• C.R. du débat du 10 Juin 2017 sur le pouvoir de la science

    Compte-rendu du café débat du 10 Juin 2017 :

     

    « Face à l'ambivalent pouvoir conféré par la connaissance,
    aurons-nous la sagesse d'en disposer pour le meilleur? »

     

    Connaissance.

               Ethymologiquement, connaissance signifie naissance avec ; c’est ainsi que je nais à la géométrie en apprenant les théorèmes de base. Et si je suis « né », je peux agir ! 

    Elle peut être livresque ou tirée du vécu. On ne peut la confondre avec l’avis de la majorité, mais de l’analyse des faits.

    Elle a trait aux sciences, certes, mais aussi aux arts et aux lettres, là où l’intuition joue un plus grand rôle, et où rien n’est « démontré ».      De ce point de vue, le cas de Pompidou, littéraire plus que scientifique, est exemplaire.

    Une image : la vérité est un cercle, et la connaissance est un polygone enfermé dans ce cercle, donc toujours de moindre surface !

    La connaissance et l’érudition sont liées. Pourtant l’érudition, une connaissance pour la connaissance, serait marginale, car volontairement découplée de l’action. C’st toute l’opposition entre « tête bien faite » (attribuée à Montaigne) et tête bien pleine (à Rabelais) ; un équilibre entre les deux semble souhaitable.

     

    Connaissance et action.

     

    Il y a trois sortes d ‘attidudes :

             Ne pas savoir, mais agir (cela semble le cas de Donald Trump, le climato-sceptique) , savoir et ne pas agir (science fondamentale, institutions de l’ONU ou de l’Organsiation internationale du travail, sans moyens de faire appliquer les lois), et enfin savoir et agir (ingénierie).

    Cette ambivalence entre connaissance et action serait un avatar de l’opposition séculaire entre le « spirituel » et le « matériel ».

    Le manque de connaissances serait évident dans la défaite de 1870.

    Conjuguer Force et action est le meilleur moyen de dominer.

    La connaissance et l’action sont deux pouvoirs différents. On sait que dans un société équilibrée, il faut que le pouvoir (politique, dans l’action) soir équilibré par un contre-pouvoir, dont fait partie la connaissance : on ne peut faire ce qui est contraire à ce qu’on sait. Question : les politiques ont-ils des connaissances suffisantes ? Difficile à dire, mais en tous cas, un homme politique doit s’entourer de personnes qui ont ces connaissance!

             Le cas de deux diplômés en philosophie a été cité : l’un a choisi d’être avocat, l’autre chef d’entreprise. Qu’est ce que cela a à voir avec la philo ? Beaucoup ! Ce qu’ils ont appris dans ces études leur sert dans leur façon de défendre des mis en examen ou de gérer des humains. Ils sont passés, disent ils, de la théorie à la pratique.

     

              Les risques du savoir.

    Le savoir n’est pas sans danger. Exemple : le « couteau suisse » en Biologie, inventé par deux chercheuses (une Française et une Américaine) , qui permet de couper dans l’ADN les parties indésirables, et modifier ainsi le génome. Magnifique « avancée » (niveau prix Nobel), mais dont les risques d’eugénisme sont évidents, sans compter qu’on ne peut imaginer toutes les conséquences (une « commission d’éthique », comme on fait en France, serait elle un bon par-feu ?). Autre exemple plus lointain : la découverte par Fermi et ses étudiants, que les neutrons ralentis pouvaient amener à un réaction en chaîne, à la bombe atomique. Dans ces cas, l’excitation des scientifiques, bienvenue à première vue, n’exclut pas une utilisation inopportune de leurs résultats.

    Dans tous les cas, ces risques seraient liés à un climat de guerre, militaire (bombe atomique) ou économique (dividendes gigantesques).

    Les grecs connaissaient déjà ces risques : voire le mythe de Prométhée, puni pour avoir enseigné le feu aux humains(voir le texte d’introduction). Cependant, Prométhée est inséparable de son frère Epiméthée, qui avait oublié l’Homme dans sa distribution des dons aux divers animaux…Le mythe de Prométée se prolonge chez les chrétiens par la figure de « Lucifer », celui qui apporte la lumière, autre nom de Satan ! Et aussi de Léviathan, qui fait peur !

    Ce risque du savoir a été ressenti à toutes les époques : sous la révolution : «le peuple n’a pas besoin de savoir lire », « la République n’a pas besoin de savants » (Lavoisier) ; jusqu’en 1945, les femmes étaient exclues des études au delà du brevet ; dans certains pays musulmans, l’école ne sont que « coraniques » ; certains des Etats-Unis refusent l’enseignement du Darwinisme.

    Autre inconvénient : le savoir avance à une vitesse souvent plus grande que le droit. Par exemple, il semblait normal il y a une siècle d’arroser ses plantes avec l’eau du puits. Mais l’électrification a amené des pompes très puissantes, qui peuvent s’attaquer au niveau des nappes phréatiques. Il a fallu beaucoup de temps pour que créer une autorisation de pomper à ces vitesses, et des dégâts ont eu lieu pendant ce temps. Dans le même sens, il faudrait maintenant rationner l’utilisation des automobiles et des avions, pour limiter le réchauffement climatique : nous n’y sommes pas encore ! Une autre solution pour ce problème serait peut-être de limiter l’expansion démographique, comme proposé en 1972 aux USA.

     

                     Les bienfaits du savoir.

    Toutes les connaissances accumulées depuis un siècles ont permis d’éviter la famine à quelques milliards d’humains,  alors que la population de la terre a doublé ! Ce qui n’empêche d’ailleurs pas que 40% des humains soient mécontents de leur sort !

    Les actions les plus spectaculaires que nous connaissons sont liées à la réalisation de « projets », où l’on coordonne  les acquis de différents domaines, comme Airbus, ou, plus modestement les «robots cueilleurs de pommes »( pas encore tout à fait au point, paraît-il).

    Dans le même ordre d’idées, l’équipée de Rosetta n’aurait pas été possible sans  des connaissances approfondies dans beaucoup de domaines.

    Et puis le savoir engendre le savoir. Par exemple, la connaissance des planètes du soleil a permis la découverte de la dernière planète ; celle du tableau de Mendeleev a pemis de trouver d’autres éléments qui manquaient sur ce tableau…..

     

                  L’Education nationale.

    Cette institution a été très critiquée. Elle masquerait aux enfants la nécessité de faire des efforts pour apprendre, privilégiant l’aspect ludique qu’on constate chez beaucoup de sujets. (point contesté). Même, elle « priverait «  25% des enfants de savoir lire et écrire !

    Quand on a installé le protocole « qualité totale » chez Renault, les ingénieurs ont mis du temps à comprendre son utilité. (voir à ce sujet le commentaire détaillé n°2 tout en bas de cette page) Pourquoi n’y a-il pas un protocole similaire dans l’E.N. N’y aurait-il pas un nombre important de parasites parmi les enseignants (réaction : un être humain n’est pas une voiture !).

     

                      Les conditions de l’apprentissage scientifique.

    Une qualité primordiale est l’humilité : on n’avance en science que par des « coups de pied dans le derrière ».

    Il a été avancé que la science découlait du « bon sens », par opposition au « sens commun ». Vive contestation ! On ne pourrait pas dire que Newton ait résisté à l’accusation de sorcellerie, en exposant que les masses avaient  une action à distance, uniquement avec du bon sens ! Et quid de la physique moderne, qui est absolument contraire au bon sens, comme au sens commun ? (Sur ce point, lire le droit de réponse dans le commentaire n°1 de ce texte, en bas de cette page.)

    Plutôt que de bon sens, il a été proposé de mettre en avant la remise en cause de ce qu’on pensait jusqu’alors, recadrage souvent difficile. Il est même parfois nécessaire de lutter contre le formatage acquis par l’éducation.

    Il a été remarqué que l’apprentissage se fait maintenant aussi dans le cadre de l’entreprise.

     

                  Internet et la diffusion des connaissances.

    Internet semble un moyen extraordinaire pour la diffusion des connaissances….. pour ceux qui savent s’en servir. Pour les autres, ce serait plutôt le contraire, car sur ce réseau traînent des « fausses nouvelles » qu’un esprit critique peut éliminer. Or l’esprit critique est précisément ce que l’E.N. est chargée d’enseigner, et ceux qui n’ont pas réussi à l’avoir sont désavantagés.

    Ce problème n’est pas vraiment nouveau : au 15ème siècle, du fait de l’invention de l’imprimerie un peu avant, les connaissances sur la bible ont explosé, ce dont à profité Luther : des traductions de la Bible ont été faites par les protestants, qui n’étaient pas identiques à celles des catholiques. Mais cela ne profitait guère à la majorité des humains, qui ne savaient pas lire!(Sur ce point, lire aussi  le droit de réponse dans le commentaire n°1 de ce texte, en bas de cette page.)

     

    Dans sa conclusion, André Hans a regretté qu’on n’ait pas plus parlé du pouvoir de la connaissance.

                            Compte rendu rédigé par Benoît Delcourt

     

     

     

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    « La charité apporte du soulagement, mais est-ce la solution?C.R du débat du Samedi 27 Juin 2017 : la charité apporte un soulagement, mais est-ce la solution? »

  • Commentaires

    1
    Mardi 13 Juin à 22:51

    Droit de réponse d'un participant:

    1) Pour le passage sur le bon sens, petit rappel :
     
     
     
     
     
     
    Bon sens : Capacité de distinguer le vrai du faux, d'agir raisonnablement. (Larousse)
     
    Bon sens : Capacité de bien juger, sans passion. (Le Robert)
     
     
     
    Sens commun : Ensemble des opinions dominantes dans une société donnée. (Larousse)
     
    Sens commun : Manière de juger commune et raisonnable. (Le Robert)
     
     
     
    Bon sens : sentiment de ce qui est raisonnable ; capacité de juger sainement
     
     
     
     
    Sens commun : capacité de juger, d'agir raisonnablement comme la majorité des gens.
     
     
     
     
    Il n'a pas été dit comme le passage suivant est rédigé :
     
     
     
    "Il a été avancé que la science découlait du « bon sens », par opposition au « sens commun ». Vive contestation ! On ne pourrait pas dire que Newton ait résisté à l’accusation de sorcellerie, en exposant que les masses avaient  une action à distance, uniquement avec du bon sens ! Et quid de la physique moderne, qui est absolument contraire au bon sens, comme au sens commun ?
     
    Plutôt que de bon sens, il a été proposé de mettre en avant la remise en cause de ce qu’on pensait jusqu’alors, recadrage souvent difficile."
     
     
     
    Je n'ai pas dit que seul le bon sens peut tout expliquer et tout faire, et j'ai encore moins opposé bon sens et connaissance. J'ai même indiqué que c'était l'association des deux qui permet d'avancer.
     
     
     
    Par ailleurs, la physique moderne ne peut pas être contraire au bon sens, par définition, puisque le bon sens est la capacité de distinguer le vrai du faux. Par contre, elle peut être contraire au sens commun qui n'est que la capacité de juger comme la majorité des gens.
     
     
     
    J'ai dit :
     
    "Le bon sens, à ne pas confondre avec le sens commun, aide la science à progresser. Exemple "Un plus lourd que l'air ne peut pas voler" ; sens commun de l'époque. Les frères Wright, avec leurs connaissances, leur esprit pratique, leur sens de l'observation et leur bon sens ont réussi à faire voler un "plus lourd que l'air". Autre exemple : "La terre est fixe et le soleil tourne autour" : sens commun et pensée dominante de l'époque. Galilée, avec ses connaissance, son sens de l'observation et son bon sens à démontré l'inverse (même s'il a abjuré ensuite avec bon sens pour éviter la torture, voire le bûcher)".
     
     
     
    2) Le passage suivant ne reflète pas du tout ce qui a été dit :
     
     
     
    "Ce problème n’est pas vraiment nouveau : au 15ème siècel, du fait de l’invention de l’imprimerie un peu avant, les connaissances sur la bible ont explosé, ce dont à profité Luther : des traductions de la Bible ont été faites par les protestants, qui n’étaient pas identiques à celles des catholiques. Mais cela ne profitait guère à la majorité des humains, qui ne savaient pas lire!"
     
     
     
    De plus il y a une grosse erreur. Contrairement à ce qui est écrit la bible des protestants et celle des catholiques est strictement identique. Il peut y avoir de petites différences selon les traductions (non liées au fait d'être une traduction protestante ou catholique), maïs le sens est le même. L'interprétation de la bible peut être différente (surtout à l'époque des "indulgences"), mais, de nos jours, les différences entre protestants et catholiques sont moindres (surtout entre catholiques et catholiques réformés qui restent proches).
     
    Si vous ne me faites pas confiance sur ce que j'ai dit, vous pouvez vérifier :
     
     
     
     
     
     
    Voici ma proposition de rédaction qui reflète ce qui a été dit :
     
    "Au moyen âge, de nombreuses personnes ne savaient pas lire. De plus, la bible n'était pas traduite en langage courant. Les catholiques n'avaient, pour une grande partie d'entre eux, pas accès direct à la connaissance de la bible, ce qui a entrainé la possibilité de vendre des "indulgences". Au 16ième siècle, un catholique (moine, prêtre, expert en bible, professeur de bible), Martin Luther, avait la connaissance. Il a traduit la bible en langage courant pour la rendre davantage accessible directement. Il s'est opposé à la papauté au sujet de la vente d'indulgences qui n'était pas prévue dans la bible (et d'ailleurs abandonné par les catholiques plus tard). Ce fait a entrainé la création du "protestantisme" qui a été aidé, pour se propager mondialement, par l'imprimerie. "
     
     
     
    Le titre "Internet et la diffusion des connaissances." devrait être " La diffusion des connaissances (Imprimerie, Internet…)"
     
    2
    Samedi 17 Juin à 22:34

    Précisions à propos de l'Education Nationale et du protocole Qualité totale chez Renault.

    Le résumé concis mais à mon avis pas conforme de Benoît « Quand on a installé le protocole « qualité totale » chez Renault, les ingénieurs ont mis du temps à comprendre son utilité. Pourquoi n’y a-il pas un protocole similaire dans l’E.N. N’y aurait-il pas un nombre important de parasites parmi les enseignants (réaction : un être humain n’est pas une voiture !) » m’amène à  essayer de me souvenir de ce qu’a été ~ mon intervention et à proposer une évolution:

    1) Par mon rappel de l’introduction progressive à partir de 1988 (nous sommes en 2017 ) de la Qualité Totale chez Renault, j’ai voulu montrer le doute initial (attitude positive systématique à avoir que j’ai rappelée dans ma première intervention : connaissance = effort pour apprendre + doute pour s’en servir) voir la réticence d’un milieu industriel pourtant motivé face à l’introduction d’un nouveau concept de management et d’organisation. J’ai oublié de préciser qu’au bout de plusieurs années, les premiers résultats arrivant, les doutes se sont levés : nous avons commencé à comprendre qu’en travaillant mieux (de façon mieux organisée, expliquée, transparente,ensemble), on pouvait avoir des résultats meilleurs sans travailler plus. Le progrès par la connaissance est long à s’imposer même en milieu favorable.

    En contrepoint, je dénonce l’inefficacité légendaire et durable de notre Education Nationale figée.

     

    2) Du coup, au moins deux personnes s’élèvent contre mon analyse de l’EN en signalant qu’ils connaissent beaucoup de personnes dont certaines dans leur famille qui s’investissent beaucoup dans l’EN et que critiquer l’EN en bloc, c’est critiquer directement ces personnes remarquables.

    D’ailleurs JPV critique toujours les « Fonctionnaires » !

     

    3) Réalisant mon erreur  d’expression, car moi aussi je connais des personnes remarquables dans l’EN, la santé Publique, etc …, je reprends la parole pour tenter d’expliquer une évidence : quand un organisme complexe ne marche pas, ou simplement pour l’améliorer, il faut s’attaquer à son organisation et à sa direction, les individus étant en général dans la moyenne du pays  et d’abord une ressource d’observations fines et d’idées pour progresser et pas du tout une cause première de l’inefficacité .

    Je pose donc la question : comment se fait-il qu’avec des personnes aussi remarquables, l’EN ait des résultats aussi mauvais ?

    Réponse en forme de dégagement en touche  (passez, y a rien à voir !) : un être humain (avec  lequel interagit l’EN) n’est pas une voiture (produit industriel ) *voir nota

    C’est la réponse caractéristique de ceux qui ne veulent pas qu’on entreprenne d’analyser un problème, quel qu’il soit !

    D’où ma réponse ~~ s’il est interdit d’analyser, c’est qu’il y a bien dans l’organisation actuelle de l’EN des profiteurs, des parasites soigneusement cachés derrière des paravents « idéologiques » variés qui abusent de la motivation des nombreux bons enseignants pour maintenir un statu quo à eux profitable mais pas pour la Nation ni leurs collègues.

    *nota : Imaginez que quand vous me signalez un problème chez Renault ou une panne sur une auto, je réponde : je ne connais que des bons employés chez Renault (c’est quasiment vrai y compris les PDG)… donc les pannes sont impossibles ! et Renault n’a pas à progresser ou à se remettre en cause !

    D’ailleurs, la Qualité Totale demande d’avoir une attitude de « Bienvenue aux problèmes » excluant l’excuse !

     

    4) Du coup je propose un texte un peu plus long mais conforme aux échanges:

    Quand on a commencé à installer le protocole « qualité totale » chez Renault à partir de 1988, les ingénieurs et plus largement l’Entreprise ont mis du temps à comprendre son utilité. Pourquoi n’y a-il pas un protocole similaire dans l’E.N bien que former des élèves soit différent de fabriquer un produit? N’y aurait-il pas un nombre important de parasites parmi les strates de l’organisation inefficace de l’EN, parasites  dont l’intérêt personnel est de conserver l’organisation actuelle au détriment de l’intérêt des enseignants et de leurs élèves ?

    3
    daniel
    Dimanche 18 Juin à 15:39

    Pour avoir la conformité entre le titre du CD et son CR, c'est le CR du débat sur le pouvoir de la connaissance et non de la science.

     

    Il est vrai que nous avons surtout parlé de la connaissance dans le domaine scientifique, et souligné qu'il ne fallait pas écarter l'aspect littéraire. Comme indiqué, nous avons peu parlé de pouvoir (capacité d'agir soi-même, capacité de faire agir les autres ou de les empêcher d'agir), vaste sujet, la connaissance en étant un des ingrédients parmi d'autres.

     

      • Mercredi 21 Juin à 10:02

        C'est vrai, j'ai fait une erreur dans le titre. Mais pour corriger ceal, il faudrait que je recommence tout le travail, et j'ai mieux à faire. mes excuses

    4
    Pierre M.
    Mercredi 21 Juin à 00:53

    Quelques observations.

    1° Il est symptomatique de constater que les mêmes constantes se retrouvent dans toutes les mythologies, grecques, bibliques, sumériennes (et même chinoise : Cf. Fu Xi, le premier "homme" chinois). Elles mettent toutes l'accent notamment sur l'ambivalence de la connaissance. Ce que les Dieux reprochaient à Prométhée ce n'est pas tant d'avoir voulu pallier l'imprévoyance d'Epiméthée, qui avait oublié l'homme dans le partage des qualités qu'il était chargé de distribuer entre les êtres vivants, mais d'avoir, pour lui porter aide, dérobé le feu divin et le génie créateur des arts. Prométhée, notre Lucifer (porteur de lumière), n'en était d'ailleurs pas à son premier "coup" puisqu'il avait déjà trompé Zeus en octroyant aux humains la meilleure part de la viande des bovins sacrifiés.

     

    2° Une interprétation de cette universalité peut être (hypothèse personnelle) recherchée dans l'éternel conflit de pouvoir entre les "maîtres de vérité" détenteurs de la compétence dans la sphère technique et politique et ceux qui contrôlaient la sphère spirituelle (1). Par ailleurs on trouve chez Nicolas de Cues ("De la docte ignorance", 1440) une analyse -- qui a marqué la chrétienté – de l'écart existant entre vérité et connaissance (2) . Aujourd'hui il n'y a plus de conflit puisque seul le pouvoir temporel peut imposer sa "vérité". Situation dangereuse : il n'y a plus de contre-pouvoir puisque la religion n'a plus d'impact social  (3). Un garde-fou est constitué par la "guillotine" (ou loi) de David Hume (4) , mais comment appliquer ce principe éthique ? Pas de sanction, pas de compétences (carence de la formation des énarques et autres administrateurs). Faut-il que ce soient les scientifiques qui s'emparent des questions posées par les dangers de leurs disciplines; comme ils le firent lors de la conférence d'Asilomar en 1974 ? N'y a-t-il de salut que dans les Commissions d'éthique initiées et pilotées par les scientifiques ? Sur quoi débouchent-elles (problème du pouvoir des experts et de ses risques) ?

     

    3° Un cas concret et très récent nous est fourni par la toute nouvelle technologie du CRISPR/Cas9 (5) . Dans la mouvance des fameuses NBIC, les NBT (en français : nouvelles techniques d'édition de l'ADN) qui ont explosé ces dix dernières années, il s'agit d'une découverte, il y a cinq ans, qui vaudra sans doute un prochain Nobel à la française Emmanuelle Charpentier. Elle permet de modifier l'ADN des cellules vivantes en le coupant en un endroit précis pour y induire une mutation ou y insérer un gène. Tous les domaines de la biologie sont concernés (médecine, pharmacie, agriculture). Outre cette précision remarquable, cette technique est rapide et peu coûteuse (6) .

     

     

    4° Ces perspectives ouvertes par ces NBT sont immenses, mais les dangers sont eux aussi considérables(7) . Ils posent des questions réglementaires, sociétales, écologiques, éthiques et ontologiques. La réglementation européenne sur les OGM n'est pas adaptée. D'où les auto-saisines des milieux scientifiques : comité éthique de l'INSERM (février 2016), rapport Jouanet de l'Académie de Médecine (12/04/2016), appel de l'Académie d'Agriculture de France d'octobre 2016, séance à l'Académie des Sciences (21/02/2017) et la toute récente création d'un groupe ad hoc ("Réécriture du génome, éthique et acceptabilité sociale" : lettre de mission du 20/03/2017, première réunion 30/05/2017).

    Ces précautions ne sont pas dénuées de fondement, les Européens, plus prudents que les Américains et les Chinois, hésitent à se lancer dans des essais cliniques, pourtant prometteurs. Cette prudence est justifiée : la publication fin mai 2017 d'une étude du professeur Stephen Tsang (Université de Columbia) laisse entrevoir la possibilité de dégâts collatéraux chez des souris par mutations non prévues !

    Tout ceci renforce le constat du caractère ambivalent du pouvoir de la connaissance.

    (10-20/06/2017)

    [1] En fait, dans la Grèce antique il y aurait eu trois "maîtres de vérité", le roi de justice, le devin, auxquels il faut ajouter l'aède, celui qui transmet (voir Marcel Detienne).

    [2] Par exemple la métaphore du cercle et des polygones inscrits dans ce cercle.

    [3] Fort heureusement sans doute après les excès du passé.

    [4] On peut la résumer ainsi "Il ne faut pas déduire ce qui doit être de ce qui est" ou (selon le sociologue Raymond Boudon) "aucun raisonnement à l'indicatif ne peut engendrer une conclusion à l'impératif".

    [5] En français CRISPR se traduit par "courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées". Le Cas9, associé, est une enzyme qui guidée par un ARN, est capable de couper l'ADN à un endroit précis. Ce qui est un exploit extraordinaire quand on sait que le génome humain contient plus de 3 000 millions de paires de bases azotées (le maïs en a encore plus !). On l'illustre par les métaphores du couteau suisse ou de la fusée à tête chercheuse.

    [6] De l'ordre de 10 € par intervention. Les anciennes – pourtant assez récentes – étaient moins précises et plus onéreuses : les coûts n'ont cessé de chuter à grande vitesse (50 000 avec les méganucléases ; 5 000 avec zinc finger nucléases, 1 000 pour TALEN nucléases). Mais elles nécessitent un environnement de labo hightech et un personnel très qualifié.

     

    [7] L'US Intelligency Communauty a ajouté le genome-editing à la liste des armes de destruction massive, au même titre que les armes chimiques ou nucléaires.

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