• Ecole et Démocratie, laquelle des deux sauvera l’autre ?

     

    Ecole et Démocratie, laquelle des deux sauvera l’autre ?

     

    I/ Introduction : Depuis les années 1960, la plupart des sociétés démocratiques ont considérablement massifié leur système scolaire. Ce long processus de démocratisation scolaire reposait sur trois promesses, tout en nuançant l'idée de « démocratisation » de l'école:

     

    1-     L’école démocratique de masse devrait être plus juste et moins inégalitaire que la vieille école républicaine.

     

    2-     Cette école devrait aussi développer les compétences, favoriser la croissance et être utile à tous les élèves.

     

    3-     La massification déploierait donc les valeurs démocratiques, l’esprit critique et le sens de la solidarité. Elle devrait favoriser la confiance et l’adhésion aux valeurs de la démocratie.

     

     

     

    Avec la massification non seulement des élèves longtemps scolarisés atteindraient un meilleur niveau de culture générale, mais, quelles que soient leur réussite  et l’utilité de leur diplôme, ces élèves longtemps éduqués dans une école guidée par les valeurs de la démocratie et de la raison seraient des citoyens plus ouverts, plus actifs, mieux informés, plus autonomes et plus profondément attachés aux vertus cardinales des institutions démocratiques.

     

    L'égalité des chances est un principe au cœur de l'idéal démocratique, elle a pour fondement « l'égalité des conditions sociales » entre les citoyens, de manière à permettre la mobilité sociale en ayant : 

     

                1. L'accès au savoir                2. L'accès à l'emploi               3. L'accès au pouvoir

     

    II/ Historique : En 1985, le chômage des jeunes est à 22%. Le Ministre de l’Éducation nationale, Jean-Pierre Chevènement, est le premier à fixer l’objectif de 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat, d’ici à l’an 2000. Objectif de ce gouvernement (et de ceux qui lui succéderont) : réduire le chômage, ainsi que l’illettrisme. Il avait aussi une motivation sociale. À travers cet objectif très ambitieux, il cherchait à offrir aux enfants des classes populaires une promotion par les études. Une grande partie des élèves jusqu’alors orientés vers des CAP et BEP, suivront dorénavant un cursus de baccalauréat en trois ans. Symbole de la démocratisation de l’accès aux études secondaires, mais dévalorisation des métiers manuels. 

     

    Lors de la loi Jospin en 1989, avec le pédagogue Philippe Meirieu l'idée d'une formation de l'élève à son futur statut de citoyen est portée par l’école « éducation à la citoyenneté ».  

     

    III/ Mission : Une mission fondamentale de l’école est d’éduquer, d’instruire, former. En dehors de cela elle est aussi tenue de transmettre  des valeurs et des représentations communes, voire des sentiments partagés en respectant autrui.

     

    En mars 2005 F. Fillon instaure le socle commun de connaissances, de compétences et de culture, il représente ce que tout élève doit savoir et maîtriser à 16 ans. Il rassemble l'ensemble des connaissances, compétences, valeurs et attitudes nécessaires pour réussir sa scolarité, sa vie d'individu et de futur citoyen, il sera actualisé par différents Ministres. 

     

    IV/ Démocratisation ou massification : enseignements tirés 

     

    1/ Alors que la diffusion considérable de l'accès à l'enseignement est incontestée, faut-il pour autant parler de démocratisation ? Le terme « massification » ne convient-il pas mieux si l'allongement des études n'a pas diminué les inégalités de cursus scolaires selon l'origine sociale ? 

     

    2/ Le déclassement des diplômes désigne le fait de posséder un niveau de formation supérieur à celui requis pour l’emploi occupé. Pour certains étudiants poussés  à chercher des diplômes de plus en plus élevés pour se classer au mieux, ce qui ne peut qu’accentuer la mécanique de déclassement.

     

    3/ L’élargissement considérable de l'accès à l'enseignement supérieur est analysée en termes d'inflation scolaire, source de désillusion pour les nouveaux diplômés, c’est par exemple le cas des jeunes dotés d’un bac professionnel qui deviennent pour près des 2/3 ouvriers qualifiés 

     

    4/ Trop d’élèves de nos jours sont orientés par défaut et se retrouvent dans des voies qui ne les satisfont pas. L’orientation doit être vécue comme quelque chose de positif, quelque chose d’individuel et de choisi, pas une sanction.  

     

    5/ Manque d’adéquation formation-emploi et Chômage : C’est évidemment le marché du travail et les employeurs qui définissent l’employabilité par la nature des savoirs et des compétences qu’ils valorisent.

     

    6/ Redoublement : En 2016 27% d'élèves "en retard" en terminale, alors que 9,1% des élèves en primaire étaient "en retard" en 2016, contre 17,2% en 2005, ce qui montre qu’à vouloir supprimer le redoublement on le reconduit plus tard. 

     

    V/ Solutions pour intensifier le respect de la démocratie :  

     

    1/ L’emprise éducative visée par la massification scolaire se heurte aux très profondes mutations de la sociologie juvénile emportée par l’allongement même de la jeunesse et par le monde des écrans et du numérique.

     

    L’essentiel est que tout cet espace de socialisation (les réseaux) échappe à l’école comme il échappe aux familles et qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Les promesses de l’école un surcroît de démocratie de tolérance, de confiance dans les institutions et dans les autres, sont donc confrontées à une situation étrange, les adolescents et les jeunes sont de plus en plus nombreux à être scolarisés de plus en plus longtemps au moment même où la capacité de socialisation de l’école, sa vocation ‘morale’, semble inexorablement décliner.

     

    2/ L’école sauvera-t-elle la presse ? Plus informé, plus individualiste, plus engagé dans les réseaux et les écrans, le nouveau citoyen prend de plus en plus de distance avec la vie politique.

     

    L’école publique est le lieu privilégié pour développer le goût de la presse des jeunes et leur inculquer de bonnes pratiques. Comment sauver la presse, garante du bon fonctionnement de notre démocratie et de la cohésion sociale?

     

    La forte croissance du groupe de personnes privées d’informations de qualité est un problème important pour notre démocratie. Ces personnes sont davantage susceptibles d’être manipulées ou de retransmettre des informations fallacieuses que d’autres catégories de la population. L’école publique, qui accueille tous les enfants pendant de longues années, constitue le lieu privilégié pour développer le goût de la presse et leur inculquer de bonnes pratiques. Le temps presse.

     

     

     

    3/ Le ‘socle commun’ cible privilégiée par la Cour des comptes : En décembre  2017 suite à la demande de l’Assemblée Nationale, la Cour des comptes publie un rapport sur « L’éducation Nationale : comment organiser son évaluation pour améliorer sa performance ? ».

     

     

     

    Pour cela il est proposé d’arrêter une cible centrale : évaluer les acquis des élèves durant la scolarité obligatoire  Un consensus pourrait se dégager pour estimer comme condition première et nécessaire à l’évaluation du système éducatif, la mesure du degré de maitrise du socle commun de connaissances, de compétences, de  culture, d’instruction morale et civique, qui clôt la scolarité obligatoire, il prend en compte les élèves âgés de 16 ans.

     

    Il s’agit d’un enjeu majeur comblant une carence actuelle car la seule appréciation donnée à l’opinion publique sur la performance du système scolaire français provient d’une enquête internationale d’ensemble (PISA). Il faut aussi diffuser et faire partager cette culture de l’évaluation avec les parties prenantes que sont les parents d’élèves.

     

    4/ Former et aider les professeurs à répondre aux contestations de leur enseignement.

     

    VI/ Conclusion : Le bilan est pour le moins nuancé : Nous ne devons pas en ignorer les résultats : De 29,4% en 1985, à 62,8% en 2000, ce n’est qu’à la session 2019 du baccalauréat, que 80,0 % d’une génération est titulaire du diplôme du bac. Le taux de réussite au bac toutes générations est de 88,6% en 2019, alors qu’il était de 67,2% en 1985.  A la question « L’école peut-elle sauver la démocratie ? » Si l’on examine l’adhésion aux valeurs démocratiques cela dépend du niveau de diplôme obtenu, il semblerait que  les vertus civiques et la confiance démocratique promues par l’école sont intériorisées par les plus diplômés alors que les autres semblent de plus en plus en retrait et défiants.

     

    L’application du  socle commun est un élément central à renforcer au niveau des élèves pour répondre à la question « L’école peut elle sauver la démocratie ? ». L’enseignement a aussi un rôle primordial envers la formation des élèves, aux consultations et à l’expression au travers des réseaux numériques, et former les élèves aux études de presse et débats.

     

    François Dubet en quelques mots donne une réponse à notre question de départ, « L’école a-t-elle réussi à relever le défi de la démocratisation ? »  Oui, l’école est beaucoup plus égalitaire et démocratique qu’avant. Si nous considérons l’évolution chiffrée et son taux de scolarisation battant tous les records, la démocratisation quantitative a incontestablement eu lieu. En revanche la démocratisation qualitative n’a pas été réalisée dans la mesure où  le système scolaire actuel laisse un nombre non négligeable d’enfants en échec scolaire, les inégalités sociales perdurent, l’égalité des chances n’est pas réelle. Le système français n’a  pas réussi à concilier la massification de l’éducation avec l’égalité des chances.

     

    Coté démocratie à l’école, 49 % des enseignants disent s'être déjà autocensurés notamment sur la laïcité, il est urgent d’agir (rapport Obin), certains reçoivent des menaces de mort.

     

     Pour lire un compte-rendu du débat

     

                                                                                                  Daniel Soulat  13/03/2021

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    ANNEXE

     

    L’Education Nationale c’est en 2018 70 milliards de crédits, elle emploie un million d’agents pour éduquer 12,352 millions d’élèves (6,65 dans le 1er degré, 5,7 dans le second).

     

     

     

    1/ Les inscriptions dans l'enseignement supérieur ont ainsi été multipliées par près de 9 en une soixantaine d'années : le nombre d'étudiants est passé de 310 000 en 1960 à 2 678 700 à la rentrée 2020.

     

     

     

    2/ L’Université en chiffres http://www.cpu.fr/information/luniversite-en-chiffres/  2018

     

    – 74 universités
    – 200 000 personnes au service de la formation et de la recherche, dont 60 300 personnes assurant des fonctions administratives, techniques ou d’encadrement

     

    – 1 623 500 étudiants, soit 63 % des étudiants dans l’enseignement supérieur qui choisissent l’Université

     

     

     

    3/ Jusqu'au début des années 1950, moins de 5 % des élèves d'une classe d'âge accède au baccalauréat. En 2017, cette proportion est de 79,6 %. L'élévation de la proportion de bacheliers dans une génération résulte d'un processus de massification du système scolaire français, notamment à partir des années 1960. Cette croissance de la scolarisation tient à des facteurs externes à l'institution scolaire (croissance économique, dynamique démographique) mais également à des politiques éducatives expansionnistes.

     

     

     

    4/ A l’Assemblée Nationale les élus en France en 2017, compte plus de 70% de députés diplômés de l’enseignement supérieur (alors qu’on en compte seulement 27% dans l’ensemble de la population).

     

     

     

    5/ Chez les jeunes : 78% de ceux ayant moins que le bac sont peu ou pas intéressés par la politique, contre 35% de ceux dotés d’un diplôme supérieur à bac + 2. Le taux d’abstention pour la tranche 18-24 ans, quel que soit le type de scrutin, ces dernières années, est supérieur de dix points en moyenne à celui de l’ensemble de la population.

     

     

     

    6/ Le déclassement : aujourd’hui 21% des jeunes qui quittent le système éducatif sont diplômés de l’enseignement  supérieur long, 24% du supérieur court, jusqu’à la licence, tandis qu’environ 10% sont sans diplôme ou dotés simplement du brevet des collèges. Les déclassés diplômés d’une licence 49,7% quand ils s’insèrent comme employés ou ouvriers. Le taux de déclassés est de 28% pour l’ensemble des diplômés du supérieur.

     

     

     

    7/ Les sortants du système éducatif sans diplôme ont un taux d’emploi, trois ans  après la fin des études de 40% parmi les plus faibles de l’UE, alors que le taux d’emploi des diplômés des grandes écoles est supérieur à 90%.  On remarque la position intermédiaire des bacheliers généraux et des étudiants sortant à bac + 3 ou 4 des filières universitaires générales respectivement 54% et 72%.

     

    8/ Le coût du redoublement est estimé à environ 2 milliards d'euros par an, selon une étude de l'Institut des Politiques Publiques (IPP) publiée en 2015. L'IPP estime le coût du redoublement en primaire et au collège à environ 1,03 milliard d'euros, dont environ 0,4 milliard pour le redoublement en primaire et 0,6 milliard pour le redoublement au collège. Le coût du redoublement au lycée est, quant à lui, estimé à environ un milliard d'euros. Pour l'instant, le projet de réforme de Jean-Michel Blanquer a été prévu à moyens constants, sans augmentation de budget. 

     

    9/ Dans l’esprit des individus, tout se passe comme si tout était joué une fois pour toute à l’école ; la définition de sa propre valeur et son avenir, or quand on sait que 20% environ des élèves qui entrent au collège ont de grandes difficultés pour lire écrire, compter, on peut imaginer ce que sera leur avenir scolaire et social.

     

    10/ Taux illettrés : Illettrisme 7 % de la population adulte âgée de 18 à 65 ans ayant été scolarisée en France est en situation d’illettrisme, soit 2 500 000 personnes en métropole. Le couloir de l'illettrisme traverse notre école. À l'entrée au collège, 12 à 15 % des enfants se trouvent en difficulté sérieuse de lecture. Cela signifie qu'un élève du collège sur dix se trouvera certainement en échec scolaire majeur. À plus long terme, c'est, pour un citoyen sur dix, la promesse d'une exclusion culturelle et sociale. Taux analphabètes : 1% de la population.

     

    11/ Site du parcours citoyen de l’élève  

     

    « PEUT-ON SE METTRE A LA PLACE DES AUTRES ?C.R. du 27 Fév. 2021 Peut-on se mettre à la place des autres? »

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