• A l'ère du numérique, que devient notre identité, jusqu'où va-t-on aller ?

      A l'ère du numérique, que devient notre identité, jusqu'où va-t-on aller ? 

    I/ Imaginez un monde où, sous couvert de santé publique et de gestion des dépenses, chacun se verrait équipé d'instruments de mesure de son poids, de ses efforts physiques quotidiens, du nombre de calories avalées matin midi et soir, ces données étant directement envoyées aux assureurs. Le montant de vos cotisations serait calculé selon vos 'efforts'.

    Un monde où chaque mail, texto, note numérique, message privé via les réseaux seraient expédiés dès leur écriture au-delà des frontières nationales, étudiés, archivés, par des inconnus sans visage ni légitimité.

    Un monde où les élections présidentielles se joueraient in fine, entre les algorithmes choisis par les candidats pour influencer les indécis.

    Un monde où votre web-cam pourrait s'allumer discrètement et à distance, où votre PC pourrait être visité à volonté par des services étrangers, et ce sans mandat bien entendu.

    Un monde où la lecture de votre ebook serait décortiquée de loin (quelles pages avez-vous sautées, sur lesquelles vous êtes-vous attardé ?).

    Un monde où il n’y aurait plus de frontière vie privée / vie publique, rappelons l’expression du père de l’Internet, puis numéro deux de Google, Vinton Cerf, ‘la vie privée est une anomalie’.

    Ce monde étonnant existe et, nous y vivons.

    C’est le monde des géants GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), les nouveaux rois du monde, toujours plus gourmands de data-données (nos goûts, nos choix, nos clics, nos humeurs, nos positions physiques à tout moment). Rappelons au passage la célèbre maxime qui meut les réseaux sociaux :

                              "Lorsque c'est gratuit, c'est que vous êtes le produit."

    II/ En droit français, l'état civil est constitué des éléments qui permettent l'identification d'une personne, tels que le nom, le ou les prénoms, le sexe, la date et le lieu de naissance, la filiation, la nationalité, le domicile, la situation matrimoniale, la date et le lieu de décès.

    Identité civile : est le fait pour une personne, d’être tel individu et de pouvoir être également reconnue pour tel, sans nulle confusion, grâce aux éléments qui l’individualise (état-civil, signalement, évènements de son histoire), qui font qu’une personne est un être singulier.

    L’identité est un processus historique, qui, après une phase de transition où il fut dirigé d’en haut, par l’Etat naissant et du droit, l’identité qui ne résulte de rien d’autre au début que d’un effort administratif pour réguler la société et ses sujets, il lui fallait les connaître, les mesurer et les compter. Aujourd’hui, c’est l’économie qui impose sa loi, les hommes sont devenus ses sujets. Un des dangers, c’est le classement des individus par catégorie de profils.

    III/ L’identité au sens personnalité, est un système de sentiments et de représentations de soi, c'est-à-dire l’ensemble des caractéristiques, physiques, psychologiques, morales, juridiques, sociales, culturelles, à partir desquelles la personne peut se définir, se représenter, se connaître et se faire connaître, ou à partir desquelles autrui peut la définir, la situer ou la reconnaître. L’identité occupe une fonction vitale et quotidienne, chez tous les individus les traits de personnalité ne sont pas figés. Locke parle de ‘mêmeté’, au sens de ce qui reste permanent en nous, s’étend jusqu’où va notre mémoire au-delà des changements.

    L’identité de la personne est aussi définie comme le fait qu’un individu est bien celui qu’il dit être. L’usage d’un masque, c’est une précaution qu’on va utiliser pour se protéger, ou pour jouer à quelqu’un d’autre, ou se cacher. Décliner son identité et sa personnalité ce n’est pas simplement revendiquer une appartenance nationale, ethnique, communautaire, c’est aussi affirmer une position dans la société.

    Il est devenu courant d’assimiler le mot identité aux communautés d’appartenance. L’identité d’un groupe relève plutôt de la stratégie de mobilisation, plutôt que d’une réalité fondamentale. C’est ce que l’on nomme désormais les « stratégies identitaires ».

    IV/ Pour mémoire l’article 12 de la déclaration universelle des droits de l’homme stipule : Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

    Il n’existe pas de réelle définition juridique de la « vie privée » à l’heure actuelle. Cependant, pour lutter contre les dangers, que le développement de l’informatique peut faire peser sur les libertés et le respect de la vie privée, la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) a  créé la loi 78-17 du 6/01/1978, modifiée les 6/08/2004, et 22/11/2016 *.

    V/ L'identité numérique (IDN) permet l’identification de l’individu en ligne, et la mise en relation de celui-ci avec cet ensemble de communautés virtuelles qu’est Internet. Elle peut être définie comme un lien technologique, entre une entité réelle (personne, organisme ou entreprise), et des entités virtuelles (sa ou ses représentations numériques). Elle peut être aussi définie comme la collection des traces (écrits, contenus audios ou vidéos, messages sur des forums, identifiants de connexion, etc.), que nous laissons derrière nous, consciemment ou inconsciemment, au fil de nos navigations sur le réseau, et le reflet de cet ensemble de traces, tel qu’il apparaît « remixé » par les moteurs de recherche :

    ·         Les coordonnées (Comment et où me joindre). Les certificats (qui attestent de l’identité) ;

    ·         L’expression (Ce que je dis). Les avis (Ce que j’apprécie). Les hobbies (Ce qui me passionne). La connaissance (Ce que je sais). Les avatars (Ce qui me représente) ;

    ·         L’audience (Qui je connais). La consommation (Ce que j’achète). La réputation (Ce qui est dit sur moi). La profession (Ce que je fais). La publication (Ce que je partage). Mes choix et opinions à travers les sondages et pétitions.

    Toutes ces bribes d’information composent une identité numérique plus globale qui caractérise un individu, sa personnalité, son entourage, ses habitudes et formes de vie. Aujourd’hui, l’identité personnelle  et l’identité numérique s’entremêlent. En effet, elles sont en perpétuel changement, se modifient et se construisent au fil du temps.

    A partir des informations collectées sur chaque individu, les big data ont carrément créé des êtres numériques, des doubles dotés de leur propre identité. Cela soulève la question ‘Qui est vraiment l’individu auquel nous avons affaire sur la toile ?’.

    Le développement et l’évolution des moyens de communication, au travers notamment de la multiplication des blogs et des réseaux sociaux, changent le rapport de l’individu à autrui. La communication interpersonnelle, est riche de ses signaux verbaux et non verbaux, que n’a pas le numérique.

    VI/ Carte d’identité numérique, en 2005, la France s’est engagée dans un projet de mise en place d’une carte d’identité INES (identité nationale électronique sécurisée) contenant des données biométriques (empreintes digitales, photographie, iris de l’œil…), ceci pour lutter contre l’usurpation ou la fraude d’identité. Le 7/11/2016, le Conseil National du Numérique a demandé la suspension de la constitution d’un méga fichier regroupant les données personnelles des Français pour les passeports et cartes d’identité.

    VII/ Le 11 septembre 2001 a été le déclic qui a rapproché les entités privées et publiques. "La lutte contre le mal" a été le slogan, la surveillance mondiale les moyens. Quelle que soit l'origine ou la destination d'une information (un mail par exemple), ses fibres transitent à un moment ou à un autre par les États-Unis. "Open-bar, pourrait-on dire ", pour la NSA  « Agence Nationale de la Sécurité », organisme gouvernemental du département de la Défense des États-Unis, responsable du renseignement d'origine électromagnétique, de la sécurité des systèmes d'information et de traitement des données du gouvernement américain. Au-delà de l’identification des gens, il y a examen des modes de vie.

    Au motif de traquer Ben Laden et ses complices, la NSA s’est arrogé le droit de capturer les images sur le Net. Puis les services américains (pour l'hégémonie du renseignement) et les big data (dans le but avoué de transformer les citoyens en consommateurs dociles) se sont alliés.

    VIII/ Traçage et ciblage comportemental, permettent  aujourd’hui avec l’aide active des outils de géo-localisation,  de faire fonctionner les industries de la recommandation et un marketing publicitaire de plus en plus « personnalisé » et contextuel. Elles conduisent à des contrôles et des fichages permis par l’interconnexion de fichiers étatiques ou commerciaux.

    IX/ Conclusion : Cette révolution du numérique ne se contente pas de modeler notre mode de vie vers plus d’informations, plus de vitesse de connexions, elle nous dirige vers un état de transparence, dont le résultat final est la disparition de la vie privée, un défi pour les démocraties. Et alors me direz-vous, où est le problème puisque tout le monde y trouve son compte ? Justement, c’est là que ça coince.

    Loin d’être anodine, cette évolution touche à l’un des fondements de la démocratie, car le droit au respect de la vie privée conditionne l’exercice même de la citoyenneté.

    Pour le citoyen de demain, l’identité sera la plus précieuse des marchandises, autrement dit, les internautes producteurs bénévoles de données sont exploités, mais heureux de l’être, les algorithmes pourraient bien enfermer l’internaute dans des entonnoirs. Qu’il s’agisse de transactions bancaires, de données de géo-localisation, e t c…, ces silos de données remplis de copeaux de vie anonymes trahissent une fois traitées, toutes les identités qui s’y entassent. Jamais l’Homme n’avait été aussi nu, aussi traçable, aussi transparent.

     « Le numérique prend-il le pouvoir sur nos vies privées ? » Sans doute mais il apporte aussi de nouveaux outils de contre-pouvoir, qu’il ne reste qu’à utiliser.

    L’acte de résistance sera de remettre l’humain au centre du jeu.

    Tant que vous existez, vous êtes identiques à vous-même, l’homme évolue en permanence, tout en restant le même individu, quels que soient les changements plus ou moins importants qui peuvent advenir, néanmoins on pourra se poser la question avec acuité, lorsque le transhumanisme apparaîtra, notamment avec l’implantation d’une carte mémoire dans le cortex et autres dispositifs numériques téléchargeables, prévus d’ici cinq ans par Google.

    Enfin, au café débat, nous ne pouvons pas aborder tous ces sujets qui nous préoccupent sans nous engager, sans exprimer, pour une part le fond de notre pensée, ce n’est pas une joute, ce sont nos identités différentes qui l’enrichissent.

                                                                                                  Daniel Soulat 25/03/2017

    Pour lire le comptr-rendu du débat, cliquer ici.

    * Article 1er

    L'informatique doit être au service de chaque citoyen. Son développement doit s'opérer dans le cadre de la coopération internationale. Elle ne doit porter atteinte ni à l'identité humaine, ni aux droits de l'homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques.

    Toute personne dispose du droit de décider et de contrôler les usages qui sont faits des données à caractère personnel la concernant, dans les conditions fixées par la présente loi. 

     

    « C.R. du 11-3-2017 sur "Peut on aimer quelqu'un?"Bénévolat et associations. »

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