• C.R. du 27 Fév. 2021 Peut-on se mettre à la place des autres?

     

     

     

                                           PEUT-ON SE METTRE A LA PLACE DES AUTRES ?

     

     

     

    A la suite de la lecture du texte, un participant a très justement fait remarquer que le thème proposé pour ce débat était l’empathie, l’empathie dans tous ses états. La définition du mot empathie a donc été rappelée : capacité à s’identifier à autrui dans ce qu’il ressent (Robert) ; capacité à se mettre à la place de l’autre afin de comprendre son fonctionnement, ses pensées, ses émotions (Larousse).

     

    A un commentateur malicieux, absent lors du débat, mais qui se reconnaîtra… je dis NON !  Non, se mettre à la place des autres ce n’est pas prendre leur place ! Et vouloir être Sissi impératrice, ou beau comme Alain Delon… et bien ce sera peut-être, mais dans une autre vie!!!)

     

    La définition de l’empathie cognitive a été contestée par une participante qui ne suppose dans l’empathie aucun calcul, aucune analyse qui pourraient offrir une moindre prise en compte des émotions et souffrance d’autrui ; seule l’empathie émotionnelle permettrait de s’ouvrir à l’autre et de le comprendre.

     

    C’est cette empathie émotionnelle qui a poussé Mamoudou Gassama, à escalader les 4 étages de la façade d’un immeuble pour sauver un petit garçon suspendu dans le vide. Il est évident qu’il n’a pas calculé le danger qu’il courait, ni analysé sa propre situation de sans-papier. Il n’a, comme on dit et c’est très facile à dire, écouté que son courage.  (Grand hommage soit rendu à ce garçon… si vous permettez, juste en passant !)Cependant c’est par observation, déduction et sans la participation de l’émotion, que l’on peut prévoir les réactions et comportements d’autrui.

     

    A la question peut-on, c’est-à-dire avons-nous la capacité et le droit de nous mettre à la place des autres, la réponse a été radicale pour une participante : NON, et en aucun cas ! Cependant se mettre à la place de quelqu’un n’est-ce pas, en regardant depuis sa fenêtre, élargir son propre horizon ?

     

    Cette réponse fut plus nuancée pour d’autres : notre propre vécu, nos expériences, nos connaissances, peuvent nous éclairer sur la situation d’un proche, et nous permettre, à condition d’y être sollicités, de l’aider. En tous les cas, se mettre à la place des autres demande un effort d’écoute et d’oubli de soi, afin de pouvoir, avec toute la bienveillance qu’exige l’exercice, examiner et comprendre sa situation, le soulager alors qu’il traverse un mauvais moment.  Cet exercice est plus difficile vis-à-vis d’un étranger dont on ne connaît ni la langue, ni le pays d’où il vient, ni la culture (religion, us et coutumes, tabous…) Une personne a fait remarquer que ce n’est pas seulement une permission mais un devoir de venir en aide à quelqu’un lorsqu’on en a la capacité.

     

    Nous nous sommes longuement interrogés sur le cas de ces individus que l’on classe dans la catégorie des « monstres » tant les actes qu’ils commettent provoquent l’effroi et n’offrent aucune ouverture à la compréhension. Faut-il les écarter du genre humain ou les considérer comme des êtres défectueux, des « ratés de fabrication » ? Sont-ils dotés de l’empathie inhérente à tout être humain ? Et l’empathie est-elle morale ?

     

    Ces questions ont obtenu des réponses diverses.

     

    L’empathie est innée, cependant elle peut être plus ou moins consistante selon l’éducation que l’on a reçue et lorsqu’on est animé par un désir constant à vouloir bien faire vis-à-vis des autres (relire la conclusion du texte). Selon l’avis de certains, le fait de considérer autrui, de le comprendre, est un acte ni moral, ni immoral, mais amoral : L’empathie est un outil qui peut être utilisé, pour faire de bonnes choses (aider, soigner, consoler, comprendre) ; elle s’accompagne alors de vertus comme la générosité, l’altruisme, la bonté. Cependant, cet outil peut également être utilisé pour dominer, manipuler, séduire et, dans le pire des cas pour faire souffrir, abimer, détruire. C’est la même empathie qui habite celui qui compatit ou celui qui fait souffrir, mais dans ce dernier cas, elle est accompagnée de haine, ou de plaisir sadique. Le sadique est un voyeur qui sait parfaitement se mettre à la place de sa victime pour ressentir sa souffrance et s’en réjouir.

     

    Un excellent exemple pour illustrer ce propos sur l’amoralité de l’empathie a été donné par un participant qui a comparé l’empathie à la force physique : Chaque individu, a-t-il dit, est doté d’une certaine force qu’il peut à loisir développer. Cette force, il la mettra au service des faibles pour les protéger, ou, par goût de la domination, il leur cassera la figure. C’est l’intention, l’acte, et non la force, qui doivent être considérés comme moraux ou immoraux.

     

    Il est évident que cette vision de l’empathie n’a pas été partagée par tous : l’individu capable de cruautés étant pour certains un monstre, c’est-à-dire un être non-humain, il ne peut être habité d’empathie. L’empathie serait donc toujours morale.

     

    L’empathie n’est pas (comme le bon sens vu par Descartes !)  la chose la mieux partagée au monde. Certaines pathologies privent des personnes de cet outil absolument indispensable à la vie en communauté et ce manque les handicape fortement.

     

    Autre question : l’empathie est-elle adaptée à un monde où il y a plus de 7,5 milliards d’individus ?

     

    L’être humain est ainsi fait, a expliqué un participant, qu’il est capable de s’identifier à une personne ou à un petit nombre de personnes pour comprendre leur détresse et leur venir en aide. A la suite de quoi cette question a été posée : Si on ne sait pas vivre la fraternité près de chez nous, comment peut-on aider ceux qui sont loin ? En effet, les informations nous donnent le récit, chaque jour, de catastrophes, d’attentats, de la douleur de certains peuples et chaque fois nous restons atterrés, durant un moment, mais un moment seulement, par les malheurs qui s’abattent sur différents points de la planète. Et plus ces événements sont situés loin de nous, plus vite nous les oublions, trop occupés sommes-nous par notre quotidien. L’empathie qui éveille notre compassion est capricieuse : sommes-nous plus sensibles à la mort cruelle d’un bébé-phoque ou à la souffrance de milliers de soles que l’on voit se débattre dans le filet des pêcheurs ? Un attentat à Nice ou en Afghanistan retient-il notre attention avec la même intensité ? Cependant, des gouvernements mondiaux, des associations, permettent que chacun puisse, par des dons, participer à l’entraide internationale (ça console de notre indifférence coupable !)

     

    Et enfin : Comment garder la bonne distance entre empathie et compassion pour ne pas se laisser dévorer par l’émotion ?

     

    Il est des métiers qui demandent sang-froid et maîtrise des émotions afin de pouvoir agir avec tous les moyens nécessaires à la bonne marche de l’action. (Ex : un chirurgien ne peut pas se mettre à sangloter, bistouri à la main, au-dessus d’un patient dont il vient d’ouvrir le ventre. S’il faut se concentrer, pour comprendre un plaignant, un malade, ce doit être sur ses émotions à lui, non sur les siennes-propres. Les hommes et les femmes dont c’est le métier de sauver des personnes en détresse (médecins urgentistes, pompiers…) apprennent à se mettre en retrait de leur propre ressenti afin de conserver toute la maîtrise des techniques qu’ils ont à leur disposition pour aboutir au succès de leur mission.

     

    CONCLUSION : Ce sujet à provoqué des réactions contraires parfois. Cependant chacun des participants a pu donner son avis, et répondre aux questions posées dans le texte d’introduction, ce qui a donné un débat enrichissant.

                                           C.R. Rédigé par Charlotte Morizur.

     

     

    « Ecole et Démocratie, laquelle des deux sauvera l’autre ?L'esprit s'oppose-t-il au coeur? »

  • Commentaires

    1
    Mardi 9 Mars à 21:05

    Bonjour.

    Je fais partie de ceux qui pensent que l'empathie suppose une certaine morale. Pourquoi cela? Parce qu'elle demande un effort, un sortie de soi-même. c'est en cela que c'est une vertu, une morale. Le parfait égoïste n'a pas d'empathie, les autres ne l'intéressent pas; c'est par exemple le cas de Trump.

    Cela dit, la pratique d'une morale n'est pas sans danger. Pascal disait: "lhomme n'est ni ange, ni b^te, le malheur veut que qui veut faire l'ange, fait la bête", propos quelque peu pessimiste mai dont on peut trouver de nombreux exemples.. Et l'empathie peut en effet amener à la perversité.

    Dons je dirais que l'empathie est morale, mais que, comme disent les chrétiens, le péché est aussi au coeur de nos vies.

     

      • charlotte MORIZUR
        Mercredi 10 Mars à 10:47

        J'appliquerais cet aphorisme de Blaise Pascal : "qui veut faire l'ange fait la bête"  aux donneurs de leçons qui, souvent, se croient parfaits et s'imaginent détenir LA vérité. Alors ils se doivent d'être parfaits, exercice périlleux, car à la moindre défaillance, le retour peut être cuisant. 

    2
    Pierre M.
    Mercredi 10 Mars à 11:14

    Pendant des siècles les diverses religions ont prétendu au privilège de l’empathie et de sa mise en acte sous ses formes les plus diverses (charité, pitié, compassion, bienveillance, etc.). Les philosophes ont essayé de l’extraire de ce carcan idéologique (le Rousseau moraliste par exemple). Mais le mystère de l’empathie ne se réduit pas à cela.

     

    D’abord l’empathie ne s’applique pas qu’aux êtres humains. Elle s’étend aux autres êtres vivants, aux animaux (nos animaux de compagnie) et même aux choses (l’empathie revendiquée comme telle pour les cultures et les paysages de géographes comme Elisée Reclus). Et elle est commune à toutes les sociétés humaines. Ainsi François Jullien (« Dialogue sur la morale ») cite-t-il Mencius, philosophe chinois du IVe siècle avant notre ère « L’homme de bien vis-à-vis des animaux, s’il les a vus en vie, ne peut supporter de les voir mourir ; s’il a entendu leurs cris, ne peut supporter de manger leur chair ».

    Tout est dit dans cette sentence : l’empathie est d’autant plus forte que les êtres et les choses nous sont proches. Des êtres – quels qu’ils soient -- dont on peut croiser le regard, dont on peut observer le visage (Lévinas).

     

    L’empathie en elle-même n’apporte rien si elle ne se manifeste pas en actes. Son expression la plus significative est l’altruisme c’est-à-dire la capacité à s’intéresser et à se dévouer pour autrui. Comment peut-on expliquer ce mystère de l’empathie et de l’altruisme ? Comment se fait-il que certains individus soient capables et d’autres incapables de tout sentiment d’altérité, parfois même au sein d’une même fratrie ? Les scientifiques de tout bord s’y intéressent. Les psychologues (il existe un quotient d’empathie !), les biologistes aussi.

    Une des thèses les plus robustes serait génétique. Empathie et altruisme seraient d’autant plus intenses que les individus sont proches génétiquement. L’altruisme est bien connu chez les animaux supérieurs dans lesquels certains sont capables de se sacrifier pour la survie de leurs proches. Mais elle existe aussi chez les êtres unicellulaires (bactéries acrasiales se sacrifiant pour la survie de leurs voisines), dans les cellules de tous les êtres vivants (apoptose cellulaire qui fait par exemple que les feuilles d’une plante se fanent et tombent pour éviter que celle-ci ne soit détruite par la sécheresse ou par le froid).

     

    Petit bémol à apporter : chez les êtres humains, pour lesquels la culture et l’environnement jouent un rôle constitutif important, l’explication génétique ne suffit évidemment pas.

     

    Il n’empêche que l’empathie est donc une propriété intrinsèque du vivant, indispensable à sa pérennité.

     

    3
    Daniel
    Mercredi 31 Mars à 08:42

    La première forme de l’empathie, c’est l’empathie « affective », qui nous permet d’identifier les émotions d’autrui « Je vois que tu es triste, je vois que tu es gai ». C’est l’anniversaire de mon frère et je vais manger de la tarte aux fraises, j’adore ça. » Michel répond : « Alors, je comprends pourquoi tu es contente. » C’est l’empathie « cognitive ». Personnellement, lorsqu’une personne adulte me demande ‘qu’est-ce que tu ferais à ma place ?’, je préfère lui dire ‘si j’avais le même problème, je ferai ceci, ou déciderai cela’, tout en ayant de la bienveillance.

    Mais chacun a son vécu, son passé, ses priorités, ses ambitions, ses valeurs, et chaque situation a son contexte, donc je préfère ne pas dire « si j’étais à ta place … »

    L’important c’est d’être à l’écoute, les gens ont besoin de parler, et en reformulant ce qu’ils disent, cela leur permet de prendre conscience de certains éléments qu’ils n’ont pas eus à l’esprit, en se parlant à eux même.

    Dans cet ordre d’idée, le psychologue, le psychiatre, fait parler son patient, il utilise la maïeutique pour faire ‘accoucher’ les préoccupations, forme d’exutoire, afin que le patient expulse ses problèmes et trouve des solutions lui-même.

    Autre domaine abordé dans le CR de Charlotte, le sauvetage de personnes prisonnières dans leur appartement en feu, par des jeunes. J’aimerai rappeler que la non assistance de personnes en danger est un délit, l’assistance doit être sans risque pour la personne en péril, l’intervenant et pour les tiers. Par conséquent sauver quelqu’un en mettant sa vie en danger est un acte héroïque, qui ne fait pas appel à des questionnements.

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