• Croissance ou décroissance? Telle est la question.

    Croissance ou décroissance ? Telle est la question.

     

    Café débat de Saint Quentin en Yvelines du 13 janvier 2018

     

    Débat introduit par Bruno Sauvage

     

     Face aux enjeux du développement durable et à l’inégalité de la répartition des richesses dans le monde, certaines personnes se demandent s’il ne faudrait pas que l’activité économique décroisse dans certains pays pour qu’elle puisse croître dans d’autres ?

     Répondre à cette question nous conduit à un autre débat : Qu’est-ce que la croissance ? Et pour qu’elle se maintienne, comment assurer la gestion durable des ressources de la planète (énergie, agriculture, forêt, mines, eau, ressources marines) et leur répartition équitable ?

     Pour apporter des éléments de réponse à ces questions, nous proposons une approche en six étapes :

     1°) – Le PIB, un bon indicateur de l’activité économique d’un pays :

     Le taux de croissance du PIB- « produit intérieur brut », est le critère principal qui permet de juger de l’efficacité de la politique économique d’un Etat.

     Cet étalon mesure la somme de la valeur ajoutée marchande des entreprises d’un pays : il est la somme des rémunérations des travailleurs (salaires et cotisations sociales), des impôts payés par les entreprises et du bénéfice redistribué aux actionnaires.

     Le PIB reflète le revenu total des habitants d’un pays.

     Si le PIB croît, cela signifie que l’économie distribue plus de revenus et crée des emplois nouveaux.

     Si le PIB stagne ou régresse, c’est mauvais signe pour l’emploi.

     2°) – Mais le PIB n’est pas un bon indicateur pour la gestion des ressources primaires

    Si le PIB est un bon indicateur de l’économie marchande, il ne prend cependant pas en compte la valeur du patrimoine grâce auquel s’exercent les activités économiques :

     -          Les réserves de ressources non renouvelables (énergies fossiles et minerais) s’épuisent peu à peu.

     -          Les ressources renouvelables, provenant de l’agriculture, de la forêt ou de la mer, sont souvent exploitées sans souci de conserver le patrimoine productif.

     (On peut noter également que le PIB ne prend pas en compte tous les services non marchands que les hommes échangent entre eux dans leur vie quotidienne et qui constituent le ciment de la vie en société.)

     3°) – Les défis de l’avenir : la gestion des ressources primaires.

     Pour que l’activité économique puisse s’exercer dans de bonnes conditions, elle doit disposer de matières premières et cela de manière durable. Dans le document proposé en annexe sont examinées les grandes catégories de ressources primaires et les questions que pose leur gestion :

     3.1) - Les énergies fossiles.

     3.2) – Les ressources minières

     3.3) – Les ressources marines.

     3.4) – Agriculture et forêts.

     3.5) – Gestion de l’eau

     En conclusion : Tous les domaines examinés montrent que la gestion des ressources primaires ne peut pas dépendre des simples règles de l’économie marchande. Il faut qu’en amont des acteurs économiques, des institutions mondiales (ou locales pour l’eau) assurent une régulation des conditions d’exploitation des ressources et définissent des mécanismes de répartition entre les acteurs économiques.

     4°) – Gestion des ressources primaires et croissance du PIB

     Une entreprise met en œuvre des matières premières. Par son travail et son savoir faire elle les transforme pour fournir des objets fabriqués ou des services.

     C’est la valeur ajoutée par les entreprises que le PIB mesure.

     Les matières premières sont physiquement limitées : les ressources d’énergies fossiles et les minerais ne sont pas renouvelables, les surfaces agricoles et forestières ne sont pas extensibles ; dans chaque bassin versant de fleuve, on ne peut pas prélever plus d’eau que celle offerte par la ressource, …

     Le système économique se heurtera fatalement à des limites.

     Pour que l’économie puisse déployer son activité sur des bases durables et ne devienne pas une foire d’empoigne pour s’approprier les dernières ressources disponibles, il faut que des règles de gestion et de répartition des ressources soient établies à l’échelle mondiale (ou régionale pour certaines ressources comme l’eau).

     Prenons quelques exemples :

     Un irrigant qui a la possibilité de prélever de l’eau sans limite utilisera mal cette eau. Si, une fois établi des règles de répartition, il ne dispose que d’une quantité limitée, il utilisera cette quantité de manière optimale pour en tirer le meilleur parti et maximiser sa valeur ajoutée.

     Mettre en œuvre des dispositifs de contingentement de l’accès à la ressource, comme les quotas d’émission en matière d’énergie fossiles, conduit les entreprises à valoriser au mieux ce dont elles disposent.

     Si je dispose d’une bille de bois : je peux en faire du bois de feu, je peux en faire de la pâte à papier, je peux en faire de simples planches, ou je peux en faire des ouvrages d’ébénisterie de haute valeur … A partir d’une même matière première on peut générer une valeur ajoutée presque nulle ou très élevée …

     Le contingentement des ressources, ne signifie pas une régression du PIB, puisque chaque entreprise, chaque artisan, chaque exploitant, par sa propre dynamique cherchera, ou devra chercher à maximiser le ratio « valeur ajoutée / unité de ressource primaire ».

     Ce contingentement permet de construire l’économie sur des bases « vertueuses ». Le PIB peut continuer de croître, même avec des ressources contingentées.

     5°) – Une gouvernance mondiale nécessaire

     Les activités économiques et financières ne sont pas confinées à l’intérieur des limites territoriales, alors que l’autorité des gouvernements continue à être essentiellement locale. Cette remarque s’applique aussi à la gestion des ressources naturelles qui sont le support de l’activité économique.

     Chaque Etat se préoccupe de la compétitivité de son économie, et on ne peut pas le lui reprocher, mais toutes ces politiques nationales non coordonnées ne font qu’aggraver la crise générale :

     -         Elles encouragent l’optimisation fiscale, les paradis fiscaux et la spéculation financière, avec la course au moins disant fiscal entre les Etats. Les Etats perdent ainsi les ressources fiscales qui leur permettraient d’exercer leur rôle de redistribution et de lutter contre les inégalités.

     -         Elles durcissent les relations entre entreprises et travailleurs, avec un travail de plus en plus précaire pour une grande part de la population, et un enrichissement colossal des personnes situées au sommet du monde des affaires.

     -         Elles ne permettent pas de mettre en place des règles de gestion durable des ressources naturelles, règles de gestion qui doivent être élaborées à l’échelle mondiale, pour être efficaces et équitables.

     Les Etats doivent se donner collectivement les moyens de répondre à ces trois catégories de défis à l’échelle de la planète. Nous devons militer auprès de nos responsables politiques pour qu’ils s’engagent encore plus dans cette voie.

     La mondialisation est un fait, il ne s’agit pas d’être pour ou contre, mais de mettre en place les institutions internationales de coopération capables de la gérer. Le repli sur les frontières étatiques ne résoudrait rien et ne ferait qu’exacerber le problème.

     6°) – Et pour conclure et engager le débat, que pouvons nous faire ?

     Prendre conscience de l’impact de nos modes de vie :

     La société industrielle moderne nous a dotés d’outils, de moyens de locomotion, d’appareils ménagers et électroniques de produits chimiques puissants et très pratiques. Mais grisés par l’usage de ces outils, nous avons du mal à nous représenter les quantités de matières premières mises en œuvre, et les impacts sur les milieux naturels.

     Combien de kilos de carbone avons nous consommés dans l’année, qu’ils viennent des énergies fossiles ou de l’agriculture et de la forêt ? Qu’est-ce que représente une heure d’automobile ou une heure d’avion ? Quel est le poids en matières premières de tous les biens dont nous disposons ? …

     Comme on nous l’a appris quand nous étions jeunes, les responsables doivent montrer l’exemple. Et il est important que cette révision de nos modes de vie commence par les personnes qui ont des positions de responsabilité dans le système économique ou médiatique.

     Quelle qualité de vie recherchons nous ?

     C’est un truisme de dire que le bonheur ne se mesure pas à la quantité de biens matériels dont nous disposons mais à la qualité des relations que nous entretenons avec nos semblables.

     Il convient en particulier de prêter attention à la manière dont nos villes préparent l’avenir pour résoudre les questions de déplacements, de logement, d’intégration sociale…

     Le progrès technique ne s’arrêtera pas, mais ce progrès ne doit pas être synonyme « d’hypertrophie mécanique ». Ce progrès n’aurait pas de sens s’il allait à l’encontre d’une plus grande convivialité entre les hommes, et s’il détruit ou appauvrit l’environnement naturel, support de la vie.

     Pour voir le compte-rendu du débat, cliquer ici

     

    « Compte-rendu du café débat du 9 Déc. 2017 :La spiritualité, qu’est ce que c’est ? C.R. du débat du 13 Janvier 2018. "Croissance, ou décroissance". »

  • Commentaires

    1
    Danielle
    Jeudi 4 Janvier à 14:54

    Je ne vais pas être originale : à l'idée de la lecture d'introduction, je déclare forfait ! 

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