• Comment voir le monde en 2100 ?

    Comment voir le monde en 2100 ?                                   Jean-Jacques Vollmer

     

                                                                                                                            27 janvier 2018 

     

     

     

    En 1990, Thierry Gaudin[1] et une petite équipe du Centre de Prospective du Ministère de la Recherche a publié un gros ouvrage intitulé : « 2100, récit du prochain siècle »[2]. Ce travail a été réalisé en utilisant les méthodes de la prospective, et contient beaucoup d'idées neuves dans tous les domaines.[3] C'est lui qui m'a donné envie de proposer ce sujet au Café-Débat, mais bien évidemment sous une autre forme. En effet, nul parmi nous ne possède la capacité de mettre en œuvre la méthodologie des prospectivistes, et quand bien même cela serait, ce n'est certainement pas faisable en deux heures.

     

    Certains m'ont dit : « Pourquoi 2100 ? C'est trop loin, 2050 serait plus facilement prévisible ». Il faut alors rappeler que la prospective[4] n'est pas la prévision, qui concerne le court terme, et encore moins la prédiction qui est plutôt du domaine des marabouts et des voyantes. Le court terme n'est que la prolongation du présent, comme la météo de demain est facilement prévisible à partir de celle d'aujourd'hui. Le long terme, quant à lui, dépend de trop de facteurs imprévisibles, et la simple extrapolation conduit à coup sûr à des conclusions erronées, voire impossibles.

     

    Alors, comment procéder ? Je vous propose une approche plus « sociologique » que scientifique : il ne s'agira pas de dire comment vous aimeriez que soit le monde en 2100 (c'est évident : le meilleur possible !), mais comment vous pensez aujourd'hui qu'il sera demain. C'est un exercice reflétant plutôt vos convictions ou vos croyances, optimistes ou pessimistes, en essayant si possible de justifier un tant soit peu votre opinion, par exemple en tenant compte de facteurs actuels qui vous paraissent déterminants pour l'avenir. Ce sera l'occasion d'observer comment un groupe de personnes, en 2018, imagine le monde de 2100, reflétant ainsi, peu ou prou, la confiance ou la défiance vis à vis de l'évolution de notre société actuelle.

     

    A partir de l'état du monde aujourd'hui, des myriades de possibilités existent pour aboutir au monde tel qu'il sera en 2100. Elles ne sont pas toutes aussi probables, mais il est impossible de les évaluer, et par conséquent impossible de prévoir ce qui va se passer dans les 80 années qui viennent.

     

    La vision globale d'un tel futur peut cependant se définir comme la somme de l'état du monde dans différents domaines : politique, environnement, technologies, religions, société, etc, mais sans oublier que de graves événements imprévisibles peuvent se produire pendant ce laps de temps de 80 ans. C'est là que la meilleure source d'inspiration se trouve être la science-fiction : regardez bien tout ce que les écrivains de ce genre littéraire ont inventé sans rien savoir des progrès de la science, en tombant juste à de très nombreuses reprises. Jules Verne, par exemple, avait prévu  de nombreuses innovations, sans forcément y croire lui-même, et les martiens d'HG Wells utilisaient un rayon de la mort bien proche du laser. Il vous faut donc aussi faire preuve d'imagination, ce sera la meilleure façon de tomber juste dans votre description du monde de demain.

     

    Vous pouvez aussi utiliser le passé comme guide : que pouvait-on dire de sérieux en 1945   sur l'état du monde en 2018 ? Qu'est-ce qui était prévisible de manière sérieuse et argumentée, et qu'est-ce qui est arrivé que personne ne pouvait prévoir ? A partir de cette méthode, vous pouvez imaginer ce qui sera la suite logique de ce qui existe aujourd'hui, et ce qui dépendra d'événements totalement imprévus, peut-être annoncés par ce qu'on appelle les « signaux faibles », petits événements cachés derrière le « bruit » fait par le reste, et qui pourront être le début de quelque chose de formidable, peut-être.

     

    Je ne vous donnerai donc pas ici ma propre vision de 2100, je le ferai sans doute en réunion, mais mon avis n'a pas plus de valeur que le vôtre. Je vous recommande éventuellement de vous mettre dans un état d'esprit particulier pour cet exercice, que je décrirais par la petite histoire suivante :

     

    Imaginez que vous êtes au 1er janvier 2100. Vous vous réveillez tard parce que vous avez un peu trop fait la fête la veille, mais vous êtes d'humeur philosophique, et avant de vous lever vous réfléchissez à cette date historique, et vous vous dites : « Un nouveau siècle commence. Que de changements avons nous connus depuis 80 ans, depuis que nos ancêtres, alertes sexagénaires, discutaient dans un café-débat sur ce que serait le monde d'aujourd'hui ! » Et vous faites mentalement la liste, sûrement incomplète, de ce qui n'existait pas à cette époque et qui a bouleversé votre vie par rapport à la leur.

     

    Vous pouvez aussi, au contraire, faire l'inventaire de ce qui n'a pas changé, et il y a gros à parier que cette liste sera plus courte que la précédente. Par exemple, les bons repas arrosés par quelques bonnes bouteilles, n'ont pas été remplacés par des pilules et des boissons hygiéniques ; on fête toujours certaines dates historiques ; les chrétiens vont toujours à la messe de minuit à Noël...Mais la dinde ou le chapon ont été remplacés dans le four par leur équivalent impossible à distinguer, fabriqué dans des usines à cuisses de dinde ou à beefsteak ayant éliminé la nécessité de tuer des bêtes pour se nourrir. Mais le curé, le pasteur, l'imam ou le rabbin peut officier à la demande chez vous, grâce à un hologramme de grande qualité. Et plusieurs autres exemples vous viennent à l'esprit, mais vous arrêtez de les énumérer, car votre petit déjeuner vous attend, et lui non plus n'a pas beaucoup changé, même s'il est fait par un robot aux petits soins pour vous... 

     

    Arrêtons là cette projection optimiste et occidentale, pas très imaginative, d'un petit morceau de notre future vie quotidienne qui, aussi brève soit-elle, suppose de manière sous-jacente qu'en 2100 notre société, celle où nous vivons, n'aura pas changé fondamentalement.

     

    Aussi, pour structurer un peu notre discussion, et éviter que, dès le départ, on parte dans  toutes les directions, je souhaiterais que les participants examinent successivement et brièvement les grands thèmes suivants. Ce sont, à mon avis, les plus importants, mais nous pourrons les modifier si besoin :

     

    -        recenser les événements prévisibles majeurs et ceux qui sont imprévisibles mais possibles et leurs conséquences : guerres, catastrophes naturelles, maladies nouvelles, inventions extraordinaires, changements de modes de vie, positifs ou négatifs ...

     

    -        la démographie, avec ses corollaires : alimentation, santé, pauvreté,...

     

    -        l'environnement et l'énergie : réchauffement climatique, fin du pétrole (?), biodiversité, ...

     

    -        les ruptures technologiques (le numérique, l'intelligence artificielle, les biotechnologies, ….et tout ce qui aujourd'hui est du domaine du rêve...)

     

    -        la gouvernance mondiale, la géopolitique, le commerce et l'économie, le terrorisme...

     

    -        les changements sociaux et la vie quotidienne (le travail, les loisirs, la vie culturelle, les transports, la famille, les relations entre les personnes,...)

     

    -        l'évolution de la nature humaine : religions, croyances, valeurs, individualisme

     

    -        autres thèmes

     

    Le monde du vivant, et l'humanité qui en fait partie, forment un système extraordinairement complexe, dont chaque élément agit sur tous les autres et se trouve influencé par tous les autres. Son évolution ne peut donc être envisagée que de manière globale, ce qui est très difficile. C'est pourquoi le découpage ci-dessus ne peut être qu'indicatif, chacun des domaines ayant des effets sur tous les autres.

     

     

     

    Mais nous n'avons que deux heures ! Nous n'approfondirons rien cette fois, mais la conclusion sera peut-être que certains sujets devront faire l'objet de futurs débats dans notre café ...

     Pour voir le compte-rendu du débat, cliquer ici

     

    « C.R. du débat du 13 Janvier 2018. "Croissance, ou décroissance".Où va l'Afrique? »

  • Commentaires

    1
    brouard
    Mardi 23 Janvier à 11:45

    Une référence à signaler sur le sujet, un livre paru en août 2017, donc très récent:

    " HOMO DEUS, une brève histoire de l'avenir, par Yuval HARARI (Albin Michel)"

    C'est un pavé de 425 pages (plus les annexes), passionnant, je suis en train de le lire, mais je n'ai pas encore fini...

    En résumé très court, deux pistes possibles:

    - soit Homo Sapiens devient un dieu et il donne un sens au monde

    - soit il perd le contrôle de la technique (au sens général), et alors ...c'est la cata !!!

    A discuter samedi.

    2
    daniel
    Mercredi 24 Janvier à 15:18

    Réponse à Jean Jacques, au regard de sa structuration :

     

    -        La démographie, avec ses corollaires : alimentation, santé, pauvreté,...

                      => engendrera des luttes pour agrandir les territoires de certains pays.

    -        L'environnement et l'énergie : réchauffement climatique, fin du pétrole (?), biodiversité, ...

    => engendrera des luttes pour obtenir les ressources minières qui vont se raréfier.

    => la société sera celle du déchet, qui verra l’accroissement d’îles de déchets, en parallèle on devrait voir apparaitre de nouveaux systèmes de recyclage, notamment des piles à bactéries qui seront censées fournir de l’énergie en se nourrissant de nos déchets.

    -        Les ruptures technologiques (le numérique, l'intelligence artificielle, les biotechnologies, ….et tout ce qui aujourd'hui est du domaine du rêve...)

    => vont engendrer des bouleversements liés à la communication et aux relations humaines qui vont se dégrader voire disparaitre. L’écrit va remplacer l’oral et la communication interpersonnelle..

    => le transhumanisme va s’accroître et donner naissance aux hommes augmentés.

    -        La gouvernance mondiale, la géopolitique, le commerce et l'économie, le terrorisme...

    => la mondialisation va accroître la fracture sociale, entre les populations sédentaires peu enclin au numérique, et les populations mobiles à qui le numérique profite.

    -        Les changements sociaux et la vie quotidienne (le travail, les loisirs, la vie culturelle, les transports, la famille, les relations entre les personnes,...)

    => dans les pays dits avancés, les divertissements vont prendre le pas sur le travail, le travail sera assuré par les pays dits non avancés. Pour avoir du travail il faudra se délocaliser notamment à l’étranger, la vie de famille va devenir difficile, conduisant dans certains cas à ne plus avoir d’enfant.

    => les souffrances sociales, prix à payer pour atteindre la compétitivité, pourraient voir apparaître une révolution.

    => parmi les innovations des transports, il se pourrait qu’il y ait des voitures volantes ?

    => compte tenu de la nécessité de mobilité des citoyens issue de leur travail, l’habitat pourrait voir apparaître des maisons mobiles.

    => la mer sera de plus en plus exploitée, des plateformes d’habitat verront le jour, ainsi que des villes sous-marines.

    -        L'évolution de la nature humaine : religions, croyances, valeurs, individualisme

    => la pratique de la religion notamment catholique est en déclin, malgré tout la résurgence des valeurs va accroître un retour des liens entre les hommes et femmes qui se sentent agressées par le terrorisme.

    Remarque : L’individualisme n’est pas foncièrement négatif, certains individus qualifiés d’individualistes apportent grandement à la société, avec leur esprit entrepreneur.

    Le Larousse donne 3 définitions à l’individualisme :

     

    ·         « Doctrine qui fait de l'individu le fondement de la société et des valeurs morales. » 

    ·         « Attitude favorisant    l'initiative individuelle, l'indépendance et l'autonomie de la personne au regard de la société. » 

    ·         « Tendance à s'affirmer indépendamment des autres, à ne pas faire corps avec un groupe 

    Finalement, l’individualisme ne consiste pas nécessairement à ne penser qu’à soi. Lorsque l’individualisme est trop poussé, il se transforme en « égoïsme », et c’est bien l’égoïsme, défini comme « Attachement excessif porté à soi-même et à ses intérêts, au mépris des intérêts des autres. » qui s’avère dangereux. 

    A l’inverse, l’individualisme est nécessaire pour l’accomplissement de soi. Finalement être individualiste, c’est garder son esprit critique en toute situation. Et cela est nécessaire pour avoir une amélioration constante de notre société.

     

    -        Autres thèmes : la structuration proposée par Jean Jacques, s’appuie sur le fait qu’il y aura encore l’espèce humaine sur la terre, on peut aussi imaginer qu’il n’y ait plus aucune espèce humaine dans l’univers, ou que l’espèce humaine soit satellisée autour de la terre, ou sur un autre astre ?

     

     

    Quoiqu’il en soit, la principale qualité de l’homme est son adaptation, il s’adaptera malgré tout, la question est de savoir s’il sera heureux ?

      • Jean-Jacques
        Vendredi 26 Janvier à 18:33

        Bonjour Daniel,

        Je pense que si on prend le débat comme tu le fais, on ne répond pas vraiment à la question qui est : comment TOI tu vois le monde en 2100. Là, tu extrapoles à partir de nombreuses pistes qui existent aujourd'hui, et tu dis : il "pourrait" y avoir ceci; il "pourrait" y avoir cela, etc Comme les choses qui "pourraient" être sont en nombre quasi infini, cela revient à ne pas choisir et dire "je ne sais pas", ce qui est un truisme, car personne ne sait comment sera le monde en 2100.

        C'est pourquoi j'ai inséré cette petite histoire, et j'insiste dessus : imagine que tu es en 2100, tu regardes autour de toi et tu décris ce que tu vois et ce que tu vis, en le déclinant éventuellement selon le découpage possible que j'ai proposé.  Il ne s'agit pas de dire "Il pourrait y avoir des voitures volantes", mais de dire "quand je me lève le matin, je prends ma voiture volante", et expliquer comment elle fonctionne et avec quelle énergie, et je m'en sers pour faire ceci ou cela. C'est sûrement difficile, car en fait on n'y a jamais pensé, et de plus il faut avoir une vision globale du monde de 2100 sous peine d'aboutir rapidement à des contradictions : par exemple, si tu dis qu'il y aura des voitures volantes mais par ailleurs qu'il y aura eu avant 2100 une guerre nucléaire, je ne suis pas sûr que cela aille ensemble.

        Mais ne commençons pas trop vite le débat de demain, même s'il y a beaucoup de choses à dire qu'on n'aura pas le temps de dire...

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