• C.R. du 9 Nov. 2019 Quelle éthique pour le XXIème siècle ?

    Quelle éthique pour le XXIème siècle ?

    Applications à quelques situations concrètes 

     

    Séance du 9 novembre 2019

     

    Projet de compte rendu thématique

    Contexte des débats : cette séance, rassemblant une vingtaine de participants, ne s’est pas organisée selon les lignes directrices suggérées par le texte d’introduction (conscience de Soi, conscience de l’Autre, conscience de sa situation au Monde). Les intervenants ne se sont pas contentés d’évoquer des situations concrètes, ils sont aussi revenus sur les fondements et la fonction de l’éthique. Le compte rendu qui suit sera donc structuré autour des principales questions qui ont été évoquées et des propositions qui ont été suggérées. Bénéficiant des notes prises en séance par Benoît et Bruno, le rédacteur de ces lignes est le seul responsable des omissions ou erreurs éventuelles.

     

    La nécessité d’un équilibre naturel

    Constat est fait qu’il existe une forte demande éthique dans le monde contemporain, que la réponse est très diversifiée (est notamment citée l’Ethique du samouraï moderne selon maître Isogushi), mais pas toujours consensuelle. Elle se fonde sur des Valeurs, mais y a-t-il des valeurs communes dans un monde en changement ? Dans un monde en crise où l’Etre humain s’est éloigné de la Nature : en maîtrisant les forces de la nature son ubris s’est développé, on est sorti du naturel. Des exemples de cette démesure sont donnés (prolifération du plastique, gigantisme des navires de croisière, etc.). Le développement de la technique moderne nous a éloignés de la réalité du monde vivant. On a bouleversé les équilibres naturels. Il faut les retrouver. Il n’y a rien d’impossible si l’on en prend conscience car, selon Gandhi, « La terre fournit suffisamment pour satisfaire les besoins de tous les hommes, mais pas la cupidité de chaque homme. ».

    Même si le terme de modération n’est pas prononcé, il est sous-entendu dans les propos de plusieurs intervenants notamment par l’évocation des méfaits de l’obsolescence programmée, de l’action de l’abbé Pierre, des barres HLM, tant critiquées de nos jours, mais qui ont permis à de nombreux concitoyens au moins d’avoir chaud et de sortir de la précarité, etc. Dans de nombreux domaines il est possible de gérer plus efficacement des ressources rares (exemple de la gestion de l’eau pour l’irrigation du maïs).

     

    Les comportements

    Nous sommes responsables mais pas nécessairement coupables. L’important est de trouver les moyens de vivre ensemble : il y aura toujours des inégalités, des riches ? des pauvres, des catégories d’individus moins favorisées que d’autres. Il est indispensable que ces différences ne deviennent pas intolérables. C’est pourtant le cas actuellement : les composants du système (système financier, agro-business par exemple) écrasent les individus. Des solutions sont proposées pour remédier à certaines dérives (sont évoqués entre autres les 32 heures, l’éco-féminisme,…).

    Nous sommes à la croisée des chemins : on doit construire l’avenir mais on manque de références. Il faut se garder des utopies, comme le communisme qui fut un enfer pavé de bonnes intentions.

    Ces comportements doivent être évidemment fondés sur une éthique. Mais quelle éthique ? Pour un intervenant l’éthique est une morale débarrassée des croyances. Il se réfère, sans le dire explicitement, aux trois interrogations de Kant « Que puis-je connaître ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? ». La difficulté est que les principes kantiens définissent ce qu’est une personne morale, mais ne disent rien sur ce que cette personne doit faire, ni sur les valeurs qu’elle doit prendre en considération. On ne peut pas se désintéresser des conséquences de nos actes.

    L’éthique doit s’exercer à tous les niveaux, ceux du citoyen, des entreprises et de l’Etat (exemples cités : gilets jaunes, avidité des dirigeants d’entreprises cotées, situation de Hong-Kong).

     

    Le statut de la connaissance

    Avec la science, la connaissance évolue dans le temps, il est donc normal de poser de nouvelles questions, de proposer de nouvelles réponses, mais ce n’est pas de la Science qu’il faut attendre le salut -- elle ne peut qu’éclairer le chemin -- c’est de l’Homme : le progrès humain n’est pas à attendre seulement des progrès scientifiques, l’éducation et la culture y ont place. D’ailleurs le développement des sciences et des techniques nous questionne aussi : partant d’une récente émission de télévision (« Un monde sans viande ? », 7/11/2019) un intervenant s’interroge sur les conséquences techniques, agronomiques, nutritionnelles, économiques et financières, des projets de fabrication de « viande alternative ». Le conso-acteur a un rôle à jouer. On s’interroge aussi sur le rôle ambigu de l’Intelligence artificielle et du statut des futurs robots. 

    Comme pour toutes les sciences cette connaissance doit nécessairement être englobante, dans une approche systémique (Cf. la systémie en psychothérapie).

    Les sciences et techniques ont un côté prométhéen : puisqu’Epiméthée, l’imprévoyant avait laissé l’espèce humaine faible et nue, ayant épuisé toutes les qualités qu’il avait pour mission de répartir entre les êtres vivants, Prométhée a dérobé le feu sacré pour en doter les humains. Mal lui en prit (comme pour son homologue Lucifer, le « porteur de lumière »). Ce côté prométhéen peut être aussi bien le salut que la perte de l’humanité.

     

    En quoi la biologie peut-elle nous orienter ?

    Il est évident que le Vivant a des propriétés remarquables. Les techniques modernes comme l’électronique, la robotique, l’informatique sont peu de choses par rapport à ses propriétés.

    Pour un intervenant la caractéristique d’un organisme vivant c’est d’abord sa faculté de reproduction. Cette assertion est un peu trop sommaire : les virus eux-aussi peuvent se reproduire, sont-ils des êtres vivants ? On cite même le prion, simple protéine qui, lorsqu’elle change simplement de structure spatiale, devient pathogène en se multipliant dans le cerveau de certains mammifères (Cf. maladie de la vache folle). Les cristaux minéraux peuvent aussi se reproduire.

    Il est faux de prétendre que nous sommes « habités » par des cellules. Et il n’y a pas de frontière nette entre inerte et vivant. On avance justement que la vie est une propriété émergente de l’inerte organisé.

    Peut-on tirer de ses spécificités des règles de comportement ? Cette question essentielle est à peine abordée. Tout juste cite-t-on incidemment la prise de position d’un biologiste réputé (Marc-André Selosse) contre les excès de l’hygiénisme contemporain (la douche quotidienne détruisant le microbiome protecteur de la peau).

     

    Et la liberté dans tout ça ?

    La question de la liberté du vivant suscite des interprétations diverses. Bien sûr un être vivant a plus de liberté qu’une pierre. Mais est-il vraiment libre ? Beaucoup, se référant à l’être humain, estiment que la liberté n’est pas totale puisqu’elle est encadrée par des règles codifiées qui nous permettent de vivre ensemble (déclaration des Droits de l’Homme, civisme…). En fait cette affirmation ne met pas en cause la thèse défendue. S’il y a règles c’est bien qu’en leur absence les humains seraient livrés à leurs seules pulsions. Le Principe Responsabilité d’Hans Jonas est justement lié à cette propriété fondamentale du Vivant, sa liberté.

    Un intervenant rappelle d’ailleurs que déjà Georges Bernanos, inquiet de l’évolution de l’homme moderne à la fin de la dernière guerre mondiale, posait la question « La liberté pour quoi faire ? ».Mais peu importe l’individualisme libertaire : il n’est pas opposé à l’altruisme quand il permet une meilleure prise de conscience

     

    Conséquences pour la société

    - Conséquences techniques.

    Puisque la science moderne nous donne la possibilité d’éradiquer des parasites dangereux, au nom de quoi s’en priverait-on ? On fonde beaucoup d’espoir sur le forçage génétique pour éradiquer les moustiques vecteurs de paludisme (plus de 400 000 décès par an). Pourtant les choses ne sont pas aussi simples : risque de chaos écologique, risque contournement génétique des moustiques cibles, une preuve de la grande résilience du vivant.

     

    - Conséquences économiques.

    Certains contestent la critique du capitalisme qui nous a apporté bien-être et libération.

    Est surtout contestée la critique de la croissance. Il faudrait distinguer la croissance en quantités de matières premières ou de kilos de produits finis d’une part et la croissance en termes de temps de travail, de services rendus d’autre part. La première a atteint ses limites. La seconde est vertueuse. Cette distinction mériterait discussion.

    Il faut limiter la consommation. Cette prise de conscience est assez nouvelle. Comment faire ?

    Pourtant le système économique actuel n’a pas que des défenseurs. On accepte l’idée que la gestion privée des biens publics n’est pas la meilleure option, que les GAFAM (les « Grandes Compagnies » de notre temps) ont un rôle pervers, qu’il est nécessaire d’imposer des limitations externes à l’excès de liberté destructrice. Mais qui doit le faire ? Les Etats ? Dans une économie mondialisée ils ont perdu tout pouvoir d’initiative. L’UE ? Elle est trop inféodée à « l’ultra-libéralisme ». Les accords internationaux ? On critique le CETA et pointe l’échec de l’Accord de Paris de la COP21. Les organisations internationales ? Exemple est donné de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) qui a des positions très éthiques sur le travail, notamment celui des enfants, mais qui n’a pas de « casques bleus » (ou blancs) pour les faire respecter. Alors qui ?

     

    P. M. 11/11/2019

     

    « Quelle éthique pour le XX1ème siècle?Une opinion doit-elle toujours se fonder sur une connaissance ? »

  • Commentaires

    1
    daniel
    Mardi 12 Novembre à 14:27

    Maitre Toshiro Isogushi a enseigné au Japon jusqu’à sa mort en 2010, il prône la Liberté, c'est à dire vivre librement, en étant, en pensant et en agissant par soi-même, forme d'éthique destinée à ce qu'il appelait « l'humanisme combattant ». 

      

    Il invite chaque individu à réfléchir aux trois questions suivantes: 

      

    Comment fonctionne le monde, qu'est-ce que la vie, qui sont les autres ? 

      

    afin de ne pas traverser son existence sans apprendre et sans comprendre. 

      

    L'ultra libéralisme s’appuie sur le darwinisme social, ses partisans prônent la non intervention dans la lutte pour l’existence, afin que la sélection naturelle favorise la survie des plus aptes et l’élimination des moins aptes (quid de la morale et de l’éthique dans cette approche ?), dont Charles Darwin de son vivant était opposé.

     

    Les valeurs permettent de se construire son éthique, Maître Toshiro Isogushi préconise de réfléchir à ce qui est sacré, au sens où chaque individu est prêt à combattre fermement pour les défendre.

     

    Au-delà de l’éthique personnelle, il serait bon que chaque individu ait un idéal, cependant, l’Etat doit fournir un grand dessein à la Nation, afin que les énergies se libèrent pour obtenir de l’adhésion.

     

    Tout ce que nous sommes et tout ce que nous faisons forge notre identité, dont l’éthique en fait partie. 

     

    2
    Mercredi 13 Novembre à 14:47

    Un détail: " Les cristaux minéraux peuvent aussi se reproduire.". dit le compte rendu.

    Non, les cristaux ne se reproduisent pas. Tout au plus peuvent-t-ils  grossir tous seuls, en s'amalgamant des molécules supplémentaires et et en les ordonnant suivant leurs axes privilégiés. Mais cela n'est pas un phénomène de reproduction, puisqu'il n'y a pas d'apparition d'un cristal autonome.

    Pour ce qui est des virus, je les classerais bien dans les vivants, puisqu'ils jouissent de cette autonomie (intempestive!).

    3
    Pierre M.
    Jeudi 14 Novembre à 00:40

    Les cristaux peuvent-ils se reproduire ? Comme souvent tout est question de définition. Qu’est-ce que le vivant, que sont les virus ? Sont-ils vivants puisqu’ils peuvent, non pas se reproduire puisqu’ils n’en possèdent pas l’énergie suffisante, mais se faire reproduire par les organismes qu’ils parasitent. Certains virus peuvent acquérir une forme cristalline (mosaïque du tabac mais pas seulement) c-à-d. posséder des symétries géométriques.

    Un physicien remarquable Erwin Schrödinger (prix Nobel et « père » du fameux chat) avait écrit en 1944 un petit livre qu’il faudrait lire et relire « Qu’est-ce que la vie ». Sur la seule base de ses connaissances physiques il en déduisait que l’information génétique devait être portée par un « cristal apériodique ». C’était bien avant la découverte de la structure hélicoïdale de l’ADN qui a validé son intuition. Il a ainsi marqué toute une génération de biologistes que se sont lancés dans l’analyse et la manipulation de ce « cristal ». Il est en quelque sorte le père des biotechnologies.

     

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