entre individus, face aux droits qu’ils peuvent revendiquer, face aux conditions d’existence et face aux ressources rares auxquelles ils peuvent prétendre.

    V/ Les Inégalités : JJ Rousseau Discours sur l’origine de inégalité parmi les Hommes 1755 « en société, l’Homme apprend à se comparer à ses semblables, ainsi naissent l’envie et le désir d’être le premier et le plus considéré, ce qui conduit à différents privilèges, dont quelques uns jouissent au préjudice des autres». L’Observatoire des inégalités propose la définition suivante : on peut parler d’inégalités « quand une personne ou un groupe détient des ressources, exerce des pratiques ou a accès à des biens et services socialement hiérarchisés », sous-entendu « et qu’une partie des autres ne détient pas ». 

    VI/ Notions d’Inégalités justes : John Rawls, philosophe américain, dans sa Théorie de la justice parue en 1971, donne l’exemple d’un entrepreneur faisant prospérer son entreprise en créant des emplois et distribuant des revenus, il profite alors d'une inégalité « juste ». Les inégalités de richesse et d'autorité, sont justes si et seulement si elles produisent, en compensation, des avantages pour chacun et, en particulier, pour les membres les plus désavantagés de la société. Certaines inégalités sont admises au nom de la liberté et de l'efficacité.

    VII/ Plusieurs solutions existent pour ménager l’existence de justice sociale et le respect des libertés individuelles.

    Le Mérite résulte de diverses qualités (effort fourni, volonté, prise de risque, courage, responsabilité, capacité d'innovation, talent ...). Selon Yves Michaud : « La conception démocratique du mérite entend établir un lien direct entre la valeur des individus et leur responsabilité ; entre leurs efforts et performances d’une part, et les positions sociales qui leur sont attribuées, d’autre part ».  

    La Méritocratie  est un principe ou un idéal d'organisation sociale qui tend à promouvoir les individus dans différents corps sociaux ; école ; université ; grandes écoles ; institutions civiles ou militaires ; monde du travail ; administrations ; État, etc. en fonction de leur mérite (aptitude, travail, efforts, compétences, intelligence, vertu) et non d'une origine sociale (système de classe), de la richesse (reproduction sociale) ou des relations individuelles (système de « copinage »).

    L'égalité des chances est un principe au cœur de l'idéal démocratique elle est une des conditions du contrat démocratique. Analysée par Alexis de Tocqueville au XIXe  siècle, elle a pour fondement « l'égalité des conditions sociales » entre les citoyens : nul privilège lié à la naissance, à l'origine ethnique, à la fortune, ne doit empêcher quiconque d'accéder aux positions sociales, économiques ou politiques auxquelles ses compétences lui permettent de prétendre. Les conditions de la « compétition sociale » doivent être les mêmes pour tous, et ne pas avantager certains ou désavantager d'autres, de manière à permettre la mobilité sociale en ayant : 

                1. L'accès au savoir               2. L'accès à l'emploi              3. L'accès au pouvoir

    L’Egalité méritocratique des chances Frédéric Gonthier : La norme d’égalité repose sur un principe d’identité entre rétributions sociales : chacun, quelle que soit sa contribution, reçoit exactement la même gratification. La norme du mérite repose à l’inverse sur un principe de proportionnalité entre contributions et rétributions sociales : chacun reçoit en fonction de ce qu’il a apporté au système d’interactions dans lequel il est inscrit.

    L’Utilitarisme : Dans l’œuvre de Jeremy Bentham qui date de 1776, cela consiste en la réalisation du « plus grand bonheur pour le plus grand nombre ». 

    La Discrimination positive : Le principe est d'admettre que l'ordre naturel des choses n'organise pas la compétition sur des bases égalitaires. Certaines populations ont objectivement moins de chances de succès compte tenu de handicaps économiques, sociaux ou culturels. Il faut donc leur réserver un « traitement spécial », sorte de réparation du préjudice subi. Ainsi, les quotas ethniques dans certaines professions, la loi sur la parité hommes / femmes aux élections, la création de zones d'éducation prioritaires, ou le dispositif de quotas à l'entrée des grandes écoles ou des classes préparatoires ont pour ambition de niveler les chances.

    Remarque de Yves Michaud : « Pourquoi faudrait-il que les enfants des banlieues défavorisées aient pour ambition suprême d’aller à Sciences-Po, plutôt que de devenir poètes, artisans, ou simplement de mener la vie qu’ils veulent en suivant les modèles qu’ils veulent et pas nécessairement ceux de la bourgeoisie du pouvoir en place ? Quels modèles de vie réussie propose-t-on sous couvert d’égalité des chances ? » 

     

    VIII/ Amartya Sen, prix Nobel d’économie 1998, propose de prendre en compte l’existence des situations concrètes et diverses d’inégalités, pour favoriser le développement des capacités ou « capabilités » de chacun à partir de ses choix personnels, loin de tout égalitarisme abstrait. Il démontre avec une grande justesse que les inégalités ne s’évaluent pas simplement en termes de revenus, mais en fonction de nombreux critères (risque, éducation, soin, etc.).

     

    IX/ Ce que pourrait être une société juste : Pour Vincent Dupriez, la notion générale de méritocratie renvoie au principe, qu’une société juste est une société qui octroie à chacun la place qu’il mérite, en fonction de ses efforts et de ses talents, plutôt qu’une place abusivement héritée.

    Selon Xavier Darcos : « Pour qu'une société soit juste, il faut voir le citoyen non comme un individu concret, traversé d'états d'âme compassionnels et de convictions abruptes, mais comme un sujet de droit qui jouit des droits politiques (libertés de conscience, d'expression, d'innocence présumée, etc.) et qui doit, en échange, respecter les lois ou participer aux dépenses et obligations collectives ».

    « Une société juste ne peut supprimer toutes les inégalités sociales et économiques, quelle que soit sa volonté d'aider ses membres les moins avantagés ou d'assurer l'égalité des chances, surtout quand tout se traite à l'échelle planétaire. » « La question de la répartition et/ou de la compensation reste la clef d'une société juste. »

    Pour John Rawls, une société doit être juste avant d’être égalitaire, et respecter trois principes :

    1/ Garantie des libertés de base égales pour tous ; 

     2/ Egalité des chances ;

     3/ Maintien des seules inégalités qui profitent aux plus défavorisés.

    X/ Débats et contestations : Une société n’est pas juste parce qu’elle encourage les Hommes à bien vivre, parce qu’elle cultive en eux les aspirations les plus élevées, ou parce qu’elle fortifie leurs idées morales, mais uniquement parce qu’elle traite ses citoyens sans partialité et de manière équitable. 

    XI/ Interrogations : Tous ceux qui occupent la position la moins favorisée sont-ils justiciables du même traitement ? Parmi eux, certains sont sans aucun doute victimes de leur origine sociale, ou d’un manque de chance et de capacités naturelles. Mais d’autres portent peut-être la responsabilité de leur sort en raison de leurs choix, de leur imprudence ou de leur inertie.

    L’idéologie méritocratique qui sous-tend notre référence au mérite, articule deux exigences : celle de l’individualisme et celle de l’égalité. Comment donc concilier les valeurs de l’individualisme (le mérite, la volonté, la responsabilité) et l’effort de solidarité (la dette sociale) ? L’enjeu de cette interrogation n’est pas simplement de penser une meilleure répartition des revenus mais de valoriser les capacités de chacun à faire quelque chose de sa vie.

     

    XII/ Conclusion : Les sociétés démocratiques reposent sur les principes de liberté et d'égalité. Ces principes sont, dans l'idéal, proclamés comme complémentaires. Mais la réalité des rapports sociaux peut les rendre contradictoires. Pour les concilier et les réconcilier, l'action de l'État apparaît indispensable, afin d'assurer l'égalité des chances. Celle-ci est la condition incontournable pour que les inégalités perçues comme justes soient acceptées par le corps social.

    Si la fierté de réussir n’est plus la motivation première, quel code spirituel peut venir soutenir l’encouragement à donner le meilleur de soi même. Les inégalités sociales issues des différences de mérite, ne peuvent être considérées comme justes, que si les individus sont également libres de mettre en jeu leur mérite. La liberté d’évolution et de progression est ouverte à tous, ce qui aboutit à une société non figée et à créer inévitablement des écarts entre les individus.

    Une déclaration d’un député à l’assemblée nationale en novembre 2018 : « Il n’y a pas d’ordre public possible, ni même souhaitable, sans justice sociale ». Goethe 1793 disait « Je préfère commettre une injustice que de tolérer un désordre. » En ces temps de réformes, choix cornélien ?

                                                                                                                                      Daniel Soulat 05/10/2019

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    « Quelles citoyennetés dans le monde d’aujourd’hui et de demain ?Compte-rendu du 14/09/2019 : "Qu'est-ce qu'une vie bien remplie ?" »

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