• Avoir ou Etre, la nature nous laisse t-elle la liberté de choisir ?

    Les mots avoir et être expriment de façon très condensée deux manières de vivre totalement différentes.

     

    Que signifie le mode de vie "avoir"? Ce mode est un état d'esprit plus ou moins marqué par la vie presque exclusive dans le monde extérieur et caractérisé par la quête des plaisirs et la recherche de la possession des biens matériels, mais aussi par l'attention exagérée portée à soigner son aspect extérieur, physique et intellectuel... tout au moins dans notre société actuelle. Cela donne une image rudimentaire de l'être humain car celui-ci possède une vie intérieure très riche que la plupart ignorent. Image atténuée par le fait que, pour pouvoir vivre, il faut posséder un minimum et au moins, vivre les plaisirs nécessaires à la qualité de la vie.  C'est l'excès de la recherche du plaisir et de la possession qui sont principalement en cause.

    Que signifie le mode de vie "Être"? Ce mode est aussi un état d'esprit, opposé au précédent, marqué par la recherche volontaire de la connaissance de notre monde intérieur, c'est-à-dire de notre psychisme, conscient et inconscient, de la connaissance de soi et du Soi. à savoir, la connaissance par l'être humain de ses propres attributs (tempérament, caractère, qualités et défauts, dons...), la connaissance par celui-ci des caractères généraux communs à l'espèce humaine (par exemple : tout ce qui est inné : affectivité, sensibilité,  raison, conscience...), et la connaissance de notre monde intérieur  (la pensée en tant qu'activité de la conscience et en qualité de faculté de connaître), le psychisme inconscient c'est-à-dire la connaissance du Soi. Qui donne une compréhension du monde et de la vie non plus superficielle mais profonde.

       Si le monde extérieur nous est donné spontanément par la nature, il en va tout autrement pour le monde intérieur car la nature, pour nous le livrer peu à peu au rythme de nos découvertes, demande un nombre incalculable de prises de conscience, une grande persévérance et une volonté sans faille. Mais à chaque progrès dans ce sens quelles satisfactions !!! Elles donnent l'envie de toujours découvrir et approfondir cet univers riche de compréhensions du monde et de la vie et de connaissances spirituelles.  

    D'où vient la prédominance du mode de vie "avoir"sur le mode de vie "être" ? Ce mode nous est "imposé" par la nature dès notre naissance comme nous l'avons vu ci-dessus, quatre autres raisons sont généralement évoquées :

    - La première émane de notre nature, car en état de veille, ce sont nos cinq sens et notre affectivité qui nous relient spontanément et constamment au monde extérieur et non au monde intérieur. 

    - La seconde : il ne faut pas oublier que la naissance nous plonge inéluctablement dans ce mode de vie, indispensable à l'évolution vers l'age adulte de l'être humain. Il faut dire aussi que nous naissons sans connaissance, mais qu'en contrepartie la nature nous a doté de l'inné, c'est-à-dire d'aptitudes, de capacités,  de facultés en puissance nécessaires à l'acquisition de ce savoir indispensable, toutes qualités qui ne demandent qu'à être prises en considération et développées pour acquérir les connaissances liées au monde extérieur.

    - La troisième provient de la nature propre de notre corps (nécessité d'entretenir le corps physique et de satisfaire ses besoins physiologiques.

     - La quatrième découle cette fois de l'emprise de la société matérialiste dans laquelle nous vivons. Profitant des aspects de notre nature, elle conditionne l'être humain pour qu'il ne vive que matériellement sa vie. Elle façonne nos mentalités pour les orienter vers la consommation en proposant des objets, des idées et des valeurs orientés vers elle, en martelant toutes sortes d'informations, de publicités et de propagandes, toutes tournées vers ce même but inspiré de la pensée unique « ensemble des présupposés et des raisonnements formant les références idéologiques de l'économie de marché, capitaliste et néo-libérale, à prétention universelle (mondialisation)... » définition donnée par le Grand Robert. Dans ce monde "qui n'a rien n'est rien" (les Sans Domicile Fixe par exemple).

     

    Pourquoi l'être humain n'est pas porté à vivre le mode de vie "être"? Le choix entre avoir et être ne découle pas du bon sens, comme on pourrait le croire car la nature en a "décidé" autrement ; celle-ci impose à celui qui désire vivre dans le mode de vie "être" de franchir quatre étapes importantes avant de le pouvoir. MASLOW a remarqué que les besoins indispensables à la vie sont hiérarchisés. Il a découvert qu'il en existait cinq, qu'il a classé selon l'importance que leur accorde la nature. Le plus important devant être un minimum satisfait avant de se consacrer au suivant et ainsi de suite.

    - Primordiaux pour la vie sont les nécessités physiologiques (manger, boire, dormir...), trop longtemps non satisfaites elles conduisent à la mort (regardez ce qui se passe dans la corne de l'Afrique);

    - viennent ensuite les exigences de sécurité, aussi bien physiques que psychiques qui, satisfaites, libèrent l'esprit des peurs;

    - suit le désir d'être intégré à un groupe humain. Un animal sauvage qui est séparé de son groupe meurt, pour les humains cela conduit à de graves conséquences psychiques (désocialisation pour les SDF));  

    - enfin le besoin d'estime, de considération, le désir d'aimer et d'être aimé. Il est important de les satisfaire pour l'équilibre du psychisme (très grave pour la petite enfance et grave pour l'enfance). 

     - le cinquième n'est pas à proprement parler un besoin mais plutôt une aspiration à l'accomplissement de soi, un souhait de donner pleinement corps à sa propre nature, à son propre destin, point de départ de la démarche vers la vie intérieure.

       Au vu et au su de ce qui précède l'accomplissement de soi n'est pas évident à mettre en œuvre. Pourtant cela se révèle très important pour les grands maîtres de la Vie afin de construire la spiritualité de l'être humain. Effectivement, leurs dires font de l'alternative « avoir ou être » le thème central de leurs systèmes respectifs. Par exemple : Bouddha expliquait que : « qui veut atteindre le plus haut degré de développement humain ne devrait pas chercher à posséder »; Maître Eckhart enseignait que : « ne rien avoir et s'ouvrir soi-même, et faire le vide, ne pas se faire obstacle à soi-même avec son propre moi est la condition pour atteindre la richesse et la force spirituelle »; Marx expliquait que le luxe est tout autant un vice que la pauvreté et que nous devrions avoir pour but d'être plus et non d'avoir plus. Comme le fait ressortir Georg SIMMEL « la pensée non-matérialiste implique le changement, c'est-à-dire que vivre dans l'être est synonyme d'évolution de l'esprit.  

       Depuis la Renaissance on a pu constater un certain glissement de l'emploi du verbe être vers le verbe avoir (je suis chanceux → j'ai de la chance), ainsi que l'augmentation de l'emploi des noms à la place des verbes. Or le nom est bien la forme ad hoc pour désigner une chose (qu'on peut posséder). Le verbe est bien adéquat pour exprimer un état, une activité ou un processus (ceux-ci sont vécus et ne peuvent donc être possédés). Cela indique une évolution des mentalités vers le mode de vie "avoir". Deux exemples vont illustrer ce propos. Le premier vient de DU MARAIS qui donne l'exemple suivant : "j'ai une montre = je possède une montre", correcte, mais dans "j'ai une idée", incorrecte car signifiant "je pense à une idée" ou bien "j'ai une idée = je possède une idée" signifiant alors je connais parfaitement cette idée. Le second vient de MARX et ENGELS qui critiquent Edgar BAUERS quand il a déclaré que : «  l'amour est une déesse cruelle, qui, comme chaque divinité, veut posséder tous les êtres humains et n'est satisfaite que lorsqu'elle leur prend leur âme mais également leur corps. Son culte est la souffrance, l'apogée de ce culte est le sacrifice, le suicide ». Ils lui répondent : « Monsieur Edgar transforme l'amour en une déesse cruelle, dans laquelle il fait de l'humain aimant et de l'amour humain des êtres vivants indépendants de l'humain. L'homme aimant devient l'homme de l'amour, l'amour devient une déesse sur qui l'homme projette son amour ; il cesse, dans ce processus d'aliénation, de faire l'expérience de l'amour, et n'en est relié qu'à travers sa soumission à cette déesse. Il a cessé d'être un être ressentant, vivant pour devenir un idolâtre éloigné de lui-même ».   

       En résumé la nature de l'être humain le porte d'abord vers le mode de vie "avoir" et avant qu'il envisage de s'intéresser à l'accomplissement de soi, l'humain a la nécessité de satisfaire l'indispensable des quatre exigences d'évolution déterminées par la nature. En conclusion cette réalisation de soi et du Soi devient le prolongement d'une évolution plus ou moins consciente depuis longtemps commencée. Si, de plus, cet humain s'aperçoit qu'il est autre chose que ce qu'il vit dans l'avoir, qu'il réalise qu'au delà de cette vie concrète existe une vie spirituelle, alors son choix se limite à décider de continuer cette évolution vers l'approfondissement spirituel de l'esprit, cette fois en toute conscience.

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    soulat daniel
    Mardi 17 Juillet 2012 à 09:21

    Au regard du titre, cela me fait penser à la phrase de Claudien (poète écrivain 370-408) :

     

    « la nature nous a donné à tous une chance d’être heureux, que ne savons nous la mettre à profit ».

     

    En d’autres termes, pourquoi ne savons nous pas la saisir pour la mettre à profit ?

     

    Au-delà de la liberté de choix qui est conditionnée par la civilisation, l’histoire, les religions, la culture, la famille, l’éducation, la société, les conventions …, je pense qu’il y a une question de chronologie, avec pour certains la peur du lendemain, ou une incapacité à affronter l’incertitude, les risques, un manque d’anticipation et de projection dans l’avenir, avec en plus « choisir c’est renoncer, donc perte de liberté ».

     

    Effectivement on peut rappeler la pyramide des besoins formulée par Maslow, tout en observant que les deux premiers (primaires) sont du ressort de l’avoir, les trois autres (secondaires) sont du ressort de l’être, et que normalement chaque individu doit satisfaire le précédent besoin avant de passer au suivant. Je noterai qu’il faut d’abord avoir pour être, par exemple : pour être cultivé, il faut d’abord avoir de la culture …

     

    En dehors de la pyramide de Maslow, pour tenter de répondre aux questions posées, je m’appuyerais sur le livre « l’apprentissage du bonheur » de Tal Ben Shahar, dans lequel il mentionne que devant un choix il y a des conséquences temporelles (bénéfice immédiat, bénéfice futur, préjudice immédiat, préjudice futur). Ceci amène quatre comportements (manière d'être) :

     

    -1- bénéfice immédiat avec préjudice futur, correspond au viveur hédoniste (recherche le plaisir et fuit la peine) ;

     

    -2- bénéfice futur avec préjudice immédiat, correspond à l’arriviste  ou fonceur (fait passer l’avenir avant le présent) ;

     

    -3- préjudice immédiat et futur, correspond au nihiliste ou défaitiste (ne croit ni au présent ni à l’avenir) ;

     

    -4- bénéfice immédiat et à venir, correspond aux gens heureux (vivent en sécurité dans la conscience que les activités leur procurant de la joie dans le présent les conduiront aussi à un avenir épanouissant).

     

    Ne sommes nous pas dans une société d’hédonistes (plaisirs) et de narcissiques (paraître) ?

     

    Nota : la liberté de choix est un vaste sujet, abordé par une multitude de philosophes.

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