• Compte-rendu du Café-Débat du 5/11/2016 : La vie a t-elle un sens ? »

    Compte-rendu du Café-Débat du 5/11/2016 : La vie a t-elle un sens ? »

     

     

     

    Trente trois personnes (33) ont participé à cette réunion.

     

    Après avoir rappelé que plusieurs débats avaient déjà eu lieu sur ce thème ou des thèmes avoisinants en 2008, et qu'un autre était programmé en décembre 2016, J.J.Vollmer lit son texte introductif.

     

    Les points abordés ont été regroupés en quelques chapitres :

     

    Sens de la question 

     

    Pour certains, se poser cette question n'a aucun intérêt, car pour y réfléchir, il faut être dégagé des contraintes du contexte. En clair, si on est sous les bombes en Syrie, il y a d'autres choses à régler, et se poser cette question est une caractéristique nombriliste de gens qui n'ont rien d'autre à faire. Il faut laisser de côté la métaphysique et s'engager, agir, dans la vie de tous les jours.

     

    Pour d'autres, il faut reconnaître que tout le monde se pose cette question un jour ou l'autre. Elle est donc importante, on se la pose par rapport à la mort, par curiosité, et pour mieux vivre avec les autres.

     

    Enfin, il a été noté que si on se focalise trop sur cette question qui n'a pas de réponse, surtout quand on est jeune, cela peut conduire à la folie.

     

    On a fait remarquer également qu'il n'y avait pas trois possibilités à examiner, comme indiqué dans le texte d'introduction, mais quatre : l'agnosticisme, dire « je ne sais pas » s'ajoute à Dieu, à l'athéisme, et à la croyance sans religion.

     

    Dieu et la religion 

     

    Comme de juste, c'est la référence à la chrétienté qui a dominé le débat, mais il a été souligné que le sens qu'on donne à notre vie dépend beaucoup, non de la croyance, mais de la culture religieuse dans laquelle nous avons été élevés. La prise en compte de la souffrance et du désir notamment, diffère selon les religions.

     

    Les religions monothéistes postulent toutes une « fin des temps », et un autre monde, le « Royaume de Dieu » pour les chrétiens. Ceux-ci font valoir que Dieu a un projet pour le vivant, et que, par conséquent, la vie sur Terre fait partie de ce Royaume. Nous devons vivre notre vie terrestre de manière dynamique, comme si la création n'était pas achevée et ne le sera jamais. Dieu nous a créés créateurs de nous-mêmes.

     

    Pourtant, une personne a exposé différemment la croyance chrétienne : la vie sur Terre ne serait que vanité, comme le dit l'Ecclésiaste, rien n'a changé depuis des millions d'années et rien ne changera. Seule compte la vie éternelle, et ici nous sommes déjà morts.

     

    Il faut prendre garde à l'aspect totalitaire que peut prendre une religion, qui conduit à l'enfer sur Terre par le fanatisme et l'obscurantisme, au détriment du sens qu'elle pourrait conférer à notre vie terrestre. Les religions ont perverti l'idée de Dieu.

     

    Une autre a indiqué que l'injustice qui existe sur Terre conduit à ne plus avoir une idée claire de qui est juste ou impie. Cela pousse à croire en une justice divine qui s'exercera lors du jugement dernier.

     

    Le texte a un effet pervers : il serait plus « confortable » de croire en Dieu, dans le prolongement du pari de Pascal. Pourtant, la réfutation astucieuse faite par Cyrano de Bergerac inverse les prémices : il vaut mieux ne pas croire en Dieu, car comme celui-ci est bon, il nous pardonnera...

     

    Il a été fait aussi allusion à plusieurs reprises au bouddhisme, à la doctrine de la réincarnation, à l'éternel retour, qui introduisent une vision nouvelle du temps, qui n'est plus forcément linéaire, mais cyclique, ou même n'existe pas.

     

    Enfin, on a fait remarquer que l'athéisme était aussi une croyance en négatif : un athée croit que Dieu n'existe pas, et un croyant croit que Dieu existe. Mais Dieu n'est pas une personne, et d'ailleurs les juifs ne nomment pas Dieu.

     

    Maîtriser sa vie 

     

    Il est remarquable de constater que les croyants comme les athées et les agnostiques arrivent à la même conclusion : la manière de se comporter dans notre vie terrestre doit être conforme aux règles de vie de la société dans laquelle on vit, forgées au fil de l'histoire, quelle que soit la manière dont cela s'est réalisé. Nos opinions, nos croyances, évoluent au cours de la vie, au fil de nos expériences, de nos bonheurs et de nos malheurs, et nous nous servons pour cela de ce que nous offre notre culture, notre religion, notre histoire personnelle. Nous nous construisons en permanence, et jusqu'à notre mort nous cherchons quelque chose qui ait du sens et qui justifie notre vie.

     

    Donner un sens à sa vie, c'est s'accomplir comme le décrit la plus haute strate de la pyramide de Maslow, à partir de quelque chose qui nous est propre, qui nous habite, une sorte d'élan vital qui nous incite à être plutôt qu'à avoir, que les enfants possèdent au plus haut point, mais que les adultes ont perdu. Or, la société de consommation conduit au vide intérieur, à ne pas être heureux, à oublier les valeurs qui comptent. La question du sens se pose aujourd'hui avec plus d'acuité en raison des crises qui traversent le monde contemporain.

     

    Notre vie est aussi pleine de manipulations : on se fait manipuler, on se laisse manipuler, on se manipule soi-même. Il faut en être conscient, accepter la vie telle qu'elle se présente tout en exerçant son esprit critique, réfléchir sur soi-même avec bienveillance.Il faut croire en la vie, en ce qu'on en fait, et accepter ce qui nous arrive, bon ou mauvais, même si c'est difficile. Il faut être « résilient » et croire en soi pour avancer.

     

    Il ne faut pas confondre la recherche du bonheur avec celle du plaisir, qui n'est qu'une jouissance passagère. Ni le bonheur, ni le plaisir ne sont à identifier au sens de la vie, même s'ils peuvent en faire partie. D'un autre côté, le malheur, quand il arrive, peut amener à perdre l'espoir, mais pas forcément le sens de sa vie.

     

    Des témoignages personnels ont été produits. Trois d'entre eux illustrent le fait qu'un grave accident faisant perdre provisoirement ou définitivement certaines facultés, conduise à une vision différente de la vie et de la mort, et à une prise en mains de ce que l'on veut être. Un quatrième retrace un cheminement personnel allant de la foi naïve d'un enfant, où Dieu expliquait tout par l'amour, l'innocence et la pureté, vers une compréhension de la vie sans Dieu, avec ses injustices, le mal et le bien interpénétrés, s'accompagnant d'une sensation de vide difficile à combler.

     

    La signification du mot « transcendance » a été critiquée, car trop reliée dans le texte à la présence d'une entité extérieure ou d'une divinité ; or, il y a aussi de la transcendance dans l'activité humaine, par exemple dans la beauté d'une œuvre artistique.

     

    Aspects philosophiques et scientifiques 

     

    La remarque du texte relative à l'amour, piège de la nature pour la reproduction de l'espèce, a été très majoritairement rejetée, mais toutefois sans que beaucoup d'arguments aient été avancés. Il a été répété que Dieu est amour, qu'il faut s'aimer soi-même pour aimer les autres, leur faire du bien, et construire entre les hommes des relations apaisées. De cette manière, l'amour transcende la simple perpétuation de notre espèce, apporte « quelque chose » de plus qui dépasse le simple désir sexuel.

     

    A contrario, le livre de Richard Dawkins « Le gène égoïste » a été cité : nous serions en quelque sorte « manipulés » par nos gènes pour que ceux-ci puisse se transmettre de génération en génération, d'où l'importance du désir sexuel dans les relations entre les êtres humains.

     

    Le besoin d'être reconnu, de laisser une trace dans l'histoire, est réel, mais doit être mis en perspective : les œuvres de Platon lui ont survécu près de 2500 ans, il y a eu une transmission d'idées, pas uniquement de gènes. Mais cette durée est infime, elle est à comparer aux 3,5 milliards d'années qui se sont écoulées depuis l'apparition de la vie sur Terre et aux 4 ou 5 milliards qui restent à vivre au système solaire : que restera t-il de l'homme et de ses idées  à ce moment ? Nul ne le sait, l'espèce humaine évoluera, et peut-être arrivera t-elle à se transcender elle-même, à atteindre le point Oméga de Teilhard de Chardin.

     

    On a fait remarquer qu'il était intéressant de mettre en parallèle le finalisme du jésuite Teilhard et le vitalisme du philosophe Bergson (l'élan vital), l'un comme l'autre estimant qu'il y avait un sens (une direction) de la vie, attiré pour l'un, poussé pour l'autre.

     

    Cette réflexion sur l'aspect dérisoire d'une vie humaine devant ce temps immense pousse à vivre pleinement sa vie, ici et maintenant, pour qu'elle soit la meilleure possible, pour soi-même, pour les autres, et pour l'ensemble de la vie qui nous entoure.

     

    Deux remarques d'ordre scientifique ont été faites :

     

    -        la probabilité qu'une vie intelligente autre que la nôtre existe dans l'univers est très faible, comme le montrent la formule de Drake et le paradoxe de Fermi[1]. Ceci peut nourrir la réflexion sur la vie fruit du hasard, ou la vie issue d'une création divine ;

     

    -        Beaucoup de molécules du vivant sont chirales[2]. Elles ne sont présentes que sous l'une des deux formes possibles, lévogyre ou dextrogyre, ce qui a été relié à un certain "sens" de la vie.

     

     

     

     

     



    [1]    Voir le paradoxe de Fermi sur Wikipedia

    [2]    Chiral, lévogyre, dextrogyre voir Wikipedia

     

    « Peut-on lutter contre la pauvreté sans croissance du PIB ?L'école de la deuxième chance (Conférence) »

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