• Compte-rendu du 14/09/2019 : "Qu'est-ce qu'une vie bien remplie ?"

     La séance de ce jour était « libre », c'est à dire que le sujet traité a été choisi en début de réunion par un vote sur plusieurs propositions des 18 personnes présentes, et qu'il n'y a donc pas eu de texte d'introduction.

    Le sujet retenu, déjà traité au tout début du Café-Débat en 1998, pose la question : « Qu'est-ce qu'une vie bien remplie ? ». Ce qui suit ne reproduit pas l'ordre chronologique des interventions.

    L'intitulé du sujet et la signification des mots

    « Rempli » peut s'entendre sous deux formes, quantitative et qualitative. Les bonnes vies ne sont pas forcément celles qui comportent le plus d'événements ou d'activités, la qualité de la vie n'est pas reliée au nombre de choses que l'on fait, à un agenda bien plein. Il faudrait plutôt dire « bien vécue ».

    « Bien » reprend la question de la qualité et de la valeur, et s'entend différemment selon la culture à laquelle on appartient, l'éducation qu'on a reçue, les croyances et les rites de notre groupe social. Les critères pour juger qu'une vie est bien remplie ou non ne sont pas les mêmes selon qu'on est un pygmée ou un français d'aujourd'hui. Comme on pouvait s'y attendre, la discussion s'est déroulée majoritairement dans le cadre de notre appartenance à l'univers « occidental ».

    Les critères de jugement

    Différents critères ont été évoqués pour évaluer si une vie a été bien remplie :

    • l'accomplissement de soi-même, à différents niveaux : vie intérieure, vie sociale, vie familiale, vie professionnelle,...

    • ce qu'on apporte aux autres, dans le cadre de notre groupe social, par rapport à ce que le groupe nous apporte ou nous impose (la norme sociale),

    • la réussite matérielle (richesse, possession de biens) Cela a été cité, mais il a été considéré que ce qui compte, c'est ce qu'on en fait,

    • les valeurs qui sont les nôtres


    Soi-même

    Considérer que sa propre vie est bien remplie, nécessite d'abord de penser qu'on peut s'évaluer soi-même.

    Cela implique la nécessité d'avoir un référentiel, un système de valeurs conscient ou inconscient, qu'on s'est constitué à partir de l'éducation par nos parents, par l'école, par nos relations avec les autres dans le cadre d'un groupe social défini, à partir du socle génétique de base reçu à la naissance. Mais c'est très personnel, et pas mesurable

    Remplir sa vie, c'est alors essayer de vivre à tout moment en paix, en accord avec soi-même, avec ses désirs, tenter de savoir qui on est, ce qu'on cherche, savoir évoluer. C'est acquérir et maintenir au fil des ans, au travers des réussites et des échecs formateurs, une certaine confiance en soi. C'est chercher et trouver sa place dans la société, avoir un but. A la retraite, ce n'est pas s'occuper pour passer le temps, pour remplir ses journées : il faut essayer de mettre du sens dans la moindre de nos actions.

    C'est aussi faire cela à tout moment, ici et maintenant, être en permanence tourné vers l'avenir. Ce n'est pas se retourner à la fin de sa vie pour en faire le bilan. En effet, la vie humaine est une aventure, avec de s accidents et des opportunités, qu'on peut considérer de manière optimiste ou pessimiste selon son caractère, mais avec un certain recul par rapport aux événements importants, car il faut se rappeler que la mémoire résiliente tend à effacer les mauvais souvenirs.

    Il faut être acteur de sa vie, et donc responsable de ses décisions, tout en faisant confiance aux personnes qui nous entourent, mais en restant vigilant. Attention cependant à ne pas céder à l'autosatisfaction, à être trop content de soi : nous sommes des êtres incomplets, nous n'atteindrons jamais la perfection. Dans la conduite de sa vie, on peut se fixer des objectifs, avoir un plan. Il faut surtout savoir exploiter les opportunités, et ne pas oublier qu'on n'est pas le même à 18 ans et à 70 ans, on est en évolution constante sur tous les plans. Quelqu'un ayant fait des études d'ingénieur peut devenir agriculteur et être parfaitement heureux s'il assume ce choix et ce qu'il implique d'efforts et de difficultés.

    Une question a été posée, mais peu de réponses ont suivi ; avoir une vie bien remplie, cela a t-il quelque chose à voir avec le bonheur ? Un gardien de prison a son utilité, mais éprouve t-il du bonheur à exercer ce métier ? Il faut au moins avoir du plaisir dans ce qu'on fait, se poser en permanence la question : quoi faire pour encore mieux remplir ma vie.

    Les autres, la société

    Notre société occidentale tend à donner la primauté à l'individu et à sa liberté. Toutefois, cette société est constituée de différents groupes qui imposent à notre vie un certain déterminisme social, des règles précises concernant notre comportement. Notre vie est structurée par ces règles, qui brident notre liberté. Obéir à ces règles tout en exerçant au mieux notre esprit critique, est le fil conducteur de nos vies. « Obéir, ne pas respecter » disait Alain. Trop de liberté porte un danger pour le groupe.

    Avoir une vie bien remplie, c'est d'abord être utile à la collectivité, c'est avoir la volonté de bien faire, c'est rendre au groupe ce que celui-ci nous apporte. C'est s'engager dans des actions tournées vers les autres, en premier lieu vers sa famille. A la retraite, c'est participer à des activités d'intérêt général : associations, écologie, etc en restant exigeant dans des relations fondées sur l'empathie. C'est aussi transmettre à nos petits enfants nos valeurs et notre expérience. C'est agir en fonction de nos convictions, quoi qu'il en coûte, à l'image du médecin de « La peste » de Camus, qui sait que les soins qu'il prodigue sont inutiles, mais qui continue malgré tout.

    Il a été dit également que la raison majeure de notre présence sur Terre est de perpétuer l'espèce. C'est une nécessité inconsciente qui pilote nos vies, nous ne sommes que des maillons dans la chaîne du vivant.

    Les groupes sociaux sont régis par des normes auxquelles les individus doivent se conformer, qui peuvent être fort différentes les unes des autres. Cela peut conduire à un certain relativisme dangereux. L'exemple des jeunesses hitlériennes a été cité, conduisant à formater les esprits des jeunes pour les amener à considérer comme normaux des comportements très éloignés des valeurs traditionnelles.

    Un autre exemple évoqué est celui des grandes entreprises dont la réussite des managers est jugée sur le seul critère de la rentabilité, conduisant les travailleurs à des situations extrêmes telles que le suicide (La Poste, France Telecom, …). Le groupe ici a oublié sa vocation humaniste, les individus devenant esclaves de leurs obligations.

    Enfin, a t-on le droit de juger la vie des autres avec ses propres critères ?

     

    CR rédigé par Jean-Jacques Vollmer

     

     

    « L’idéal démocratique, le mythe de l’égalité des chances, la méritocratie, contribuent-ils à obtenir une société juste ?Compte rendu personnel du débat du 28 Sept 2019. Quelles citoyennetés dans le monde d’aujourd’hui et de demain ? »

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