• L'existence du mal prouve t-elle la non-existence de Dieu ?

    Le problème intellectuel du mal est de trouver l’explication rationnelle de la coexistence de Dieu et du mal, tandis que le problème émotionnel du mal est de réconforter ceux qui souffrent et de trouver comment faire fondre l’aversion des gens envers un Dieu qui permet un tel mal.

    D’abord regardons la version logique du problème du mal, qui a pour but de montrer qu’il est logiquement impossible que Dieu et le mal coexistent.  Cette version part de l’hypothèse que les propositions suivantes ne sont pas compatibles :

    1. 1. Un Dieu omnipotent et omni bienveillant existe.
    2. 2. Le mal existe.

    Pourtant, il n’y a pas de contradiction claire entre ces deux affirmations.  Si l’athée pense qu’elles sont contradictoires, il doit avoir des prémisses cachées.  Il semble qu’il y en a deux :

    1. 1. Si Dieu est omnipotent, il peut créer n’importe quel monde selon son désir.
    2. 2. Si Dieu est omni bienveillant, il préfère un monde sans le mal plutôt qu’un monde avec le mal.

    Examinons ces deux prémisses.  S’il est possible que les créatures soient créées avec une certaine liberté de volonté, il n’est pas forcément vrai qu’un Dieu omnipotent puisse créer n’importe quel monde selon son désir.  Que Dieu soit omnipotent n’implique pas qu’il puisse faire des incohérences logiques, par exemple faire un carré circulaire ou forcer quelqu’un à choisir librement de faire quelque chose : un carré n’est pas circulaire, et si on force quelqu’un à faire un certain choix, le choix n’est plus libre.  Donc, si Dieu donne aux gens la liberté de choisir, il est impossible pour lui de garantir quels choix ils vont faire.  Cela implique qu’il y a des mondes qui sont possibles, mais que Dieu ne peut pas créer.  On peut dire que de tels mondes ne sont pas faisables pour Dieu.  Supposons que, dans tous les mondes faisables par Dieu qui contiennent des créatures libres, au moins une partie de ces créatures choisissent le mal.  Dans ce cas, ces créatures elles-mêmes vont être à l’origine du mal, et Dieu ne peut rien faire pour l’empêcher, sinon refuser de créer de tels mondes.  Donc il est possible que tous les mondes faisables par Dieu contenant des créatures libres (avec au moins une certaine liberté des choix) soient des mondes où le pêché et le mal existent.  Donc la première prémisse n’est pas forcément vraie.

    De même la deuxième prémisse n’est pas forcément vraie.  Par exemple, nous-mêmes dans certains cas, causons douleur et souffrance dans la vie des autres parce que nous avons une raison suffisante pour le faire.  Tous les parents ont expérimenté cela.  Il arrive un moment où le parent ne peut plus protéger l’enfant de toutes les difficultés, où il doit prend la décision, pour le plus grand bien de l’enfant, de le punir, ou de lui donner une correction désagréable, afin de lui enseigner à devenir un adulte mûr et responsable.  Peut-être Dieu permet-il un peu de souffrance pour amener un plus grand bien.  Donc, même si Dieu est omni bienveillant, il peut avoir des raisons morales suffisantes pour permettre la douleur et la souffrance dans le monde.

    Il y a des gens qui peuvent admettre qu’il n’y a pas d’incohérence entre l’existence de Dieu et du mal en général, mais pensent que ce n’est pas possible quand on voit la quantité et l’ampleur du mal dans le monde.  La prémisse ou la présupposition derrière cette idée est que Dieu ne peut pas avoir de raison morale suffisante pour permettre l’ampleur et la diversité des maux qui existent.  Mais, là encore, il n’est pas certain que cette proposition soit vraie.  En effet, il semble que dans le monde il y ait plus de bien que de mal : par exemple, malgré les difficultés de la vie, les gens sont en général d’accord pour dire que la vie vaut la peine d’être vécue, et quand les choses vont mal, ils ont tendance à regarder vers l’avenir et à espérer que les choses vont s’améliorer.  Il est donc possible que, dans n’importe quel autre monde contenant des créatures créées libres par Dieu, l’équilibre entre le bien et le mal n’aurait pas été mieux réalisé que dans ce monde.  C'est-à-dire que n’importe quel monde contenant moins de mal aurait pu aussi contenir moins de bien.  Peut-être notre monde contient-il le maximum de bien que Dieu a pu avoir pour un minimum de mal.  Et l’argument est le même pour l’ampleur ou la diversité du mal.  Il est possible que Dieu aie des raisons plus importantes pour permettre l’existence du mal.  Est-ce que l’athée peut prouver que Dieu ne peut pas avoir des raisons morales suffisantes pour permettre la quantité et la diversité des maux qui existent ?

    Donc une explication est possible : Dieu ne pouvait pas créer un monde contenant autant de bien que le monde existant mais avec moins de mal, en quantité et qualité ; de plus Dieu a des raisons morales suffisantes pour permettre que le mal existe.

    Le « ne pouvait pas » veut dire qu’un tel monde n’est pas faisable pour Dieu.  Il y a sans doute des mondes possibles dans nos imaginations et notre logique, avec moins de mal et beaucoup plus de bien, mais ces mondes ne sont peut-être pas faisables par Dieu.

    Maintenant, essayons de raisonner sur la probabilité de l’existence de Dieu.  D’abord, si on regarde seulement le problème du mal, on peut douter que Dieu existe, mais on doit aussi examiner tous les autres indices en faveur de l’existence de Dieu.  Il y a des arguments en faveur d’un créateur de l’univers, pour un architecte intelligent du cosmos, pour un bien ultime, pour un être infiniment grand.  De plus les chrétiens croient qu’il y a des indices pour l’historicité de Jésus Christ et de sa résurrection, et l’existence des miracles.  Aussi ils ont leurs propres expériences personnelles vécues avec Dieu.  Quand on regarde tous ces indices, le théiste chrétien peut maintenir que l’existence de Dieu est probable.  Bien que le problème du mal, considéré de manière isolée, puisse laisser penser que l’existence de Dieu est peu probable, il est clair que la prise en compte de tous les indices amène à penser que l’existence de Dieu est au contraire très probable.

    Ensuite, nous ne sommes pas en bonne position pour analyser avec confiance la probabilité que Dieu n’a pas de raisons morales suffisantes pour permettre l’existence du mal.  L’idée que l’existence de Dieu soit peu probable à cause de tout le mal qui est dans le monde dépend de la probabilité que Dieu aie des raisons morales suffisantes pour permettre le mal qui existe.  Mais cette probabilité est très difficile à peser ou à estimer parce que nous sommes des personnes finies, limitées dans l’espace et dans le temps, dans notre intelligence et dans notre discernement.  Mais le Dieu transcendant et souverain voit la fin de l’histoire à partir de son commencement et l’ordonne dans sa providence afin que ses plans s’achèvent à travers les décisions libres des humaines.  Afin de réaliser ses buts, Dieu doit peut-être supporter que certains maux existent pendant un moment.  Les maux qui nous semblent sans but ou pas nécessaires de notre point de vue limité, peuvent avoir été permis avec justice du point de vue plus grand de Dieu.  Seul un esprit omniscient peut saisir ces complexités et diriger un monde rempli de créatures dotées de libre-arbitre vers le but qu’il a prévu.  Nous ne sommes simplement pas en mesure de pouvoir en juger.  Notre esprit limité est frustré quand il essaie de savoir s’il est probable que Dieu a des raisons morales suffisantes pour permettre un mal particulier.  A cause de nos limitations de connaissances nous ne pouvons même pas dire avec certitude si certains de nos actes qui semblent un désastre aujourd’hui ne peuvent pas conduire plus tard à des conséquences favorables, ou si un acte qui nous semble bon maintenant ne peut pas mener à une misère plus tard.  A la lumière de nos limites il est sans espoir que nous puissions spéculer avec une grande efficacité sur la probabilité que Dieu n’a pas de raisons morales suffisantes pour permettre le mal que nous voyons.  Nous ne sommes pas dans une bonne position pour juger ces probabilités avec confiance.

    Finalement, pour les théistes chrétiens, les enseignements de la Bible augmentent la probabilité de la coexistence de Dieu et du mal.  Par exemple, une hypothèse chrétienne stipule que le but essentiel de la vie n’est pas d’être heureux, mais de connaitre Dieu.  Mais certaines personnes pensent que le but de ce monde est leur bonheur personnel et que Dieu doit pourvoir à tout afin de réaliser ce but.  Du point de vue chrétien biblique cela est faux.  Par contre, connaître Dieu est un but qui peut apporter un vrai et éternel bonheur.  Beaucoup de maux dans ce monde peuvent être sans signification si on ne fait que rechercher le bonheur, mais ces maux ne seront pas sans signification si le but est de mieux connaître Dieu.  Dans ce cas, les résultats vont dépendre de notre réponse à la souffrance que nous constatons.  Allons-nous répondre avec de la colère et de l’amertume envers Dieu, ou allons-nous nous tourner vers lui par la foi pour expérimenter son aide et endurer la souffrance?  Supposons que le but ultime de l’être humain est de connaître Dieu et que seule cette connaissance peut apporter le vrai bonheur éternel.  Si cela est vrai cela peut apporter une autre perspective sur toute l’histoire de ce monde.  Par exemple, parfois des maux peuvent être utilisés par Dieu pour attirer des gens vers Lui.  Peut-être est-ce ce qui s’est passé en Chine, où il est estimé que 20 millions de personnes ont perdu leur vie sous la révolution culturelle de Mao.  Pendant cette période des chrétiens sont restés solides dans leur foi alors que sévissait une persécution qui était peut-être la pire jamais expérimentée par l’église.  A travers cette persécution ceux qui suivent Christ ont été finalement rendus plus forts.  Depuis 1977, la croissance du nombre de chrétiens en Chine est sans égale dans l’histoire du monde.  En 1990 il a été estimé qu’il y avait entre 30 et 75 millions de chrétiens en Chine.  Et il y a bien d’autres exemples qui montrent comment, malgré la souffrance dans le monde, de plus en plus de gens se tournent vers Dieu.

    Une autre hypothèse chrétienne est que l’humanité est dans un état de rébellion contre Dieu et ses buts.  Au lieu de se tourner vers Dieu, beaucoup de gens vont dans leur propre direction et ne lui obéissent pas.  Une autre hypothèse chrétienne est que cette vie n’est que temporaire et courte en comparaison de l’éternité qui est devant nous, comme le minuscule hall d’entrée d’un immeuble immense.  Cette question d’éternité aide le chrétien à supporter les difficultés de cette vie.  Une autre hypothèse chrétienne est que la connaissance de Dieu est un si grand bien, que le reste n’a pas autant d’importance.  Donc le croyant ne peut même pas comparer les souffrances de cette vie avec cette grande joie de connaître Dieu.  Pour le chrétien ces hypothèses augmentent la probabilité que Dieu et le mal peuvent coexister.

    En résumé, il est donc très difficile d’établir qu’à cause de l’existence du mal dans ce monde l’existence de Dieu est peu probable, parce que Dieu peut avoir des raisons morales suffisantes pour le permettre.  Nous ne sommes pas à la hauteur pour juger avec confiance de cette probabilité.  Enfin, en adoptant certaines hypothèses, nous pouvons voir comment la coexistence de Dieu et du mal est encore plus probable.  Le théiste est prêt à admettre que le mal dans ce monde peut sembler sans but et sans nécessité, mais le fait que nous ne pouvons pas discerner les raisons morales le justifiant n’est pas une preuve que Dieu n’en a pas.  Si on a d’autres raisons plus fortes pour croire dans l’existence de Dieu le problème de mal devient moins important.

    Enfin le mal moral peut être une preuve que Dieu existe.  Voilà l’argumentation :

    1. 1. Si Dieu n’existait pas, les valeurs morales objectives n’existeraient pas non plus.
    2. 2. Le mal existe.
    3. 3. Donc, les valeurs morales objectives existent.
    4. 4. Donc, Dieu existe.

    En fait l’existence du mal dans ce monde ne met pas en question l’existence de Dieu mais implique au contraire que Dieu existe.

    Tout cela n’est peut être pas très réconfortant pour quelqu’un qui souffre.  Cela nous mène au problème émotionnel du mal.  Enfin, pour beaucoup de gens ce n’est pas un problème intellectuel mais émotionnel parce qu’ils sont blessés et amers contre Dieu.  Ils se moquent des réponses intellectuelles au problème.  Mais est-ce que l’athée ou l’agnostique a une meilleure réponse pour la personne qui souffre ?  Selon la Bible Dieu est entré dans notre souffrance dans la personne de Jésus Christ.  Donc paradoxalement, même si le problème du mal est la plus grande objection à l’existence de Dieu, Dieu est la seule bonne solution au problème du mal.  S’il n’y a pas de Dieu nous sommes enfermés sans espoir dans un monde rempli de souffrance sans raison et sans but.  Dieu est la réponse au problème du mal, parce qu’il peut nous racheter du mal et nous emmener dans une bonne communion avec Lui pleine de joie et d’une valeur inestimable.

     

    Nancy Matsinger

     

    Nota : Une grande partie de ce texte provient du livre « Philosophical Foundations For A Christian Worldview » par J.P. Moreland & William Lane Craig

    Traduit par mes soins

    « Compte-rendu de la réunion du 12/09/2009 : Comment réguler les migrations ? »

    Tags Tags : , ,
  • Commentaires

    1
    Jeudi 31 Décembre 2009 à 10:37
    Je fais deux remarques à ce long commentaire du "Sheikh" :
    1/ Il n'a pas vraiment sa place ici, puisque, dans ce café-débat, nous essayons de parler de la religion de manière philosophique, c'est à dire en employant des arguments rationnels. Or, lorsqu'on utilise des extraits du Coran en tant qu'arguments, on n'est plus dans une approche philosophique, mais dans un discours de croyant, voire de militant faisant du prosélytisme, ce qui est totalement à l'opposé de ce qu'on recherche ici en débattant et non en affirmant.
    Cependant, comme le texte de Nancy utilisait aussi ce genre de démarche, je ne le supprime pas.
    2/ Sur le fond, il est curieux et même symptomatique de constater la similitude des discours entre le texte initial, chrétien et faisant appel à la Bible, et celui-ci, musulman et faisant appel au Coran. C'est exactement la même chose. Ce qui montre, une fois de plus, la similitude des religions monothéistes qui pourtant, dans la vie, se déclarent radicalement différentes.
    Et on peut également constater à nouveau la vanité de vouloir à tout prix faire appel à des raisonnements qui se veulent scientifiques pour prouver l'existence de Dieu, qui n'en a vraiment pas besoin.
    2
    Mardi 8 Juin 2010 à 00:44

    Simplement, par rapport à cet article (dont je ne connais pas la date, seulement déduite par celle des posts) je voudrais dire ceci :


    À une approche morale posé par cet article (morale "objective" révélant en contraste le mal moral) je préfère de loin une approche ontologique, celle où un mal, défini comme privation d'un bien, révèle l'être, et donc Dieu : "le mal décèle l’existence d’un sujet contingent, lequel postule l’existence de l’Absolu", Charles JOURNET, Le mal, Essai Théologique, Troisième édition, Saint-Maurice, Édition Saint-Augustin, 1988, p. 31.


    Cette approche prend le problème de plus haut et évite un risque de dérive nominaliste. En effet : la loi "objective" posée ici semble toutefois arbitraire, ou au moins comme une loi posée par Dieu devant laquelle l'homme devrait se positionner, ce qui correspondrait bien à la compréhension nominaliste des siècles qui nous ont précédés, la loi étant désormais comprise comme extérieure à l'homme...


    Bien à vous

    3
    Mardi 8 Juin 2010 à 00:50

    Mea culpa : je viens de voir que l'article date du 16 octobre 2009...

     

    Bien à vous

    4
    Pierre M.
    Mardi 17 Juillet 2012 à 09:22

    Désolé. Peut-être est-ce que mon esprit n’est pas suffisamment ouvert, mais je suis totalement impénétrable à ce type d’argumentation.

    D’abord, comme tout scientifique (qu’il soit ou non chrétien me semble-t-il), j’ai peine à admettre la démarche du credo ut intelligam et plus encore le credo quia absurdum. C’est un peu ce qu’on propose dans le texte en question : on pose la conclusion et ensuite on sollicite les faits, même contradictoires, pour qu’ils aboutissent à cette conclusion. Seconde raison, la « logique » qui prévaut dans cette analyse est assez spéciale : elle me fait un peu penser aux syllogismes que démonte Ionesco dans une de ses pièces (je ne sais plus si c’est dans la « Leçon » ou dans la « Cantatrice chauve »). D’ailleurs cette logique manque de rigueur dans son argumentation, comme en témoignent un certain nombre d’indices : ainsi la contradiction entre le fait de déclarer Dieu tout-puissant et de répéter des phrases du type « Dieu ne peut rien faire pour… » ; une accumulation de « peut-être » et l’usage répété du verbe « pouvoir » dans un sens dépréciatif ; l’autolimitation de Dieu avec l’idée, plusieurs fois répétée, de ses « raisons morales suffisantes », etc. Mais je n’ai ni les compétences ni le goût de me livrer à l’exégèse de ce texte.

    Enfin il y manque un minimum de définition de ce qu’est le Mal, ce qui laisse la porte libre à toute interprétation et à toute généralisation. Un seul exemple : on ne distingue pas le mal dont l’homme est responsable (plus ou moins assimilable au péché) de celui pour lequel il est innocent (la plupart des accidents et catastrophes naturelles, par exemple), celui qui est provoqué de celui qui est inévitable…

    Il y a tout de même plus que des nuances à saisir entre, d’un coté, le positif, le bon, le bien et, de l’autre, le négatif, le mauvais, le mal (François Jullien écrivait que le mal nuit alors que le négatif coopère). La prise de conscience du bon – pour un être vivant ou une collectivité – est dû à l’instinct ou – pour l’homme – à l’apprentissage de règles. Le passage du bon au bien introduit une dimension morale ou éthique à cette prise de conscience. Une chose est évidente : pour qu’un des termes de chacun de ces concepts existe, il faut que son opposé existe également. Sans mal, le bien ne peut se concevoir, sans ombre pas de tableau (on pourrait même dire, en pleine exposition Pierre Soulages, sans noir sur le blanc pas d’œuvre). Il y a une nécessaire dualité, sinon une dialectique des contraires, mais pas nécessairement une opposition.

    Les religions monothéistes ne sont pas très à l’aise sur ce terrain et leurs théodicées me semblent souvent tirées par les cheveux. Au point que très souvent elles réintroduisent implicitement ce dualisme dans leur doctrine. Ainsi les gnostiques chrétiens, dont certains distinguaient le Dieu mauvais de l’Ancien Testament, créateur de la matière, du Dieu bon du Nouveau testament. Ainsi les Cathares. Quant à Augustin, pour qui j’ai pourtant beaucoup de révérence, j’avoue ne pas très bien comprendre comment il concilie sa conception du mal, fruit du « péché originel » et sa théorie de la prédestination (bigrement dérangeante, mais seule à même de résoudre l’aporie du temps en posant que Dieu a créé simultanément l’univers et le temps : d’ailleurs cette vision du temps est compatible avec la conception que s’en fait bien des physiciens). Mais je suis incompétent en la matière. Dans la religion populaire, le Diable a autant de pouvoir – sinon plus – que le Bon Dieu. Même pour les musulmans, les monothéistes les plus rigoureux qui soient, on trouve aussi trace de ce dualisme : je cite une phrase, trouvée dans un livre du Cheikh Bentounès – il faut varier les références et le soufisme est une des plus remarquable expression de la spiritualité islamique –  « Le soufisme au cœur de l’Islam » (1996) : « On peut penser que Dieu dans sa grande sagesse a voulu créer un être qui se situe entre l’ange et le démon. Un être qui porte en lui la contradiction, un pôle négatif et un pôle positif. Cette expérience adamique est unique … Dieu a désiré un monde intermédiaire. Il a réuni ces deux mondes, ces deux polarités dans l’homme… ». C’est assez cohérent, mais ça ne dit ni le pourquoi, ni le comment.

    Une chose en tout cas me semble significative et ne devrait pas être occultée du débat. C’est l’assimilation récurrente du Mal et de la Connaissance que l’on trouve dans de nombreuses mythologies. On connaît bien sûr le péché d’Adam (troisième chapitre de la Genèse, mais aussi repris dans le Coran). Mais il y a aussi Prométhée, cruellement puni pour avoir voulu aider les hommes – oubliés dans la distribution des qualités par son frère, l’imprévoyant Epiméthée – en les dotant de l’industrie, du feu, et en volant pour eux la chair d’un bœuf consacré aux Dieux. Il y a aussi les prisonniers de la caverne de Platon aveuglés par la lumière. Il y a aussi le fait que Lucifer, le « porteur de lumière », soit assimilé à un démon, etc.  D’où vient donc cette crainte universelle de la connaissance humaine ? De Dieu ? Excusez mon expression : il me semble qu’ « il a bon dos ». Ne serait-ce pas davantage d&uc

    <link rel="File-List" href="file:///D:/TEMP/msoclip1/01/clip_filelist.xml">
    5
    Pierre M.
    Mardi 17 Juillet 2012 à 09:22
    (suite du commentaire précédent)

    Ne serait-ce pas davantage dû à la frilosité des détenteurs de pouvoirs, civils ou religieux, rois de justice et prêtres, craignant certes les abus que la connaissance peut entraîner, mais peut-être aussi la perte de pouvoir qui pourrait en résulter pour eux ? Le Mal assimilé à la Science : voilà un beau sujet de débat, débat d’actualité même. Le Mal assimilé à la Connaissance, voilà qui est plus grave.
       
    Une dernière chose. Que penseriez-vous d’un père de famille qui laisserait volontairement sur la table de sa cuisine, à la portée de ses enfants, un pot d’une délicieuse confiture, et qui s’absenterait sans se préoccuper de ce qu’ils font et en les laissant sans garde ? A son retour, il se rend compte qu’ils ont mis leur doigt dans le pot. Alors il les chasse de chez lui, de chez eux, en leur interdisant de jamais y revenir, ni eux ni même leurs enfants et petits enfants (à condition qu’ils puissent en avoir c’est-à-dire que, réduits à l’état de SDF, ils réussissent à survivre). On dirait évidemment que c’est un père indigne, voire pervers, qui ne méritait pas la garde de sa progéniture. Qu’importe si je choque, mais c’est à ça que me fait penser l’histoire d’Adam et Eve. Il est vrai que je n’entend pas grand chose à la religion et, je le répète, je me sens peu familier dans la logique de ce discours.
    6
    Marie-Odile
    Mardi 17 Juillet 2012 à 09:22
    1. A  la question posée, certains de nos contemporains répondent résolument Oui, par exemple le philosophe Comte Sponville : le mal suffit à le faire basculer de l'agnosticisme à l'athéisme.
    2. Il est parfaitement vain de chercher à PROUVER l'existence ou l'inexistence de Dieu, presque tout le monde l'a enfin compris. C'est pourquoi il faut la foi pour croire en Dieu.
    3. Longtemps les églises ont établi des listes de "preuves" qui ont montré qu'elles ne tenaient pas la route. Aujourd'hui elles sont beaucoup plus prudentes.
    4. Il n'en reste pas moins une question très sérieuse si l'on veut garder la cohérence de la pensée, qui est à mon avis toujours nécessaire, indispensable : le Mal est-il compatible avec l'idée que l'on peut se faire d'un Dieu bienveillant ? C'est le sujet du livre "Le concept de Dieu après Auschwitz" du philiosophe Hans Jonas. La logique ne peut pas concilier 3 éléments: la toute-puissance et la bienveillance de Dieu, et le Mal. Ce n'est pas cohérent, et le malaise perçu à travers les siècles vient de là. Nous sommes acculés à supprimer l'un des 3 termes. Il en déduit que Dieu n'est pas tout-puissant. C'est un argument maintenant très souvent repris par les chrétiens, pour qui Dieu est Amour : dans la création, Dieu a limité sa puissance pour laisser au monde créé une part de puissance créatrice et de liberté. "Je crois en Dieu le Père tout-puissant " n'est plus exactement à l'ordre du jour
    7
    phil
    Dimanche 22 Juillet 2018 à 14:18

    Si Dieu est omnipotent et bon,le monde devrait être parfait.Le monde n'est pas parfait. Dieu n'existe pas. Supposer que Dieu a une définition différente de bien est juste de la sémantique.

    Le choix n'existe pas.L'univers est déterministe ,et nos choix sont crée en même temps que l'univers. Il n'y a qu'une illusion de choix.L'humain ne brise à aucun moment la loi du déterminisme.

    Quand bien même le choix existerait,si Dieu veut nôtre bonheur,et si le libre-arbitre diminue le bonheur ,alors il est de son devoir d'abandonner le libre-arbitre.Dire que libre-arbitre=bonheur est faux.

    Quand bien même,je VEUX être immortel. Pourtant Dieu ne fait rien,s'opposant à la fois à mon libre arbitre et à mon bonheur. Si une contrainte matérielle ne compte pas comme obstruction au libre arbitre,alors contrôler notre cerveau n'est pas une obstruction au libre arbitre.

    Supposer que le monde doit bien être parfait parce que dieu existe est un raisonnement circulaire(parfois raisonnement sous-jacent pour certaines personnes).

    Juste histoire de rappeler,une fois la question de la cohérence réglée,il resterait la question de la probabilité et des preuves à régler.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :