• C.R. du 19 Juin 2021. L'habitat participatif, effet de mode ou vraie réponse aux enjeux de la ville de demain?

     

    Compte rendu du débat du 19 juin 2021 :L’habitat participatif : effet de mode ou vraie réponse aux enjeux de la ville de demain ?

     

     

     

    Douze personnes se sont réunies ce samedi durant plus de deux heures pour discuter du sujet de l’habitat participatif. Une courte vidéo issue d’un teaser d’une émission d’Envoyé spécial a été d’abord visualisée avant de lancer le débat. La tendance générale fut la prégnance d’un amalgame de curiosité et de grand intérêt au sujet, couplé à de la confusion, à des préjugés et à des réticences.

     

     

     

    Des questions foisonnantes sur la nature et l’objet de l’habitat participatif

     

    La discussion a porté sur la nature de l’habitat participatif et a révélé la présence d’une confusion quant à son acception chez les débattants. L’habitat participatif serait-il un lieu de résidence ouvert à tous les autres habitants, dépourvu d’intimité et où l’on peut à tout moment être importuné par les autres voisins ? S’agit-il d’un logement collectif à l’instar des logements-foyers, actuellement résidence autonomie, pour personnes âgées indépendantes ? S’agit-il de résidences principales ou de résidences secondaires ? Quid de la pérennité du logement participatif ? Serait-il une sorte de prison dorée, coupé de l’environnement où il est implanté ?  

     

    Les questions des débattants ont également concerné les porteurs de l’habitat participatif. Qui sont les personnes qui choisissent ce mode d’habitat? Quel est leur profil ? Comment se choisissent-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Sont-ce des personnes âgées fuyant la solitude et cherchant à instaurer un modèle qui soit l’antichambre de l'EHPAD ?, ou s’agit-il plutôt d’une minorité de bobos écologistes rêvant d’un modèle de cohabitation novateur mais utopiste ? Y a-t-il des gens qui seraient plus enclins que d’autres à adhérer à ce type de logement ? Ce type de logement ne concerne-t-il pas plus les femmes que les hommes vu l’augmentation de leur espérance de vie comparée à celle des hommes ? 

     

    Enfin il s’est agi de se questionner sur les modalités de la réalisation de l’habitat participatif. S’agit- il de logements auto-construits à l’instar des logements Castors où les habitants seraient à  la fois maîtres d’ouvrages et maître d’œuvre? Comment se fait la mutualisation des ressources ? Y a-t-il besoin d’un apprentissage collectif pour mener à bout ce projet ? Qui peuvent être les apprenants ? Comment s’inscrivent ces initiatives dans les PLU ? 

     

     

     

    L’habita groupé, pas si novateur que ça 

     

    En réalité l’habitat participatif est porté par un groupe de personnes, pouvant se constituer maître d’ouvrage, aspirant à être acteurs de leur lieu de vie de la conception à la réalisation. Leur choix de cohabitation collective correspond à un besoin à la fois de réintégration d’un vivre ensemble intergénérationnel perdu, mais également,- en privilégiant la mutualisation des ressources -, d’intérêt écologique, mais aussi financier. Si certains pensent que le logement participatif est plus porté par des personnes dont la culture serait plus à même d’être compatible avec les règles de l’habitat en communauté tels que le respect des aînés, la solidarité, comme en Afrique, d’autres rétorquent que cette forme de logement en communauté a en réalité toujours existé. Il n’y a pas si longtemps que ça, l’habitat en groupe marquait à la fois une unité de parenté qu’une unité économique (ferme, domaine…), rassemblant tous les services nécessaires à la vie d’une famille élargie et ce d’une manière durable. Ce n’est qu’à partir du XXe siècle seulement que la famille élargie a disparu au profil de la famille nucléaire. Ce changement morphologique de l’unité familiale de base s’est traduit par une propension au logement individuel restreint au couple parental et aux enfants. La mutualisation des ressources au sein d’une même communauté a également existé, en témoigne les lavoirs municipaux, lieu d’échange par excellence, ou la tendance jadis, à regarder collectivement la télévision chez un voisin. Néanmoins certains pensent que malgré l’individualisation de la société, il est indéniable que, sur le long terme, un retour à l’habitat en communauté et un réapprentissage de la coopération vont s’opérer dans les prochaines années. Ils pourraient être en effet une des solutions pour faire face aux problèmes environnementaux et démographiques. 

     

     

     

    L’habitat participatif : Une expérience complexe, étalée dans le temps et  pleine d’embûches 

     

    Des particuliers insatisfaits de l’offre proposé par le marché de l’immobilier et partageant certaines valeurs et objectifs, se regroupent afin de concevoir, de financer et de réaliser ensemble un projet immobilier. Ce projet doit répondre la fois à des besoins individuels d’espace, mais également aux attentes sociales ainsi qu’aux possibilités de financement de chacun. Nombre croissant de collectivités proposent également des terrains viabilisés et adaptés à l'habitat participatif à l’instar de la commune d’Ingersheim où est née le projet d’écho-hameau Le Champré. En effet, le conseil municipal de la commune achète en 2005 un domaine, le viabilise et établit un cahier des charges s'inspirant du modèle britannique Bedzed au sud de Londres. Moyennant le respect du cahier des charges établi par la commune, neuf familles ont alors acquis une parcelle de terrain, se sont constituées en Société Civile immobilière pour y construire un logement participatif personnalisé.  

     

    La première étape dans la réalisation d’un habitat participatif est une phase de réflexion matérialisée par la tenue de plusieurs réunions pouvant s’étaler sur plusieurs années. C’est une étape importante où les potentiels futurs habitants doivent bien se connaître, définir leurs attentes et limites et le type d’organisation en matière de répartition des tâches. Dans un second temps, ils doivent définir un programme technique déterminant l’emplacement du projet, sa taille et son architecture, son système constructif et sa densité, et enfin le montage juridique et financier de l’opération. L’aboutissement de cette phase est la formalisation d’une charte très détaillée. 

     

    Dans certains projets ce sont les habitants eux même qui réalisent tout ou partie du chantier. Si certains membres du collectif sont bricoleurs ou possèdent déjà des connaissances et des savoirs- faire techniques, d’autres n’hésitent pas à mettre leur énergie à apprendre des techniques de constructions ou d’installation des équipements et des réseaux d’eau et d’électricité. Mais l’idée de devoir apprendre à construire paraît fastidieuse pour certains débattant alors que d’autres pensent que cela ne peut être qu’un enrichissement pour les personnes se lançant dans ce type de projet. 

     

     

     

    Indépendance et interdépendance 

     

    Contrairement à l’idée reçue, la sphère privée et la sphère collective sont strictement distinctes dans l'habitat participatif. Le principe est de bénéficier de son propre logement privatif et de pouvoir jouir dans le même temps d’espace collectif ou d’outillages mis à la disposition de tous les autres résidents. Ainsi, salles de jeu, chambre d’amis, buanderie, garage, vélos, voitures, matériels de bricolage et de jardinage, potager, peuvent être fournis aux résidents moyennant une réservation à l’avance. En refusant le consumérisme et en mutualisant les ressources, cela permet de réduire drastiquement l’emprunte carbone de la communauté et favoriser l’esprit d’entraide. Des services peuvent être aussi dispensés sous forme de cours ou d’ateliers ou simplement de la garde d’enfants par ceux qui disposent de plus de temps libre.  

     

     

     

    Des réticences persistantes

     

    Le débat sur l’habitat participatif était passionnant et a suscité beaucoup d’intérêt. Malgré quelques éclaircissements certains débattants ont trouvé que le délai de préparation de ce type de projet pouvant aller de 2 à 5 ans est rédhibitoire. De même une préparation en amont aussi méticuleuse soit elle, n’empêchera pas sur le long terme, les problèmes d’usures qui peuvent survenir malgré toutes les bonnes intentions initiales. Néanmoins pour parer au risque de non aboutissement de ce type d’expérience encore fragiles, des métiers émergeant sont aujourd’hui en train de se développer tel que médiateurs ou formateurs pour accompagner les groupes qui le souhaitent.

     

    Le montage juridique de l’habitat participatif complique à la fois l’accession au logement ou sa transmission, car il faut devoir candidater pour prétendre accéder à un logement participatif vacant. Le problème soulevée par certains serait la difficulté d’un nouveau résident à trouver sa place facilement dans une communauté déjà existante depuis plusieurs années. En étant propriétaire d’un habitat participatif et en cas de décès, les héritiers ne peuvent prétendre automatiquement à la propriété matérielle du bien. Pour y loger, il faut pour cela candidater comme tous ceux qui souhaitent accéder à ce type de logement et être choisi par la collectivité. À défaut d’être choisi et si le bien est sous le régime de la SCI,  les parts sociales du défunt doivent être rachetés par la SCI. Dans ce cas la Société Civile Immobilière d’Attribution pourrait être une solution. 

     

     

     

    C.R rédigé par Nesrine AZIZI 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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